Loppidum de Saint-Blaise est un site archéologique majeur en Méditerranée occidentale, situé sur le territoire de la commune française de Saint-Mitre-les-Remparts, près de Fos-sur-Mer, dans le département des Bouches-du-Rhône, en région Provence-Alpes-Côte d'Azur. Le site fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis le ..
Établi à l'extrémité nord du plateau de Castillon, à proximité de la mer, de l'étang de Berre et de la Crau, entre les étangs de Citis et de Lavalduc, l'oppidum est situé dans un environnement majestueux et des plus chargés d'histoire de toute la Provence. Le sel tiré de ces étangs fut vraisemblablement la raison initiale de sa fondation.
Une enceinte hellénistique renforce les défenses naturelles offertes par le site. Les plus anciennes traces d'occupation humaine remontent au Sur cet oppidum celto-ligure, les Étrusques ont créé au un comptoir et entrepris le commerce du sel recueilli sur place. La cité a connu une grande prospérité à l'époque étrusque et grecque. Elle produisait alors un sel de qualité. Elle a été un moment la concurrente de Marseille« L'oppidum de Saint-Blaise », Dossier de l'Archéologie, .. L'oppidum a été habité jusqu'au Saint-Mitre-les-Remparts, Provence Web.. Les derniers habitants ont délaissé la vieille cité en 1390, pour s'installer à Saint-Mitre.
Localisation L'oppidum est situé sur un isthme séparant l'étang de Lavalduc à l'ouest et l'étang de Citis, au nord, Saint-Blaise occupe l'angle nord-ouest d'une sorte de grande presqu'île à plan carré de de côté. À vol d'oiseau, Saint-Blaise est à de Martigues, d'Istres, de Fos, de Port-Saint-Louis-du-Rhône, de Salon-de-Provence et de Marseille et Aix-en-Provence. Un réseau de routes anciennes venant du nord par la Crau aboutit à l'oppidum. Établi sur un éperon barré fournissant une défense naturelle du côté des étangs qu'il surplombe de selon les endroits, le site occupe une superficie de , se composant de deux plateaux comportant entre eux une dénivellation d'une quinzaine de mètres.
Le plateau inférieur, qui porte le nom de Ville-Basse, est à d'altitude et sera prolongé au nord par le village médiéval de Castelveyre. Le plateau supérieur, dit Ville-Haute, culmine à environ avec la partie sud, composant ce qu'on appelle La Citadelle.
Historique des recherches Connu depuis le , le site est décrit un peu avant la Révolution française par l'abbé Couture, curé de Miramas, comme une ancienne cité fortifiée. Le géologue de Marseille Gaston Vasseur y voit, vers 1914, une cité grecqueLettre de l'Agglomération Communauté d'Agglomération Ouest Étang de Berre, octobre 2007, .. Il a d'ailleurs collecté des fragments de céramique d'époque grecque conservés dans des boîtes au musée Borély à Marseille. Émile Bourguet, professeur au Collège de France, suggère de réaliser des sondages qui sont entrepris par A. Bérard, mais sans suite.
