La chasse à la baleine, aussi appelée pêche à la baleine ou pêche de la baleineThierry Du Pasquier, Les Baleiniers français au . 1814-1868, Éditions Terre et Mer 4 Seigneurs, Grenoble 1982Pêche de la baleine était le terme utilisé dans la réglementation officielle : voir Alfred Ploque, Législation des eaux et de la navigation, Éditeurs A. Durand et Pedone-Lauriel, Paris 1870-1879, 4 volumes, a eu lieu dans les nombreuses régions du monde où les baleines vivent. Sur les 80 à 90 espèces composant le sous-ordre des cétacés, environ une dizaine sont exploitées pour la chasse. La grande taille de ces mammifères marins présente l'avantage d'apporter des quantités considérables de nourriture mais sa chasse est particulièrement dangereuse, sauf avec l'assistance des moyens techniques modernes. Elle a aussi surexploité sa propre ressource et fait disparaître quelques espèces de tout ou partie de leur aire de répartition. Dans plusieurs régions du monde, le tourisme consacré à l'observation des baleines et la chasse photographique (qui lui est associée et qui présente aussi un intérêt scientifique) sont devenus plus rentables que leur chasse et apparaissent comme des formes de valorisation nouvelles et durables de cette ressource naturelleOrams, M. B. (2001). From whale hunting to whale watching in Tonga: A sustainable future?. Journal of Sustainable Tourism, 9(2), 128-146.Hoyt, E. (2001). Whale watching 2001: worldwide tourism numbers, expenditures, and expanding socioeconomic benefits..
Préhistoire Plusieurs représentations pariétales de cétacés, dans le Sud-Ouest de la France et en Espagne, ont été reconnues comme telles. Dans cette même région, l'utilisation d'os de baleine est bien attestée au Magdalénien (en particulier entre 20 et 14 000 ans avant aujourd'hui), toutefois rien n'atteste encore d'une prédation active..
En 2004, l'origine préhistorique de la chasse à la baleine a été soutenue par l'identification de gravures rupestres en Corée du Sud (site de Bangudae, au bord de la baie d'Ulsan, sur la mer du Japon), datant de plusieurs millénaires On y trouve de nombreuses représentations de cétacés et des gravures interprétées comme des scènes de chasse (harpon dessiné en superposition avec une silhouette de baleine par exemple). On a pu y identifier la baleine du Pacifique Nord et peut-être des baleines grises.
Cette pratique aurait disparu de Corée avec le bouddhisme coréen, sous l'influence duquel des décrets royaux interdisaient la mise à mort de créatures vivantes dès le .
Ces éléments ont poussé à réinterpréter certaines données archéologiques provenant de France, d'Espagne ou d'Europe du Nord et la présence d'ossements de cétacés sur des sites paléolithiques (dont de nombreux dauphins et marsouins dont il était difficile de déterminer s'ils provenaient de chasses ou de récupération de carcasses échouées), qui pourrait repousser les premières traces de chasse à la baleine aux environs du ; toutefois aucune preuve directe n'est encore établie.
Histoire vignette|Gravure du montrant des scènes de chasse à la baleine boréale par des Néerlandais à proximité de l'île Jan Mayen et du Beerenberg.
Chasse traditionnelle Durant l'Antiquité, la chasse à la baleine en mer Méditerranée aurait conduit à la disparition des baleines franches et baleines grises de ces eaux.
Les premières traces historiques généralement admises sont des documents qui attestent la chasse à la baleine par les Basques au et un poème japonais antérieur au qui évoque la capture de cétacés.
Les baleines ciblées étaient des baleines franches : La baleine franche de l'Atlantique nord (Eubalaena glacialis), La baleine franche du Pacifique Nord (Eubalaena japonica).
Ces animaux nagent lentement (ce qui en facilite la poursuite) et leurs carcasses (contrairement à celles des rorquals) flottent naturellement en surface (ce qui en facilite la récupération et l'exploitation, d'où leur nom de franche).
