Gaetano Donizetti, né le à Bergame et mort le dans la même ville, est un compositeur italien. Avec Gioachino Rossini et Vincenzo Bellini, il fait partie des trois grands compositeurs d'opéra de l'ère du italien et marque la naissance de la musique romantique italienne.

Compositeur prolifique, son répertoire comprend un grand nombre de genres, dont de la musique religieuse, des pièces pour quatuor à cordes et des œuvres orchestrales, mais il est surtout célèbre pour ses opéras, particulièrement Anna Bolena (1830), (1832), Lucrezia Borgia (1833), Lucia di Lammermoor (1835), Maria Stuarda (1835), Roberto Devereux (1837), La Fille du régiment (1840), La Favorite (1840) et Don Pasquale (1843).

Cinquième enfant d'une famille pauvre, il est d'abord l'élève de Simon Mayr, puis se rend à Bologne pour étudier auprès du père Stanislao Mattei. Il compose son premier opéra, Il Pigmalione, en 1816, mais Enrico di Borgogna, composé en 1818, est le premier à être créé. Après une alternance de succès et d'échecs, il signe en 1827 un contrat avec Domenico Barbaja, l'impresario des théâtres napolitains, et s'installe dans cette ville. Il y rencontre Vincenzo Bellini, dont il devient le rival sur la scène à partir du succès dAnna Bolena. Après la retraite de Rossini (1829) et la mort prématurée de Bellini (1835), Donizetti devient le maître incontesté de l'opéra italien, fait entériné par le triomphe de Lucia di Lammermoor. Après avoir échoué à obtenir le poste de directeur du conservatoire de Naples et suite à l'interdiction de son opéra Poliuto par la censure en 1838, il se désillusionne de la vie napolitaine et part pour Paris, où il compose notamment l'opéra-comique La Fille du régiment, le grand opéra La Favorite, et l'opéra bouffe Don Pasquale. Il effectue plusieurs voyages, notamment à Vienne, où, en 1842, il dirige Linda di Chamounix avec un tel succès que l'empereur le nomme chef d'orchestre de la cour. En 1845, la syphilis dont il souffre depuis de nombreuses années atteint son dernier stade. En 1846, il est interné dans un sanatorium près de Paris, d'où ses proches ne peuvent le ramener à Bergame qu'après de longues procédures. Il meurt dans sa ville natale le .

L'importance majeure de Donizetti dans l'histoire de la musique réside dans le fait qu'il est le dernier à insuffler une nouvelle vie au style lyrique de l'école napolitaine, alors déjà en déclin, en lui donnant un aspect romantique. Parmi ses nombreux opéras, ceux composés à partir de 1830 sont les plus joués au répertoire. et Don Pasquale demeurent des pièces populaires sur les scènes lyriques, tout comme plusieurs de ses opéras dramatiques. Dans ces derniers, il aime inclure des scènes de folie où il offre aux interprètes de nombreuses occasions de briller par leur talent vocal. Il s'efforce à plusieurs reprises d'estomper la frontière entre l' et l'opéra bouffe : il donne souvent un aspect romantique à des situations apparemment comiques, développant ainsi le genre de l'. Cela marque une rupture significative avec l'art de Rossini et annonce l'œuvre de Giuseppe Verdi. Après une période d'oubli à partir de la fin du , son œuvre est redécouverte à partir de la fin des années 1950.

Biographie Enfance et famille vignette|Maison natale de Gaetano Donizetti.

Domenico Gaetano Maria Donizetti naît le à Bergame, dans le sous-sol de l'immeuble situé au numéro 10 de . L'appartement exigu et sombre témoigne de la grande pauvreté dans laquelle l'enfant grandit.

Son père, Andrea, épouse Domenica Nava en 1786. Ils emménagent dans cet appartement la même année, et leurs six enfants y naissent. L'aîné, Giuseppe ( – ), devient musicien militaire, puis directeur musical de l'armée ottomane. On sait peu de choses sur la deuxième enfant, Rosalinda ( – ), probablement morte d'une attaque cérébrale. Le troisième enfant, Francesco ( – ), joue dans l'orchestre municipal de Bergame et, après la mort de son père, reprend son emploi de portier. La quatrième enfant, Maria Antonia ( – ), meurt de la tuberculose. Le cinquième enfant est Gaetano, suivi de Maria Rachele, née en mais morte un mois plus tard.

