Les îles Chausey sont un archipel en Normandie, rattaché à la France, situé au nord de la baie du Mont-Saint-Michel. La Grande Île, la seule île habitée (si l'on excepte une maison sur l'îlot d'Aneret), résidence d'une trentaine de personnes, se situe à au large de la commune portuaire de Granville, dont elle, la vingtaine d'autres îles et la centaine d'îlots dépendent administrativement.
L'archipel s'inscrit dans un rectangle d'environ de largeur (nord-sud) et de longueur (est-ouest).
L'archipel est devenu une zone de villégiature et un site touristique.
Toponymie Le nom des îles est attesté pour la première fois sous la forme Calsoi en 1022 - 1026 ([insula que dicitur Calsoi]); Chausie en 1322..
Le terminaison -oi est une variante plus récente de -ei que l'on rencontre davantage dans les textes picards et de l'est de la France, mais parfois aussi en Normandie. Cette terminaison -ei reflète en général l'évolution d'oïl du suffixe collectif gallo-roman servant par exemple à dériver des noms d'arbres pour signifier un ensemble appartenant à la même espèce (cf. le gallo-roman qui a donné l'ancien français Chesnay « chênaie », qui a donné « saulaie », etc.).. C'est pourquoi René Lepelley croit pouvoir identifier le suffixe dans la finale -oi > -ey de ChauseyRené Lepelley, Noms de lieux de Normandie et des Îles Anglo-Normandes, éditions Christine Bonneton, 1999, .. Cependant, cette solution est difficilement envisageable car -ei issu de n'est pas passé à -oi avant le et ce, principalement au nord-est et à l'est de la FranceDominique Fournier, « Chausey#Toponymie » in Wikimanche . C'est incompatible avec la forme la plus ancienne Calsoi citée dès le début du et avec les formes en -oi des autres îles Anglo-Normandes mentionnées à la même époque Greneroi, Jersoi, Alrenoi, etc. qui ne peuvent pas s'expliquer par un collectif en . -ei représenterait selon la plupart des toponymistes, le vieux norrois ey « île » qui constitue également le second élément du nom des autres îles de la Manche comme Jersey, Guernesey et Alderney. La forme en -oi à la place de -ei est une variante norroise que l'on trouve dans le féroïen oy et dans le nom de plusieurs îles : Fugloy, Hestoy, Kalsoy, etc. La forme en -ie de 1322 représente également une alternative à -ei, sans doute féminisée d'après île, nom féminin.
François de Beaurepaire explique la finale -ey sur la base de l'élément pangermanique augia (comprendre le proto-germanique *agwjō > *aujōT.F. Hoad, English Etymology, OUP.) qui s'est répandu sur les côtes de la Gaule de la mer du Nord à l'Atlantique comme le montrent par exemple Oye-Plage (Pas-de-Calais, Ogia ) et l'île d'Yeu (Augia ). En renfort de cette explication l'élément Cals- > Chaus- peut être de façon conjecturale rapproché de Chols- dans Cholsey (Angleterre, Berkshire, Ċeolesiġ 891) signifiant « île de Ċeola », nom de personne anglo-saxon. Il est possible que l'ancien norrois -ey ait renforcé cet élément germanique préexistant. Rien n'indique cependant que Cal- > Chau- remonte à Ċeola (lire « tcheola »), car au stade initial Calsoi, Ca- n'est pas palatalisé.
L'explication de ce premier élément Cal-s- reste incertaine, l'hypothèse ancienne par le latin calx « caillou, chaux », reprise dans un ouvrage sur Chausey de 1985, est invraisemblable d'un point de vue phonétique et abandonnée par les toponymistes aujourd'hui, quant à la racine pré-latine *kal « pierre », suggérée ici par René Lepelley, elle constitue une solution pratique, mais n'explique pas le -s- intermédiaire de Calsoi.
