Gérald Van der Kemp (né Gérald Auffret), né le à Charenton-le-Pont et mort le à Neuilly-sur-Seine, inhumé à Giverny dans l'Eure, est un conservateur de musée français.

De à , il assure la conservation en chef du château de Versailles et des Trianons où il mène des campagnes de restauration et de restitution très remarquées. Dans son action, il bénéficie en particulier du soutien appuyé du président de la République française, le général de Gaulle, et de son ministre de la Culture, André Malraux.

Pour trouver les fonds nécessaires à la réalisation de ses projets, Gérald Van der Kemp, personnalité de la vie mondaine parisienne, sollicite ses relations dans la haute société internationale et reçoit le concours de nombreux mécènes et milliardaires américains.

En , après sa retraite, il conduit la restauration de la maison et des jardins de Claude Monet à Giverny à la demande de l'Institut de France dont il est membre.

Biographie

1912 - 1953 : les débuts thumb|right|Le musée du Louvre où Gérald Van der Kemp reçoit sa première affectation à , en 1936.

Issu d'une famille originaire des Pays-Bas où, selon ses dires, « coule du sang breton, hollandais, anglais et aussi, en grande quantité, américain »., Gérald Auffret – dit Gérald van der Kemp – naît le dans la proche banlieue parisienne, à Charenton-le-Pont, de Guillaume Auffret, officier de marine marchande, et d'Yvonne Van der Kemp (arrière petite-fille de ). Il grandit dans une folie nantaise, appelée la gentilhommière de la Meslerie, et poursuit ses études secondaires au lycée Georges Clemenceau de Nantes.

La crise de ruinant ses parents, il part à Paris seul, à dix-sept ans, et tente de survivre en exécutant des caricatures pour les journaux et en préparant l'entrée à l'École des Beaux-ArtsMarc Ladreit de Lacharrière, Discours de réception, Institut de France, Académie des Beaux-arts, (date en attente) lire en ligne (page consultée le 13 avril 2011). Deux années plus tard, en , il se résout à changer d'orientation et s'engage dans la Légion étrangère. Il est affecté au régiment étranger et envoyé au Maroc.

À son retour de la Légion, Gérald van der Kemp s'inscrit à l'Institut d'art et d'archéologie et suit les cours de l'École du Louvre. Selon Marc Ladreit de Lacharrière, son successeur à l'Académie des Beaux-arts, il obtient ses diplômes d'archéologie et de l'École du Louvre en .

La même année Paul Lewis, Gerald van der Kemp, 89, Versailles' Restorer, The New York Times, 15 janvier 2002, lire en ligne (page consultée le 13 avril 2011., il est engagé par Henri Verne, directeur des musées nationaux, et devient chargé de mission au département des Dessins et Gravures du Musée du Louvre. Il est chargé de dresser l’inventaire et le catalogue de la collection Rothschild.

Mobilisé au début de la Seconde Guerre mondiale, Gérald van der Kemp est versé dans une unité de télégraphie Lynn H. Nicholas, The Rape of Europa : the fate of Europe's treasures in the Third Reich and the Second World War, , New York, Knopf Publishers, 1994.. Fait prisonnier en Normandie, il s'évade le et se retrouve au château de Valençay où a été évacuée en dépôt, aux fins de préservation, une partie des trésors des musées nationaux, la statuaire, dont il a la charge. Cette évacuation a été commencée dès 1939 par Jacques Jaujard, sous-directeur des Musées nationaux (puis directeur de à ), vers des édifices assez vastes et éloignés des villes pour abriter les collectionsSophie Humann, Chefs-d'œuvre mis à l'ombre, Valeurs actuelles, avril 2010, lire en ligne (page consultée le 13 avril 2011).. Le château de Valençay, propriété du duc de Talleyrand, sert donc de dépôt à la statuaire : la Vénus de Milo, la Victoire de Samothrace, le Gladiateur Borghèse, ainsi qu'à une partie des collections des musées Guimet, Cognacq-Jay et Nissim-de-Camondo.

En , il est muté au château de Montal, où il a la charge des tableaux, autre trésor des musées nationaux, placés là en dépôt. C'est à Montal que Gérald van der Kemp a pu admirer « chaque soir La Joconde au pied de son lit sur un chevalet »Franck Ferrand, Gérald van der Kemp, un gentilhomme à Versailles, Paris, Perrin, 2005.. Effectivement, ce chef-d'œuvre est transféré le , sous la surveillance de René Huyghe, à Louvigny (Calvados). Après une halte au château de Chambord le , elle séjourne tout l'été dans une propriété privée, l'abbaye de Loc-Dieu, à Villefranche-de-Rouergue dans l'Aveyron. Le , elle est entreposée dans les réserves du musée Ingres-Bourdelle de Montauban. L'avancée allemande en zone libre amène ensuite à l'abriter au château de Montal (Lot) où elle demeure jusqu’à la fin de la guerre.

En , « en remerciement des services rendus pendant la guerre » explique-t-il à un chroniqueur, Jacques Jaujard le nomme conservateur adjoint au château de Versailles où il seconde le conservateur en chef Charles Mauricheau-Beaupré à partir d'.

Le , Charles Mauricheau-Beaupré se tue dans un accident de voiture à Moncton, dans la province du Nouveau-Brunswick (Canada)Nécrologie, Charles Mauricheau-Beaupré, Revue du , Volume 5, , Paris, Société d'étude du , 1953.. Sur les instances pressantes de Daniel Wildenstein le ministre de l'Éducation Nationale André Marie, et le secrétaire d'État aux Beaux-Arts, André Cornu, nomment Gérald van der Kemp conservateur en chef « faisant fonction » du musée de Versailles le . Il sera titularisé à ce poste de conservateur en chef en .

