Le djihad ou jihadLa lettre arabe « ﺟ » est quelquefois transcrite « j » par anglicisme plutôt que « dj », comme l'indique la transcription traditionnelle française. Elle est prononcée dans tous les cas . Prononciation en français de France standardisé retranscrite selon la norme API. (en arabe , Prononciation de l'arabe standard moderne retranscrite selon la norme API.) est un devoir religieux au sein de l'islam et du babisme. En arabe, ce terme signifie « abnégation », « effort », « lutte » ou « résistance ». Il est souvent traduit, dans les langues européennes, par « guerre sainte ».

Le concept de djihad a varié au cours du temps et, parfois, ses interprétations successives ont été en concurrence. Le djihad est parfois considéré comme le sixième pilier de l'islam par une minorité au sein du sunnisme, bien qu'il n'en ait pas le statut officiel. Dans le chiisme duodécimain, il est considéré comme l'une des dix pratiques religieuses du culte. La notion de djihad existait également au sein du babisme, religion indépendante proclamée à Chiraz (Iran) en 1844.

Selon Averroès, l'islam compte quatre types de djihads : par le cœur, par la langue, par la main et par l'épée. Le djihad par le cœur invite les musulmans à . Le djihad peut ainsi être interprété comme une « lutte spirituelle », dans le cadre du soufisme par exemple. À l'inverse, le djihad par l'épée a servi d'argument à différents groupes musulmans à travers l'histoire pour promouvoir des actions contre les « infidèles » ou même d'autres groupes musulmans considérés comme opposants et révoltés. Plusieurs spécialistes du Coran, dont les islamologues françaises Marie-Thérèse Urvoy ou Anne-Marie Delcambre, s'accordent sur le fait que le djihad coranique ne peut pas être considéré comme uniquement spirituel.

Le djihad ne doit en effet pas être confondu avec l'ijtihad qui désigne, en droit musulman, l'effort de réflexion pour interpréter les textes fondateurs de l'islam.

Étymologie, acceptions Étymologiquement, la racine du mot « djihâd » en arabe, composée des lettres ǧ - h - d, signifie « effort ».Entrée « djihad » sur le site Larousse.Josef W. Meri, Medieval Islamic Civilization: An Encyclopedia, éd. Routledge, 2005, , Jihad, 419...

Les traductions en français du mot « djihad » comportent plusieurs acceptions. : guerre menée au nom d'un idéal religieux, guerre sainteLe grand Robert de la langue française, « DJIHAD ».. ; lutte, combat contre les éléments hostiles, les difficultés (). ; affrontement, ensemble d'actions menées pour vaincre un mal.

Il est employé à plusieurs reprises dans le Coran, souvent dans l'expression idiomatique : . Ainsi, le djihad peut aussi être défini par l'expression ..

Le mot a été, , féminisé en français : « la djihad ».

Les batailles

Les anciennes sîra de Mahomet telles que celles d'Ibn Hicham (Ibn Ishaq), d'al-Waqidi, d'al-maghazi, d'Ibn Sa'd al-Baghdadi ou de Tabari, citent systématiquement les raisons de toutes les batailles de Mahomet. Les batailles menées pour la propagation de l'islam, par Mahomet, puis par les quatre califes dits bien guidés (en arabe : الراشدون / al-rāšidūn), lors de la grande période de conquête sont décrites sous le terme de ghazwa (qui a d'ailleurs donné le mot français « razzia »). Le terme djihad n'est alors pas utilisé pour désigner ces actions militaires. Il est utilisé ultérieurement (à partir du ) dans le sens guerrier pour désigner le devoir des musulmans à participer à des batailles, éventuellement défensives si la communauté des croyants est menacée.

Ainsi, Youssef al-Qaradawi déclare : L'Islam et l'Occident, 19.

