Claude François, surnommé « Cloclo », né le à Ismaïlia en Égypte, et mort accidentellement le à Paris, est un chanteur, danseur, musicien et producteur musical français des années 1960 et 1970.
Lors de ses seize années de carrière, c'est l'un des artistes français les plus appréciés du public. Nombre de ses chansons sont restées célèbres, comme Belles ! Belles ! Belles !, Cette année-là, Le Lundi au soleil, Le téléphone pleure, Magnolias for Ever, Alexandrie Alexandra ou encore Comme d'habitude (My Way en version anglaise).
Claude François a révolutionné la chanson populaire française en intégrant des chorégraphies modernes à ses concerts. À partir de 1966, il crée le célèbre groupe des Claudettes, qui chantent et dansent avec lui de façon très synchronisée. Cette formule, inspirée en partie des spectacles américains, est devenue sa marque de fabrique.
Bête de scène perfectionniste, il a modernisé les spectacles de variétés en France. Il est un des artistes français ayant le plus vendu de disques, et une figure incontournable de la chanson française des années 1960-1970.
Biographie Origines Claude Antoine Marie François naît le à Ismaïlia dans le royaume d’Égypte. Son père est Aimé François, employé au canal de Suez, et sa mère est Lucia Mazzei, d’origine italienne. vignette|gauche|Bureaux de la Compagnie du canal de Suez à Port-Saïd, v. 1900.|alt= Sa famille paternelle est lyonnaiseSophie Majou, « L’arrière-grand-père paternel de Cloclo était Lyonnais ! », Le Progrès, 25 mars 2012.. Ses arrière-grands-parents paternels, Nicolas Joseph François, né à Saint-Maurice-sur-Moselle (Vosges) en , et Marie Anne Delphine Callon, née à Mars (Ardèche) en , se sont mariés en 1872 à Port-Saïd (Égypte), où Nicolas Joseph François était télégraphiste pour la Compagnie du canal de Suez. Leurs trois enfants, Gustave, Elisa et Adolphe voient ainsi le jour successivement à Port-Saïd, Suez et Ismaïlia..
Adolphe François, grand-père paternel de Claude François, caporal-fourrier au d'infanterie, est tué à Tahure, dans la Marne, le , lors de la Première Guerre mondiale, alors qu'il n'a que . Il laisse trois fils, dont Aimé FrançoisNé à Ismaïlia, le et mort à Nice dans les Alpes-Maritimes, le ., lesquels travailleront comme chefs du trafic du canal de Suez.
Aimé François épouse une Italienne, Lucia MazzeiNée à Ismaïlia le , et morte à Paris 8 le ., dite « Chouffa ». La famille de Lucia est originaire du village de Serrastretta en Calabre, en Italie. Lucia s'occupe du foyer familial et a longtemps joué du piano. Ses deux frères, l'un violoniste, l'autre pianiste, accompagnaient les films muets, puis ont joué pour le Five O'Clock Tea de l'armée britannique qui occupait le canal de Suez lors de la Seconde Guerre mondiale. en Égypte.
Claude François a une sœur aînée, Marie-Josée François, dite « Josette », née le ; elle a écrit, en 2008, un livre de souvenirs, Claude François, mon frèreJosette François, Claude François, mon frère, Éditions Hors Collection, février 2008..
Enfance vignette|Une partie occidentale d'Ismaïlia près de la gare avec l'église catholique sur la gauche, 1952. L'enfance de Claude François se passe dans une des villas de la Compagnie du canal de Suez, à Ismaïlia. Sa famille, qui a des domestiques, mène un train de vie très aisé.
Durant la Seconde Guerre mondiale, Ismaïlia est bombardée par les Allemands et la villa de la famille François est détruite. Claude François et sa sœur sont alors recueillis par leur grand-mère paternelle qui habite une vieille maison proche des quartiers populaires. Claude François s'y mêle aux jeunes enfants d'origine diverse (grecs, maltais, italiens, arabes) et y reste jusqu'à l'âge d'aller à l'école.
left|vignette|Certificat de scolarité de Claude François au lycée français du Caire, du .
