Louis-Joseph Papineau, né le à Montréal (province de Québec) et mort le à Montebello (Québec), est un homme politique et avocat canadien-français. Seigneur de La Petite-NationFernand Ouellet. « Papineau, Louis-Joseph » dans le Dictionnaire biographique du Canada en ligne, Université de Toronto et Université Laval, 2000, consulté le , il est le fils de Joseph Papineau, le père d'Amédée Papineau, le beau-père de Napoléon Bourassa et le grand-père du journaliste Henri Bourassa.

Il fut député durant 28 ans et président de la Chambre d'assemblée du Bas-Canada durant 22 ans. Dès 1815, il est à la tête du Parti canadien (aussi appelé Parti patriote) qui lutte pour des réformes constitutionnelles fondées sur les principes britanniques. Il est de ce fait une figure centrale de la rébellion des Patriotes. Lorsque sa tête est mise à prix par les autorités coloniales britanniques en 1837, il s'exile aux États-Unis, puis en France. Il ne revient au pays qu'après l'amnistie générale de 1845.

Il est l'une des plus grandes figures du nationalisme canadien-français. De nombreux néonationalistes québécois se réclament encore de son héritage.

Biographie Enfance et formation vignette|gauche|redresse|Le jeune Louis-Joseph, âgé d'environ 10 ans, pastel de Louis Dulongpré. Louis-Joseph Papineau est né le à Montréal et il est baptisé le même jour à l'église Notre-Dame de MontréalExtrait du registre des baptêmes (1786) de la paroisse Notre-Dame de Montréal : Baptême de Louis Joseph Papineau - Le sept d'octobre de l'an mil sept cent quatre-vingt six par moi prêtre soussigné a été baptisé Louis Joseph né de ce jour fils légitime de Maître Joseph Papineau Notaire Royal et de Rosalie Cherrier son épouse. Le parrain a été Louis Payet prêtre soussigné, la marraine Marie-Anne Cherrier veuve de Toussaint Lecavelier, qui ont signé avec le père de l'enfant présent. Signé : Mariane Cherrier ; Lecavelier ; Jsph Papineau ; Payet prêtre miss.. Il est le fils de Joseph Papineau, notaire et homme politique, et de Rosalie Cherrier, fille de François-Pierre Cherrier, marchand et capitaine de milice. Son parrain est Louis Payet, le curé qui a célébré le baptême, et sa marraine est Marie-Anne Cherrier, veuve de Toussaint Lecavelier. L'arrière-grand père paternel de Louis-Joseph Papineau, Samuel Papineau, est né à Montigny et arriva au Canada au tournant du 18 siècle en tant que soldat de la marine. Il épousa Catherine Quevillon, de Pointe-aux-Trembles, en 1705 à Montréal.

En 1802, le père du jeune Louis-Joseph devient seigneur en achetant la seigneurie de La Petite-Nation au séminaire de Québec. La famille entre ainsi dans la bourgeoisie canadienne-française. Une fois ses études primaires terminées, le jeune Louis-Joseph entre au Collège Saint-Raphael, dirigé par les Sulpiciens de Montréal, puis au Petit Séminaire de Québec. en 1802. Il est décrit comme un élève doué mais peu porté sur ses études. Avide lecteur, il s'initie aux ouvrages du siècle des Lumières grâce à la bibliothèque personnelle de son père et développe déjà ses talents d'orateur par le biais de discours devant ses compagnons de classe qui impressionnent ses professeurs.

Philippe Aubert de Gaspé, qui était au séminaire en même temps que lui, écrit : « La renommée du jeune Papineau l'avait précédé avant même son entrée au séminaire de Québec. Tout faisait présager, dès lors, une carrière brillante à cet enfant précoce, passionné pour la lecture et dont l'esprit était déjà plus orné que celui de la plupart des élèves qui achevaient leur cours d'études ». En 1804, il commence sa cléricature auprès de Denis-Benjamin Viger, son cousin. En 1810, il complète des études en droit.