Le Coran et l'incitation au combat Nonobstant des débats théologico-politiques, le Coran comprend plusieurs passages incitant à la guerre, envers notamment les polythéistes de l'Arabie ou les incroyants de manière généraleRené Marchand, « Le terrorisme est-il consubstantiel à l'islam ? », La Nouvelle Revue d'histoire, Hors-Série, , Automne-Hiver 2016, ., dont les exégètes ont situé les circonstances de révélations propres à l'époque et à certaines des batailles de Mahomet avec les Quraychites, voici quelques exemples (dans leurs contextes) : Sourate 8, verset 39 : Révélé contre Quraïche et la Mecque , d'après l'exégète du Coran Tabari (839-923), selon Urwah ibn Zubayr (m. 713)Ebu Cafer Muhammed b. Cerir et-Taberi, Taberi Tefsiri, Éditions Hisar Yayınevi : 4/218-219. Comme en témoignent, en effet, les versets précédents et suivants, d'après Kazimirski par exempleLe Koran, sourate 8, traduction de Kazimirski, Éditions Garnier Flammarion, 1970, . . 152-154.Maxime Rodinson, Mahomet, Essais, Seuil, 1994, 287-288.. Sourate 8 versets 59 et 60 : L'historien médiéval Tabari rapporte que le fait de se surarmer avait pour but de dissuader l'ennemi de s'attaquer aux musulmans. Les ennemis qui sont évoqués au verset 59 sont toujours les habitants de la Mecque qui ont poussé les musulmans à fuir en Abyssinie et vers MédineEbu Cafer Muhammed b. Cerir et-Taberi, Taberi Tefsiri, Éditions Hisar Yayınevi : 4/236-237. Sourate 9, verset 5 : . Sourate 47, verset 4 : Tabari rapporte d'après (m. 742 ou 749) que ce verset aura été révélé à Mahomet lors de la bataille de Uhud dans le campement musulman, , il vise donc les adversaires présents à Uhud au moment de la batailleEbu Cafer Muhammed b. Cerir et-Taberi, Taberi Tefsiri, Éditions Hisar Yayınevi: 7/428-431. Comme signalé par Mohammed Arkoun en note de bas de page de la traduction du Coran de Albert Kazimirski de Biberstein pour ce versetLe Koran, sourate 47, traduction de Kazimirski, Éditions Garnier Flammarion, 1970, . . 393..

Le statut des individus vaincus par le domaine musulman

Françoise Micheau, professeur d'histoire médiévale des pays d'Islam à l'université Paris I écrit : Le statut juridique des non-musulmans s'appuie sur un double fondement : le comportement de Mahomet et les conditions de ses conquêtes. Lors de la soumission de l'Arabie dans les dernières années de sa vie, le Prophète a conclu des accords de soumissions avec les groupes d'Ahl al-Kitâb (les gens du Livre), notamment les juifs de Khaybar (au nord de Médine) et les chrétiens de Najrân (sud de l'Arabie). […] L'attitude de Mahomet à l'égard des Ahl al-Kitâb, au sens strict juifs et chrétiens, fut étendue après débat aux zoroastriens, qui disposaient également d'un livre sacré avec le Zend-Avesta, et pratiquement à toutes les confessions des pays conquis. Néanmoins il est difficile de connaître précisément les conditions faites aux populations vaincues car les sources sont postérieures et servent surtout à légitimer un état de fait. En particulier, le pacte dit de 'Umar, attribue au calife 'Umar qui régna de 634 à 644 et devenu la référence normative en matière de définition des clauses de la dhimma, a peut-être été élaboré à l'époque du calife al-Mutawakkil (qui régna de 232/847 à sa mort, en 247/861) qui obligea tous les non musulmans à se conformer aux règles de leur statut, mais la plus ancienne version conservée date du / siècleFrançoise Micheau, article « Dhimma » in M.A. Amir-Moezzi, Dictionnaire du Coran, éd. Robert Laffont, 2007, 216.

Voir aussi : Ibn Khaldoun, Les Prolégomènes, traduits en français et commentés par W. Mac Guckin de Slane (1801-1878), deuxième partie 348, dans la collection Les classiques des sciences sociales, fondée et dirigée par Jean-Marie Tremblay.

Enfin, Ibn Khaldoun écrit, au sujet des implications des pratiques de Mahomet et de la fonction du Coran dans la charia : .

La transformation du djihad d'après la Conduite du Prophète (Sîra) Selon Olivier Hanne, c'est la Sîra al-nabawiya (« Conduite du Prophète »), un texte dont tradition musulmane attribue la rédaction à Ibn Ishâq (mort vers 767) puis sa correction à Ibn Hishâm (mort vers 833-834), qui est à l'origine d'une transformation du vocabulaire coranique lié au djihad :

L'auteur explique ce glissement par une différence d'époque entre les deux rédacteurs, le second transformant le djihad vers une idée de guerre sainte ou de guerre sacrée au service du pouvoir califal. Le djihad n'est plus alors une endurance personnelle, mais une institution militaire.

