Marie Caroline Ferdinande Louise de Bourbon, princesse des Deux-Siciles, née le à Caserte et morte le à Brünnsee, plus connue sous son titre de duchesse de Berry, est l'épouse de Charles-Ferdinand d'Artois, duc de Berry, second fils du futur roi de France Charles X, assassiné en 1820, et la mère du comte de Chambord Henri d'Artois, prétendant légitimiste au trône de France sous le nom de « Henri V ».

Au nom de son fils, elle tenta en vain de prendre le pouvoir en France en 1832 en qualité de « régente ». Elle est à l'origine des dernières insurrections vendéennes et chouannes qui secouent l'ouest de la France en mai et .

Biographie Famille vignette|redresse|La duchesse de Berry, médaille bronze , signée Gayrard, 1820.

Marie-Caroline de Naples est née au palais royal de Caserte dans le royaume de Naples le , d'une branche cadette de la maison de Bourbon. Petite-fille du roi Ferdinand des Deux-Siciles et de la reine née Marie-Caroline d'Autriche, elle est la fille aînée du prince héritier et duc de Calabre François des Deux-Siciles et de l'archiduchesse Marie-Clémentine d'Autriche, fille de l'empereur du Saint-Empire Léopold II et de l'infante Marie-Louise d'Espagne.

À son baptême, elle reçoit les prénoms de ses grands-parents paternels et de sa grand-mère maternelle Marie Caroline Ferdinande Louise. La reine Marie-Caroline, grand-mère de la princesse, est la sœur de la défunte reine de France Marie-Antoinette. Elle voue une haine tenace à la Révolution française.

Enfance entre Naples et la Sicile L'année même de la naissance de la princesse, le royaume de Naples et de Sicile rejoint la Deuxième Coalition. L'armée française commandée par le général Jean-Étienne Championnet, envahit le royaume et instaure une République parthénopéenne le Laure Hillerin, « La duchesse de Berry, people avant l'heure », émission Au cœur de l'histoire sur Europe 1, 14 mai 2013.. La famille royale fuit sur un bâtiment britannique commandé par l'amiral Horatio Nelson et se réfugie à Palerme. La famille royale retrouve Naples le . La princesse perd sa mère en 1801. Le duc de Calabre, qui n'a pas de fils, se remarie l'année suivante avec l'infante Marie-Isabelle d'Espagne pour assurer la succession au trône.

Vaincue à nouveau par les troupes françaises du général André Masséna, la famille royale quitte Naples pour la Sicile en 1806 tandis que l'empereur des Français confie le royaume de Naples à son frère Joseph Bonaparte puis à son beau-frère Joachim Murat.

La princesse reçoit une éducation assez libre, bercée par les chansons populaires en patois italien, et pratique notamment la peinture. Tandis que sa tante Marie-Amélie de Bourbon-Siciles épouse en 1809 le duc d'Orléans en exil, l'archiduchesse Marie-Louise d'Autriche, double cousine de la princesse, épouse en 1810 au grand dam de leur grand-mère, la reine Marie-Caroline (qui meurt en Autriche en 1814).

Mariage avec l'héritier putatif du trône de France et descendance vignette|La naissance du duc de Bordeaux, par Claude-Marie Dubufe, en 1820.

La chute de l'Empire français permet à la maison de Bourbon de retrouver le trône de France ; l'ex-comte de Provence, frère de Louis XVI, devient roi sous le nom de Louis XVIII après vingt-cinq années d'exil. Le roi Ferdinand retrouve également son trône napolitain malgré la résistance et les intrigues de Joachim Murat qui finit fusillé en 1815.

Le roi de France, veuf, n'a pas d'enfant et répugne à se remarier à . Son frère et héritier a deux fils mais aucun n'a d'enfant. Le plus jeune, Charles-Ferdinand d'Artois, duc de Berry, est toutefois libre (il a eu de nombreuses maîtresses et la rumeur prétend qu'il a épousé en exil une jeune Anglaise dont il a deux filles mais celle-ci n'étant pas de sang royal, le mariage aurait été annulé). Le roi porte son choix sur ce neveu pour lui donner des successeurs au trône et choisit au sein de la famille royale de Naples, branche cadette de la maison de Bourbon, l'aînée des petites-filles du roi, Marie-Caroline, âgée alors de .