Vie publique Député et orateur Suivant les traces de son père, il délaisse quelque peu la pratique du droit et s'implique en politique. Élu dans le comté de Kent à l'élection générale de 1808, il entre au Parlement du Bas-Canada à l'âge de 22 ans. Il se joint alors au Parti canadien, qui est largement majoritaire en chambre et au sein duquel son père s'est beaucoup impliqué (il milite pour l'obtention d'une chambre d'Assemblée dans les années 1780 et est élu au premier parlement du Bas-Canada en 1792). Louis-Joseph Papineau peut également compter sur ses cousins Denis-Benjamin, Jacques et Louis Viger. Ils sont parfois appelés la «clique Papineau» ou la «Vigerie». Il ne se fait pas énormément remarquer lors de son premier mandat comme député.

Lors de la guerre de 1812, opposant les États-Unis aux colonies britanniques d'Amérique du Nord, Louis-Joseph Papineau sert comme officier de milice du Bas-Canada. Il passe la majeure partie du conflit dans un fort du Haut-Canada, à la frontière entre la colonie britannique et les États-Unis. La guerre permet à Papineau d'afficher son loyalisme et facilite sa réélection au Parlement. Le Parti canadien est alors persécuté par les autorités, qui ferment Le Canadien, l'organe de presse du parti, et emprisonnent son chef Pierre-Stanislas Bédard.

Le , il est élu Orateur (speaker, c'est-à-dire président) de la Chambre d'assemblée du Bas-Canada. La même année, il succède à Pierre-Stanislas Bédard et devient chef du Parti canadien. Il poursuit la politique du parti qui lutte contre le favoritisme dans l'attribution des postes de fonctionnaires et dénonce les abus des conseils législatif et exécutif nommés par le gouverneur. C'est durant cette période, en , qu'il épouse Julie Bruneau (qui devient Julie Papineau), avec qui il aura 9 enfants. Il tiendra une importante correspondance avec sa femme, notamment durant les longs mois d'hiver durant lesquels il est pris à Québec. Cette dernière offre une riche perspective sur la vie familiale du couple et les orientations politiques de Louis-Joseph Papineau. En 1820, il refuse une place dans le conseil législatif formé par le gouverneur Dalhousie.

Au début de sa carrière politique, Papineau est un monarchiste convaincu, adepte des thèses d'Edmund Burke, qui appuyait le système politique britannique et n'avait pas alors d'intérêt pour celui des États-Unis. À l'occasion de la mort du roi en 1820, il prononça un discours contre la France de et pour le régime britannique dont des copies circulèrent jusqu'en AngleterreJoyal, Serge (2013). Le mythe de Napoléon au Canada français. Montréal : Bel Busso Éditeur.. Papineau y vante notamment certains mérites de la Conquête de 1760, qui aurait permis aux Canadiens de vivre sous un régime leur permettant une liberté politique. Il insiste toutefois sur la nécessité de rester indépendants et vigilants quant à de potentielles situations de corruption ou de tyrannie. vignette|Sa femme Julie et sa fille Ézilda Papineau.|alt=|gauche

À l'automne 1822, un projet de loi, mis de l'avant par l'influent lobby des marchands bas-canadiens (à Londres et à l'insu de l'Assemblée législative), propose la fusion des colonies du Haut-Canada et du Bas-Canada. Louis-Joseph Papineau et John Nelson sont alors désignés comme représentants du Bas-Canada auprès du gouvernement impérial et ont pour mandat de s'opposer à cette réforme législative. L'opposition anti-unioniste, composée notamment de seigneurs, de réformistes et de membres du clergé canadien, s'organise alors et initie une pétition qui récolte plus de . En , Papineau et Nelson vont présenter ce document au gouvernement impérial, à Londres. Bien que le projet d'union soit abandonné face à la grogne du Bas-Canada, Papineau étire son voyage en Angleterre de plusieurs mois afin de s'assurer qu'un tel projet ne soit pas réitéré.

