La collégiale Notre-Dame de Poissy est une église catholique paroissiale, située à Poissy, dans les Yvelines, en France. Elle a été fondée par le roi Robert le Pieux autour de 1016, mais de l'église du , seul le clocher-porche occidental subsiste. En effet, la collégiale a été reconstruite à partir du début du , et notamment entre 1130 et 1160, dans le style roman tardif, puis ultérieurement dans le style gothique primitif, qui se manifeste dans les parties orientales. Le futur (Saint Louis) y fut baptisé, quelques jours après sa naissance à Poissy, le . Cet événement fait la célébrité de l'église, et les fonts baptismaux de cette époque y sont toujours conservés. Sous tout l'Ancien Régime, un chapitre de chanoines a son siège dans l'église, et assure longtemps le service paroissial. Il est dissous à la Révolution, et l'église est fermée au culte, pour n'ouvrir de nouveau qu'en 1802.

L'appellation de collégiale n'est désormais plus qu'une référence au passé. Au début du , l'église tombe en ruine, et sa restauration par les architectes municipaux n'est pas un succès. Bien que manquant singulièrement d'homogénéité en raison de remaniements de différents styles qui ne sont souvent que très ponctuels, elle est classée monument historique par liste de 1840., puis sa restauration est confiée à Eugène Viollet-le-Duc. Celui-ci se voit obligé de presque tout refaire à neuf, notamment les parties remontant au . Dans un premier temps, il se montre respectueux de l'authenticité du monument, reconstitue scrupuleusement son architecture d'origine et réemploie les chapiteaux et bases.

Puis à partir de 1861, il s'éloigne du parti initial et invente librement, et sacrifie notamment tous les éléments postérieurs au dans les parties anciennes de l'église. Ainsi la collégiale Notre-Dame devient peu à peu un édifice néogothique, et à l'extérieur, seuls les deux clochers et les deux portails de au sud sont authentiques. De ce fait, l'église n'est guère appréciée par les archéologues, mais elle reste néanmoins intéressante pour son plan, son élévation à trois niveaux, ses beaux chapiteaux et bases romans, et de nombreuses œuvres d'art remarquables.

Historique vignette|redresse|gauche|Fonts baptismaux de saint Louis (derrière la grille en fer forgé du ).

L'église succède peut-être à un premier édifice de culte mérovingien, dont Eugène Viollet-le-Duc est persuadé avoir retrouvé de nombreux fragments de tailloirs, chapiteaux et bases à en dessous du dallage. Or, le chapiteau qu'il a publié paraît plutôt roman, mais la base pourrait effectivement remonter au . La précédente église avait en tout cas été fondée par le roi Robert le Pieux autour de 1016. Sa construction a dû commencer par le chœur, et a traîné en longueur pour ne s'achever avec le clocher-porche qu'à la fin du . La dédicace a été célébrée sous le règne de , en 1093 paraît-il.

Un prieuré fut créé à cette époque, et le chapitre de chanoines initial fut substitué à des moines. Mais aux alentours de 1100, l'évêque Yves de Chartres expulsa les moines et établit un nouveau chapitre collégial, dont confirma les biens en 1112. Son troisième fils, Henri de France, fut doyen du chapitre pendant quelques années. Peu d'épisodes de l'histoire de la collégiale sont connus, dont le plus important est le baptême de Saint Louis, quelques jours après sa naissance le , dans la même ville. Les fonts baptismaux ayant servi à ce baptême prirent le statut d'une relique après la canonisation de Saint Louis en 1297.

Ils ont toujours été respectés, mais les nombreux prélèvements de fragments pour fournir des reliques ont nécessité une profonde restauration en 1630, occasion à laquelle ils furent remontés dans la chapelle Saint-Louis, où ils se voient derrière une grille conçue par Viollet-le-Duc.. Saint Louis n'a jamais oublié l'église où il avait été baptisé, et fonda une messe d'anniversaire pour ses parents en 1238, puis une chapelle en 1250. Au début, le chapitre comportait huit chanoines, dont l'un exerça la fonction de curé par ordre de préséance, et chacun avait un vicaire sous ses ordres.

