L'ancienne abbaye cistercienne de Fontaine-Daniel est située à Fontaine-Daniel dans la commune de Saint-Georges-Buttavent, dans le département français de la Mayenne et la région des Pays de la Loire. Elle fut fondée au commencement du , en 1204, par Juhel III de Mayenne, seigneur de Mayenne, revenu de Terre-Sainte dès 1196. Cette abbaye était pourvue d'une église, détruite après la Révolution française, de la taille de la cathédrale du MansÉtat du revenu de l'abbaye, du 17 octobre 1766..
Origine Juhel III de Mayenne Il s'agissait pour Juhel III de Mayenne d'affirmer son autorité face à ses vassaux et aux seigneurs de Laval dans la forêt de Salair, et de doter sa famille d'une nécropole.
Il la voulut grande et riche, digne des frères de Bernard de Clairvaux, l'apôtre des croisades, auxquels il la destinait. Pour Grosse-Duperon, on peut chercher des motifs moins élevés au choix que Juhel fait des bernardins, il rappelle qu'il maltraitait, en ce temps-là, les moines de l'abbaye de Marmoutier établis par son aïeul à Mayenne, au prieuré conventuel de Saint-Étienne, qui d'abord avaient été ses protégés et ses amis. À cette époque, il venait de brûler leur couvent.
Abbaye de Clermont L'abbaye est fondée sous l'autorité d'un autre monastère cistercien de la région : l'abbaye de Clermont (Mayenne). La famille de Juhel III et les seigneurs de son entourage avaient effectué plusieurs donations à cette abbaye.
La Herperie L'abbaye est fondée d'abord à la HerperieCela signifie un cantonnement des harpayes. (Harperia), près Bourgnouvel sous le titre de Notre-Dame du ClairetLe patronage de la Vierge était de règle dans toutes les abbayes cisterciennes : « decernimus ut omnes ecclesi0 nostrae ac successorum nostrorum in memoriam ejusdem coeli et terrae Reginae, Sanctae Mariae, fundentur ac dedicentur » (Inst. cistere., cap. XXI). ..
La Herperie, placée sur la déclivité d'un coteau élevé, en contact avec la forêt de Bourgon, près de la chapelle Sainte-Anne de Bourgnouvel, ne convenait que médiocrement à l'établissement d'une abbaye. La chapelle Sainte-Anne était le but d'un pèlerinage fréquenté, et les foules, qui s'y rendaient plusieurs fois par an, venaient troubler la vie des premiers moines de ClairetUne des règles des Cisterciens les obligeait à n'établir de monastère que dans des lieux retirés..
La forêt de Salair Juhel reconnut que le choix de la Herperie n'était pas heureuxLes moines y restèrent au moins huit ans, mais trouvant inhabitable ce lieu stérile et presque sans eau., et transfèra en 1204 les moines de Clairet sur les rives fertiles et boisées de l'Anvore dans la forêt de Salair en Saint-Georges-Buttavent. L'abbaye ne s'y rend que l'année suivante, lorsqu'on eût préparé une chapelle et quelques bâtiments provisoires.
Juhel III de Mayenne dota cette abbaye des meilleurs biens de sa baronnie de Mayenne. C'est le jour de l'Ascension que les religieux de l'ordre cistercien, prirent possession de l'abbaye le Les moines y entrèrent avec solennité en présence des abbés de Clermont et de Champagne, de Juhel III de Mayenne et de Gervaise de Dinan, sa femme, d'Avoise de Craon, dame de Laval, de Pierre de Craon et d'un grand nombre de seigneurs le 19 mai 1205, jour de l'Ascension.