La chasse traditionnelle a pu revêtir une grande importance vivrière notamment pour les peuples arctiques, pour lesquels elle était également une activité rituelle. On la retrouve aussi sous les tropiques, par exemple dans les Caraïbes et au Vietnam. Dans l'île de Lembata en Indonésie, il existe deux villages qui pratiquent encore la chasse à la baleine de façon traditionnelle. Mais aussi par les Basques qui furent les premiers à chasser la baleine franche (aussi appelé la baleine basque) en Atlantique Nord dès le .
Chasse industrielle
La chasse aux cétacés est critiquée plus de cent ans avant l'arrivée de la chasse industrielle : par exemple, Bernard Germain de Lacépède dénonce le massacre menaçant ces espèces, essentiellement causé par les gains engendrés par cette chasse.
Dès le , la chasse à la baleine est l'un des motifs majeurs de la colonisation basque des Amériques, notamment autour du Labrador et de l'île de Terre-Neuve. La pratique de la chasse à la baleine a connu un essor notable avec la mise en œuvre de moyens industriels considérables (en particulier les flottes de navires baleiniers provenant d'Europe et de Russie) au . L'huile de baleine était le principal produit de cette chasse, servant d'abord à l'éclairage public, avant l'invention de l'éclairage au gaz ou des lampes à pétrole, mais aussi pour huiler les laines avant le peignage, comme lubrifiant de machines ou pour la fabrication de margarine ou de savon. Dès les années 1930, la valeur de l'huile de cachalot, utilisée comme lubrifiant, et celle des fanons, était devenue négligeable. Les os et la chair étaient utilisés à grande échelle pour faire de l'engrais; on pouvait aussi utiliser la chair comme fourrage pour le bétail, et les os pour fabriquer du charbon.
thumb|La baleinière basque renflouée exposée au musée du Lieu historique national de Red Bay, station baleinière basque du , située dans l'actuelle province canadienne de Terre-Neuve-et-Labrador.
Au milieu du , plus de 150 baleiniers américains naviguent ainsi dans l'océan Arctique, recueillant plus de 200 000 tonneaux d'huile en une seule saison. La pêcherie américaine décline cependant progressivement, au profit notamment des Norvégiens, qui dans les années 1930 fournissaient 70 % de la production mondiale d'huile de baleine. En mars 1929, le baleinier norvégien Sir James Clark Ross débarque à New York après un périple de sept mois dans l'océan Antarctique, ramenant un record de 51 000 tonneaux d'huile, évalués à un million et demi de dollars d'alors. Il s'agissait alors du plus gros baleinier de l'époque, suivis du Larsen, nommé après le chasseur de baleines norvégien Carl Anton Larsen (1860-1924; c'est le fondateur de la base de Grytviken en Géorgie du Sud ainsi que de la Compañía Argentina de Pesca), et du . Pendant cette période, la chasse à la baleine devient de plus en plus industrielle et massive. On estime ainsi qu'environ mille baleines par an étaient tuées en 1900, contre 15 000 à 20 000 à la veille de la Première Guerre mondiale, chiffre qui décline ensuite pour remonter dès le milieu des années 1920 à une fourchette comprise entre 20 000 et 30 000 baleines par an. Cela poussa le Conseil international pour l'exploration de la mer à étudier la question, en collaboration avec la Société des Nations (SDN), et à envisager, dès la fin des années 1920, une convention internationale, qui ne verra le jour qu'en 1946 avec la Convention internationale pour la règlementation de la chasse à la baleine.
La guerre russo-japonaise (1904-1905) va modifier le rapport de force entre les deux pays, les baleiniers russes se voyant chassés des eaux entourant la péninsule coréenne, le Japon pouvant développer sa flotte lui donnant l'accès aux ressources baleinières de la mer du Japon et d'une partie du Pacifique Nord Ouest. Par ailleurs, en 1920 le traité concernant le Spitzberg, qui reconnaît la souveraineté de la Norvège sur le Spitzberg, contient diverses dispositions au sujet des droits de pêche. Neuf ans plus tard, l'île Jean Mayen, à 500 km du Groenland, est également annexée par la Norvège.
