Juste de Tibériade ou Justus de Tibériade était un écrivain et historiographe juif du . Tout ce que nous savons de sa vie vient de lAutobiographie que Flavius Josèphe a visiblement écrite pour répondre aux assertions faites par Justus dans son Histoire de la guerre juive, publiée vers 93/94 ou peu après 100. Josèphe est d'ailleurs le seul à évoquer cet écrit, mais sans jamais en citer le moindre extrait. Cette Histoire publiée par Justus semble avoir disparu peu de temps après la publication de lAutobiographie de Flavius Josèphe, car elle est inconnue des auteurs païens et les auteurs chrétiens qui la mentionnent ne font que citer ce que disait Josèphe.
Après la Grande révolte juive (66-70), Justus a été le secrétaire du roi Agrippa () et a attendu sa mort pour publier son Histoire de cette révolte. Il est aussi connu comme l'auteur de deux autres écrits qui ont disparu beaucoup plus tard. Ainsi au , l'évêque Photios de Constantinople a pu encore accéder à un exemplaire de la Chronique des rois juifs écrite par Justus.
Éléments biographiques L'historiographe juif Justus de Tibériade est un fils de Pistos.. Tous deux sont présentés comme des autorités de la ville de Tibériade lorsque Flavius Josèphe est gouverneur de Galilée en 66/67. Il est surtout connu comme historiographe. Aucun de ses écrits n'est parvenu jusqu'à nous, mais trois d'entre-eux sont mentionnés par des auteurs antiques. Dans son De viris illustribus (14), Jérôme de Stridon mentionne l'un d'entre-eux qu'il appelle Commentarioli de scriptura, un commentaire des écrits bibliques, correspondant à ce que la tradition chrétienne appelle l'Ancien Testament. Quelques Pères de l'Église ont lu sa Chronique des rois juifs, dont l'évêque Photios de Constantinople pouvait encore consulter un exemplaire au ... Mais l'écrit qui nous vaut de le connaître, bien qu'il semble avoir presque immédiatement disparu, est son Histoire de la guerre juive, par la réaction qu'il provoque chez Flavius Josèphe..
Justus accusé d'être responsable de la révolte En réponse à cette Histoire, Flavius Josèphe publie en effet son Autobiographie afin de contrer différentes assertions qui racontaient une histoire très différente de ce que ce dernier avait publié dans sa Guerre des Juifs vingt ans auparavant.... Il y attaque longuement Justus, alors qu'il ne l'avait même pas mentionné dans la Guerre des Juifs écrite vingt ans auparavant.. L'essentiel de ce que nous connaissons sur Justus, provient d'ailleurs d'une longue digression de Josèphe qui l'attaque dans cette Autobiographie (336-367). Il lui reproche de multiplier les erreurs. et de Pour déconsidérer son adversaire, Josèphe indique justement que , dont il doute que Justus a pu les consulter, il serait indiqué qu'à l'arrivée du futur empereur à Ptolémaïs (printemps 67) Ce à quoi Justus n'aurait réchappé que grâce à la clémence du roi Agrippa () et sur la prière de la reine Bérénice. D'après Josèphe, la raison de cette mise en cause était le rôle qu'aurait joué Justus lors de l'attaque que les habitants de Tibériade ont menée contre Gadara, au tout début de la révolte, en automne 66, lorsque les villes juives se sont mises à attaquer les villes grecques voisines et réciproquement, avant même l'arrivée de Josèphe en Galilée. Toutefois, cette accusation n'a visiblement pas prospéré et il est évident que Josèphe rapporte ces événements de façons biaisée et polémique. Josèphe présente Justus comme quelqu'un qui hésitait entre se ranger du côté de la révolte et qui influençait son père Pistos, seul membre de l'aristocratie de Tibériade à ne pas être membre du parti pro-romain, dirigé par Julius Capella. Alors