Les djinns ( ǧinn, singulier ǧinnī ; parfois transcrit jinn) sont des créatures surnaturelles issues de la mythologie arabique préislamique et redéfini, plus tard, dans la théologie islamique. Ils n’existent pas seulement dans la tradition musulmane ; il se peut qu'ils soient issus d'une croyance païenne ou chrétienne également, probablement d'origine syrienne.
Selon le Coran, ils sont dotés de libre arbitre (et seront jugés avec les humains au jour du jugement), furtifs à l'œil humain et entendables, et ils sont créés à partir de feu sans fumée.
Ils peuvent prendre différentes formes (végétale, animale, ou humaine). Ils peuvent être bons, mauvais ou neutres et sont capables d'influencer spirituellement et mentalement les Hommes (voir possession), mais n'utilisent pas forcément ce pouvoirÉtymologie arabe du terme : (Maurice Gloton Une approche du Coran par la grammaire et le Lexique, Paris, Albouraq 2016)..
Dans la tradition musulmane Pour les musulmans, les djinns représentent une espèce de créatures habitant la Terre qui vit près des points d'eau, dans les déserts et les forêts. Il y aurait dans la tradition islamique au moins une quinzaine de sortes de djinns. Pour se manifester, ils prennent diverses formes (métamorphes), dont celles de l'homme ou des animaux, souvent des serpents. Le mot djinn, ou ʿifrīt () (pluriel : ʿafārīt, ), désigne d'ailleurs à la fois ces esprits et certaines variétés de serpents. Leurs noms, paroles ou comportements étranges permettent de les distinguer des humains quand ils en prennent leur forme. Certains de ces esprits étaient, selon les légendes pré-islamiques, les muses des poètes : ce sont les hawāǧis (singulier : hāǧis). Comme les hommes, ils sont organisés en tribus, peuples, royaumes et États. Ils ont des lois et des religions, dont celles de l'homme puisque « certains prophètes ont été envoyés par Dieu pour les djinns et les hommes » comme l'indique le verset coranique :
En arabe classique et ancien : () ǧinnī (masculin) () ǧinniyya (féminin), pluriel : ǧinna ou ǧinn, dans certains dialectes arabes postérieurs ǧinnī, pluriel : ǧnūn. Voir aussi goule ().
Les appellations spécifiques des djinns chez les Maghrébins sont : les 'Efrits ( [‘ifārīt]) (de 'ifrīt ) : djinns de feu, qui peuplent les mondes souterrainsStephan Conermann History and Society During the Mamluk Period (1250-1517) V&R unipress GmbH, 2014 . les Maritins ( [māɾid]) (de Marid ) : djinns qui vivent . les Sylphes ( [silf]) : djinns munis d'ailes qui peuplent les cieux (comparables à leurs homonymes gréco-latins). les Qarin (قرين, litt. : compagnon) : « compagnon » assigné à chaque être humain, dont la nature est débattue par les commentateurs, djinn malfaisant pour les uns (qarin min al-jinn) et ange bienfaisant pour les autres (qarin min al-mala'ika).
Les confréries À noter que la tradition populaire de la plupart des pays maghrébins, notamment le Maroc, a en son sein diverses confréries plus ou moins mystico-religieuses comme les Gnaouas et les Aissawa, à qui sont prêtés des pouvoirs surnaturels, notamment celui d'exorciste, car ils pratiquent un culte de possession. Il est fait appel à eux pour désenvoûter une personne, durant des cérémonies caractéristiques et gardées secrètes, que l'on appelle des lilas, largement pratiquées dans la ville d'Essaouira.
Dans l'islam Les djinns sont fréquemment mentionnés dans le Coran. Une sourate distincte leur est dédiée (sourate 72). La prédication du prophète Mahomet est explicitement valable non seulement pour les Hommes, mais aussi pour eux. Ils ont été conçus dans l'histoire de la création coranique à partir du (Sourate 55:15). Comme les humains, ils auraient été (Sourate 51:56). De plus, il y en a des croyants et des non-croyants. Ces derniers sont censés aller en enfer (sourate 6: 128; sourate 11: 119; sourate 32:13; sourate 41:25). Au temps du Prophète, certains djinns ont découvert lors d'une réunion qu'ils ne pouvaient plus entendre les anges parler. Ils sont sortis pour savoir pourquoi. Ils ont trouvé Mohammed qui lisait le CoranAmira El-Zein Islam, Arabs, and Intelligent World of the Jinn Syracuse University Press 2009 . Cela s'est produit parce que le Prophète a révélé le Coran. Ces djinns se sont convertis à l'islam parce qu'ils avaient maintenant appris tout ce qu'ils avaient besoin de savoir (sourate 72: 1-19; sourate 46: 29-32)Paul Arno Eichler: Die Dschinn, Teufel und Engel im Koran. 1928.