Géographie L'archipel de Chausey est composé d'une vingtaine d'îles et d'un peu plus de David Frotté, « Les îles Chausey, prises d'assaut par les touristes pour fuir la canicule », France 3 Normandie, 11 août 2020.; une cinquantaine d'entre eux émergeant à marée haute dont une trentaine est couverte de végétation. Selon la tradition locale qui fait fi de ce dénombrement, l'archipel serait composé de à marée haute (autant que les de l'année commune) et ou îlots à marée basse (autant que les que compte une année commune)..
L'île principale, la Grande-Île fait environ sur pour ses dimensions les plus larges (environ ).. Elle est constituée de trois îles réunis par un tombolo (point culminant 24 m)http://www.apgn.fr/apgn/carte_site/fic_s50_98.pdf.
On dénombre une cinquantaine de maisons dont les plus typiques, en granit roux, se reconnaissent à leur faible hauteur, leurs huisseries vertes et leurs toits d’ardoises bleu. Le réseau de chemins empierrés ou sablonneux est bordé de buissons de genêts épineux et d’ajoncs. Il n'y a pas de voitures ; seuls les tracteurs de collecte des ordures ménagères et d'entretien de la voierie, la voiturette de l’Hôtel du Fort et des Iles et la camionnette de l'épicerie sont autorisés à circuler.
De 65 hectares de terres à marée haute, l'archipel découvre 5086 hectares d'estran à marée basse, dans un rectangle d'environ de largeur et de longBrochure officielle 2008 de l'archipel Chausey. La Grande Île n'est appelée ainsi que pour la distinguer des autres îles, car en fait Chausey désigne à la fois l'archipel et la Grande Île, qui est la seule habitée.
Des grèves de sables et cordons relient plusieurs parties de l'archipel. Les marées y sont les plus fortes d'Europe (jusqu'à de marnage lors des marées d'équinoxe). Les bateaux au mouillage doivent être éventuellement équipés en conséquence.
Principales îles Grande île : La Genétaie : La Meule : La Houllée : L'île aux Oiseaux : Grand Épail :
Cadre géologique vignette|Carte géologique du Massif armoricain, avec au nord-est le batholite mancellien et ses nombreux plutons de granite cadomien (Trégor, Lanhélin, Chausey, Vire, Avranches…). Ce batholite dessine une ellipse de (d'Alençon à la Rance) sur (de Vitré à Vire)Carte géologique de la France au 1/50000 Fougères 13-17, éditions du BRGM, 1981, ..
Les îles Chausey font partie du domaine nord armoricain, unité géologique du Massif armoricain qui est le résultat de trois chaînes de montagnes successives. Le site géologique des îles est plus précisément un pluton granitique qui fait partie d'un ensemble plus vaste, le batholite mancellienDe , nom latin de la région du Maine, domaine structural de la partie nord-est du Massif armoricain dénommé en 1949 par le géologue Pierre Pruvost. Il est caractérisé par un Précambrien récent au sein duquel se sont mis en place des granitoïdes intrusifs antérieurement au dépôt des terrains paléozoïques ; ce domaine surélevé a été épargné par les transgressions marines du Cambrien...
L'histoire géologique de la région est marquée par le cycle cadomien (entre ) qui se traduit par la surrection de la chaîne cadomienne qui devait culminer à environ .. À la fin du Précambrien supérieur, les sédiments briovériens environnants sont fortement déformés, plissés et métamorphisés par l'orogenèse cadomienne qui implique un fort épaississement crustal, formant essentiellement des schistes et des gneiss.. Les massifs granitiques du Mancellien. scellent la fin de la déformation ductile de cette orogenèse..
L'archipel est constitué de rochers, écueils et îlots granitiques (trois d'entre eux, réunis par un tombolo, constituent la Grande-Ile) qui représentant l'affleurement d'un massif de forme elliptique long de en direction est-ouest et large de en direction nord-sud..