Le nombre de chanoines augmenta par la suite et fut de treize en 1648. En 1682, le chapitre cessa d'assurer la fonction curiale, et le premier curé en titre fut installé : ce fut Mathurin Giquerel, docteur en théologie de la Sorbonne, homme digne et vertueux d'origine bretonne. Le chapitre ne connut qu'une réforme importante au cours de sa longue existence, et se maintint jusqu'à la Révolution française. Sous tout l'Ancien Régime, Poissy était le siège de l'archidiaconé du Pincerais du diocèse de Chartres, et la collégiale Notre-Dame son centre spirituel... vignette|Vue générale intérieure.

Pour des raisons que les rares sources d'archives ne précisent pas, la collégiale de Robert-le-Pieux ne fut pas longtemps laissé en l'état. Peu de temps après son achèvement, sans doute après la confirmation des biens de 1112, la reconstruction de la nef fut lancée en commençant près du clocher. Le chantier s'interrompit ensuite jusqu'aux alentours de 1130 au moins, voire jusqu'en 1140, puis une nouvelle église fut bâtie assez rapidement, et son abside terminée vers 1150. Les parties hautes de l'abside furent achevées vers 1160.

Des modifications furent apportées à la collégiale pendant la seconde moitié du , mais elles ont toutes été révoquées par Viollet-le-Duc, entre 1861 et 1869 essentiellement. L'église aurait été brûlée pendant la guerre de Cent Ans, puis elle a été en partie reconstruite et agrandie à la fin du . Sous la deuxième guerre de Religion, en 1567, l'église a été ravagée par les Huguenots, et pour leur échapper, des habitants furent contraints de se réfugier dans les combles pendant plus de quinze jours.

Quelques modifications ont encore été apportées à la période classique, mais peu de choses en restent. Avec des réfections et remaniements intervenus pêle-mêle, et ne concernant souvent que des parties très restreintes, l'église était devenu un étonnant mélange stylistique, et aucune travée ne subsistait plus intégralement dans le style du à la veille de la Révolution française. Le chapitre fut supprimé et l'église bientôt fermée au culte, et l'église du prieuré Saint-Louis de Poissy devint l'unique église paroissiale de la ville, sauf pendant l'interdiction du culte sous la Terreur. Avec le concordat de 1801, Poissy fut intégré dans le nouveau diocèse de Versailles, correspondant au département de Seine-et-Oise. En 1802, les habitants, rameutés par leur curé, se prononcèrent pour l'utilisation de l'ancienne collégiale Notre-Dame comme église paroissiale. Ce signifia la fin de l'église priorale et sauva de peu la collégiale de la démolition, mais son état était néanmoins proche de la ruine...

Dès le début du , les colonnettes qui supportent la voûte de l'abside s'inclinent sous son poids, car les arcs-boutants ne tiennent plus et se rompent les uns après les autres. Les murs se lézardent et l'édifice perd toute stabilité. Ceci ressort d'un rapport de 1820, ainsi que d'un second rapport établi par l'architecte municipal Auguste Goy en 1826. Il rédige un devis en 1828 et est chargé de l'exécution des travaux deux ans après. Il reconstruit entièrement les parties hautes de l'abside, et intervient également sur toute l'élévation nord, qui change entièrement de visage. Ce n'est pas une restauration, car Goy n'a que de notions sommaires de l'architecture du Moyen Âge.

