Le syriaque (en syriaque : / suryāyā ou suryoyo) est une langue sémitique du Proche-Orient. Couramment présenté comme un dialecte directement issu de l'araméen..., en tant que géolecte de la région d'Édesse, il s'est constitué comme langue écrite au début de l'ère chrétienne. Le syriaque fut très présent dans les écrits et rites chrétiens du Moyen-orient et dans le nord de la péninsule arabique avant l'avènement de l'islam.

Classification

Diffusion vignette|droite|Manuscrit du (Sinaï) en alphabet syriaque, style serto. Au début du , les dialectes syriaques sont parlés par environ , très éparpillées géographiquement mais vivant principalement dans le sud-est de la Turquie et le nord de l'Irak. On les trouve aussi au Liban, en Syrie, en Iran, en Arménie, en Géorgie et en Azerbaïdjan, dans de petites communautés qui parlent des dialectes syriaques souvent influencés par les langues locales dominantes.

Le a vu l'apparition d'idéologies nationalistes parfois intolérantes qui ont grandement affecté les communautés de langue syriaque. Du fait des problèmes politiques et religieux que connaît le Moyen-Orient, l'usage de la langue syriaque, déjà réduit, a fortement reculé. La forte émigration qui touche les chrétiens d'Orient fait qu'on retrouve depuis quelques décennies des communautés de langue syriaque en Amérique du Nord, du Sud, ainsi qu'en Europe.

Histoire Araméen

L'araméen apparaît en Syrie et en Mésopotamie, au moins dès le . À partir du , des tribus araméennes venues du sud s'installent en Syrie et en Irak.

Les Araméens n'ont jamais fondé d'empire unitaire, bien que diverses cités-États araméennes comme celle de Damas, de Hamath (Hama en Syrie) et d'Arpad aient existé. La diffusion de l'araméen provient du fait que cette langue est devenue officielle sous les empires assyrien, babylonien et puis perse, et en raison des grandes déportations des Araméens, et des autres peuples conquis, par les empires néo-assyrien et néo-babylonien — l’exil des Juifs à Babylone est le plus célèbre exemple de ce phénomène.

Puisqu'on trouvait des locuteurs de cette langue un peu partout dans le Moyen-Orient et qu'elle était relativement facile à apprendre pour les peuples de langues sémitiques, l'araméen devint la lingua franca du Moyen-Orient, sous une version relativement uniforme et très riche connue sous le nom d'. L'araméen évince progressivement d'autres langues sémitiques comme l'hébreu ( après l'exil de Babylone), le phénicien () et, en Mésopotamie, le babylonien et l'assyrien (et aussi des langues non sémitiques comme le hourrite).

Apparition du syriaque Le syriaque a pour origine l'araméen parlé dans le Nord de la Mésopotamie. L'évolution de ces dialectes peut être suivie en raison de leur influence sur l'araméen impérial à partir du Environ une centaine d'inscriptions antérieures à l'annexion par l'Empire romain, ainsi que quelques œuvres littéraires, dans cette langue sont connues. La plus vieille inscription retrouvée en syriaque ancien date de l'an 6 après Jésus Christ.

Après la conquête de la Syrie et de la Mésopotamie par Alexandre le Grand, l'araméen reste utilisé comme langue d'échange, même après l'introduction du grec. Le syriaque et d'autres dialectes araméens commencent à être écrits en réaction à l'hellénisme dominant.

Le royaume d'Osroène, fondé à Édesse en 132 av. J.-C., fait quelque temps plus tard du dialecte local, le « syriaque », sa langue officielle. Son statut de langue officielle fait que le syriaque possède un style et une grammaire relativement uniformes, contrairement aux autres dialectes d'araméen.

Avec l'apparition du christianisme, le syriaque va supplanter l'araméen impérial au début de notre ère comme version standard de l'araméen, porté par l'importance grandissante d'Édesse comme centre culturel et religieux..

Le syriaque littéraire Développement historique À partir du , le syriaque devient la langue des chrétiens d'Édesse. La Bible est traduite en syriaque (Bible Peshitta, cf. infra) et une riche littérature voit le jour. Éphrem le Syriaque (306-373), auteur chrétien prolifique et docteur de l'Église, est une des figures de langue syriaque les plus emblématiques de cette époque. C'est l'âge d'or de la littérature syriaque avec de nombreux textes traduits du grec (par des traducteurs comme Serge de Reshaina), mais aussi de nombreuses œuvres originales, scientifiques, philosophiques, théologiques, historiques (nombreuses chroniques) et liturgiques, et des traductions bibliques ou autres. Les œuvres grecques de l'Antiquité qui n'ont pas disparu ont pour beaucoup été conservées par l'intermédiaire de leurs traductions en syriaque, celles-ci ont par exemple aidé à la redécouverte d'Aristote. À l'ouest de l'Euphrate le syriaque est attesté pour la première fois en 406. À l'est la généralisation de la Bible Peshitta (en syriaque) va favoriser l'extension du syriaque parallèlement au christianisme ; son aire de diffusion atteindra la Chine au Moyen Âge.