La princesse Marie-Caroline vient ainsi en France en pour épouser Charles-Ferdinand d'Artois, duc de Berry, second fils du comte d'Artois, futur Charles X et frère du roi Louis XVIII (sans descendance). Leur mariage par procuration après des négociations menées par l'ambassadeur Pierre Louis Jean Casimir de Blacas d'Aulps a lieu à Naples le Actes du mariage célébré par procuration entre Charles Ferdinand de Berry et Caroline de Bourbon-Sicile, rédigés en italien puis « pour traduction conforme » en français, faits à Naples, le 24 avril 1816, Base de données Archim, Archives nationales de France.. Elle débarque à Marseille le puis, après une quarantaine au Lazaret d'Arenc en prévention de la peste, traverse la France.

La première rencontre avec son futur époux a lieu au château de Fontainebleau le et le mariage a lieu deux jours plus tard, le : le mariage civil est célébré au palais des TuileriesActe du mariage civil du duc de et de la duchesse de Berry aux Tuileries à Paris le 17 juin 1816, Registre d'état civil de la Maison royale de France, premier volume, AE/I/14/1/1, Archives nationales de France. et le mariage religieux dans la cathédrale Notre-Dame de ParisPremière entrevue de S. A. R. la duchesse de Berry avec la famille royale le 15 juin 1816 à Fontainebleau.. Toute la famille royale est réunie pour l'occasion autour du roi Louis XVIII et du futur roi Charles X.

Bien que son époux, officiellement célibataire (mais qui a deux filles avec Amy Brown, Charlotte de Bourbon et Louise de Bourbon), ait vingt ans de plus qu'elle et qu'il s'agisse d'un mariage arrangé, ils semblent avoir formé un couple assez uni, comme l'attestent la tendresse transparaissant dans leurs échanges épistolaires. Le palais de l'Élysée a été aménagé pour eux.

Le duc et la duchesse de Berry ont eu quatre enfants, dont deux seulement survécurent au-delà des premiers jours : Louise Élisabeth d'Artoisou Louise Isabelle., née à Paris le , morte le lendemain, inhumée à Saint-Denis ; Louis d'Artois, né et mort à Paris le , inhumé à Saint-Denis ; Louise Marie Thérèse d'Artois, leur , née à Paris le , fut appelée Mademoiselle et titrée comtesse de Rosny en 1830 ; le elle épousa à Frohsdorf (Autriche) le futur duc de Parme et de Plaisance Charles III de Bourbon-Parme, dont elle eut quatre enfants. Après l'assassinat de son époux le et une période de régence, elle fut chassée du duché en 1859 par une insurrection et mourut à Venise le ;

vignette|La duchesse de Berry et son fils, Henri d'Artois, duc de Bordeaux - François Gérard.Henri d'Artois (palais des Tuileries (Paris, – château de Frohsdorf, ), duc de Bordeaux, « comte de Chambord », il fut surnommé « l'enfant du miracle » car il naquit après la mort de son père, le duc de Berry Charles-Ferdinand d'Artois, assassiné le , par Louis Pierre Louvel d'un coup de couteau alors qu'il raccompagnait son épouse à sa voiture devant l'Académie royale de musique à Paris. Il mourut sans postérité de son mariage, en 1846, avec l'archiduchesse Marie-Thérèse d'Autriche Este (1817-1886).

À la cour du roi Charles X vignette|redresse|La duchesse de Berry en 1825, Thomas Lawrence, château de Versailles. vignette|redresse|Bordeaux - Carton d'invitation de juillet 1828. vignette|redresse|La duchesse de Berry en 1829, déguisée en Marie Stuart.

Après l'assassinat de son époux, la duchesse de Berry s'installe au palais des Tuileries. Elle a un tempérament assez opposé à celui de sa belle-sœur et cousine de vingt ans son aînée, l'austère duchesse d'Angoulême Marie-Thérèse de France, marquée par les années de la Terreur : elle est peu attachée à l'étiquette, aime recevoir et est très sensible à la mode.

