Quand la Première Guerre mondiale commence en 1914, tous les dominions de l'Empire britannique, dont le Canada, sont appelés à prendre part au conflit. Cependant, et ce, pour la première fois dans l'histoire militaire du Canada, les Forces armées canadiennes combattent en tant que corps d'armée distinct, sous les ordres d'un commandant canadien. Des batailles comme la bataille de Vimy, la bataille de Passchendaele et la bataille de la Somme sont reconnues depuis ce temps par la mémoire canadienne collective comme les prémices d'un Canada indépendant.

Les pertes totales du Canada pendant la Première Guerre mondiale se chiffrent à environ et . Afin de bien mesurer l'ampleur de ces pertes, il faut les comparer aux sept millions d'habitants qui constituaient le Canada au début du conflit.

Début du conflit L’assassinat à Sarajevo, le , de l’héritier au trône austro-hongrois, l’archiduc François-Ferdinand, constitue la raison apparente au déclenchement, un mois plus tard, d’une crise politico-militaire qui enfonce, en quelques semaines, l'Europe dans une guerre sanglante. Au cours du et au début du , le jeu d’alliances établies oppose deux blocs. D’un côté, on compte l’Allemagne, l’Autriche-Hongrie et l’Italie qui forment la Triple Alliance. L’Italie souhaitait d’abord rester neutre concernant la guerre, mais, en 1915, elle s’allie à la Triple Entente comprenant la France, le Royaume-Uni et la Russie. À la suite de la révolution bolchevique , la Russie ne prendra plus part au conflit. Des pays vont s’unir aux deux alliances, la Triple Entente accueille les États-Unis, la Roumanie et la Grèce tandis que l'Empire ottoman et la Bulgarie joignent l’Allemagne et l’Autriche-Hongrie. Lorsque les armées allemandes qui, selon leur Plan Schlieffen, se dirigent pour attaquer la France par le Nord et transgressent la neutralité du territoire belge, la Grande-Bretagne déclare la guerre à l’Allemagne. Le discours prononcé par le premier ministre britannique, Herbert H. Asquith, à la Chambre des communes, à Londres, au début de la guerre, relate que la Grande-Bretagne devait entrer en guerre, car elle avait l’obligation de faire respecter le traité de neutralité. On reconnaît toutefois que des raisons beaucoup plus complexes ont motivé les Britanniques à aller de l’avant dans le conflit comme l’économie en plein essor de l’Allemagne depuis la deuxième moitié du . La Grande-Bretagne avait certainement un but précis, celui de préserver le statu quo en Europe.

Quand la Grande-Bretagne déclare la guerre éponyme à l'Allemagne le , le Canada et tous les dominions de l'Empire britannique sont automatiquement impliqués, sans aucune consultation au préalable. Le , le gouverneur général du Canada déclare que le Canada entre en guerre contre l'Allemagne. Il en était certes l'unique obligation du Canada de participer à la guerre. Toutefois, l’ampleur de la participation militaire aux côtés de la Grande-Bretagne est une décision qui appartenait au gouvernement canadien, lequel demeurait responsable de définir sa contribution. La majorité des Canadiens approuvent cette décision et se rangent derrière la Grande-Bretagne. En effet, Sir Wilfrid Laurier déclare:

L'offre d'assistance du premier ministre, Robert Borden, est rapidement acceptée par la Grande-Bretagne.

Lors d’une séance extraordinaire, le , tenue au Parlement canadien, les partis politiques s’entendent sur la participation du Canada à la guerre. Afin d’assurer le fonctionnement des opérations militaires, la somme allouée jusqu’au est de de dollars. Au cours de la même journée, le , le gouvernement fédéral de Robert Borden mettra en place la Loi des mesures de guerre. Cette loi donne des pouvoirs spéciaux au gouvernement canadien, car il peut ainsi gouverner par décret. Ces pouvoirs sont également accrus lorsqu’il s’agit, entre autres, de détention, d’exclusion et même de déportation d’immigrants.