Le voyage en Angleterre marquera un tournant dans les idées politiques du jeune Louis-Joseph Papineau. Il est marqué par les inégalités de richesse qu'il observe dans les villes anglaises, dominées par l'aristocratie et la bourgeoisie marchande et terrienne, et outré par l'exclusion d'une vaste majorité de la population du suffrage (seuls 5 % des Anglais y ont accès). Cette constatation et la crise de l'union lui font prendre conscience du potentiel des colonies d'Amérique du Nord et amorcent chez Papineau une remise en question du système politique britannique. Il développe d'ailleurs à l'époque une admiration pour le projet politique des États-Unis, qu'il considère comme étant supérieur à celui de la métropole britannique et destiné à un bel avenir.

La lutte pour réformer le Bas-Canada

Louis-Joseph Papineau rentre au pays à l'automne 1823. Durant son absence, c'est Joseph-Rémi Vallières qui est devenu président de l'Assemblée. Papineau est réélu à ce poste en 1825. Il est également toujours chef du Parti canadien, dont les membres s'identifient désormais comme étant «Patriotes» (ce qui transforme le Parti canadien en «Parti patriote»). À l'époque, les réformistes créent deux nouveaux journaux, La Minerve (1826) et le Irish Vindicator (1827), afin de mettre de l'avant leurs idées de réforme et leur mécontentement quant au système politique bas-canadien.

Ce mécontentement se cristallise durant la «crise des subsides», durant laquelle les réformistes reprochent au gouvernement colonial sa gestion antidémocratique des fonds publics. Dans diverses chroniques sous pseudonymes, Louis-Joseph Papineau critique avec véhémence les «bureaucrates», qu'il qualifie d'«oiseaux de proie» ou encore de «voleurs». Le gouverneur colonial, George Ramsay, comte de Dalhousie, est à l'époque farouchement opposé aux revendications des Patriotes. Rejetant leurs demandes, il va jusqu'à dissoudre l'Assemblée mais ces derniers sont facilement réélus. La résistance s'organise alors contre le gouverneur Ramsay. Une pétition de est présentée aux autorités coloniales de Londres et le pouvoir britannique désavoue le gouverneur. Ce dernier quitte son poste en 1828. Cette victoire assure à Papineau une influence et un prestige encore plus importants parmi les réformistes.

À la fin des années 1820, à la suite de la crise de l'union, de son voyage en Angleterre et de l'intransigeance du gouverneur Ramsay, Louis-Joseph Papineau adopte des positions idéologiques résolument républicaines. Inspiré par l'exemple des États-Unis, il considère que les vieux principes aristocratiques européens freinent le développement de la démocratie au Bas-Canada. Il plaide pour l'école laïque (il est inspiré par le système scolaire de l'État de New York), dénonce les privilèges et les monopoles, revendique une réforme du système de jurés et demande le contrôle des banques par l'Assemblée. En 1831, il contribue, par son rôle prépondérant dans l'Assemblée, à faire voter une loi garantissant l'égalité politique de tous les citoyens, sans égard à la religion. Ceci permit entre autres aux Juifs de tenir des registres civils dans le pays et d'accéder aux fonctions publiques. Cette loi fut un précédent dans l'histoire de l'Empire britannique. vignette|Portrait en 1836, par Antoine Plamondon.

Le libéralisme de Papineau a toutefois ses limites. Dans La Minerve du , Papineau dénonce le fait que certaines femmes mariées utilisent un vide juridique de l'Acte constitutionnel de 1791 pour voter aux élections. Il écrit : « Il est odieux de voir traîner aux hustings des femmes par leurs maris, des filles par leurs pères souvent contre leur volonté. L’intérêt public, la décence, la modestie du sexe exigent que ces scandales ne se répètent plus »