Le jeune Gaetano, que son père destine à la carrière d'avocat, reçoit ses premières leçons de musique de son oncle Corini. En 1808, Andrea devient portier au mont-de-piété local, ce qui améliore quelque peu la situation financière familiale et leur permet de s'installer dans le spacieux appartement situé au-dessus du magasin.

Études avec Simon Mayr vignette|Gravure de Simon Mayr.

Les premières expériences musicales du jeune Gaetano ont lieu au sein de la chorale de l'église , dirigée par Simon Mayr. Grâce à Mayr, l'enseignement musical, interrompu par l'abolition des ordres monastiques lorsque la Lombardie est occupée par Napoléon Bonaparte, est rétabli à Bergame. L'intervention de Mayr mène à la création de l'institut de musique , dont la vocation première est de former des musiciens et des chanteurs pour les institutions ecclésiastiques locales. La première promotion est celle de , et Gaetano figure parmi les enfants sélectionnés.

Mayr initie le jeune Donizetti aux œuvres de Haydn, Mozart, Antoine Reicha et Beethoven. L'école exige des élèves qu'ils maîtrisent au moins un instrument, et de bonnes aptitudes vocales sont également requises. Donizetti joue très bien du clavecin, mais il a de sérieuses difficultés avec le chant, et ce n'est que grâce à l'intervention de Mayr qu'il conserve sa place à l'institut. Mayr reconnaît chez son jeune élève un excellent sens de la composition et musical. En 1814, ses frasques d'adolescent mettent à nouveau ses études en péril. Il est régulièrement porté absent et son intérêt croissant pour les filles déplait à ses professeurs. Une fois encore, l'intervention de Mayr est nécessaire pour éviter son renvoi.

Études à Bologne Après avoir transmis tout son savoir au jeune Donizetti, Mayr l'envoie à Bologne étudier le contrepoint et la fugue auprès du père Stanislao Mattei, qui a notamment enseigné à Gioachino Rossini. Il reçoit le soutien financier de la de Bergame, et Mayr contribue lui-même de manière significative à son voyage. Le jeune homme part pour Bologne, au , en .

Le père Mattei est un homme extrêmement réservé, communiquant même ses commentaires à ses étudiants par écrit. C'est probablement la raison pour laquelle Donizetti ne développe pas avec lui une relation aussi étroite qu'avec Mayr. L'étudiant ne mentionne son professeur dans aucune de ses lettres. Donizetti commence à composer pendant ses études, et écrit son premier opéra, Il Pigmalione. L'œuvre en un acte est composée entre le et le mais n'est pas jouée de son vivant.

On sait peu de choses de la composition de ses deux œuvres scéniques suivantes. Il compose en 1817, mais seul un duo subsiste. Le premier acte de son opéra nous est parvenu, ainsi qu'un duo tiré de la cinquième scène du deuxième acte. Ces deux œuvres sont jouées à l'école à l'automne 1817. Parallèlement, il explore d'autres genres que l'opéra. La plus importante de ses œuvres orchestrales de cette période est la , créée le . Il compose aussi des quatuors à cordes et des œuvres pour piano.

Au cours du second semestre 1817, des familles nobles d'Ancône le contactent et lui proposent le poste de maître de musique de la ville. Donizetti décline l'offre, ne souhaitant pas s'engager pendant la période du carnaval, cruciale pour les compositeurs car les théâtres passent alors de nombreuses commandes. En , il retourne à Bergame, où il rencontre la soprano Giuseppina Ronzi de Begnis, qui lui promet de lui obtenir un contrat d'opéra. Donizetti suit Ronzi et son mari à Vérone, mais le contrat espéré ne se concrétise pas.

Premières commandes vignette|Gaetano Donizetti jeune homme.