Des mesures seront prises également en 1917 par la Chambre des communes qui adoptera l'Acte des élections en temps de guerre. Ce qui signifie que les immigrants qui sont originaires de pays ennemis ou qui parlent une langue étrangère ennemie, et qui auraient été naturalisés britanniques après le n’ont plus le droit de voter.

Le , le gouvernement canadien ira jusqu’à interdire la parution de documents rédigés dans une langue ennemie. Dans le cas contraire, on doit avoir la permission du secrétaire de l’État.

Préparation

vignette|280px|« À la guerre » - hommes du Corps expéditionnaire canadien en Alberta, vers 1914. Avant la guerre, le Canada dispose d'une milice beaucoup plus importante que son armée régulière et son arme de base est le médiocre fusil . En effet, cette dernière ne compte que et la marine n'en est qu'à ses premiers balbutiements. Sam Hughes, ministre de la Milice et de la Défense, est chargé par Robert Borden de recruter et d'entraîner des troupes pour un service outre-mer. En l'espace de deux mois, les effectifs s'élèvent à qui, pour la majeure partie d'entre eux, s'entraînent sur la base Valcartier, au nord de la ville de Québec.

Deux mois plus tard, le premier Corps expéditionnaire canadien est constitué et s'embarque pour l'Angleterre, formant alors le plus grand convoi n'ayant jamais traversé l'océan Atlantique.

L’ouverture de la base militaire de Valcartier, situé près de Québec, se fait le où environ volontaires canadiens sont appelés à commencer l’entraînement en vue de se préparer pour la guerre en Europe. Le , le premier contingent part pour l’Europe qui compte près de Canadiens dont d’entre eux proviennent du Québec et le , le composé de Canadiens français est créé.

Participation

À l'instar des hommes, Canadiennes franchissent l'océan au sein du Corps médical canadien. Au début du conflit, en général, les hommes noirs ne pouvaient pas s'enrôler dans l'armée. Quand noirs venant de Sydney en Nouvelle-Écosse offrent leurs services, on leur répond « cela ne vous regarde pas les gars, c'est une guerre de Blancs ». Néanmoins, le , le de construction a vu le jour en Nouvelle-Écosse où plus de noirs y ont fait partie. En 1915, les Amérindiens sont autorisés à s'engager et intègrent le . Au total, environ Amérindiens servent au sein des Forces armées canadiennes parmi d'autres combattants issus d'origines différentesL'association des Canadiens d'origine japonaise, basée en Colombie-Britannique forme une réserve de 227 volontaires, dont certains seront admis plus tard dans l'armée. De plus, le Bataillon du génie inclut des hommes noirs venant aussi bien du Canada que des États-Unis, ces derniers ayant franchi la frontière afin de participer au conflit..

Le nombre de volontaires à s’enrôler dans l’armée ne suffisant plus à la demande, le gouvernement de Robert Borden adopte alors la Loi sur le service militaire obligatoire, en 1917. La conscription dans une guerre déclarée par la Grande-Bretagne révolte la population canadienne. Elle provoque au Canada, mais surtout au Québec, des mécontentements et des protestations violentes.

1915-1916 : le baptême de feu des Canadiens Neuve-Chapelle

Le Corps expéditionnaire canadien entre en contact avec l'ennemi pour la première fois près de la ville de Neuve-Chapelle. À leur arrivée, les Forces canadiennes ont la responsabilité de prévenir toute tentative de renforcement allemande dans ce secteur. Cela a pour but de permettre à la Armée britannique, sous les ordres du général Douglas Haig, de creuser une brèche dans les lignes allemandes et d'établir une nouvelle ligne de front alliée en territoire conquis.

Alors que les Britanniques se révèlent incapables de profiter de cet avantage dû aux difficultés de transmettre les renseignements, les Canadiens, quant à eux, se rendent compte qu'un bombardement intensif ne suffit pas pour annihiler les tranchées ennemies, que les points d'observation pour l'artillerie doivent être mieux choisis, que les réserves sont insuffisantes pour suivre rapidement la progression et, le plus important, que les moyens utilisés pour communiquer avec les troupes avancées sont difficiles, très lents et vulnérableswww.collectionscanada.ca.