Ses parents le placent en internat dans une école confessionnelle. Ils l'inscrivent ensuite au lycée français du Caire comme externe (1953-1956). La chambre qu'il loue est en face de Radio Le Caire, où il passe beaucoup de temps, écoutant en avant-première les disques français ou américains. Il obtient la première partie du baccalauréatJusqu'en 1965, le baccalauréat comportait une partie en classe de première, et une deuxième partie en classe de terminales. L'obtention de cette première partie était obligatoire pour passer en terminale et postuler au baccalauréat. mais pas la seconde. À cette époque, il assiste aux répétitions de ses oncles maternels et fait une première année de violonCaillet, Sylvie & François, Claude Jr., Qui était Claude François ? (retranscription d'une interview), éd. Fernand Lanore, mars 1982, ..
En 1956, la famille François est expulsée d’Égypte (avec de nombreux Français et Britanniques) à la suite de l'intervention franco-britannique visant à s'opposer à la nationalisation du canal de Suez par le nouveau président Gamal Abdel Nasser. Sur fond d'un déchaînement soudain d'hostilité envers les étrangers occidentaux, le départ d'Égypte s'effectue en catastrophe sous les injures et les agressions physiques. Le navire accoste au Havre d'où la famille François gagne Paris.
Après un séjour dans une chambre d'hôtel, les François, fatigués de demander des subsides auprès de la Compagnie du canal de Suez, partent en train pour Monte-Carlo où réside, depuis son mariage l'été précédent, leur fille Josette. La famille s’installe d'abord à Monaco, dans un appartement acquis grâce à la prime de réinstallation donnée par la Compagnie du canal de Suez (Claude François étudie au lycée Albert-), puis à NiceFrançois Jouffa, François Claude (1939-1978), sur Encyclopædia Universalis.. Ils vivent dans une certaine pauvreté : Claude François affirme qu'il dormait par terre sur le sol de l'appartement, volait à l'étalage, se nourrissait de pain trempé dans de la vinaigrette, ce qui lui aurait causé un ulcère à l'estomac, lui permettant d'être exempté de son service militaire.
Carrière Débuts En 1958, à la recherche d’un travail, Claude François devient employé de banque. Il se délasse en jouant de la tumba dans un petit orchestre qu’il a formé avec quelques copains. Il finit par trouver un emploi dans le grand orchestre du Sporting Club de Monte-Carlo, dirigé à l'époque par Louis Frosio : d’abord batteur-percussionniste, il en devient ensuite chanteur (il gagne par soirée), avec à son répertoire Colette Deréal, Charles Aznavour, Marcel Mouloudji, Ray Charles. Il fait un tabac en interprétant en arabe la chanson de Bob Azzam, Mustapha. Parallèlement, il s’inscrit à l’Académie nationale de musique dans toutes les classes (clarinette, flûte, chant classique, timbales et percussions, harmonie) et prend des leçons particulières pour former sa voix.
En 1959, il fait partie, en tant que chanteur, de l’orchestre de Marcel Blanchi à l’hôtel Le Provençal à Juan-les-Pins. Si sa rémunération lui permet enfin de vivre et de faire vivre sa famille, il est désapprouvé dans son choix par son père qui aurait voulu qu'il devienne comptable. Sa mère le soutient toutefois dans sa passion pour la musique.
À l'été 1961, il monte à Paris sur les conseils de Brigitte Bardot et de Sacha Distel rencontrés sur la Côte d'Azur (Claude François a donné des cours de danse à Brigitte Bardot dans la boîte de nuit le Papagayo à Saint-Tropez) ; il est accompagné d'une jeune danseuse d'origine anglaise, Janet Woollacott, rencontrée en 1959 lors d'un spectacle et épousée le à Monaco. Son père, qui ne lui adressait plus la parole depuis deux ans, était malgré tout venu au mariage, avant de mourir d’une maladie des poumons le .
À l'époque, la chanson française connaît un grand bouleversement avec la vogue du rock 'n' roll puis du twist et l'avènement d'une nouvelle génération de chanteurs que l'on ne tarde pas à appeler les yéyés, soutenu par l'émission de radio Salut les copains qui bénéficie d'une grande audience auprès des adolescentsClaude François, sur RFI musique, janvier 2018 : .
vignette|L'artiste percussionniste, jouant de la batterie à Toulouse, en 1965.
