Le Club olympique de Roubaix-Tourcoing, abrégé en CO Roubaix-Tourcoing ou CORT, est un club de football français fondé en 1945 et disparu en 1990, situé à Roubaix dans le Nord.

Le club est créé pour monter une équipe professionnelle regroupant les principaux clubs de Roubaix et de Tourcoing, le RC Roubaix, l'Excelsior AC et l'US Tourcoing, soutenue par l'industrie textile locale. Prenant la place de l'équipe professionnelle de l'Excelsior AC en Division 1, le CO Roubaix-Tourcoing termine troisième pour son premier exercice dans l'élite, puis remporte le titre de champion de France dès la saison suivante, en 1946-1947, après seulement deux ans d'existence.

Le CO Roubaix-Tourcoing peine cependant à entretenir ce succès. Il ne peut éviter la relégation en Division 2 à l'issue de la saison 1954-1955, ce qui mène au départ des dirigeants de l'US Tourcoing en 1957. En proie à des dettes de plus en plus importantes, le club est contraint d'abandonner le statut professionnel en 1963, menant au retrait des dirigeants du RC Roubaix. Le club repart dans les championnats amateurs de la Ligue du Nord. Après sept saisons en amateur, l'aventure sous le nom CO Roubaix-Tourcoing s'arrête en 1970, après que le club est promu en Division Nationale du championnat de France amateur, premier niveau amateur. Le club change son nom en Excelsior Athlétic Club de Roubaix, puis disparaît en 1990.

Le club jouait au stade Amédée-Prouvost, situé à Wattrelos, et évoluait en rouge et noir les premières années, puis en blanc et noir.

Histoire

Origines du CO Roubaix-Tourcoing (1895-1939)

vignette|Première photo connue de l'équipe du RC Roubaix en 1895 ou en 1896.|alt=Photographie d'une équipe de football avec onze joueurs et un dirigeant

Dès le début du , le Nord de la France devient l'une des principales terres de football du pays ., en particulier dans l'agglomération de Lille-Roubaix-Tourcoing, qui voit leurs clubs rivaliser et s'illustrer dans le premier championnat national français, le championnat de France organisé par l'USFSA. Fondé en 1895, le Racing Club de Roubaix domine le football français dans les années 1900, remportant à cinq reprises le championnat de France, en 1902, 1903, 1904, 1906 et 1908. L'Union sportive de Tourcoing, qui voit le jour en 1902, est sacrée à son tour championne de France en 1910, tandis que l'Olympique lillois remporte le titre en 1914..

À la suite de la création de la Ligue du Nord en 1919, faisant suite à celle de la FFFA, la rivalité entre les trois clubs, exacerbée par des soupçons de pratique de l'amateurisme marron, se poursuit en Division d'Honneur, leur suprématie n'étant contestée que par les Picards de l'Amiens AC. De 1920 à 1932, ces quatre clubs se partagent le titre de champion du Nord.. Lors des saisons 1930-1931 et 1931-1932, un deuxième club roubaisien vient se mêler à la lutte pour le titre, l'Excelsior Athlétic Club. Fondé en 1922 sous le nom d'Excelsior de Tourcoing, il déplace son siège à Roubaix en 1929.., et en profite pour récupérer le stade Amédée-Prouvost, un an après la disparition du Football Club de Roubaix, qui l'occupait précédemment.. L'Excelsior AC termine troisième ces deux saisons.

vignette|left|Le football roubaisien est au sommet en 1933, la finale de la Coupe de France opposant dans un véritable derby l'Excelsior AC et le RC Roubaix.|alt=Action de jeu pendant un match de football.