que le parti anti-romain était mené par Jésus fils de Sapphias qui conduisait un groupe de gens pauvres et de bateliers. Flavius Josèphe l'accuse d'avoir conduit .. Toutefois en dépit des efforts de Josèphe pour rejeter la responsabilité du soulèvement de la Galilée sur Justus plusieurs faits qu'il évoque dans sa Vita contredisent cette accusation. Ainsi, Justus était opposé à la destruction du palais d'Hérode à Tibériade, alors qu'au contraire Josèphe tentait d'obtenir sa destruction du Conseil de la ville. Josèphe dit lui-même que Justus n'était pas membre de la fraction favorable à la guerre, mais chef d'une fraction aux positions intermédiaires. Il est d'ailleurs possible que ce troisième parti soit une invention de Josèphe qui ne pouvait pas faire de Justus le dirigeant du parti révolutionnaire car il était beaucoup trop connu que son chef était Jésus fils de Sapphia.. Certains des proches parents de Justus ont d'ailleurs été tués par les révolutionnaires à Gamala. De plus, Josèphe déclare l'avoir fait prisonnier avec tous les membres du conseil de Tibériade, car en raison de l'invincibilité des Romains, ce conseil avait secrètement fait allégeance au roi Agrippa et demandé qu'il envoie des forces pour prendre le contrôle de la ville.Flavius Josèphe, Autobiographie, § 155-158 et 175-176.. Josèphe les aurait ensuite relâchés en leur recommandant de faire preuve de duplicité car s'il était bien conscient de l'invincibilité des Romains, ils devaient faire semblant de soutenir la guerre contre Rome à cause des « brigands » (lestai). Flavius Josèphe, Autobiographie, § 175-176.. Josèphe s'approprie ici .. À plusieurs reprises dans la Guerre des Juifs, il appelle « brigands ». les révoltés juifs, comme les Sicaires, les Zélotes. ou les membres de la Quatrième philosophie. Pour Shaye J. D. Cohen, ceux qui sont appelés « brigands » dans ce passage, étaient les propres partisans de Josèphe à l'époque des faits.. Enfin, avant même l'offensive de Vespasien en Galilée (printemps 67), Justus n'était plus à Tibériade, mais avait rejoint le roi Agrippa. à Beyrouth.Flavius Josèphe, Autobiographie, § 357., alors que celui-ci allait joindre son armée aux trois légions de Vespasien pour entamer la reconquête de toute la Palestine en commençant par la Galilée.
Après la Grande révolte juive (66-70), il a été le secrétaire impérial à la cour d'Agrippa., roi de Batanée et de la partie orientale de la Galilée (Vita 356).
Justus accusé d'être un faussaire Josèphe compare Justus et tous les historiens qui mentent aux .. Puis dans la longue digression dans laquelle Josèphe attaque Justus (V 356), il suggère que si Agrippa a chassé Justus et lui a défendu de se à partir d'un moment indéterminé, c'est parce-qu'il se serait rendu compte qu'il se montrait malhonnête Flavius Josèphe, Autobiographie, § 356.. Pour Shaye J. D. Cohen, , ce qui renvoie à la comparaison qu'il a faite en § 337 entre ceux qui mentent pour fabriquer une histoire fausse et les Josèphe termine toutefois ce passage en disant que Flavius Josèphe, Autobiographie, § 356, traduction d'André Pelletier, ..
Ce n'est qu'après la mort d'Agrippa que Justus publie son Histoire de la guerre juive qui déclenche l'écriture de lAutobiographie de Flavius Josèphe. Les dates de publication de ces deux écrits dépendent de la date de la mort d'Agrippa qui intervient soit en 92/93Maurice Sartre situe cette date de mort entre 92 - 96 et propose la date de 93/94 .., soit en 100. Voir à ce sujet le § Date de la mort d'Agrippa dans l'article Agrippa .
Après la publication de lAutobiographie de Flavius Josèphe, les deux hommes disparaissent de l'histoire.
