Publié en 1938, la même année que La Dernière Harde, ce roman qualifié de « livre de lecture couranteG. Prévot, inspecteur général de l'Éducation nationale, adressera une lettre à Maurice Genevoix, en date du 27 juillet 1938 : » préfigure dans l’œuvre de Maurice Genevoix une série d’écrits pour la jeunesse : L’Hirondelle qui fit le printemps (1951), L’Écureuil du Bois-Bourru (1947), Mon ami l’écureuil (1959), Les Deux Lutins (1951), La Chèvre aux loups (publié en 1996, après sa mort).
Place dans l’œuvre de Genevoix Récurrences de l’ensemble de l’œuvre D’emblée, Les Compagnons de l’Aubépin ne se rattache à aucun des quatre courants d’écriture qui ont structuré l’œuvre de Maurice Genevoix : récits de guerre, romans-poèmes, récits de voyage, biographies. Il parcourt cependant un à un les thèmes chers à l’auteur. Ce roman fait avant tout référence à l’enfance de l’écrivain, dans un village des bords de la Rivière où reprennent vie les artisans (bourreliers, forgerons, vanniers, sabotiers)Ce sont d'autres compagnons, que Genevoix chantera plus tard dans Trente mille jours., pêcheurs et bateliers de Châteauneuf-sur-Loire, sa ville presque natale, mais aussi ces figures simples et douées d’éloquence : En marge de ce peuple, certains apparaissent presque médiums ou voyants, tel l’Alouette qui sait lire les signes et que l’on retrouvera sous les traits de Waudru dans La Forêt perdue. La nature, omniprésente, y constitue un terreau favorable pour que l’amitié y fleurisse. Si les parties de pêche, si chères à Genevoix, n’y apparaissent qu’un instant, c’est sans doute parce que l’auteur estimait qu’il les avait suffisamment dépeintes dans La Boîte à pêche (1926).
Le thème de la mort, récurrent dans l’œuvre du rescapé de la Grande Guerre, ressurgit dans l’agonie d’une tourterelle, qui s’achève lorsque . Lorsque les enfants étayeront le tunnel censé les conduire jusqu’à un trésor, l’Alouette ranimera les pires souvenirs de Genevoix : Les lutteurs de Vaincre à Olympie s’affronteront également par les personnages du Grelu et de Louis Marcelot, en dignes représentants des troupes qu’ils commandent l’un et l’autre : On retrouve enfin l’esquisse de la rencontre avec un écureuil étrangement peu farouche, que l’on retrouvera vingt ans plus tard dans Mon ami l’écureuil.
La célébration des humbles La figure de saint François d’Assise, qui fascinait tant Genevoix, apparaît dans la dernière partie du romanDans le questionnaire de Proust, Genevoix répond sans hésiter que le personnage qu’il aurait aimé être est saint François d’Assise.. L’Alouette témoigne de ces êtres qui savent : L’Alouette lui-même , et paraît n'avoir jamais tout à fait quitté le paradis perdu que constitue l’enfance. Les enfants ne s’y trompent pas : Une figure que Genevoix, très tôt dans son enfance, avait déjà reconnue dans Le Livre de la jungleLe Livre de la jungle est l’une des lectures décisives de l’enfant Genevoix, comme il s’en explique dans Trente mille jours., livre auquel il fait explicitement référence sous la forme d’une lecture proposée par l’instituteur, M. Legrand. Peut-être même Mowgli a-t-il guidé l’inspiration de l’écrivain, puisque lui aussi .
Le thème de l’amitié L’amitié est au centre du roman, comme elle l’est dans nombre de ses romans ou récits. Genevoix lui confère une haute valeur, quand le vieux Champagnat conclut l’aventure des compagnons par ces mots :
Analyse du roman L’intrigue Sur la suggestion discrète de leur instituteur, M. Legrand, huit garçons parisiens établissent un camp de vacances dans un village de l’Orléanais. Tout naît d’une lecture évoquant d’autres enfants : Ils découvrent alors les richesses de la vie au contact de la nature et s’enquièrent d’un trésor. Un trésor cependant partiellement allégorique. C’est l’âme du terroir, s’exprimant ici par la voix de Cilette, fille de vigneron, qui en détient la véritable clé : Mais par la sagacité de deux d’entre eux, les enfants mettront au jour des trésors plus conventionnels, représentées par des objets d’origine phénicienne enterrés depuis le sous une dalle, dans un vieux château abandonné.
Analyse littéraire Le vocabulaire, si riche dans l’œuvre de Genevoix, est ici beaucoup plus sobre pour rester accessible aux enfants, s’agissant d’un livre de lecture. S’il s’agit d’égarer ces derniers, c’est intentionnellement, comme dans l’épisode presque final où le bibliothécaire de Rouvray propose à Painchaud et Lenoir de visiter la salle « capitulaire », pour accéder aux « incunables ». Dans cet ouvrage, on pressent que Genevoix tente d’initier les enfants à la beauté profonde des qu’il sait si bien dépeindre dans ses romans-poèmes, cependant moins accessibles à de jeunes lecteurs. Les longues évocations picturales, les sollicitations de l’ouïe et de l’odorat, y apparaissent particulièrement absentes pour le lecteur familier des romans de Maurice Genevoix. L’espace vacant apparaît comblé par l’explication amicale des grands principes où l’auteur chante, autant que son amour de la liberté, les mérites de l’attention à l’Homme et à la Nature.
Notes et références
Catégorie:Roman français paru en 1938 Catégorie:Roman de Maurice Genevoix Catégorie:Œuvre littéraire se déroulant en Centre-Val de Loire