vignette|Bourreau tranchant la tête d'une condamnée (exécution de Léonora Galigaï en 1617).
Un bourreau est un exécuteur des arrêts de justice chargé d'infliger des peines corporelles ou la peine de mort. Le bourreau peut également être appelé « exécuteur des hautes œuvres ».. Son titre a évolué au cours des siècles, de la dénomination péjorative de « bourrel » à celle plus institutionnelle d'« exécuteur de la haute justice » lorsqu'il est reconnu comme un agent du pouvoir judiciaire à part entière. En France, la définition administrative de la Chancellerie ne reconnaissait qu'un titre réellement officiel, celui de : « Exécuteur en chef des arrêts criminels de la République française », comme l'attestent les cartes professionnelles délivrées par la Justice à ces derniers sous la et la .
Étymologie
L’étymologie du mot est relativement controversée. Le terme viendrait du verbe « bourrer », signifiant tourmenter, maltraiter. Il se peut également qu’il dérive de la profession de bourrelier, une des activités principales à avoir été sollicitée pour remplir la tâche de bourreau. Il peut aussi avoir désigné un « bourrelet ou coussin sur lequel on tape de l'épée en guise d'exercice ». Enfin, ce terme viendrait peut-être d’un homme nommé Borel, Seigneur de Bellecombe., ayant pris en charge une fonction similaire au , période de professionnalisation de cette charge.
Historique
Le métier de bourreau tel que l’on pourrait l’envisager aujourd'hui est le résultat de siècles d’évolution. À l’origine, la fonction d’exécution de la peine capitale n’était pas assurée par une seule personne, mais généralement un fait collectif bien souvent régi par la loi du talion. Jusqu’au Moyen Âge, et encore pendant un certain temps après, c’est la justice privée qui domine largement. Ce système de vendetta exclut la nécessité d’un exécuteur, la figure du bourreau telle qu’elle émergera à la fin du Moyen Âge n’est donc pas encore apparue.
Il est difficile de dater l’émergence du bourreau. Dans les textes des auteurs grecs et latins, on ne trouve la trace d’aucun personnage apparenté à une telle fonction. L’application de la peine de mort était alors diverse. Dans la tradition hébraïque, la mise à mort se faisait de manière collective, demandant une participation active aux membres de la communauté, notamment au travers de la pratique de la lapidation. Dans le monde romain, les licteurs étaient chargés d’appliquer les sentences des condamnations publiques, sauf cas de livraison du condamné aux jeux du cirque. Concernant les crimes domestiques, les membres de la famille pouvaient eux-mêmes mettre en œuvre un processus de vengeance privée. En Grèce, la lapidation est également courante. Les citoyens peuvent aussi exécuter les coupables de crimes privés eux-mêmes. Ce droit sera peu à peu cédé aux magistrats, qui délègueront la tâche à des esclaves.
C’est avec l’apparition d’une réglementation étatique de la peine de mort que des exécuteurs furent désignés de manière attitrée, d’autant que les exécutions nécessitaient une certaine forme de technicité, acquise principalement par expérience. Initialement, les bourreaux étaient occasionnels et exerçaient un autre métier. Avec le temps, l'exécuteur public est devenu un officier de justice, détenteur d’une charge qu’il achetait, et conservera un statut officiel jusqu’à la Révolution française.
Antiquité Dans la Rome antique, le bourreau appelé est un esclave public préposé aux « hautes œuvres ». Subalterne des triumviri capitales, il exécute les condamnés généralement par strangulation (avec ses deux mains, un lacet ou une corde). Avec ses aides (), sous la présidence d’un , il est également chargé d'administrer la torture judiciaire ().
Moyen Âge
Professionnalisation
Les premiers bourreaux professionnels apparurent en Europe occidentale durant le . Cette émergence, relativement lente, se fit en parallèle des importants changements concernant la justice et la formation de l’État. À la fin de la période médiévale, les systèmes de vengeance privée se trouvèrent substitués par le nouveau système pénal et l’émergence d’une justice criminelle, conséquents à la mise en place de la féodalité et le début de la centralisation du pouvoir. En outre, le développement d’une justice criminelle fut encouragée par les mouvements d’urbanisation, notamment dans les Flandres et aux Pays-Bas. Un des points centraux de cette nouvelle justice était le passage de la procédure accusatoire à la procédure inquisitoire.
La montée en puissance de la justice d’État s’accompagna également d’un mouvement de monopolisation de la violence légitime par les autorités. En même temps que l’État devient détenteur de la justice, il se doit également d’être celui qui punit. La professionnalisation du métier de bourreau, qui relève donc à la fois d'un mouvement historique et d'une nécessité, est une manifestation de la centralisation du pouvoir à l’époque médiévale et d'une volonté de pacifier la société, en éliminant la justice privée et les systèmes de vendetta. L'exécuteur public devient donc un agent judiciaire du processus de « civilisation » en Europe occidentale.
Dans une société où l’oralité et la mémoire visuelle occupent une place prépondérante, la mise en place d’une fonction officielle de bourreau s’accompagne d’une publicité et d’une ritualisation de l’exécution des châtiments. La codification de la mise en scène participe aussi à une volonté explicite de médiatiser la violence ordonnée par la justice.