Deuxième bataille d'Ypres

Au cours de la première semaine d'avril 1915, les soldats de la canadienne sont envoyés en renfort sur le saillant d'Ypres où les forces alliées ont effectué une percée dans les lignes allemandes. Le , les Allemands tentent de reprendre l'avantage en utilisant du gaz toxique. Après un bombardement intensif, ils lâchent de dichlore contenus dans des cylindres installés devant leurs tranchées, profitant ainsi d'un léger vent nord-est. Au fur et à mesure que les nuages vert-jaune arrivent sur les tranchées alliées, les Forces françaises et britanniques, placées de chaque côté des Canadiens, se dispersent. Les soldats, complètement désorientés par cette arme terrible, meurent ou s'enfuient, laissant un trou béant de sept kilomètres dans les lignes alliées. Un soldat des lignes canadiennes découvre qu'il est possible de neutraliser les effets du gaz en pressant des chiffons imbibés d'urine sur le nez et la bouche. La division canadienne est alors la seule à défendre leur positionAnciens combattants Canada, sur vac-acc.gc.ca.

Durant toute la nuit les Canadiens se battent pour garder leur position. Le , les Allemands lancent une autre attaque au gaz toxique, cette fois-ci directement sur la ligne canadienne. Après deux jours de combat, les Canadiens subissent pertes, dont . En raison de cette résistance acharnée, les Canadiens acquièrent une réputation enviable sur les champs de bataille. De plus, il s'agit de la première fois où un contingent colonial force une grande puissance européenne à se retirer.

1916-1918 : les batailles les plus meurtrières Bataille de la Somme

Le conflit suivant auquel les Canadiens prennent part est la bataille de la Somme de mi-septembre à mi-novembre.

À la conférence interalliée de l'Entente à Chantilly, les 6 et la décision d'attaquer les empires centraux sur tous les fronts en 1916, en Russie, en Italie et sur le Front de l'Ouest fut prise. Le général Joffre obtint de l'Allié britannique le principe d'une attaque conjointe de part et d'autre de la Somme, au printemps 1916. L'attaque allemande à Verdun vint modifier le projet initial. L'attaque fut repoussée au et l'effort majeur fut confié aux forces armées britanniques.

L'échec britannique du Les Britanniques lancèrent un assaut qui leur causa des pertes considérables (environ hors de combat en un jour).

Le Régiment royal de Terre-NeuveA cette époque, Terre-Neuve était une colonie de la Couronne britannique, non rattachée au Canada fut presque anéanti le , à Beaumont-Hamel, le premier jour de la bataille de la Somme. Une demi-heure environ après le début de l'attaque, sur les qui composaient le régiment, 801 furent mis hors de combat (disparus, morts ou blessés), soit 92 % des effectifs (, 386 blessés et 91 manquants). Tous les officiers qui ont franchi en premier les tranchées sont soit blessés soit morts. Il s'agit de la plus grosse perte journalière jamais subie pour les Forces britanniques, ainsi que pour le Régiment de Terre-Neuve.

La prise de Courcelette Alors que les combats continuent, les Canadiens, avec l'appui de la nouvelle . Du au , le Régiment d'infanterie canadien composé de Canadiens francophones et commandé par Thomas-Louis Tremblay, y connut son premier engagement d'envergure et s'y distingua en prenant le village de Courcelette et en y maintenant sa position malgré de multiples contre attaques allemandes.

Les soldats canadiens reçoivent pour mission d'assurer la sécurité du village de Courcelette. Positionnés sur le flanc gauche de la grande offensive lancée le , les Canadiens mènent un assaut dans un secteur d'une largeur de à l'ouest du village. Finalement, le , la contrôle la majorité des tranchées allemandes à Courcelette et rejoint par la suite le Corps canadien à Vimy.