Dans cette période, on a vu les moyens passer par des étapes technologiques importantes : voiliers à vapeur, tels que le Aurora, construit à Glasgow en 1876 pour le compte de la Dundee Seal and Whale Fishing Company; navires susceptibles de s'attaquer à des baleines de haute mer ; constitution de flottilles pour optimiser l'exploitation de zones particulièrement riches ou de zones de migration ; utilisation du harpon propulsé (à bord de barques ou à bord de navires de fort tonnage) ; utilisation du , breveté en 1870 par le Norvégien Svend Foyn (1809-1894), qui fut aussi le premier à utiliser un baleinier à vapeur. invention des usines flottantes, afin de fabriquer l'huile de baleine en pleine mer, sans avoir besoin de base à terre. Celles-ci permirent d'exploiter des mers trop éloignées ou isolées, telle la mer de Ross en Antarctique. Les stations baleinières demeuraient néanmoins utiles, et expliquent les revendications territoriales sur les terres d'Antarctique, dont celles de la Nouvelle-Zélande sur la mer de Ross, en 1923, ou les annexions d'îles par le Royaume-Uni (Géorgie du Sud, Shetland du Sud, îles Sandwich du Sud et terre de Graham, suscitant des litiges avec l'Argentine), ou l'île Bouvet, à propos de laquelle le Royaume-Uni abandonna ses prétentions au profit de la Norvège NORWAY GETS BOUVET ISLE.; British Waive Claim to Whaling Base in South Atlantic., New York Times, décembre 1928.. Londres justifiait cela entre autres par l'utilité des produits baleiniers pour faire face à des besoins éventuels de guerre. Pour plus de détails, voir Géorgie du Sud#Les stations baleinières).
Littérature Le roman Moby-Dick d'Herman Melville retrace la poursuite de la baleine éponyme par le capitaine Achab, sur le baleinier le Pequod, depuis l'île de Nantucket dans l'Atlantique jusqu'au milieu de l'océan Pacifique.
Ce roman est inspiré des écrits d'Owen Chase Récit de l'extraordinaire et affligeant naufrage du baleinier Essex.
Intérêt économique de la chasse à la baleine
La chasse à la baleine attire pour plusieurs raisons économiques dont la première est évidemment la nourriture. Une seule baleine apporte plusieurs tonnes de viande (généralement consommée salée) qui représente d'importantes quantités de protéines et de graisses. L'huile avait également plusieurs emplois : chauffage, éclairage, et cuisine. L'huile de cachalot () servait à lubrifier les rouages des machines travaillant à grande vitesse et demandant des mécanismes de haute précision. L'huile de Rorqual était utilisée pour l'éclairage public ; un Rorqual Bleu de 26 mètres produisait environ 27 tonnes d'huile. Les os étaient utilisés comme matériaux. Les fanons, grâce à leur résistance et leur flexibilité, étaient utilisés jusqu'au pour fabriquer des baleines (d'où le nom) de parapluies, d'ombrelles et de corset. On tirait également parti du cuir ; il était tanné, puis utilisé pour confectionner des ceintures et des sangles, tandis que les intestins étaient séchés et réutilisés pour la confection de cordages. La graisse de l'animal était également employée dans l'élaboration de produits cosmétiques et pharmaceutiques. L'ambre gris, fourni par le cachalot, était exploité en parfumerie afin de fixer les parfums ; on lui a également prêté des vertus aphrodisiaques au . Enfin, le spermaceti, un composé chimique extrait du crâne du cachalot servait à fabriquer des bougies, des savons, ou entrait dans la composition de la margarine.
L'impact sur les baleines Mais l'augmentation du nombre de prises a conduit à une raréfaction de la ressource poursuivie. La moyenne annuelle d'animaux capturés, faible avant 1880, s'élève à dès les années 1890, à après 1910 et jusqu'à dans les années 1930.