Histoire Fondation thumb|Les armoiries de l'abbaye de Fontaine Daniel, par J. Tessier, architecte à Mayenne (1896). Le fondateur Juhel III, article Fontaine-Daniel, t. II. déposa sur l'autel la charte contenant l'énumération des biens de la première dotation. Sans compter les bois de Salert et de Poillé, les biens s'étendaient en Saint-Georges, Contest, Saint-Baudelle, Moulay, Belgeard, Châtillon, Mayenne même, où les moines jouissaient des moulins, Saint-Aubin-Fosse-Louvain, Désertines, et enfin Réville en Normandie. Il y eut échange du lieu de la Herperie que laissaient les Cisterciens, contre d'autres possessions. Le patronage de l'église Saint-Aubin de Fontenay-le-Pesnel, des droits de coutume sur les halles et marchés de la ville de Mayenne, la pêche depuis le pont de Mayenne jusqu'au pont Landry, l'exemption de cens sur les biens des moines dans toute l'étendue de la baronnie, la faculté de défricher les bois de Salert et de Poillé, complétèrent de la part de Juhel de Mayenne la dotation de « son abbaye », c'est ainsi qu'il l'appelait. La famille de Juhel de Mayenne, Hamelin, évêque du Mans (1205), Barthélemy de Vendôme, archevêque de Tours (1206), Philippe II Auguste (1206), Innocent III (1208), confirmèrent cet acte. La fondation de l'abbaye de Fontaine-Daniel est ratifiée par le pape Grégoire IX, en 1226.
L'abbaye est dotée dès l'origine, tant par son fondateur que par divers seigneurs de la contrée, de nombreuses terres et seigneuries, non-seulement dans diverses parties du Maine, mais encore en Normandie et jusqu'en Anjou.
Les cisterciens de l'abbaye de Savigny obtinrent, en vertu d'anciennes concessions à eux faites par les seigneurs de Mayenne, que leurs frères de Fontaine-Daniel ne pourraient construire ni granges ni bergeries ni faire de nouvelles acquisitions au-dessus d'une ligne conventionnelle allant de Saint-Georges à Ambrières.
Construction Le monastère se construisait. Isabelle de Meulan avait assigné une rente, de 20 ₶. mancelles sur sa terre de Lassay, pour la construction du dortoir. Juhel III en assura la continuation jusqu'au parfait achèvement, si la donatrice venait à mourir, 1216. Il promit 1 000 ₶ pour l'église et les autres bâtiments. Dreux V de Mello, son gendre, qui lui succéda en 1220, se montra d'abord un peu prévenu contre les moines, mais finit par reconnaître leurs droits, confirma leurs possessions et pour s'acquitter au moment de partir pour la Croisade, en 1231, des 1 000 ₶ promises par Juhel III de Mayenne, céda ce qu'il possédait à La Haie-sur-Colmont. Le monastère put donc s'achever.
Droit de justice L'abbaye fut pourvue dès 1243 par Dreux V de Mello, le successeur direct du fondateur, du droit de haute justice sur tous les vassaux qu'elle possédait dans les limites de la baronnie de Mayenne. Bientôt érigée elle-même en baronnie relevant nument du Maine, elle ne tarda à devenir, en même temps qu'une abbaye célèbre au loin par la piété et la charité de ses moines, une des terres féodales les plus considérables du Maine.
La consécration solennelle de l'église de Fontaine-Daniel fut faite en 1243, par Geoffroy de Loudon, évêque du Mans ; et Dreux de Mello et Isabelle de Mayenne confirmèrent à cette occasion toutes les donations que l'abbaye avait reçues précédemment.
Isabelle de Mayenne, veuve, ratifia encore, en 1249, tous les dons de Juhel, son père, ceux de son premier mari, ainsi que les siens. « Devenuee, veuve de Dreux de Mello, trop tôt décédé, et guidée par une pieuse pensée, j'ai confirmé à l'abbé et au couvent de« Fontaine-Daniel, toutes les donations qu'ils tiennent de Juhel, mon père ». Elle donne l'année de sa mort un muid de froment de rente, livrable au château de Mayenne. Ce grain devait servir à la nourriture du moine qui célébrerait la messe, qu'elle fondait à perpétuité, dans l'église du monastère, pour le salut de son âme.
L'abbaye n'est d'abord, au milieu d'une grande prospérité temporelle, constituée que des religieux partageant leur temps entre la prière, le travail et l'aumône
La charte que Dreux V de Mello fit rédiger est caractéristique de la législation de cette époque. Comme tribunal son sénéchal eut l'auditoire de Mayenne, jusqu'en 1658, puis le sien propre ; enfin en 1678, dans le nouveau palais de justice de Mayenne.
Les dons, les fondations, les anniversaires continuèrent d'affluer pendant le siècle qui suivit l'achèvement du monastère.