Rôle du bourreau vignette|258x258px|Exécution de Robert Tresilian. Un bourreau était, au cours de la période médiévale, un officier judiciaire chargé d’exécuter les peines capitales et corporelles ordonnées par la justice criminelle. Les tâches lui revenant pouvaient être très variées, allant des sévices corporels à la mise à mort par noyade, bûcher, enfouissement, décapitation, écartèlement, pendaison, etc. La pendaison était le mode d’exécution le plus répandu et était appliqué à de nombreux crimes. À Paris et Avignon, la pendaison représentait environ 70 % des mises à mort aux . Concernant les sévices corporels, la plus répandue était la flagellation, une pratique qui était alors très courante. Le bourreau pouvait également être amené à mutiler ses victimes, en les marquant au fer rouge ou encore en les amputant d’une partie du corps, renvoyant généralement symboliquement au crime commis. Ces méthodes étaient d’ailleurs généralement réglementées et très codifiées. Le bourreau devait donc être habile et expérimenté, maîtriser de nombreux instruments et techniques de tortures et de mise à mort. Il était un maillon indispensable de l’exécution des décisions de justice.
La mise en place de la procédure inquisitoire au introduisit la pratique de la torture en tant que méthode d’interrogation. La question était alors pratiquée par le bourreau.
Malgré tout, la mise à mort demeure une pratique rare au Moyen Âge, au moins jusqu’au . « Le Moyen Âge, pétri de morale religieuse, pratique la peine de mort avec parcimonie. » La majorité des peines appliquées s’exercent sur les biens de l’accusé (amendes) ou sur sa liberté (bannissement), et la justice revêt une fonction plus de médiation que de répression. En revanche, même si la majorité des peines était globalement peu répressive, certaines exécutions pouvaient être très violentes, leur fonction étant principalement de marquer les esprits. La peine de mort est avant tout une peine exemplaire et devait donc être rendue publiquement. L’exécution publique de sentences capitales ou corporelles était entourée de rituels complexes et précis, dont la réalisation servait à légitimer la sentence rendue par la justice. Il revient donc au bourreau d’assurer le bon déroulement de la mise à mort pour ne pas entraver le cours de la justice. Le bourreau, autorisé à tuer, exerce une fonction singulière. Et c’est aussi pour que ne s‘exerce pas à son encontre le droit de vengeance que son action doit demeurer en tout point conforme au rituel.
L’application de la peine capitale traduit, au sein de la société médiévale, une volonté d’annihiler un individu indésirable ne pouvant plus être réintégré à la société à laquelle il appartenait. Bien qu’il ne s’agisse pas d’éliminer mais de punir, les peines corporelles portaient également un fort caractère exemplaire, supposées démontrer à la société ce qu’il en coûte de transgresser l’ordre social, les mutilations ajoutant une marque visible et indélébile, signe permanent de la condamnation et de l’infamie perpétuelle. La publicité était d’autant plus importante qu’elle démontrait un retour à l’ordre au sein de la communauté.
Les fonctions et devoirs d’un bourreau durant l’époque médiévale étaient donc plutôt variés et demandaient une certaine maîtrise technique des instruments et des modalités des peines capitales et corporelles. Il est également important de souligner que l'exécuteur public occupait la place centrale des rituels punitifs du bas Moyen Âge, censés permettre le retour à l’ordre hiérarchique et à l’harmonie sociale, alors troublés par des actes criminels. Un bourreau compétent était une aide précieuse pour les autorités publiques.
Outre ces « hautes œuvres », le bourreau accomplissait généralement également les « basses œuvres », constituées de travaux annexes comme le nettoyage des rues ou la vidange des eaux usées, ce qui lui permettait de compléter son revenu.
Figure du bourreau
La fonction d’« exécuteur des hautes œuvres » était quasiment exclusivement réservée aux hommes (quelques femmes dites « bourrelles » ont existé, mais elles se chargeaient uniquement des sanctions appliquées aux femmes.) qui appartenaient aux classes sociales inférieures. Il s’agissait de personnages séculiers, qui devaient nécessairement être chrétiens. Cette occupation ne pouvait également pas être attribuée à des personnes dites . En conséquence, il était difficile pour les autorités de recruter des personnes pouvant être bourreau, c’est pourquoi, au , les bouchers étaient quelquefois forcés de remplir également cette fonction. Il pouvait également s’agir d’anciens criminels ayant obtenu le pardon en échange de la prise en charge de cette fonction. De manière générale, ceux qui acceptaient d’effectuer cette tâche très impopulaire étaient soit forcés, soit dans une situation d’absolue nécessité. Rapidement la charge de bourreau devient héréditaire, ce qui mène, dès le , à la création de véritables dynasties de bourreaux. Cette transmission de la charge tient à son statut particulier : le bourreau était marginalisé et ses enfants exclus de l'enseignement ou de l'apprentissage et donc ne pouvaient pas exercer d'autres métiers. Ce fonctionnement était plutôt profitable au système pénal, qui était alors assuré d’obtenir des exécuteurs formés dès leur plus jeune âge.
Stigmatisation et ambiguïté sociale
Durant la période médiévale, les attitudes à l’encontre des bourreaux étaient ambiguës. L'exécution, d'abord simple prolongement de l'action judiciaire, fut dès le (moment d’institutionnalisation de la profession) exposée à une stigmatisation grandissante. Le bourreau, à la fois exécuteur de la justice officielle, agent du droit, était largement stigmatisé et exclu par la société dans laquelle il évoluait.