La guerre des Mille Jours () est la guerre civile la plus importante ayant frappé la Colombie et le Panama (qui est alors un département de la Colombie) ; elle dure entre le et le , d'où son nom.

Le conflit oppose les membres du Parti libéral colombien au gouvernement tenu par une alliance des libéraux indépendants (modérés) et du Parti conservateur colombien, appelée Parti national, et dirigé par le président Manuel Antonio Sanclemente.

Les changements brutaux provoqués par le remplacement de la constitution de Rionegro (qui avait établi un système fédéral) par la constitution centraliste de 1886 (adoptée sous la présidence de Rafael Núñez), le règne sans partage des conservateurs, et la volonté des libéraux de reprendre le pouvoir, provoquent une violente réaction des libéraux.

La guerre des Mille Jours aboutit à la victoire du gouvernement en place et à la séparation ultérieure du Panama en 1903. Le nombre de morts durant le conflit a été estimé entre 60 000 et .

Contexte du déclenchement du conflit gauche|vignette|Les départements de Colombie à la fin du . Durant le , la Colombie a connu de nombreux conflits régionaux et guerres civiles entre bolivaristes et santandéristes qui ont évolué en un conflit entre conservateurs et libéraux. Le développement des partis et l'insertion de l'économie colombienne dans le contexte mondial suscitent de grands conflits sur le territoire colombien. La constitution de Rionegro a conduit à un gouvernement fédéral de plus en plus divisé entre les deux partis, et à de nombreux conflits entre les États eux-mêmes qui disposaient d'armées parfois beaucoup plus importantes que celle du gouvernement central.

Dans cette situation de conflits sociaux et de guerres civiles périodiques et sous l'impulsion du président Núñez qui a réuni au sein du Parti national les libéraux indépendants (modérés) et les conservateurs a été rédigée la constitution de 1886 qui met en place un État central fort, contrairement à la constitution précédente qui a révélé les excès du fédéralisme au cours de la domination des libéraux radicaux et est abolie.

Ce changement de régime et la façon autoritaire dont les conservateurs écartent les libéraux du pouvoir n'est cependant pas du tout du goût de ces derniers. Si certains d'entre eux restent tétanisés par la défaite politique, d'autres sont prêts à tout pour revenir au pouvoir. Une première tentative a lieu en 1895 mais se solde par la rapide déroute des libéraux et le renforcement des conservateurs au sommet de l'État. En 1899, une nouvelle occasion se présente, que les libéraux entendent saisir.

Après que le président Sanclemente a délégué le pouvoir au vice-président Marroquin pour raison de santé, ce dernier, qui est politiquement plus proche de la mouvance historique des conservateurs, assume la présidence .

Cette vacance temporaire du pouvoir conduit à la guerre, commencée avec l'attaque de la ville de Bucaramanga par des libéraux mal organisés, provoquant la réponse du gouvernement central. Profitant de l'appareil d'État et disposant d'une armée régulière organisée et financée, les conservateurs affrontent les libéraux toujours en position de supériorité. Ces derniers ont du mal à enrôler des forces régulières, sauf dans les départements de Santander et de Panamá, où ils réussissent à maintenir des fronts réguliers.

Cette période constitue un moment de résurgence d'un vieux phénomène de réalignement ethnique avec l'attestation de la fidélité des Noirs à la cause libérale, fidélité traditionnelle puisque les libéraux avaient été anti-esclavagistes et les conservateurs esclavagistes au point d'avoir, quelques décennies auparavant, déclenché la guerre civile en refus de l'abolition de l'esclavage en Colombie.

La guerre

Au cours de la première phase du conflit, les deux parties s’affrontent dans des batailles rangées qui opposent de grandes armées, leurs commandants étant surnommés les « Generales Caballeros » (« Généraux Chevaliers ») en raison de leur traitement respectueux des vaincus par les vainqueurs. Cela est dû à la méfiance des dirigeants libéraux envers leurs propres guérilleros, considérés comme hors-la-loi et anarchiques. Le commandement militaire des rebelles est même divisé par des rivalités internes (bellicistes et pacifistes), entre les généraux , Benjamín Herrera et Rafael Uribe Uribe dont la tentative d'union et de coordination à travers la nomination de en tant que président de la République provisoire est un échec.

Au cours de la seconde phase du conflit, les insurgés sont soutenus par les libéraux d'autres pays, en particulier du Venezuela. Le conflit dégénère en une large guérilla où les deux camps se livrent à des excès et des brutalités sur une échelle jamais vue en Colombie depuis l'époque de l'indépendance.

Première phase

La rébellion au Santander

vignette|droite|Ramón « El Negro » Marín, guerrillero libéral du Tolima.

Le , les libéraux se soulèvent dans plusieurs régions du pays, commençant immédiatement à attaquer les villes du fait de l'absence de réaction du gouvernement, qui est pris par surprise. Les rebelles réussissent à prendre le contrôle de la quasi-totalité du département de Santander, provoquant des soulèvements dans les départements de Boyacá, Tolima et Magdalena. Le gouvernement conservateur déclare la loi martiale dans tout le pays le jour suivant.

Les premières défaites militaires pour les libéraux ont lieu quelques jours après avoir commencé la guerre durant la bataille de los Obispos (bataille des évêques) sur le río Magdalena, le , lorsque les rebelles du Santander tentent de communiquer avec la côte par le fleuve. Ils demeurent donc isolés et sont incapables de soutenir le général Vicente Carrera, du Tolima, qui est vaincu et tué à San Luis, le , ce qui réduit les forces libérales tolimenses à des actions guerrillaAu Tolima, en janvier 1900, opèrent environ sous le commandement d'Aristóbulo Ibáñez.. Malgré ce revers, les forces libérales du Santander passent à à la fin du moisUribe Uribe avec avance vers Pamplona via Páramo, avec Pedro Soler Martínez dans la province de Garcia Rovira, avec Justo Durán à Rionegro, à Pamplona avec Pedro Rodríguez, 500 à Lebrija avec Rosario Díaz..

