Tsepon Wangchuk Deden Shakabpa (, , Lhassa, Tibet Interview: W.D. Shakabpa, Tibetan Bulletin, Volume , 16, Information Office of the Central Tibetan Secretariat, 1985, p. 24 : - , Corpus Christi (Texas), États-Unis) est un homme politique et historien Bhuchung Tsering, Did I have a hand in translating Shakabpa’s new book on Tibetan History?, 11 avril 2010. tibétain descendant de la famille noble des Shakabpa Derek F. Maher, Translator's preface in Tsepon Wangchuk Deden Shakabpa, One Hundred Thousand Moons: An Advanced Political History of Tibet, vol. 1, BRILL, 2010, p. xi : .. Tsepon était le titre du ministre des finances du Gouvernement tibétain.
Biographie vignette|gauche|Les quatre tsipon dans le jardin de Dekyi Lingka. De gauche à droite : Shakapa, Ngapo Ngawang Jigme, Lukhangwa et Namseling Paljor Jigme. Tsepon Shakabpa, né à Lhassa le , est le fils de Tashi Phuntsok Shakabpa, steward de Lhassa Derek F. Maher, Préface, One Hundred Thousand Moons: An Advanced Political History of Tibet, Volume 1, et de son épouse Samdup DolmaKarma Gyatsho, Tsepon Wangchuk Deden Shakabpa (1908-89): A Brief Biography The Tibet Journal, Volume 16, 1991, p. 90 : . Son plus jeune frère, Thubten Tsepal Taikhang, est né en 1919. Une conversation en 1931 avec son oncle Trimön, ministre du gouvernement du dalaï-lama ayant participé à la Convention de Simla, fut à l'origine de sa fascination pour l'histoire du Tibet.
Il devint membre du gouvernement tibétain à l'âge de 23 ans et fut secrétaire laïc du Kashag avant de devenir ministre des Finances du gouvernement tibétainMichael Harris Goodman, Le Dernier Dalaï-Lama ?, 1986, p. 57. de 1930 à 1950 lors de la période de l'indépendance de factoJacob van Kokswijk, Digital Ego Social and Legal Aspects of Virtual Identity, 2007, p. 52.
Mission commerciale en 1947-1949 vignette|gauche|Tsepon Shakabpa rencontre Lord Louis Mountbatten, en 1948. Kuladharma Ratna traduit, tandis que Pomdawa Lozang Yarpel, membre de la mission commercial se tient à l'arrière. Fin 1947, le Kashag envoya une délégation tibétaine conduite par Shakabpa, alors ministre des finances, afin, selon Tsering Shakya, « de s'enquérir des conditions commerciales pour l'importation par le Tibet de produits étrangers d'Inde, d'Amérique, de Chine et d'Angleterre, et pour l'exportation par le Tibet de laine, de queues de yak et de fourrures, pour le bénéfice du pays et de ses habitants » Tsering W. Shakya, 1948 Tibetan Trade Mission to United Kingdom in The Tibet Journal, Volume 15, 1990, p. 101 : Alex McKay, The History of Tibet: The modern period : 1895-1959, p. 576.. Il s'agissait aussi d'acheter de l'or pour garantir la monnaie-papier tibétaine et de trouver le moyen de se procurer des devises étrangères James August Duncan, American Journalism and the Tibet Question, 1950-1959, Graduate Theses and Dissertations, 12231, Iowa State University, p. 8.. Cette mission commerciale avait aussi pour but de montrer que le Tibet était un pays indépendant et que ses liens avec la Chine étaient de nature religieuseTsering Shakya et Anne-Marie Blondeau, Faits historiques, in Le Tibet est-il chinois ?, Anne-Marie Blondeau, Katia Buffetrille, p. 83-84Claude Arpi, Tibet, le pays sacrifié, p. 242.