Avec l’avènement du professionnalisme en 1932, plusieurs clubs de l'agglomération décident de franchir le pas. L'Olympique lillois, le Sporting Club fivois et l'Excelsior AC passent professionnels dès la première année et participent au nouveau championnat de France pour la saison 1932-1933. Le RC Roubaix et l'US Tourcoing patientent une année et rejoignent la nouvelle Division 2 pour la saison 1933-1934. La professionnalisation s'avère notamment bénéfique pour les professionnels de l'Excelsior AC, qui remportent la Coupe de France en 1933 dans un véritable derby face au RC Roubaix, encore amateur au moment de la rencontre. Cette finale a la particularité d'être la seule à avoir opposé deux clubs de la même ville de province.. L'Excelsior se met à l'abri rapidement avec trois buts dans les trente premières minutes, et bat le Racing trois buts à un. Il s'agit alors du deuxième échec consécutif en finale de la Coupe pour le Racing, après celui de 1932 perdue contre l'AS Cannes.. L'Excelsior continue sa spirale positive la saison suivante en terminant à la cinquième place du championnat 1933-1934.

À la fin de la saison 1934-1935, des négociations ont lieu entre l'Excelsior AC, le RC Roubaix et l'US Tourcoing en vue de réaliser une entente entre leurs équipes professionnelles. L'Excelsior AC vient alors de terminer en Division 1, tandis que le RC Roubaix et l'US Tourcoing ont fini respectivement et en Division 2. Les joueurs professionnels des trois clubs passeraient à l'Excelcior AC, qui se renommerait Excelsior de Roubaix-Tourcoing.. Le projet est alors adopté par l'US Tourcoing, mais rejeté par le RC Roubaix.. L'entente entre l'US Tourcoing et l'Excelsior AC ne durera le temps que d'une saison, le club terminant en Division 1. Cependant, l'Excelsior AC décide de garder son nouveau nom d'Excelsior de Roubaix-Tourcoing., tandis que l'US Tourcoing remontera une équipe professionnelle à son nom en 1937, qui démarrera en Division 2. Dans le même temps, le RC Roubaix est promu en Division 1 à l'issue de la saison 1935-1936.

Formation du CO Roubaix-Tourcoing (1939-1945)

Le début de la Seconde Guerre mondiale vient perturber les compétitions. Seul l'Excelsior de Roubaix-Tourcoing conserve une équipe professionnelle pendant la guerreL'Excelsior de Roubaix-Tourcoing participe aux championnats dit « de guerre », qui ne sont pas comptabilisés dans le palmarès par la FFF. Le RC Roubaix aurait dû être relégué en Division 2 pour la saison 1939-1940 ; faute de compétition, le club doit abandonner le professionnalisme. L'US Tourcoing déclare forfait en Division 2 lors de la saison 1938-1939 et abandonne donc le professionnalisme avant le début de la guerre.. Lorsque les compétitions reprennent leur cours en 1945, l'Excelsior de Roubaix-Tourcoing doit repartir en Division 1 et le RC Roubaix en Division 2.

vignette|Le club est fortement soutenu par le peignage Amédée Prouvost, sur lequel est même implanté son stade, visible en bas à droite.

Cependant, en juin, deux mois avant la reprise du championnat, un projet de fusion entre le RC Roubaix et l'Excelsior est proposé par des dirigeants des deux clubs, pour que le football roubaisien puisse retrouver son niveau des années 1930-1935. Elle est néanmoins rejetée.. Mais rapidement, Albert Prouvost, président de l'Excelsior, patron du peignage Amédée Prouvost, recontacte les dirigeants du Racing Club, Robert Motte et l'ancien international Georges Verriest, et ceux de l'US Tourcoing, Charles Van de Veegaete et Ernest Lefèvre, afin que les clubs mettent leurs forces en commun.. La négociation aboutie, et débouche sur un groupement des forces dans une seule équipe professionnelle, qui prendrait la suite de celle de l'Excelsior de Roubaix-Tourcoing. Afin de conserver la personnalité de chacun des trois clubs, ceux-ci ne fusionnent pas pour que les sections amateurs subsistent. Ainsi, l'équipe amateur du RC Roubaix s'engage en Division d'Honneur du Nord pour la saison 1945-1946, mais elle est reléguée dans la foulée..