1953 - 1980 : Versailles thumb|right|« Versailles a été la page la plus glorieuse d’une civilisation à jamais disparue », G. van der Kemp.

Le passage de Gérald van der Kemp à la conservation en chef de Versailles marque un tournant majeur dans la communication et la restauration du domaine (ce que soulignent les nombreuses nécrologies parues dans le monde après sa mort « The impressive refurbishment of the central part of Louis XIV's great palace outside Paris was largely van der Kemp's work. » in John Rogister, Obituary : Gerald van der Kemp, The Independent, 11 mars 2002.). Pour certains pays de langue anglaise, il est « le sauveur de Versailles »<ref name="Scotsman"> Obituaries, van der Kemp: 'saviour of Versailles''', The Scotsman, 16 janvier 2002.</ref>.

À son entrée en fonction, balayant d'une phrase les travaux de ses prédécesseurs, Gérald van der Kemp déclare avoir trouvé le palais « dégoûtant, vide, mort » et décidé qu'il « redevienne vivant, beau à regarder, ce qu'il était du temps des rois ».

Dans ce but, il orchestre en premier lieu des actions de communication autour de Versailles. En particulier, en 1955, il organise l'exposition Marie-Antoinette avec le concours de la baronne Élie de Rothschild. Celle-ci obtient le prêt, par différents collectionneurs internationaux, de quantité de meubles, peintures et objets versaillais dispersés à la Révolution, ce qui permet de les montrer « à leur emplacement d'origine ». La présentation fait sensation en montrant comment Versailles pourrait être, au moins partiellement, remeublé John Rogister, Baroness Elie de Rothschild, The Independent, 28 mars 2003, lire en ligne (page consultée le 14 avril 2011).

Les appuis Mécènes Gérald van der Kemp possède également un savoir-faire en relations publiques. Roger Peyrefitte, qui le présente comme « un personnage important de la maçonnerie », souligne parallèlement qu'il a « su jouer de ses relations mondaines plus qu'aucun autre responsable de muséeRoger Peyrefitte, Claude Chevreuil, Propos secrets, vol. 1, , Paris, Albin-Michel, 1997. ». Servi par une vaste érudition, van der Kemp sait mettre en valeur des mots clés : « La France possède quatre grandes locomotives qui continuent à fasciner les gens : Versailles, madame de Pompadour, Marie-Antoinette, et Napoléon. Sur ces noms-là, on peut toujours trouver de l’argent » explique-t-il. Sur cette base, il mobilise le réseau de grands amateurs qu'il s'est constitué depuis sa rencontre avec Daniel Wildenstein à l'École du Louvre, amateurs bientôt suivis par les grandes fortunes internationales.

Il est appuyé, dès sa prise de fonction, par une publicité inattendue : du au , Sacha Guitry tourne au château Si Versailles m'était conté… (dont une partie des droits est offerte à la conservation), film dont le succès international provoque un engouement pour Versailles et « lance une mode qui ne se démodera pas ».

Parmi les premiers grands donateurs enregistrés dans les années cinquante peuvent être cités, entre autres, Douglas Dillon, la famille Rockefeller, la famille David-Weill, Mary Lasker, Barbara Hutton, Arturo López Willshaw, Paul-Louis Weiller. Selon les cas, il s'agit de dons d'objets, meubles, tableaux, ou d'appuis financiers considérablesTrouvée par van der Kemp dans sa corbeille d'arrivée à la conservation en chef, la donation des frères Rockefeller en 1953 atteint de francs de l'époque. Selon le vœu des donateurs, elle est destinée à être affectée en particulier au Petit Trianon, au Hameau et au Pavillon français. In lettre de John D. Rockefeller III à André Cornu du , citée par Fabien Oppermann, Les tribulations des écuries du roi, Versailles au , Livraisons d'histoire de l'architecture , , 2003..

Dans sa recherche de fonds, Gérald van der Kemp bénéficie bientôt du soutien supplémentaire de sa seconde épouse, l'Américaine Florence Russell Bennett Harris (1913-2008) – rencontrée en , épousée en –. Celle-ci, fille d'un amiral, dont la famille a fait fortune dans le café et la construction d'autoroutes Shirley Clurman, After Growing Up at Versailles, Barbara De Portago Has Become the Sun Queen of New York Society, People, 25 août 1980, lire en ligne (page consultée le 15 avril 2011)., ouvre son réseau social personnel à son mari et fonde ultérieurement la Versailles Foundation Obituaries, van der Kemp, Florence, New York Times, 29 mars 2008, lire en ligne (page consultée le 15 avril 2011). (Renaud Donnedieu de Vabres, Réception des « American friends of Versailles », allocution, ministère de la Culture, 10 juin 2004, lire en ligne (page consultée le 27 avril 2011).), association destinée à sensibiliser et réunir les riches donateurs américains. Elle était l'ex-épouse du financier allemand Henrik Schlubach (arrière-petit-fils de John Brander) et la mère de la styliste Barbara de Portago, qui fut notamment l'épouse de l'agent de change américain Anthony Cabeza de Vaca y McDaniel ( marquis de Portago et grand d'Espagne) dit Anthony de Portago, fils du pilote automobile espagnol Alfonso de Portago.

Pouvoirs publics L'intérêt des pouvoirs publics pour Versailles ne peut être attribué à la seule détermination de Gérald van der Kemp. Dès , bien avant sa nomination à la conservation en chef, le secrétaire d'État aux Beaux-Arts André Cornu a lancé une campagne efficace de trois ans, Sauvegarde de VersaillesFabien Oppermann, Les tribulations des écuries du roi, Versailles au XXe siècle, Livraisons d'histoire de l'architecture , , 2003,