L'église ne gagne pas non plus en solidité, ce que l'architecte Rohault, qui succède à Goy, constate dès 1838 : l'état global de l'édifice s'est encore aggravé. Avant la fin de l'année, un pan du mur du bas-côté sud s'écroule. Le porche flamboyant au début du bas-côté sud est jeté bas (sauf la baie occidentale), puis reconstitué. Partout, la pluie tombe à l'intérieur de l'église. Rohault pense qu'elle manque à un tel point d'homogénéité qu'elle ne sera de toute façon jamais un monument d'art. Elle est toutefois classée monument historique par liste de 1840, et Viollet-le-Duc est chargé de sa restauration en 1844. Il est choqué par la piètre qualité du travail de ses prédécesseurs et écrit dans une note destiné à l'usage personnel : Viollet-le-Duc fournit un travail solide, mais il refait presque tout à neuf au lieu de restaurer dans le sens propre du terme. Il laisse en place des parties construites après la guerre de Cent Ans, l'élévation nord de la sixième travée, les supports à l'entrée de l'abside et des éléments des chapelles orientées du chœur, et réemploie bon nombre de chapiteaux et bases. Pendant la première campagne des travaux qui dure jusqu'au début des années 1850, l'architecte se montre respectueux de l'authenticité du monument et s'efforce à tout reproduire à l'identique. Ces travaux concernent notamment les parties basses de la nef et de l'abside. Lors de la seconde campagne de restauration entre 1861 et 1869, Viollet-le-Duc devient plus audacieux et ne se tient plus à ses propres projets dessinés en 1844. Il supprime des éléments antérieurs au qu'il voulait initialement préserver et invente librement..

Les crédits s'épuisent en 1869, et l'essentiel des travaux est achevé. Une troisième campagne de restauration depuis le classement en 1840 est lancée en 1884 seulement, et sa direction confiée à Jean Camille Formigé. Il fait rebâtir les deux flèches, effectuer des reprises des murs et des arcs-boutants, et refaire les toitures. Ces travaux s'achèvent en 1896. La collégiale est alors sauvée dans son intégralité, mais comme le souligne Francis Salet, elle souffre de la plus mauvaise réputation parmi les archéologues. . En regardant de près, un jugement aussi catégorique ne s'avère juste pour le chœur, qui comporte néanmoins quelques fragments authentiques, et on ne peut donner l'entière responsabilité à Viollet-le-Duc, car le monument était déjà dénaturé avant son intervention et n'était plus qu'une ruine chancelante. Tout au moins, Viollet-le-Duc l'a pérennisé et lui rendu un aspect médiéval, même si l'on ne peut guère lui trouver une excuse pour avoir inventé outre mesure. Anne Prache écrit que . L'église présenterait néanmoins un intérêt historique pour son plan sans transept et avec déambulatoire, son élévation à trois niveaux et ses éléments artistiques, dont les deux tours et les chapiteaux.. Eugène Lefèvre-Pontalis estime que la collégiale Notre-Dame de Poissy serait l'église la plus intéressante du département de Seine-et-Oise si elle n'avait pas été restaurée d'une façon trop radicale par Viollet-le-Duc ; ..

En , une campagne de restauration est lancée, prévoyant des travaux débutant fin 2025, qui devrait se terminer en 2029. Cette campagne est notamment due « aux infiltrations d’eaux, la colonisation végétale et des désordres affectant la structure ». La Fondation du patrimoine lance une cagnotte en ligne dans le même temps pour financer une partie des travaux.

vignette|redresse|Plan de la collégiale en 1844.

Description Aperçu général Irrégulièrement orientée vers le sud-ouest du côté de la façade, l'église se compose principalement d'un vaisseau central de six travées barlongues, accompagné de bas-côtés puis de chapelles ou d'autres annexes ; d'une abside à cinq pans ; d'un déambulatoire ; d'une chapelle d'axe de plan carré datant des années 1860 ; et de deux chapelles orientées flanquant la première et la dernière travée du déambulatoire, et comportant chacune une travée droite et une abside en hémicycle. La nef est précédée par l'un des deux clochers, dont le rez-de-chaussée était initialement un porche ouvert de trois côtés : aujourd'hui, il est entièrement fermé et ne comporte même plus de portail. Deux tourelles d'escalier flanquent le clocher, un au nord et un au sud. La chapelle des fonts baptismaux occupe l'angle entre le clocher et le bas-côté nord, et comme l'ensemble des travées de ce bas-côté, elle est flanquée d'une chapelle côté nord.