Toute équipe professionnelle devant reposer sur un club amateur affilié à la FFFA, le nouveau club utilise les bases de la modeste Union sportive roubaisienne, dissoute pour l'occasion... Le premier choix pour l’appellation de la nouvelle entité se porte sur « Football olympique Roubaix-Tourcoing », mais l'acronyme « FORT » étant jugé trop prétentieux, les dirigeants optent finalement pour le Club olympique Roubaix-Tourcoing.. Le premier président du Club olympique de Roubaix-Tourcoing (CORT) est Albert Prouvost, Jacques Roussel lui succédant rapidement. Georges Verriest, vice-président, fait venir Pierre Brun, ancien de l'équipe fédérale Lille-Flandres de la saison 1943-1944, comme directeur sportif. Le choix des couleurs se porte sur le noir et le rouge.

Le club, comme l'était l'Excelior avant lui, est alors fortement soutenue par l'industrie textile local florissante, en particulier par le peignage Amédée Prouvost, propriétaire du club qui emploie de plus des milliers de personnes dans la région.. Après avoir utilisé les stades des trois clubs, le CO Roubaix-Tourcoing va rapidement se fixer au stade Amédée-Prouvost, également propriété du peignage, situé dans son complexe industriel d'une quinzaine d'hectares à cheval sur les communes de Roubaix et Wattrelos, au cœur de quartiers ouvriers, qui constitueront la base de supporters du club..

Période faste (1945-1953)

thumb|CO Roubaix-Tourcoing en 1946-1947

Lors de sa fondation, le CO Roubaix-Tourcoing s'appuie essentiellement sur les meilleurs joueurs professionnels de l'Excelsior de Roubaix-Tourcoing, tels les arrières Georges Deruelle et César Urbaniak, le demi-centre Stanislas Laczny ou l'ailier Henri Hiltl. Stanislas Sumera vient quant à lui du RC Roubaix. Ils sont rejoints dès 1945 par le gardien de but international Julien Darui, ancien de l'Olympique lillois, par l'inter Michel Frutoso, qui revient à Roubaix sept ans après en être parti, ou encore par l'avant Roger Grava.. L'équipe obtient vite de très bons résultats. Le , pour son premier match officiel, le CO Roubaix-Tourcoing s'impose trois buts à un sur le terrain de l'AS Saint-Étienne lors de la première journée du championnat 1945-1946.. Il achève sa première saison sur une troisième place, à quatre points du Lille OSC, le rival régional né lui aussi d'une fusion des principaux clubs lillois après-guerre.

Renforcés par les recrutements du demi-gauche Lucien Leduc et de l'international autrichien Camillo Jerusalem., les Noir et Rouge roubaisiens attaquent la saison 1946-1947 avec ambition. Ils résistent d'abord au départ en trombe du Racing Club de Strasbourg puis occupent à leur tour la place de leader de la à la . Rejoints par le Stade de Reims, les Nordistes reprennent finalement le dessus et remportent le championnat en battant les Rémois et le Lille OSC sur leurs terrains respectifs... Le gardien de but Julien Darui, dont les dégagements constituent une arme offensive souvent décisive, s'impose en plus comme un chef de défense très efficace. Henri Hiltl est lui le leader d'attaque et inscrit quatorze de ses vingt-trois buts sur coup franc. Le championnat terminé, les Cortistes se rendent au Luxembourg pour affronter le Vasas de Budapest. puis au Maghreb pour une tournée de six matchs. Ces six rencontres sont toutes victorieuses pour Roubaix-Tourcoing et la presse locale est convaincue.. par la « belle leçon. » donnée par le CORT.

Ce titre de champion donne de l'ambition aux dirigeants. En 1948, les sections amateurs des deux clubs roubaisiens sont finalement absorbées. Cependant, les résultats vont devenir plus chaotiques par la suite, malgré la redoutable défense formée par Darui, Robert Meuris et Jacques Delepaut et l'efficacité en attaque de Jean-Jacques Kretzschmar, auteur de 65 buts en première division sous le maillot du CORT. Les entraîneurs se relaient au chevet de l'équipe, sans lui permettre de retrouver la réussite de 1947. Huitièmes en 1948, les Cortistes terminent à la treizième place du championnat 1948-1949 puis à la dixième place lors des deux saisons suivantes. Les supporters roubaisiens se font plus rares, les affluences dépassant rarement les spectateurs passé le cap des années 1950.