Au cours de ce voyage, qui dura de fin 1947 à début 1949, il se rendit en Inde, en Chine, à Hong Kong, aux États-Unis en Angleterre, en France, en Suisse et en Italie Tenzin Tsundue, Shakabpa's Passport Recovered, Phayul.com, avril 2004.. Son jeune frère (Thubten Tsepal Taikhang) ainsi que le jeune abbé Khenchung Changkhyim Tupten Tsepel (Mkhan chung Chang khyim Thub bstan tshe dpag), le militaire Surkhang Lhawang Topgyal et l'homme d'affaires Pandatsang Rapga et le traducteur Kuladharma Ratna, prirent part à cette mission dont l'objectif économique était l'introduction de machines pour l'agriculture, l'élevage au Tibet, et la transformation de la laine, ainsi que d'obtenir le relâchement du contrôle indien sur les exportations du Tibet et l'achat d'or pour la monnaie tibétaine. Du point de vue politique, des passeports furent délivrés aux membres de la délégation pour, selon Shakabpa lui-même, souligner l'indépendance du Tibet, dont le statut n'était bien compris dans le monde, l'information provenant alors principalement de sources chinoises Shakabpa, Tsepon Wangchuk Deden (4e druk 1988) Tibet: A Political History, Potala Publications, New York, , pp. 294-295. . Selon Thupten Samphel, porte-parole du dalaï-lama, représentant du gouvernement tibétain en exil : « Ceci indique que là où Tsepon W. D. Shakabpa s'est rendu en visite, on a reconnu le passeport délivré par le gouvernement tibétain ».
Début 1948, la mission se rendit en Chine et visita Shanghai, Pékin et Hongchow avant d'arriver à Nankin en mai. Elle évita le piège du Kuomintang qui tenta de faire apparaître les délégués comme représentants officiels du Tibet lors de l'élection du président de l'assemblée nationale chinoise. La mission se contenta d'adresser un message de félicitations à Tchang Kaï-chek, réélu à la présidence. Ils rencontrèrent des difficultés diplomatiques pour obtenir des visas sur leurs passeports tibétains, dont la validité était contestée par les Chinois. Des aménagements diplomatiques subtils leur permirent de poursuivre leur voyage par Honolulu, San Francisco, Washington et Londres. Si les discussions avec les Américains et les Britanniques portèrent principalement sur les affaires économiques et financières, ce fut aussi l'occasion de présenter le problème du Tibet dans les chancelleries occidentales et dans l'opinion publique. Une lettre du dalaï-lama fut remise au président Harry S. Truman. Le gouvernement des États-Unis envisagea la chute du Kuomintang, et l’opportunité de considérer le Tibet comme un État indépendant plutôt que comme appartenant à la Chine communisteRoland Barraux, Histoire des dalaï-lamas. Quatorze reflets sur le lac des visions, éditions Albin Michel, 1993. Réédité en 2002 chez Albin Michel, , p. 322-323 : .
Aux États-Unis, la délégation commerciale n'eut pas droit au même accueil que celui réservé aux délégations d'États souverains. Alors que les Tibétains croyaient aller aux États-Unis avec des passeports tibétains, le ministère américain des Affaires étrangères considérait pour sa part que ces passeports avaient été émis par un gouvernement étranger non reconnu par le gouvernement américain. Quand les États-Unis avaient accordé les visas à la délégation, ils avaient informé la République de Chine que leur délivrance ne constituait en rien une reconnaissance officielle du Tibet de leur part. Dans les faits, pour les Américains, il ne s'agissait pas d'une mission officielle James August Duncan, American Journalism and the Tibet Question, 1950-1959, Graduate Theses and Dissertations, 12231, Iowa State University, pp. 8-9..
