La sodomie est un rapport sexuel qui consiste en une pénétration de l'anus du ou de la partenaire, généralement avec le pénis ou à l'aide d'un objet, comme un godemichet.
Étymologie vignette|Représentation des amours d'Hadrien et Antinoüs, par Paul Avril. Le substantif féminin [consulté le 2018]. [consulté le 2018].Entrée dans le Dictionnaire de français, sur le site des éditions Larousse [consulté le 2018].Entrée dans () [consulté le 2018]. « sodomie » () est attesté dès la fin du . D'après le Trésor de la langue française informatisé, sa plus ancienne occurrence connue se trouve dans le Brut de Munich (milieu du ). C'est un emprunt au bas latin chrétien , attesté dès la fin du chez Grégoire le Grand., et lui-même dérivé de , nom de la ville de Sodome qui, selon la Bible, fut détruite par Dieu après que ses habitants eurent tenté de violer des anges de Dieu réfugiés chez Loth, le neveu d'Abraham (cf. l'épisode de Sodome et Gomorrhe). Dans cet épisode, il n'est pas explicitement fait mention de la sodomie telle qu'on la définit actuellement : les autres références au péché de Sodome dans la Bible évoquent plutôt le manque au devoir d'hospitalité très important dans le Proche-Orient ancienEz. 16,49 ; Jr. 23,14 ; Sir. 16,8 ; Lc 10,10-12.. L'interprétation en termes de sodomie ou d'homosexualité commencerait à apparaître avec les apocalyptiques juives tardives et chez les juifs hellénisés au début du . Origène (185-253) et Saint Ambroise de Milan (340-397), pourtant grands ennemis du péché de chair, évoquent le manquement à l'hospitalité. Sans doute en référence aux alliances interdites entre les fils de Dieu et les filles d'humains qui provoquent la colère de DieuGen. 6,1-4., les commentaires juifs attribuaient des relations interdites entre les femmes de Sodome et les anges. Ainsi, jusqu'au , le terme sodomie désigne toute pratique sexuelle ne pouvant pas conduire à la procréation, dont les relations anales ou homosexuellesJohn Boswell, Christianisme, tolérance sociale et homosexualité, NRF Gallimard, Paris, 1985, ..
Dans certains contextes, notamment les classifications légales de certains États fédérés des États-Unis, le terme anglais conserve cette acception et inclut d’autres pratiques sexuelles jugées déviantes par la tradition chrétienne, notamment le cunnilingus et la fellation (contact entre la bouche et le sexe).
En allemand, le terme ne fait aucunement référence à la pénétration anale mais désigne la zoophilie.
D'une manière similaire, le terme « bougre » (du latin , qui donne l'ancien français bogre) désignait à l’origine les bogomiles (« amis de Dieu » du bulgare « dieu » et « ami »), membres d'une secte bulgare hétérodoxe proche des mouvements cathares. On avait accusé ces bogomiles du péché de sodomie afin — entre autres — de les tourner en dérision. « Bougre » en est donc venu à ne plus désigner les seuls Bulgares bogomiles, mais aussi de manière injurieuse les sodomites. Par affadissement, le terme a désigné un « gaillard » et enfin un « individu ». Le cognat anglais a gardé le sens original de « sodomite ».
Aspects historiques
vignette|Rome antique, sodomie d'un garçon prépubère, coupe Warren. Pratique parfois considérée comme déviante puisque ne menant pas à la reproduction, entourée des tabous liés aux fonctions excrétrices (l’anus étant concerné), surtout dans les civilisations où ces fonctions naturelles sont jugées honteuses, la sodomie est perçue de manière très diverse selon les sociétés et les religions.
La sodomie entre hommes, si elle ne fut pas la pratique sexuelle privilégiée, fut pratiquée dans la Grèce antique, ainsi que dans la Rome antique, dans le cadre d'un rapport sexuel entre un homme plus âgé, le maître, actif, et son élève, passif, plus jeune. .