Guerre de Cent Ans Une période troublée arrive par la suite pour l'abbaye: les dangers qu'elle court pendant la guerre de Cent Ans et l'occupation anglaise. La guerre de cent ans et plus tard la Ligue, par les ravages qu'elles firent et les désordres qu'elles favorisèrent, vinrent jeter le trouble dans la vie des moines de Fontaine-Daniel.
Au commencement de la guerre de Cent Ans, Jean II le Bon lui accorde des lettres de sauvegarde et d'autres privilèges que confirme Charles V le Sage.
Puis vient l'occupation de la région par les Anglais, on voit l'abbaye recourir, moyennant finance, à la protection anglaise, et les moines traiter : avec Jean de Lancastre, comte du Maine et Thomas Montagu, comte de Salisbury (). avec John Fastolf ().
Tous les trois mois, le monastère devait obtenir une prorogation de la sûreté qui lui était accordée et acquitter un droit qui variait, suivant le nombre des personnes et l'importance des biens protégés : en le percevant, l'officier anglais remettait des certificats « de ligeance », qu'on nommait « bulleltes».
En 1431, Jeanne de Laval, fit bâtir le chœur de l'église abbatiale, qui est béni dans le cours de la même année, par Adam Châtelain, évêque du Mans. L'abbé Guillaume du Verger ne peut aller en Bretagne qu'en prenant un sauf-conduit. Deux autres voyages qu'il lit l'année suivante lui coûtèrent chacun le même prix (Le salut d'or équivalait à 28 sous 4 deniers tournois). des Anglais de Mayenne, 1433.
La lutte pour la commende Vers l'année 1447, Jean Goulu ou Goulier, religieux Bernardin, avait remplacé Mâcé Couailler, comme abbé régulier de Fontaine-Daniel ; mais il fallut s'en débarrasser et lui retirer la supériorité. Goulu était resté en charge pendant quatorze ans.
Les règlements de l'Ordre de Citeaux réservaient au chapitre général la nomination des abbés des monastères de l'ordre. Malgré ses efforts, il ne put arriver à maintenir ce privilège et dut subir la commende, qui fut chez les cisterciens, de même que pour les autres ordres, une cause de troubles et souvent de ruine : l'esprit religieux disparut de la plupart des couvents. C'est cette introduction sous le règne de Louis XI des abbés commendataires dans les abbayes, qui sera à l'origine de la période la plus critique de l'abbaye. Les moines employèrent pour se défendre contre l'envahissement des séculiers commendataires les armes et les procédés dont on usait contre eux.
François Cherot L'abbé Jean Goulu avait été déposé par le chapitre de l'ordre de Cîteaux et remplacé vers 1460 par François Cherot, profès de Fontaine-Daniel. Pour se venger des mesures rigoureuses que l'ordre de Citeaux avait prises contre lui, Goulu s'entendit avec l'évêque d'Angers, Jean II de Beauvau. Goulu voulait échapper autant que possible aux conséquences de sa déposition, et la résignation près du Saint-Siège était une manœuvre qui devait permettre au pape de pourvoir l'abbaye d'un nouveau chef, arrière de Citeaux. Par ailleurs, de Beauveau avait l'assurance que l'appui du loi ne lui manquerait pas pour arriver à ses fins.
En 1463, l'évêque d'Angers, Jean II de Beauvau, est nommé grâce à la faveur royale de Louis XI abbé commendataire de Fontaine-Daniel, avait voulu aller prendre possession de l'abbaye, il l'avait trouvée occupée, à l'instigation de François Cherot, l'abbé régulier, par une troupe de gens armés qui lui en avaient fermé l'entrée. C'était un véritable scandale dont la commende avec les compétitions qu'elle suscitait était l'unique cause. L'emprisonnement de Cherot par de Beauveau ouvrait la série des méfaits du prélat vis-à-vis de l'abbaye de Fontaine-Daniel.
À la destitution de Beauveau, l'évêque du Mans eut quelques velléités de réclamer des droits sur le temporel de l'abbaye, peut-être d'en obtenir la commende, après de Beauveau ; « mais quand il eut été informé des statuts et privilèges de l'Ordre de Cîteaux, il s'en départit ». Les concessions de la Cour de Rome lors du retour de Jean II de Beauvau firent penser à François Cherot que la lutte devenait dorénavant impossible. Le pape venait de relever de ses censures Jean II de Beauvau le .
Jean Courtin