Le site a été exploré par R. de Cabrens en 1924 et révélé par les fouilles d'Henri Rolland à partir du , jusqu'à sa disparition en 1970. La ville était restée abandonnée, sans aucune reconstruction nouvelle depuis sa destruction au , réoccupée partiellement jusqu'à la fin du , situation extraordinaire et rarissime pour une ville. Henri Rolland fouillera l'intérieur de la ville après n'avoir dégagé les remparts qu'en 1946. Il confia des sondages à J. et Y. Rigoir, dont le secteur de la Maison des Jarres ou à son collaborateur Y. Garlan responsable de 1961 à 1962 des recherches autour de la porte principale. À sa suite et jusqu'en 1985, de nombreux chercheurs méridionaux spécialistes de l'âge du fer ou du Moyen Âge, parmi lesquels André Dumoulin, Bernard Bouloumié, qui dirigea le sondage stratigraphiqueGallia, vol. 35, , 1977, p. 527. entre 1974-1978 dans le secteur Q 8/9 du quadrillage général(Gallia, vol. XXVII, , 1969, p. 434)., en limite des fouilles anciennes et au nord de la ville basse et qui permit, bien que réalisé sur une surface réduite d'identifier , comprises entre la période cardiale et l'Antiquité tardiveBouloumié 1982), cité par Pierre Garmy, Conservateur du Patrimoine qui participa à la campagne de 1976, p. 19 de son dossier de candidature au diplôme d'habilitation à diriger des recherches, 2009., puis Patrice Arcelin, Charlette Pradelle et Gabrielle Démians d'Archimbaud, ont contribué à faire de Saint-Blaise un des hauts lieux de l'histoire de Provence, dont le flambeau est aujourd'hui repris par l'action de la Communauté d'agglomération du pays de Martigues et de son archéologue, Jean Chausserie-Laprée. La première mission fut l'inventaire et le classement des collections archéologiques, désormais conservées à Martigues. Elle s'apprête à lancer un programme d'aménagement et de mise en valeur, qui permettra à tous les publics de découvrir et comprendre l'importance du site archéologique de Saint-BlaiseBernard Bouloumié, « 50 ans de fouilles », Les Dossiers d'Histoire et d'Archéologie, , juin 1984. p. 22-23-27..
Géologie L'éperon se compose d'un Burdigalien inférieur, avec de calcaire gréseux, de calcaire bioclastique et, au-dessus, de burdigalien moyen marneux avec un horizon d'Ostrea offreti. Le premier niveau burdigalien supérieur comprend un calcaire bioclastique très riche en bryozaires sur d'épaisseur et une couche de dIsognomon soldanii.
L'entablement du plateau est formé par l'Helvétien gréseuxM. Maurel-Ferrandini, Reconstitution paléographique du Burdigalien du littoral de la Chaîne de la Nerthe et de la région des étangs, BdR, France, Marseille, 1977..
Les sources Le sous-sol regorge d'eau douce : les habitants ne risquaient pas d'en manquer. Une source était utilisée sur le flanc est du site, en contrebas de la première falaise. On y accédait par un chemin aménagé dans le rocher, redécouvert en 2010 par des bénévoles, sous la conduite de l'archéologue responsable du site, Jean Chausserie-Laprée. Cette source est appelée Source de la Tourtoulane. Sur le côté ouest, deux sources fournissent des eaux abondantes : l'une située au pied du rempart du , l'autre également à la , située un peu plus loin. Captée par un tunnel à forte déclinaison s'enfonçant dans la colline, elle alimente une fontaine à l'ombre d'un mûrier majestueux dans la cour d'une maison forestière. Elle était accessible par un sentier partant de la Ville-Haute à la poterne ouest. Il est possible qu'elle ait pu alimenter des installations sur la rive de l'étang (usine de sel, débarcadère).
Toponymie Un tel endroit, fréquenté de très bonne heure par les Étrusques et les Massaliotes, qui finirent par l'inclure dans leur propre domaine comme un comptoir ou emporion propre à attirer de nombreux marchands, avec des salines qui fournissaient en abondance une denrée très recherchée, aurait dû laisser dans l'histoire une trace notable, nous livrer un nom maintes fois mentionné : il n'en est rien. Il est vrai que la majeure partie des écrits grecs ou romains concernant la région sont perdus : les historiens d'aujourd'hui doivent se contenter la plupart du temps de fragments épars, en général des citations plus ou moins fidèles de divers auteurs. Aucune inscription n'a jamais été retrouvée sur le site, à l'exception de graffites sur des vases et d'une ou deux épitaphes fragmentaires d'époque tardive.
Les habitants de la Basse-Provence appartenaient à la grande confédération des Salyens.