Peu d'éléments directs évoquent la sodomie chez les Celtes et en particulier chez les Gaulois. Cependant, quelques citations d'auteurs classiques déclarent que l'homosexualité était acceptée et quelques productions culturelles en la matière. Par exemple Athénée, répétant des affirmations faites par Diodore de Sicile, écrit :
Selon Aristote, les Celtes ont une sexualité libérale et approuvent les jeux amoureux masculinsAristote, La Politique, livre 1269b..
vignette|redresse|Suzuki Harunobu, détail d'un wakashūdō shunga, gravure japonaise pédérastique, vers 1750. Londres, Victoria & Albert Museum. Au Japon médiéval, le système de pédérastie était commun dans les temples bouddhistes, y compris la ritualisation de la sodomie des jeunes novices (chigo kanjō) ; et pour la formation des samouraïs (wakashudō), qui prétendaient que l'hétérosexualité efféminait les hommes. Au 17e siècle, la pratique est entrée dans les mœurs, entre autres par le théâtre kabuki et les lieux de prostitution.
vignette|Bûcher du chevalier de Hohenberg et de son valet, accusés de sodomie, en 1482, devant Zurich. Historiquement, en Europe, ce n'est qu'au que la notion de sodomia est instituée en droit canon par Pierre Damien (après les développements théoriques de penseurs comme Saint Augustin ou Thomas d'Aquin), mais il s'agit d'un concept complexe qui englobe de manière générale tous les comportements sexuels ne visant pas à la procréation (donc aussi, comme le mot anglais, la masturbation, la fellation, le cunnilingus, la zoophilie ou encore le coït interrompuFrédéric Martel, « Homosexualité », Encyclopædia Universalis (consulté le 25 mai 2013).). Le sexe des impétrants n'est d'ailleurs pas précisé, et la ligne de faille se situe plus entre l'amour charnel au sens large et l'amour intellectuel, qu'entre une sexualité « naturelle » et une autre « contre nature » (notions bien plus tardives).. Il faut attendre les et surtout . pour assister à une condamnation de la sodomie et des rapports homoérotiques en général par l’Église, en parallèle des débuts de la sacralisation du mariage. Cependant, cette condamnation essentiellement morale ne débouche que rarement sur une pénalisation active des pratiques, sauf dans les cas aggravés (viol, pédophilie, ou utilisation politique), ou en cas de trouble avéré à l'ordre public. Une des premières lois la réprimant est la loi de 1533 de Buggery en Angleterre.
Sous l'Inquisition espagnole des Bartolomé Bennassar, L’Inquisition espagnole, , Paris, Éditions Hachette, 1979 ; rééd. 2001 ., la sodomie, à l'instar de la bestialité, est considérée comme un , qualifiée de « parfaite » si elle est le fait de deux hommes et « imparfaite » (donc moins grave) si elle est le fait d'un homme et d'une femme. Le terme inclut secondairement d'autres pratiques sexuelles, telles que fellation, cunnilingus, onanisme La sodomie peut valoir à ses auteurs le bûcher, les galères, la prison à vie ou pour plusieurs années, le bannissement, des pénitences diverses ou simplement le fouet en public, selon la gravité de l'acte soigneusement pesée par les inquisiteurs. Cependant, dans ce domaine, la justice civile est encore plus sévère et plus expéditive.
Après une certaine relâche à la Renaissance sous l'influence du modèle antique, ce sont les Lumières (notamment Voltaire) qui reprennent la condamnation de l'homosexualité, au nom de la Raison et du contrôle des passions.. En 1750, l'« affaire Diot-Lenoir » voit la dernière peine capitale exécutée contre des « sodomites » en France : Jean Diot et Bruno Lenoir, pris en flagrant délit de sodomie en pleine rue, sont étranglés et brûlés publiquement en place de Grève, à Paris.. Cette affaire fait cependant figure d'exception, car dans les faits la plupart des procédures pour sodomie à l'époque se soldent par une simple remontrance et les procès aboutissant à une condamnation sont extrêmement rares et généralement le fait de circonstances aggravantes (comme pour l'affaire Deschauffours en 1725). En 1791, la France est le premier pays à dépénaliser complètement l'homosexualité, l'Assemblée nationale législative ne retenant pas le « crime de sodomie » dans le Code pénal.