La personnalité forte et attachante de la princesse donne de l'éclat à la Cour des Tuileries dans les années 1820. Elle séduit par sa vivacité napolitaine, son esprit vif et curieux, son ouverture aux nouveautésGabriel de Broglie, La Monarchie de Juillet, Fayard 2011, .. Amatrice de voyages et d'expériences nouvelles, elle aime sortir assez souvent de la capitale. Elle joue un rôle non négligeable dans le lancement en France de la mode venue d'Angleterre des bains de mer, en particulier à Boulogne-sur-Mer et Dieppe, première cité balnéaire de France, vers 1820. Elle pratique volontiers ce loisir à la belle saison et le popularise auprès de la cour royale et de la bourgeoisie française. Elle apprécie également les promenades en mer et possède un bateau destiné à cet effet, Le Furet., peint par le peintre Ambroise Louis Garneray en 1827 et exposé au château de Dieppe.. À l'occasion, elle en profite pour visiter d'autres villes, comme Le Havre en .. C'est elle également qui inaugure une section du canal de la Somme.

Du 14 au , elle séjourne à Bordeaux afin de « ranimer les fidélités à la Couronne » des habitants de la première ville à s'être ralliée à Louis XVIII en 1814..

Elle s'intéresse aux arts et découvre un tableau du peintre Paul Huet Une chaumière, présenté à la galerie Henri Gaugain et l'achèteArt et commerce d'art en France avant l'époque impressionniste : évocation du nom de la duchesse et de la galerie d'Henri Gaugain..

Son passage au château d'Effiat (Puy-de-Dôme) est marqué par une pierre qui se voit encore sur la grande place de ce bourg auvergnat situé non loin du domaine de Randan, propriété de la princesse Adélaïde d'Orléans, sœur aînée de Louis-Philippe .

Au cœur du complot de 1832

vignette|redresse|Dépêche télégraphique annonçant l'arrestation de la duchesse de Berry. À la suite des Trois Glorieuses en 1830, elle suit Charles X et la cour en exil en Angleterre, vit à Bath en Angleterre et au palais de Holyrood en Écosse.

Elle cherche à se faire proclamer régente pour son fils, sous le nom d'« Henri V »Frédérique Féron, « La duchesse de Berry, aristocrate star, amante prolifique mais putschiste ratée », Paris Match, 14-20 août 2014, .. En 1831, elle s'entoure de légitimistes déterminés, comme Ferdinand de Bertier de Sauvigny, Louis Auguste Victor de Ghaisne de Bourmont, Florian de Kergorlay, le duc d'Almazan Emmanuel Louis Marie Guignard de Saint-Priest, Gaspard de Clermont Tonnerre, ou le duc de Blacas, Pierre Louis Jean Casimir de Blacas d'Aulps, qui définissent avec elle un programme politique dans l'optique d'une restauration de la branche aînée, l'édit de réforme du royaume. La réforme prévoit l'élection par les contribuables de conseils municipaux, qui éliraient des conseils cantonaux. Chaque canton désignerait un conseiller général dont l'Assemblée serait chargée d'administrer les départements. Ces derniers seraient rassemblés en 18 provincesPicardie, Île-de-France, Normandie, Champagne, Lorraine, Alsace, Bretagne, Poitou, Orléanais, Berry, Bourgogne, Guyenne, Auvergne, Dauphiné, Gascogne, Languedoc, Occitanie, Corse ; Alger forme un royaume dépendant directement de la Couronne., dont les assemblées (états provinciaux) siégeraient par an. À l'échelon national, l'édit prévoit deux chambres : une chambre des pairs héréditaires et une Chambre des députés nommés par les provincesFerdinand de Bertier de Sauvigny, Souvenirs d'un ultra-royaliste, .Hugues de Changy, Le soulèvement de la duchesse de Berry, 1830–1832. Les royalistes dans la tourmente, Paris, DUC-Albatros, 1986, .. Dans ce programme, tout contribuable est électeur, tout électeur est éligible ; selon Bertier : « Les idées les plus larges, les plus libérales, les plus favorables au peuple et en même temps les plus conformes à la gloire et à la grandeur de la France en faisaient la baseLaure Hillerin, La duchesse de Berry, éd. Flammarion, .. »