Dès les premiers siècles, des controverses religieuses éclatent sur la nature du Christ (les querelles christologiques). Beaucoup de chrétiens syriaques fuient vers la Perse et la Mésopotamie pour échapper aux persécutions byzantines. Les actes du concile de Séleucie-Ctésiphon en 410, qui consacre l'autonomie de l'Église perse sont ainsi rédigés en syriaque, de même que les prêches de Mani quelques siècles plus tôt. Des schismes successifs ont lieu entre les Églises de langue syriaque. Pour simplifier, les Églises occidentales sont accusées d'adopter le monophysisme et les Églises orientales le nestorianisme (la réalité étant beaucoup plus nuancée). Ces doctrines sont elles-mêmes considérées comme hérétiques par l'Église grecque orthodoxe et les Églises syriaques sont persécutées par l'Empire byzantin. La division orientale-occidentale va perdurer et le syriaque littéraire va évoluer en deux variantes, qui diffèrent par des détails phonétiques et la typographie utilisée. Après la conquête arabe au , le syriaque va perdre définitivement son rôle de langue d'échange. L'usage de l'arabe se répand dans les villes et cantonne progressivement les parlers araméens, qui s'éloignent de plus en plus du syriaque classique, dans des contrées toujours plus reculées. Vers le , le syriaque lui-même semble disparaître pratiquement de l'usage parlé.

Le syriaque littéraire occidental est le langage des Églises suivantes : Église maronite : Église antiochienne syriaque maronite Église catholique syriaque Église syriaque orthodoxe Église catholique syro-malankare Église syro-malankare orthodoxe Église malabare indépendante Église malankare orthodoxe Église malankare Mor Thoma

Le syriaque littéraire oriental est le langage des Églises suivantes : Église apostolique assyrienne de l'Orient Ancienne Église de l'Orient Église catholique chaldéenne Église syrienne chaldéenne : Église malabare orthodoxe Église catholique syro-malabare

Distinction syriaque occidental/oriental Il ne s'agit pas de véritables « dialectes » : la norme du syriaque littéraire a été fixée à partir de la Peshitta () et secondairement des Homélies d'Éphrem de Nisibe () ; or, la différence entre les usages occidentaux et orientaux s'est développée à partir du (après la consolidation du schisme des Églises), et à partir du au moins, on peut considérer que ce syriaque littéraire était devenu une langue savante, distincte de tous les parlers araméens contemporains (comme en Occident le latin par rapport aux parlers « romans » du Haut Moyen Âge). Les différences entre « syriaque occidental » et « syriaque oriental » sont plutôt à comparer, donc, avec les manières différentes dont les Français et les Italiens, par exemple, parlaient autrefois le latin.

Les principales différences (en dehors de la transcription) portent sur la prononciation de certaines voyelles : le -ā- du syriaque commun est conservé en syriaque oriental, mais est prononcé -o- en syriaque occidental ( « saint Éphrem » se dit Mār Aphrem chez les nestoriens, Mor Aphrem chez les jacobites et les maronites), et par ricochet le syriaque oriental conserve la distinction entre -o- et -u- du syriaque commun alors que le syriaque occidental les fusionne en -u- (du moins dans la prononciation : dans l'écriture, l'alphabet syriaque transcrit ces deux voyelles par la même lettre wāw, mais les occidentaux ont continué, comme les orientaux, à les distinguer par un point au-dessus pour un ancien -o- et un point au-dessous pour un ancien -u-). Sinon, il y a des différences minimes portant sur la prononciation de mots particuliers ( « au commencement », premier mot de la Genèse, est prononcé b-rāšit par les nestoriens, b-rešit par les occidentaux, mais de toute façon tous lisent le même texte de la Peshitta).

Périodes

Araméen ancien (~ 1100 à 200) : la mention la plus ancienne retrouvée date du (les périodes suivantes ne sont pas exhaustives). : première mention connue des tribus araméennes. Les tribus araméennes venues du sud se répandent en Orient. : l'Empire assyrien fait de l'araméen une langue officielle, la répandant dans l'ensemble du Croissant fertile. Par la suite, l'Empire babylonien fera de même, transformant l'araméen en lingua franca du Moyen-Orient. La langue se répand dans tout l'Orient mais perd de son homogénéité. : ou () adopté par les Hébreux à la suite de leur captivité à Babylone. L'araméen va progressivement remplacer l'hébreu comme langue parlée des Juifs. Une partie de la Bible juive est donc écrite en araméen (les Juifs cessent d'utiliser l'alphabet phénicien : au , ils adoptent l'alphabet hébreu actuel qui provient de l'alphabet araméen). : le roi Cyrus II de la dynastie perse des Achéménides vainc Babylone (~ 538) et libère les Hébreux (~ 537). En ~ 500, formalise l'araméen et en fait la langue officielle dans la partie orientale de l'Empire perse. L'araméen de Jésus dit araméen palestinien Syriaque littéraire ou syriaque d'église (Kthâbânâyâ - syriaque littéraire), () : c'est l'araméen utilisé à Édesse (devenu Urfa en Turquie) au début de notre ère et formalisé à partir du . Utilisé pour la traduction de la Bible dite peshitta. Le syriaque s'est répandu en Orient avec le christianisme. Avec le temps, il s'est décliné en deux variantes : Syriaque intermédiaire occidental : utilisé notamment par l'Église maronite, l'Église syriaque orthodoxe, Église syriaque-catholique. Syriaque intermédiaire oriental : utilisé notamment par l'Église chaldéenne ou assyrienne-catholique, l'Église assyrienne et les mandéens. Syriaque moderne, néo-araméen : comprend toute une série de langues vernaculaires après 1200. Néo-araméen occidental : araméen de Maaloula, Bakh'a et Jubba'adin, tous trois situés en Syrie Néo-araméen central, touroyo Néo-araméen oriental, soureth

La Bible syriaque vignette|La sixième béatitude (Matthieu 5:8) d'une bible en syriaque oriental (peshitta).Tuvayhon l'aylên dadkên blebhon: dhenon nehzon l'alâhâ.Heureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu !