Michel Maffesoli, né le à Graissessac (Hérault), est un sociologue français.

Ancien élève de Gilbert Durand et de Julien Freund, professeur émérite à l'université Paris-Descartes, Michel Maffesoli a développé un travail autour de la question du lien social communautaire, de la prévalence de l'imaginaire et de la vie quotidienne dans les sociétés contemporaines, contribuant ainsi à l'approche du paradigme postmoderne.

Ses travaux encouragent le développement des sociologies compréhensive et phénoménologique, en insistant notamment sur les apports de Georg Simmel, Alfred Schütz, Georges Bataille et Jean-Marie Guyau.

Il a été membre de l'Institut universitaire de France à partir de , au terme d'une procédure de nomination controversée. D'autres de ses nominations à des instances universitaires sont critiquées par la communauté scientifique française, notamment en raison de la subjectivité de Maffesoli en sciences humaines et de sa perception d'une certaine « sociologie interprétative/postmoderne » à vocation académique. Biographie Dans un texte publié sur le site Internet « La France Forte » lors de la campagne de l'élection présidentielle de 2012, il apparaît parmi des personnalités ayant appelé à voter Nicolas SarkozyLe Lab/Europe 1, “18 intellectuels et artistes signent une tribune pour défendre Nicolas Sarkozy”, 4 mai 2012. Le texte publié par "La France Forte" est encore disponible sur un blog militant., ce qu'il a par la suite démenti« J'essaie de "penser" ce qui est, et non ce que l'on aimerait qui soit, ou ce qui pourrait être. C'est ainsi que je n'ai pas appuyé, mais tenté de comprendre la position de Sarkozy et notamment le retentissement qu’elle avait auprès de l’opinion publique (et non de "l'opinion publiée"). » Entretien par Emmanuel Tugny, publié sur son blog (désormais supprimé) le 28 août 2012...

En 2014, Michel Maffesoli donne une interview à la radio d'extrême droite Radio Courtoisie sur le thème de la fin des élites. En 2019 et en 2020, le sociologue donne deux conférences auprès du parti royaliste l'Action française. Il participe également à une conférence organisée par Gilbert Collard, député du Rassemblement National, sur le thème : « Liberté d’expression : expression ou extinction ? »..

En 2023, il intervient pour un cours au sein de l'école de cadres du Rassemblement national, Campus Héméra..

Marié en 1969 à Hélène Strohl, il a quatre filles et huit petits-enfants..

Thèses Les livres et séminaires de Michel Maffesoli abordent l'imaginaire, la postmodernité, l'analyse du quotidien, le rapport entre esthétique et vie sociale, et comprennent une critique de l'individualisme au regard des résurgences tribales, nomades et communautaires contemporaines. Maffesoli construit principalement sa sociologie en s'interrogeant sur le rapport que nos sociétés entretiennent avec la temporalité. Ses ouvrages peuvent être vus comme un incessant travail d'interprétation du rapport au présent et à l'immédiat, lequel lui semble un des marqueurs principaux d'une époque « postmoderne ». La vie quotidienne lui apparaît ainsi liée à ce qu'il nomme le « Temps immobile », c'est-à-dire qu'elle serait scellée dans un polythéisme des valeurs, au sens wébérien, à la fois structural et récurrent face à une vie de contraintes politiques, sociales ou professionnelles. On retrouve ici la trace de la pensée de Jean-François Lyotard dont Maffesoli suivait les séminaires. Un des concepts-clés de Maffesoli, issu des travaux du sociologue allemand Georg Simmel est celui de "roi clandestin d'une époque", évoquant les phénomènes sociaux peu lisibles et peu visibles, qui entraînent néanmoins des mutations sociétales importantes, souvent loin de l'œil des médias mainstreamhttps://shs.cairn.info/article/RIPS1_HS03_0305/pdf?lang=fr.

Cette position initiale le conduit à développer plusieurs thèmes : le thème de l'imaginaire, que Maffesoli emprunte à son ancien professeur Gilbert Durand en s'inscrivant dans la lignée des travaux du réseau des Centres de Recherche sur l'Imaginaire, est entendu dans le sens d'un ensemble d'images fondatrices qui permettent la médiation et la compréhension du sujet vis-à-vis de son monde environnant. Citant parfois Alfred Schütz à ce proposAlfred Schütz, « Le stock de connaissance disponible » in Le Chercheur et le quotidien, Collected Papers, Paris, 1987., Maffesoli suggère que l'image ouvre le sujet à une implication dans son contexte de vie. Le partage, avec d'autres, de ces mêmes images structurantes connecte le sujet au social et l'inscrit, par l'incessant mouvement d'écriture et de relecture, dans une intertextualité qui constitue et maintient le groupe, à la fois individuellement et collectivement. Cette position amènera Maffesoli à relativiser la dimension individuelle et rationnelle dans les comportements des personnes, au profit d'influences à la fois collectives et portées par l'image. Selon lui, les formes de socialité peuvent donc être éclairées par l'analyse de formes plus anciennes, c'est-à-dire archétypales, idée qu'il emprunte à Gilbert Durand, lui-même influencé par la psychologie analytique ; l'apparence comme creuset de la socialité, dont il identifie des images multiples : les cultes du corps, la mise en scène spectaculaire du politique, l'exacerbation du sensible dans les médias, le renouveau des pratiques festives, etc. Maffesoli conçoit à cet endroit une rupture avec l'épistémè moderne (Foucault), en ce que désormais « la vie peut se cacher à la surface des choses ». Reprenant une intuition bachelardienne — le « mythe de l'intérieurGaston Bachelard, La Poétique de l'espace, PUF, Paris, 1961. » —, Maffesoli décrit à la fois une société qui se structure par la surface et les signaux faibles, ainsi qu'une posture méthodologique qui décrit les sociétés par leur apparence. Il développera cette position dans son ouvrage La Connaissance ordinaireMichel Maffesoli, La Connaissance ordinaire - Précis de sociologie compréhensive, 1985, Paris, Librairie des Méridiens ; rééd. 2007, Paris, Klincksieck.; ainsi que dans La Contemplation du mondeMichel Maffesoli, La Contemplation du monde, 1993, rééd. Le Livre de Poche, 1996., posture qu'il finira par désigner par le terme de « formisme » sociologique ; l'organicité des choses, le vitalisme, réhabilitant à ce sujet celui que Søren Kierkegaard nommait « le véritable homme ordinaire » qu'il caractérise, en reprenant Robert Musil, d'« homme sans qualités », y voyant le spécialiste d'une philosophie libertaire de la vie, soulignant la coïncidence de la mort et de la vie, du corps et de l'esprit, de la nature et de la culture.

En outre, Michel Maffesoli insiste sur l'apport des textes de la sociologie allemande, notamment les travaux de Georg Simmel et Alfred Schütz. Il a notamment contribué à la reconnaissance de ce dernier en France avec l'initiative de publier une sélection d'articles parus sous le titre Le Chercheur et le quotidien. Phénoménologie des sciences sociales (éd. Klincksieck, 1987). Maffesoli signe également la préface à la première traduction française du classique essai de sociologie La construction sociale de la réalité (éd. Armand Colin, 1996), coécrit par Peter Berger et Thomas Luckmann qui prolongeait pour une grande part les travaux d'Alfred Schütz dont ils furent les élèves.

Il a accueilli dans son laboratoire des chercheurs travaillant sur les pratiques musicales, notamment le metal et la technoAlexis Mombelet, Les « éclats de religion » de la musique metal. Pour une compréhension sociologique du fait social metal, 10 mai 2006 ; Anne Petiau, Une « communication musicale ». Une étude de la pratique collective de la musique techno, à partir d'Alfred Schütz, 24 mars 2007.. Il est également l'un des précurseurs sur les études des socialités liées à l'homosexualité, ou celles qui prennent place sur le minitel rose (1991) puis sur Internet. En outre, il a accueilli l'une des premières thèses en sciences sociales sur les pratiques et les imaginaires liés à l'internetAndré Lémos, Cyberculture, Thèse soutenue à l'Université Paris-Descartes, CEAQ, Paris, 1994..

Notion de « tribu »

M. Maffesoli publie en 1988 Le Temps des tribus : le déclin de l'individualisme dans les sociétés postmodernesÉd. Le Livre de Poche, 1991. ; il introduit alors la notion de « tribu » ou « néotribu » pour désigner, de manière idéal-typique, la réunion d’un groupe donné (d’initiés) autour d’images qui agissent comme des vecteurs d’une communauté en ce qu’elles permettent « d'éprouver des émotions en commun ». Ces images, qu'il assimile à des « totems de rassemblement » peuvent être un imaginaire d'une musique en particulier (comme la musique métal ou techno), l'imaginaire propre à une communauté sur internet qui partage une passion.

Pour Michel Maffesoli, penser le social en termes de tribalisme revient à s'intéresser à la fois au sens que les acteurs donnent à leurs actions, ainsi que l'avait proposé Max Weber, sans renvoyer pour autant l'origine de l'action à l'individu. C'est dans l'intersubjectif que l'action prend sa source. En ce sens, une décision ou un choix d'un acteur ne sauraient se réduire à l'unique forme de la rationalité qui place l'individu au centre de l'action. Michel Maffesoli propose de voir l'action comme une action collective : une décision serait une initiation, qui implique chaque fois l'Autre (la nature, autrui), renvoyant dans une certaine mesure aux théories de Goffman sur les « rites d'interaction ».