L'étude pétrographe du massif montre qu'il est composé de deux types de roches granitiques (datation du granite 596 ± 12 Ma) : la granodiorite de Chausey (constituant la majorité des îlots), roche gris-bleuté, isogranulaire ; le granite porphyroïde des Romonts (toujours très altéré, ce granite n'a jamais été exploité), riche en mégacristaux de feldspath potassique..
L'étonnante dentelle de granite qu'est cet archipel a été longtemps exploitée dans de nombreuses carrières : les moines de l'abbaye du Mont-Saint-Michel sont considérés comme les premiers exploitants, peut-être dès le début au .. Au , la qualité de ce granite de Chausey (en fait de la granodiorite) a conduit à son emploi, entre autres, dans la construction des manoirs du Cotentin. Il est également utilisé pour la réalisation des quais des ports de Dieppe et de Londres, au pavage des trottoirs de Paris du baron Haussmann, à la reconstruction de Saint-Malo (trottoirs, quais, murailles) en 1949.. Au milieu du , Chausey abrite jusqu'à , la majorité sont des granitiers bretons installés au village des Malouins près de Port-Marie. Ce nombre paraît important et laisse imaginer des conditions de vie très difficiles. La renommée de la roche locale s'explique par ses atouts : c'est un granite sain (il ne forme pas d'arène granitique alors que beaucoup de granites doivent être débarrassés de leur manteau d'altérites), débité naturellement par un système de diaclases qui permet d'obtenir des masses de puissance métrique. Cependant, des taches brunâtres (précipitation du fer de la biotite en hydroxyde de fer , formant des minéraux de limonite ou goethite) apparaissent fréquemment lors de l'altération., ce qui explique qu'il ait été privilégié pour les bordures de trottoirs, dans les infrastructures portuaires (quais, radoub) ou les ouvrages défensifs, et ce jusque dans les années 1950. Le transport des matériaux a été au Moyen Âge et jusqu'à la fin du particulièrement difficile et coûteux. Les bâtisseurs favorisaient les pierres locales, de provenance proximale (matériaux locaux, fussent-ils médiocres) ou le transport par mer de granites insulaires, d'autant plus que les charrois lents empruntaient des chemins en très mauvais états..
Histoire vignette|Vue générale du cromlech de l'Œillet. Les premières traces de vie humaine à Chausey remontent au Néolithique, comme en témoigne notamment la présence du cromlech de l'Œillet au milieu des vasières du nord du Sound.
Site de piraterie et de contrebande, cet univers labyrinthique est longtemps un repaire prisé des navigateurs-fraudeurs. Il suffisait de s'engager dans le Sound (le chenal naturel longeant la Grande Île, sound) ou de mouiller dans la passe Beauchamp pour être à l'abri de tout regard. Sound est un terme issu du vieil anglais sund signifiant « détroit, chenal » (anglais moderne sound, même sens), renforcé par le vieux norrois sund de signification semblable.
Selon la légende de la forêt de Scissy, une marée aurait en 709 séparé ces îles, comme les Mont-Dol et Tombelaine, du continent.
En 1022, , duc de Normandie, fait don des îles Chausey et de la baronnie de Saint-Pair-sur-Mer aux religieux de l'abbaye du Mont-Saint-Michel, qui bâtissent sur la Grande Île un prieuré bénédictin, proche de l'actuelle Ferme., où se retira Bernard d'Abbeville, fondateur de l'abbaye de Tiron.. En 1918, Paul de Gibon mentionnait des fondations affectant la ..
Calsoi, le nom primitif de Chausey, apparaît d'ailleurs pour la première fois à l'occasion de la rédaction de cet acte de cession.
Les îles Chausey font l'objet de rivalités entre Capétiens et Plantagenêts qui se les disputent depuis le rattachement de la Normandie au domaine royal français depuis 1204. Contrairement aux îles voisines anglo-normandes, Chausey est le seul archipel normand resté français après le traité franco-anglais de Brétigny signé en 1360.. Il demeure sous l'autorité de l'abbé du Mont-Saint-Michel jusqu'au milieu du XVIe siècle.