La question du passeport
Une illustration du passeport de Tsepon W. D. Shakapba a été publiée en 1967 dans son livre Tibet: A Political History. Le passeport original a été retrouvé en 2003 au Népal Jeremy Page, Crumpled passport ‘proves’ Tibet independence claim, The Times, 23 juin 2007, reproduit sur le site World Tibet News .. Délivré par le Kashag (cabinet du gouvernement tibétain) à son ministre des finances Tsepon Shakabpa en voyage à l'étranger, le passeport, similaire au message des officiers nominaux qui distribuent les passeports aujourd'hui, est muni d'une photographie et stipule dans un texte bilingue tibétain - anglais (le passeport ne comporte aucune inscription en chinois) que "le possesseur de cette lettre - Tsepon Shakabpa, Chef du Département des Finances du Gouvernement du Tibet, est envoyé en Chine, aux États-Unis d'Amérique, au Royaume-Uni et dans d'autres pays pour explorer et réviser les possibilités commerciales entre ces pays et le Tibet" Tsepon W.D. Shakabpa Tibet: A Political History (1967), Yale University Press, New Haven and London: Independent Tibet – The Facts (Jamyang Norbu), http://www.tibetjustice.org/jamyangnorbu/ Conference for an Independent Tibet to display rare Historic document (Phurbu Thinley), http://www.phayul.com/news/article.aspx?id=16947&t=1. Le passeport, établi à Lhassa par le Kashag (le Conseil des ministres), est daté du jour du mois de l'année du Cochon de Feu selon le calendrier tibétain ( dans le calendrier grégorien)..
Le passeport a reçu les visas de nombreux pays et territoires, dont l'Inde, les États-Unis, le Royaume-Uni, la France, l'Italie, la Suisse, le Pakistan, l'Irak, Hong Kong, mais pas de la Chine. Certains visas révèlent un statut officiel, comportant les mentions "visa diplomatique", "courtoisie diplomatique", "visa de service", "officiel gratuit", ainsi que "pour officier du gouvernement".
Selon la famille Shakabpa ainsi que Friends of Tibet, une association solidaire des Tibétains en exil, ce passeport démontre que le Tibet était indépendant en 1948 Statement from Shakabpa family regarding Tsepon Shakabpa's passport, Phayul.com, 5 avril 2004.. Selon Thupten Samphel, un porte-parole du dalaï-lama, « cela indique que les endroits qu'il a visités ont reconnu le passeport délivré par le gouvernement tibétain ».
Barry Sautman, professeur associé de l'université de science et de technologie de Hong Kong, déclare pour sa part que les passeports d'un État non reconnu n'ont pas de valeur aux yeux des États reconnus et que l'apposition d'un visa ne saurait impliquer reconnaissance Barry Sautman, “All that Glitters is Not Gold”: Tibet as a Pseudo-State : . Il cite à cet égard un texte sur la politique en matière de visa dans l'Union européenne : « en règle générale on n'appose pas de visa sur un passeport non reconnu ou, si on le fait, il est expressément stipulé que cet acte n'implique pas de reconnaissance de la part de l'autorité délivrante »Barry Sautman, op. cit., p. 13, note 93 : (source : Annalisa Melone, Visa Policy Within the European Union Structure, Berlin, Springer, 2006) (« On considère qu'un État ou un gouvernement non reconnu n'a aucune autorité pour délivrer des passeports. Les documents délivrés par des États ou des gouvernements non reconnus ne sont pas considérés comme étant des "passeports". On ne leur accorde aucune validité officielle, en règle générale on n'appose pas de visa sur un passeport non reconnu ou, si on le fait, il est expressément stipulé que cet acte n'implique pas de reconnaissance de la part de l'autorité délivrante »)..
Résultats de la mission La délégation acheta pour 400 000 dollars d'or et obtint le droit d'importer des marchandises sans droits de douane via Calcutta en Inde et de conserver les dollars provenant des exportations.
Les négociations tibéto-chinoises qui n'eurent pas lieu en 1950 vignette|gauche|Délégation tibétaine qui rencontra le premier ministre Nehru à New Delhi, le . Premier rang : Tsecha Thubten Gyalpo, Pema Yudon Shakabpa (épouse de Tsepon Shakabpa), Indira Gandhi, Jawaharlal Nehru, Tsering Dolma, Tsepon Wangchuk Deden Shakabpa, Depon Phuntsok Tashi Takla. Dernier rang : Jigmé Taring, moine inconnu (Geshe Lodo Gyatso?), et Chepon Chemo Driyul (beau-frère de Tsepon Shakabpa).