Al Baidawi, un érudit islamique du , a consigné diverses déclarations dans son tafsir (exégèse coranique), les notions d'identité des djinns qui étaient courantes à l'époque. D'une part, ils pourraient être des corps invisibles dans lesquels prédominerait la nature du feu et de l'air. D'un autre côté, ils pourraient consister en des êtres purement spirituels ou les âmes désincarnées des défunts qui resteraient à jusqu'au jour de la résurrectionHans-Michael Haußig: Religionen und Weltanschauungen. Band 3: Islam. BWV Verlag, 2009, , (allemand).. Selon le Coran, ils vivaient sur Terre avant les Hommes, sous le règne de . Quand Dieu annonça aux anges dans la sourate 2:30 qu'il voulait créer des successeurs, ce furent les humains qui furent choisis. Les djinns d'origine furent donc chassés par une armée d'anges sous le commandement d'IblisD. B. MacDonald, W. Madelung: Malāʾika. In: P. Bearman, Th. Bianquis, C. E. Bosworth, E. van Donzel, W. P. Heinrichs (Hrsg.): Encyclopaedia of Islam. 2. Auflage. 2012. doi:10.1163/1573-3912_islam_COM_0642.2. En raison de cette rivalité, leurs relations avec les humains seraient souvent mauvaises.
Toutefois, le cheikh Si Hamza Boubakeur dénote dans son essai d'exégèse coranique, une divergence à propos même de leur existence. Il cite à ce sujet l'historien Ibn Khaldun et le philosophe Avicenne, pour qui les djinns ne seraient finalement qu'un symbole imagé, et non des créatures en tant que telles, voire des allégories à proprement parler. Ibn Khaldun inclut cette théorie en ce qui concerne toutes les créatures et révélations célestes citées par Dieu dans le Coran.
Dans d'autres traditions Dans la mythologie Guanche de Tenerife dans les îles Canaries, il y a une croyance en des êtres qui sont semblables à des géniesLos guanches y los perros llegaron juntos a Tenerife., tels que les Maxios (génies inférieurs ou domestiques) et les Tibicenas (mauvais génies) ainsi que le diable Guayota (dieu maléfique autochtone). Celui-ci, comme avec le Iblis arabe, est identifié parfois à un djinn. Les Guanches sont d'origine berbère et partagent notamment des similitudes avec les Chamito-Sémites issus d'autres endroits de la région MOAN.
Homophonie Malgré la similarité phonétique, renforcée par la confusion présente dans les traductions d’Aladin ou la Lampe merveilleuse, le mot « génie » n'est pas une francisation du mot . Le terme vient du latin , lui-même issu du grec , gennán, . En latin, le mot renvoie à une « divinité tutélaire » et, au sens figuré à une « inclination, talent ». Dans ce sens, il représente donc la capacité d'action d'un état ou d'une personne. En français, le terme est en général pris dans le sens latin de talent ou d'aptitude, , . Utilisé seul, il désigne également une personne dotée d'une habileté remarquable, d'une aptitude supérieure de l'esprit. Notons que le mot , via le sens grec de « générer, former » est également à la racine de plusieurs termes en français (ingénieur, géniteur, gène, génétique) et dans les autres langues latines. Il est possible que des écarts de traductions aient amené des confusions entre deux entités bien distinctes : le et le , d'où une version édulcorée du génie oriental.
Il faut toutefois relever la similitude possible de sens entre ces deux termes, si l'on considère le sens premier de génie : « divinité tutélaire ». C'est ainsi que le Dictionnaire du Coran traite la notion de djinn dans l'article intitulé Génies.