Sources Autobiographie de Flavius Josèphe
LAutobiographie de Flavius Josèphe est son dernier écrit, vraisemblablement publiée 20 ans après le livre de la Guerre des Juifs.. sinon plus. Il est probable qu'elle figurait initialement en appendice au et dernier livre des Antiquités judaïques. On détecte d'ailleurs deux fins à ce livre des Antiquités. Il y a donc eu une première publication des Antiquités en 93/94 sans cette Vita, puis une seconde publication, peu d'années après.André Pelletier repousse cette date de première publication en 94/95. .. Une partie importante de la critique historique identifie l'Épaphodite à qui Flavius Josèphe dédie ses Antiquités judaïques à l'ancien secrétaire de Néron, qui a ensuite été secrétaire des trois empereurs flaviensSteve Mason, Life of Josephus, note .Parmi ceux qui défendent que le "patron littéraire" de Josèphe est le secrétaire de différents empereurs exécuté en 95/96 sur ordre de Domitien, il y a Mason (2003), Haaland (2005), Berber (1997) ( , note ), Robert Eisenman ( et passim) ; Théodore Reinach.).. Il est exécuté sur ordre de Domitien fin 95/début 96Brian Jones, The Emperor Domitian, 1993, Routledge, Londres, ., pendant ce qu'il est convenu d'appeler la « persécution de Domitien ».. Toutefois pour les historiens il ne s'agit pas d'une persécution religieuse, mais plutôt d'une répression à caractère politique.. Comme Josèphe rend hommage à cet Épaphrodite dans son Autobiographie, selon cette hypothèse celle-ci aurait été publiée avant 96 et naturellement après la première édition des Antiquités.
Toutefois les historiens et exégètes sont d'accord pour dire que ce qui provoque l'écriture de sa biographie par Flavius Josèphe est la publication par Justus de Tibériade de son Histoire de la Guerre juive. Josèphe lui reproche d'avoir attendu la mort d'Agrippa II pour publier son "Histoire". Pour une partie de la critique qui se fonde sur des inscriptions épigraphiques et la disparition des monnaies de Domitien celle-ci intervient pendant son règne.. En analysant les textes de Flavius Josèphe, ils estiment qu'Agrippa était probablement déjà mort lors de la publication de la première édition des Antiquités judaïques. Si cette thèse est parfaitement compatible avec l'identification de l'ancien secrétaire de Néron appelé Épaphrodite comme étant le parrain littéraire de Josèphe, d'autres critiques se fondent sur une indication de Photios de Constantinople pour situer la mort d'Agrippa en 100. La publication de son Autobiographie par Flavius Josèphe aurait dans ce cas eu lieu dans une période moins troublée. Pour un exposé détaillé à ce sujet, voir le § Date de la mort d'Agrippa dans l'article Agrippa .
La Vita de Flavius Josèphe n'est pas une réelle autobiographie car curieusement 85 % du texte est consacré aux 7 à 8 mois de sa vie où pendant la Grande révolte juive, il a été le gouverneur de la Galilée désigné par les révoltés de Jérusalem (vers octobre 66 - juin 67).
Photios de Constantinople Photios de Constantinople n'a lu que la Chronique des rois Juifs, qui depuis a été perdue. de même qu'aucun auteur chrétien n'en cite le moindre extrait. Le commentaire de Photios n'échappe pas à la règle et se contente de reprendre les dénigrements de Josèphe à propos de ce livre perdu lui aussi, mais qui, à la différence de la Chronique des rois juifs, a peut-être disparu peu après sa publication.
L'Histoire de la guerre juive de Justus Le livre de Justus au sujet de la grande révolte juive était un récit de la guerre (Vita 336 et 338) qui incluait la campagne en Galilée, les actions de Josèphe. et qui contestait sa version du siège de Jotapata (Vita 357). Il racontait aussi le siège de Jérusalem (Vita 358). Il contestait aussi visiblement la version de Josèphe au sujet de Philippe de Bathyra et de ce qui s'était passé à Gamala et en Batanée. C'est principalement sur ces sujets là que Josèphe s'attache à répondre longuement, alors qu'il ne consacre qu'une phrase pour répondre aux contestations de Justus au sujet du siège de Iotapata et au sujet de la version de Josèphe des événements ayant eu lieu lors du siège de Jérusalem. (V 357-358).