La rébellion dans le Cauca

Dans le département du Cauca s'installent aussi des guérillas libérales à la fin d'. Elles prennent Tumaco et assaillent Palmira le mois suivant. La victoire des rebelles à la bataille de Peralonso leur donne un nouveau souffle et ils commencent à recruter des hommes dans les communautés indigènes du Cauca et à enrôler de nombreux libéraux exilés en Équateur. Il se produit une attaque des rebelles contre Popayán le qui est stoppée à vingt kilomètres au sud de la ville. De nombreux libéraux rebelles fuient vers l'Équateur, où le président libéral Eloy Alfaro les arme, et ils retournent à l'attaque menée dans la bataille de Cascajal, près de la frontière le . La victoire du gouvernement est complète et éteint momentanément la rébellion du Cauca.

La rébellion au Panama

vignette|droite|Benjamín Herrera, commandant des troupes libérales au Panamá.

En dépit de cela, les libéraux, porté par la victoire de Peralonso, décident de lancer une offensive surprise au Panama où ils réussissent facilement en raison de l'éloignement avec la capitale. Elle est dirigée par des libéraux exilés en Amérique centrale, en particulier au Nicaragua où le président José Santos Zelaya donne un appui important.

Les exilés conduits par Belisario Porras Barahona embarquent le à partir de dans un navire chargé d'armes et de fournitures. Ils accostent près de David le , où ils défont la petite garnison locale et s'allient avec les dirigeants et leurs hommes dans une marche immédiate en direction de la ville de Panama. Porras, après avoir reçu l'aide du président Zelaya, nomme le chef de guerre en exil Benjamín Herrera, natif du département de Boyacá, commandant de son armée. Les rebelles commettent l'erreur de ne pas accélérer leur marche tant qu'il le peuvent, et permettent l'arrivée des renforts du général Victor Salazar dans la ville mal défendue de Panama, qui commencent à la fortifier. À la tête de la ville se trouve le gouverneur du département, le général Carlos Albán.

Cependant, Albán, impatient de combattre dès que possible, n'attend pas que les défenses soient prêtes et envoie trois bataillons à Capira pour arrêter les rebelles. Le contact a lieu le et le premier engagement se termine par une victoire des libéraux qui repoussent les conservateurs et les poursuivent, ce qui est exploité pour attirer les forces gouvernementales sur un terrain difficile, où les libéraux mettent en complète déroute leurs ennemis, qui se retirent dans la capitale départementale.

Les libéraux avancent jusqu'à La Chorrera où ils établissent leur quartier général. Leur plan est d', forçant l'ennemi à se concentrer sur l'endroit choisi où les rebelles pourraient attaquer les points faibles. Cependant, Herrera décide d'attaquer le pont seul avec ses hommes, sans attendre les renforts de Porras et pour ne pas avoir à partager la gloire avec lui.

Herrera avance et prend position le dans une station ferroviaire à Corozal. Le lendemain arrive le gouverneur Albán avec trois bataillons, livrant une grande bataille dans laquelle les conservateurs sont à nouveau battus et forcés de retourner à Panama. Herrera en profite pour commencer immédiatement des négociations pour obtenir la capitulation de la cité. Cela conduit à la panique dans la ville, avec la crainte qu'elle soit pillée et détruite dans les combats, mais le général Salazar convainc son supérieur, Albán, de ne pas se rendre et que son seul choix est de résister.

Les patrouilles conservatrices détectent l'approche des rebelles par terre et par mer dans des embarcations. Conscient de l'attaque imminente, Salazar fait fortifier plusieurs bâtiments et routes mais, voyant la position vulnérable du pont de Calidonia, il décide que le défendre serait du gaspillage et décide de n'y laisser que peu d'hommes, tandis que des forces plus nombreuses sont cachées autour, attentant l'attaque prévue sur le site pour surprendre l'ennemi. Lorsque Porras arrive sur les lieux, Herrera le défie et désobéit à ses ordres en attaquant les positions fortifiées : il en résulte un massacre le . Par la suite, une attaque de nuit est détectée précocement et se termine dans une nouvelle défaite.

Le jour suivant est décidée une trêve, durant laquelle les deux parties ramassent leurs morts et leurs blessés, et qui est suspendue à , quand Herrera réitère ses attaques qui tournent à la boucherie pour ses hommes. Ces attaques prennent finalement fin lorsque parviennent des nouvelles de renforts gouvernementaux venant de Colón. Des tirs sporadiques continuent jusqu'à ce que le lendemain, les forces libérales se retirent à l'intérieur de la péninsule, se cachant dans la jungle. Le gouverneur Albán peut alors aussitôt réaffirmer son contrôle sur l'ensemble du département.

Offensive au Santander

vignette|droite|Rafael Uribe Uribe.

Tandis que la guerre s'intensifie, elle prend un tour plus répressif et cruel, y compris au sein de la population qui prend parti de chaque côté d'une manière fanatique, malgré les efforts de chaque partie pour gagner des victoires qui deviennent illusoires.

Au Santander les libéraux se réorganisent et décident de prendre les villes stratégiques de Cúcuta et Bucaramanga.

Le général Herrera attaque le premier, aux commandes d'une grande armée. Le commandant militaire de la ville, le général John B. Tobar, évacue ses troupes et décide de renforcer les défenses de la deuxième ville. Les troupes restant à Cúcuta, sous le commandement du colonel Luis Morales Berti (500 hommes bien armés), se rendent le 1er novembre et la ville devint la principale base d'opérations des libéraux.