Le mot est également ambigu en Islam. D'une part, il désigne le genre , d'autre part c'est un terme général pour les êtres surnaturels, y compris les démons, les géants (Dive) et autres êtres invisibles. Quant à la différence entre les anges et les djinns, elle n'est pas toujours très claire. C’est une ambiguïté qu’on trouve de façon très nette dans Iblîs, que le Coran qualifie parfois d'ange (Al-Baqara, v. 34), parfois de génie (Al-Kahf, v. 50)
Il ne faut pas confondre le terme djinn ( [ğinn]) avec le terme perse Djans ( [ğān]) qui signifie « l’esprit individuel d'un être », et qui est différent des Esprits de Groupe ( [rūḥ]), terme d'origine sémitique ( [rox]).
Dans les arts Dans la littérature
Les Mille et Une Nuits Plusieurs contes des Mille et Une Nuits font intervenir des djinnsVictor Chauvin, Bibliographie des ouvrages arabes ou relatifs aux Arabes publiés dans l'Europe chrétienne de 1810 à 1885, lire en ligne les tomes IV, V, VI et VII. :
Aladin ou la Lampe merveilleuse, exemple le plus connu, met en scène un jeune garçon découvrant deux génies, habitant l'un un anneau et l'autre une lampe à huile et qui obéissent à ceux qui portent ces objets. Celui qui se présente comme étant l'esclave de l’anneau est capable de transporter son maître n'importe où, mais pas de déplacer son palais. C'est en revanche le cas de celui de la lampe, qui est d'ailleurs à l'origine de sa construction en une nuit et qui peut faire apparaître toutes sortes de richesses. Tous deux sont prêts à obéir aux ordres qu'on leur donne. Toutefois, quand Aladin, manipulé par le frère du premier sorcier, lui demande un œuf de rokh, le djinn entre dans une colère noire. Il explique que cette créature est son maître et que, si cette demande venait du garçon, il l'aurait réduit en cendre pour le punir d'un tel attentat.
Le Conte de 'Alî al-Misrî met aussi en scène un héros devenant riche grâce à deux djinns.
Le Conte de la Ville de Cuivre raconte comment le roi d'une île lointaine, refusa d'obéir à Salomon. Tous deux se firent alors la guerre, aidés par leurs djinns. Le second, le seul ayant reçu de Dieu le pouvoir de contrôler les djinns grâce à son anneau comportant un sceau, fut vainqueur ; il enferma alors les djinns rebelles dans des vases de cuivre scellé au plomb grâce à son bijou, sauf un (celui qui encouragea le roi à désobéir), qu'il emprisonna dans une colonne. Lorsque l'un d'eux est délivré de son vase, il s'écrie alors : . De tels objets abondent sur la côte au nord-ouest de l'Afrique, régulièrement repêchés par les habitants devenus blasés.
Le Conte du pêcheur et du démon présente un djinn enfermé de cette manière : lui et Sacar avaient en effet refusé d'obéir à Salomon. Son vase, comme les autres, furent alors jetés à la mer. Plus de mille huit cents ans après, il fut accidentellement libéré par un pêcheur l'ayant sorti de l'eau. Mais, rancunier à cause de son emprisonnement, il se promit de tuer quiconque le sortirait de là. Le malheureux rusa en s'étonnant que le djinn puisse rentrer dans un objet si petit. Celui-ci, voulant le prouver, il se changea en fumée et rentra dans le vase, avant d'être de nouveau coincé par le pêcheur. Il le supplia de le faire sortir en échange de la promesse de lui révéler comment le rendre riche : lorsqu'il sortit pour la deuxième fois, il jeta son vase à la mer pour ne plus être enfermé et tint sa promesse.
Le Marchand et le Démon présente une situation similaire : un marchand s'arrête en cours de voyage dans une oasis et mange des dattes dont il crache les noyaux au loin. De cette façon, il tue involontairement le fils d'un djinn qui passait dans les parages ; le père menace alors de le tuer pour vengeance. Le condamné réclame alors un délai d'un an pour régler ses affaires et dire adieu à sa famille, promettant de revenir sur place. Puis, alors que la mort est sur le point d'arriver, trois vieillards se présentent et réussissent chacun à obtenir du djinn le tiers de la vie du malheureux en échange du récit de leur vie extraordinaire, le sauvant ainsi.