Au Canada, la loi anti-sodomie est révoquée en 1969 par Pierre Elliott Trudeau, elle demeure néanmoins régie par le code criminel () où il est stipulé que la sodomie est interdite entre personnes âgées de moins de et que sa pratique doit avoir lieu dans l'intimité. Plusieurs États des États-Unis ont des lois prohibant la sodomie, tandis qu'en Inde elle est réprimée par la du Code pénal de 1860.
De nos jours, certains pays criminalisent toujours la sodomie entre adultes consentants, allant même jusqu’à requérir la peine de mortListe des pays ayant des lois anti-sodomie en particulier, et homophobes en général.« NIGERIA : Condamné à mort pour sodomie, il fait appel ».« Un mineur délinquant condamné à mort pour “sodomie” en Iran ». (un peu moins d'une dizaine de pays encore ). D'autre part, ces condamnations peuvent être remplacées par celle de l'homosexualité de manière générale.
Pratique vignette|Les Sonnets luxurieux, de Pierre l'Arétin, illustration de Paul Avril. Contrairement à la vulve et au vagin, l’anus et le rectum ne produisent pas de lubrification naturelle facilitant le rapport sexuel. Cependant, l'anus est une zone érogène. Ainsi, la sodomie peut être une source de plaisir pour le receveur. La sensation de va-et-vient chez la femme et la prostate chez l'homme peuvent conduire à l'orgasme pour le partenaire passif., Doctissimo..
La salive est suffisante comme lubrifiant et le risque de lésions des fragiles muqueuses anales est mineur mais il est préférable d'utiliser un lubrifiant artificiel ou un préservatif lubrifié. Toutefois, même ce dernier requiert l'ajout d'un lubrifiant si les mouvements se prolongent. Autrefois, la vaseline était généralement utilisée, mais étant à base de corps gras elle est à proscrire car elle rend les préservatifs poreux tout en étant plus difficilement lavable. De nos jours, sont donc plutôt utilisés des lubrifiants intimes à base d'eau ou de silicone.
Le rectum pouvant contenir des restes de matière fécale, il est parfois pratiqué un lavement préalablement à une sodomie.. Pratiquée sans précaution, cette pratique peut fragiliser les muqueuses du rectum : .
Risques médicaux de la sodomie La pratique consentie de la sodomie .. Elle reste cependant une pratique sexuelle à risque, à cause de son association à l'alcool, à la prise de drogues et de la pluralité des partenaires.
Des précautions doivent donc être prises. Le sphincter de l'anus est un muscle circulaire qui contrôle l'ouverture du canal anal au moment de la défécation. Une pénétration anale trop brutale, sans lubrification, ou avec un objet d'un diamètre important sera vécue comme douloureuse à cause de la distension de ce muscle, et peut provoquer des micro déchirures, des saignements, ou des fissures anales. Pour cette raison, il convient de détendre préalablement le sphincter et de procéder à l'intromission avec délicatesse« La pénétration anale », Doctissimo..
D'autre part, la muqueuse du rectum est fragile et poreuse aux virus et bactéries. Elle a la propriété (dont tirent parti les suppositoires) d'absorber les substances déposées dans le rectum. En conséquence, elle est un terrain propice aux échanges de maladies sexuellement transmissibles, notamment du virus du SIDA. C'est la raison pour laquelle il est fortement déconseillé d’avoir un rapport anal sans préservatif avec une personne dont on ne sait pas si elle est infectée par de telles maladies ; même avec un préservatif, il est recommandé d'utiliser un gel lubrifiant adapté afin de faciliter la pénétration et, ainsi, d'éviter une rupture du préservatif.