Cet « oppidum sans nom », comme le dit Jean Chausserie-Laprée, est-ce la Mastrabela d'Avienus (fin du ) qui, dans la description contenue dans son Ora maritima, cite un lieu très proche de celui de Saint-Blaise, caractérisé par la découverte de céramiques étrusques, rhodienne et corinthienne datées du , correspondant au ? Ou la Mastramélè d'Étienne de Byzance (), qui reprend dans ses Ethniques les écrits de Pausanias, Ptolémée et Strabon ? Les Phocéens de Marseille, vers 600, apportent une vaisselle caractéristique d'Asie Mineure () : c'est sûrement vers cette époque, dans la première moitié du , que le nom primitif serait devenu Mastramellè. Le géographe grec Artémidore la signale au . Du époque de la , le site est abandonné, mais Pline l'Ancien connaît l'étang sous le nom de Mastramela.
La cité sera plus connue sous le nom d'Ugium, ( ), nom conservé dans des titres datés de 828, 874, 923 et 987. On ignore ce qui se passa au cours des , mais en 1231, un document qui contient le contrat de construction attestent que le rempart et la chapelle actuelle furent alors élevés. La ville s'appelle à ce moment « Castellum Vetus », qui veut dire :le vieux château ou Casteu-veire en provençal, Castelveyre en français ( ), pour la partie autour de l'église, jouxtant la Ville-Basse. Elle prit ensuite le nom de Saint-Blaise, qui était celui du saint patron de la chapelle.
Chronologie La chronologie actuelle, établie par Bernard Bouloumié à partir des travaux d'Henri Rolland, prend en compte les données récentes de la stratigraphie. Elle permet d'établir pour ce site archéologiques. Saint-Blaise I Néolithique ancien et moyen, Chalcolithique, à partir de 4700 av. J.-C. Couche VIII Saint-Blaise II Âge du bronze (ancien et final), à partir de 2000 av. J.-C. Couche VIII Saint-Blaise III 650-475 Couche VII (650-600) Couche VI (600-550) Couche V (550-500) Saint-Blaise IV 475-200 Couche IV (500-350) Saint-Blaise Va et Vb 200-120/80 Couche III (350-49) Saint-Blaise Vc milieu du Couche III (350-49) Saint-Blaise VI ou période Ugium Saint-Blaise VI Ugium I (/-s) Couche II (-49 à 900) Saint-Blaise VI Ugium II () Couche II (900 à 1100) Castelveyre Couche I (1200 à 1400)
Période préromaine Les grands événements enregistrés par la stratigraphie sont : 650-625 : aménagement proto-urbains. Construction du rempart primitif ; vers 625 : peut-être un incendie ; 550 : incendie ; 550-475 : nouveaux aménagements et nouvelle orientation de l'habitat ; vers 475 : incendie ; entre 475 et 200 env. : semi-abandon du site ; 200-120/80 : construction de Saint-Blaise Vb ; urbanisme orthogonal et rempart en grand appareil de type grec ; vers 120 : destruction générale après un siège ; milieu du : réoccupation partielle et de courte durée. Saint-Blaise est alors abandonné pendant au moins quatre siècles. Les documents romains les plus anciens se situent au plus tôt aux : c'est la période d'Ugium ou que l'on peut diviser en trois périodes : Ugium I : / ; Ugium II : ; Castelveyre : . Pendant cette période de dix siècles, on note les événements suivants : : construction de la ville paléochrétienne, du rempart, de l'église Saint-Vincent, de la première église Saint-Pierre ; 874 : destruction d'Ugium par les Sarrasins ; : la ville ne semble pas avoir été reconstruite et sa population a vraisemblablement diminué. Construction de la seconde église Saint-Pierre ; Fin : incendie de la seconde église Saint-Pierre ; : construction de la troisième église Saint-Pierre ; : construction de l'église Notre-Dame de Castelveyre ; 1231 : construction du rempart de Castelveyre et regroupement des habitants d'Ugium autour de l'église ; : l'église prend le nom de Notre-Dame de Castelveyre et Saint-Blaise ; 1390 : destruction d'Ugium et de Castelveyre par les troupes de Raymond de Turenne.
Mobilier sont répertoriées dans les registres : essentiellement de la vaisselle en céramique..
, Néolithique ancien et moyen, Chalcolithique, à partir de 4700 av. J.-C.