En , par l'intermédiaire de Mayr, Donizetti reçoit enfin sa première commande théâtrale, de l'impresario sicilien Paolo Zancla pour le de Venise. La correspondance entre Zancla et le librettiste Bartolomeo Merelli indiquent une commande pour un opéra en deux actes. Merelli est également originaire de Bergame et a la réputation peu flatteuse d'être un librettiste très peu fiable. Il travaille avec Donizetti de 1818 à 1821.

La première dEnrico di Borgogna a lieu le . Le succès de cette première est assombri par l'évanouissement à cause du trac d'Adelina Catalani, qui interprète le rôle d'Elena et fait ses débuts sur scène. Ce modeste succès vaut à Donizetti l'obtention d'une nouvelle commande. Le livret de la farce en un acte est également écrit par Merelli. Donizetti termine la musique en moins d'un mois. La première a lieu le , l'œuvre n'étant par la suite plus jamais jouée. Zancla et sa troupe se rendent ensuite à Mantoue, tandis que Donizetti retourne à Bergame, où il tente, sans succès, de monter Enrico di Borgogna au .

Tentatives à Venise et à Mantoue Jusqu'au premier semestre 1819, Donizetti se consacre principalement à la composition de musique religieuse, mais il écrit également des chansons d'amour pour une certaine Giuditta Paganini. Par ailleurs, il ne renonce pas à composer des œuvres scéniques : durant l'été, il écrit en partie son opéra bouffe , sur un livret de Merelli. Mayr en intègre plus tard des fragments dans son pastiche , qu'il joue avec ses élèves. Bien que figure dans le catalogue des œuvres de Donizetti, seules une aria et une scène chorale sont du compositeur.

À la fin de 1819, Donizetti termine son opéra suivant, , dont la première a lieu le au de Venise. Le livret est signé du marquis Gherardo Bevilacqua-Aldobrandini. Cet opéra bouffe en deux actes, l'œuvre la plus complexe de Donizetti à ce jour, ne connaît pas un grand succès, mais est néanmoins joué à Bologne, Vérone, Padoue et Spolète les années suivantes. est représenté au de Mantoue pendant la période du carnaval 1820-1821. L'autobiographie de Merelli révèle que la représentation est un échec cuisant, les chanteurs étant mécontents des airs qui leur ont été attribués. Malgré cet échec, l'opéra est également joué à Gênes en 1822. Donizetti réexamine ses œuvres et en conclut qu'il ne pourra devenir un compositeur reconnu qu'en adoptant, sans pour autant le copier, le style de Rossini. Son opéra suivant est composé sous cette influence. Les partitions originales d'''Enrico di Borgogna, et sont perdues. Selon l'autobiographie de Merelli, Zancla les a emportées avec lui en Sicile, où elles ont disparu.

Séjour à Rome vignette|Gravure de Zoraida di Granata par Gustave Doré.

L'une des plus grandes préoccupations de Donizetti en 1820 est sa conscription. Contrairement à ses frères, il parvient à obtenir une exemption grâce à l'intervention de Marianna Pezzoli-Grattaroli, mécène de jeunes compositeurs qui verse une compensation financière à l'armée pour que Donizetti soit exempté. Donizetti entre en contact avec Giovanni Paterni, l'impresario du de Rome, qui lui propose un contrat pour écrire un opéra. Il choisit de nouveau Merelli pour écrire le livret. Donizetti part pour Rome le avec la partition achevée. Il emporte avec lui une lettre de recommandation élogieuse de Mayr pour Jacopo Ferretti, le célèbre librettiste romain.

Le salon de Ferretti est l'un des lieux de rencontre les plus importants pour les écrivains et musiciens romains. Le y présente sa nouvelle œuvre, Zoraida di Granata, un en deux actes. Un ténor choisi pour y jouer un rôle important se force tellement les cordes vocales lors d'une autre représentation qu'un vaisseau sanguin de son cou éclate, entraînant sa mort. Donizetti est contraint de réécrire le rôle à la dernière minute pour une contralto. Malgré cela, la première, le , est un grand succès, et les journaux romains parlent du de l'opéra italien. Il se lie d'amitié avec Antonio Vasselli, et rencontre sa sœur Virginia, sa future épouse, alors âgée de seulement treize ans.

Introduction à Naples et à Milan