Claude François se fait engager dans la formation d’Olivier Despax, les Gamblers, au poste de percussionniste, mais les cachets sont maigresClaude François, sur RFI musique : . Le , il passe une audition aux disques Fontana, mais ne convainc pas le directeur artistique, Jean-Jacques Tilché, lequel accepte toutefois une deuxième audition.
left|thumb|En 1962, Gilbert Bécaud séduit Janet Woollacott, épouse de Claude François et l'emmène en Italie pour ses galas.
En 1962, Claude François, sous le pseudonyme de « Kôkô », enregistre son premier disque, Le Nabout twist (en version française et en version arabe) : si la chanson est bien reçue en Afrique, elle ne rencontre pas le succès escompté en France. En attendant une nouvelle occasion, il rejoint Les Gamblers et joue pendant tout l’été 1962 au Papagayo à Saint-Tropez. De son côté, Janet, qui a été engagée comme danseuse à l’Olympia, y rencontre Gilbert Bécaud et quitte Claude François pour ce dernier.
vignette|Au moulin de Dannemois, le portrait de Claude François, dessiné en 1963 par Michel Bourdais à la demande de Claude lui-même.
De retour à Paris, Claude François signe un contrat de cinq ans avec les disques Fontana. À l'automne 1962, il obtient son premier succès, avec Belles ! Belles ! Belles !, adaptation de Girls Girls Girls (Made to Love), composée par Phil Everly, des Everly Brothers, et interprétée initialement par Eddie Hodges, dont il s'est inspiré pour la version française et dont il cosigne les paroles avec Vline BuggyVoir l'album Girls! Girls! Girls! d'Elvis Presley, sorti en novembre 1962, qui est la bande originale du film Des filles… encore des filles de Norman Taurog.. Ayant fait le siège du bureau de Daniel Filipacchi à Europe 1, il obtient que son 45 tours passe deux fois par jour dans l'émission Salut les copains tout au long de la semaine. Sa carrière est lancée : Jean-Marie Périer, Mes années 60, éditions Fillipacchi, 1998.. Belles ! Belles ! Belles ! est son premier scopitone, réalisé par Claude Lelouch : il chante dans la neige, dans un bois de la région parisienne, au milieu de jeunes filles dansant dans une tenue hors de saison. Sa participation à plusieurs émissions de télévision lui permet de se faire connaître auprès d'un large public. Il passe à l'Olympia le , en première partie de Dalida et des SpotnicksClaude François : , Flammarion, 2017, 587 p., n. p..
Reconnaissance Prise en main par l'imprésario Paul Lederman, sa carrière démarre véritablement. Il enchaîne les tournées et les succès : Marche tout droit, adaptation de la chanson Walk right in des Rooftop Singers, Pauvre petite fille riche, Dis-lui et Si tu veux être heureux, adaptation de If you wanna be happy de Jimmy Soul. Avec son allure de jeune homme de bonne famille, ses chansons aux paroles agréables, il séduit un public féminin de plus en plus nombreuxClaude François, sur RFI musique.. Il demande à Michel Bourdais, portraitiste et documentaliste au magazine Salut les copains, de dessiner son portrait. Ce dessin hyperréaliste est pour Claude François le point de départ d’une longue réflexion sur l’image qu’il doit donner de luiRichard Anthony, Quand on choisit la liberté…, éditions Florent Massot, octobre 2010, : ...
Le , il est pour la deuxième fois à l’Olympia où il participe à un gala consacré aux jeunes chanteurs surnommés à l'époque « idoles des jeunes ».. Parmi ses musiciens, figurent Michel Cassez, dit Gaston, futur Compagnon de la chanson, et le pianiste de jazz René Urtreger. En octobre, il sort Si j'avais un marteau, version française de If I Had a Hammer, composé par Pete Seeger et repris avec succès par Trini Lopez. Le titre reste plusieurs semaines du classement de l'émission de radio hebdomadaire Salut les Copains.. Le , après avoir participé à un Musicorama spécial, Claude François reçoit, des mains du comédien Maurice Biraud, ses deux premiers disques d'or.
vignette|Vue aérienne du moulin de Dannemois.|gauche