Plusieurs interprétations du djihad selon les anciens Le concept de djihad a varié au cours du temps et, parfois, ses interprétations successives ont été en concurrenceAntoine Borrut, Michael Bonner, « Le Jihad : origines, interprétations, combats », in Archives de sciences sociales des religions, , 2007, article en ligne.

Ali ibn Tahir al-Sulami En 1105, Ali ibn Tahir al-Sulami, un théologien de Damas, publie son Traité du djihad (Kitab al-Jihad). Il estime que les musulmans doivent répondre par le djihad aux attaques chrétiennes, notamment la première croisadeAli b. Tâhir al-Sulamî, Incitation à la guerre sainte, présenté et traduit par E. Sivan, Journal asiatique, 1966. Cité par M. Balard, A. Demurger, P. Guichard dans Pays d'Islam et monde latin . Hachette, Paris, 2000.. Au , avec Nur ad-Din et Saladin, le djihad prend le sens d'expédition militaire.

Les catégories de djihad selon Averroès (1126-1198) Dans son ouvrage intitulé MuqaddimahIbn Rushd, Muqaddimah, 259, le philosophe, théologien islamique et juriste musulman andalou du Ibn Rushd (connu en Occident sous le nom d'Averroès) classe le djihad dans quatre catégories : le djihad du cœur : la lutte contre le moi intérieur ; celui de la langue ; celui de la main ; celui de l'épée.

Le djihad du cœur implique de John Esposito, Islam: The Straight Path, 2005, 93. Stephen Humphreys Between Memory and Desire, University of California Press, 2005 , 174-176..

Le djihad de la main implique la lutte avec l'épée (ǧihādun bi al-sayf). Averroès, en tant que cadi (juge musulman), écrit dans son Bidāyat al-muǧtahid que certains l'ont considéré comme n'étant pas une obligation, et d'autres comme une obligation éternelle pour tous musulmans. Néanmoins, la majorité soutient que le djihad armé n'est pas une obligation pour tous les musulmans : seule une armée dressée par l'Amîr al-Mu'minîn est obligée de participer à la guerreİbn Rüşd, Bidayetü’l-Müctehid ve Nihayetü’l-Muktesid, Éditions Beyan, trois volumes. Volume 3, 245-246..

Les quatre catégories de djihad selon Ibn Al-Qayyim (1292-1350) Dans sa Za'ad ul ma'âdİbn Kayyim el-Cevziyye, Za’du’l-Mead, Éditions İklim, six volumes, volume III, page 29., le philosophe et théologien traditionaliste musulman Ibn Al-QayyimHistoire de la philosophie islamique, 39 de Folio. Essais, Henry Corbin, Gallimard, 1986. écrit que le djihad se subdivise par catégories. À l'instar de l'approche théorique d'Averroès, chez Ibn Al-Qayyim aussi, la subdivision est organisée selon un hadith célèbre de Muslim ibn al-Hajjaj (821-875) dans son Sahih Muslim, traitant des traditions prophétiques sunnites considérées « saines » et « fiables » : .

En résumé, le djihad a quatre rampes : Le djihad contre son égo ; celui contre Satan ; celui contre les infidèles ; celui contre les hypocrites.

En premier lieu, le djihad contre l'égo comporte quatre étapes : lutter contre son égo en étudiant la voie de la félicité et de la religion ; s'efforcer d'agir en conformité avec les religieux et en toute droiture après avoir appris son djihad avec l'âme ; enseigner la religion aux personnes qui ne la connaissent pas et les y appeler par le djihad intellectuel, dans l'enseignement ; patienter contre les épreuves de la vie terrestre.

En second lieu, le djihad contre Satan comporte deux étapes : lutter contre les doutes inspirés par Satan ; lutter contre le désir illicite et ses tentations interdites.

Enfin, le djihad contre les infidèles et les hypocrites comporte quatre étapes : avec la main ; avec la langue ; matériellement, avec ses biens ; le cœur et l'âme.