vignette|Arcs de style omeyyade dans la grande salle de Madinat al-Zahra, construite pour être le centre du pouvoir pendant la période du califat. thumb|Le patio de los Arrayanes (la « cour aux myrtes »), palais de l'Alhambra à Grenade, aujourd'hui en Espagne dans la communauté autonome d'Andalousie.
Al-Andalus désigne l'ensemble des territoires de la péninsule Ibérique et, ponctuellement, certaines zones du sud de l'actuelle FranceÀ l'heure actuelle, la présence musulmane est attestée archéologiquement et historiquement sur certains territoires de la France actuelle : la Septimanie, dont la capitale est Narbonne, sous domination musulmane de 719 à 759 ; et certaines régions côtières de la Provence, notamment le Massif des Maures, restées sous influence musulmane jusqu'à la fin du . Voir Jean-Paul Demoule, On a retrouvé l'histoire de France : comment l'archéologie raconte notre passé, Paris, Folio, 2012, . qui ont été, à un moment ou un autre, sous domination musulmaneJosé Ángel García de Cortázar, « V Semana de Estudios Medievales », Nájera, 1 al 5 de agosto de 1994, Instituto de Estudios de La Rioja, 1995, . entre 711 (premier débarquement) et 1492 (prise de Grenade) , Tópicos y realidades de la Edad Media, Real Academia de la Historia, 2000, : « Los arabes y musulmanes de la Edad Media aplicaron el nombre de al-andalus a todas aquellas tierras que habian formado parte del reino visigodo : la Peninsula Ibérica y la Septimania ultrapirenaica » (Les Arabes et les musulmans du Moyen Âge ont appliqué le nom de al-Andalus à toutes les terres qui faisaient auparavant partie du royaume wisigoth : la péninsule Ibérique et la Septimanie).La Narbonnaise (ou Septimanie) fut considérée comme incluse dans les limites d'Al-Andalus : François Clément, « La province arabe de Narbonne au viiie siècle », Histoire de l'islam et des musulmans en France, Paris, Albin Michel, 2006, .Philippe Sénac, Les Carolingiens et al-Andalus, Paris, Maisonneuve et Larose, 2002, : « Narbonne continuera d'occuper une place importante chez les auteurs arabes du Moyen Âge qui y voient l'une des limites de la Péninsule ibérique : ainsi Ahmad al-Râzî écrit-il qu'al-Andalus a la forme d'un triangle et que le second de ses angles se trouve dans la partie orientale d'al-Andalus, entre la ville de Narbonne et celle de Barcelone. ». L'Andalousie actuelle, qui en tire son nom, n'en constitue longtemps que la partie la plus méridionale..
Le terme d'Al-Andalus recouvre des entités politiques très différentes dans le temps. Après la conquête omeyyade du royaume wisigoth, Al-Andalus, qui atteignit sa plus grande étendue en 731, fut d'abord une province du Califat mise en place par le calife Al-Walid I (711-750) et divisée en cinq unités administratives. En 750, la province s'émancipe du Califat abbasside et devient l'émirat de Cordoue, un émirat omeyyade indépendant fondé en 756 par et qui devient après une première fitna le califat de Cordoue, proclamé par en 929, ouvrant alors une période qui correspond à l'apogée d'Al-Andalus.
Ravagé par la guerre civile opposant Arabes et Berbères à partir de 1009, le califat de Cordoue prend fin en 1031 après plus de de domination omeyyade et se fragmente en royaumes rivaux fragilisés (taïfas) et menacés au nord par les forces chrétiennes. Après la première période de taïfas, Al-Andalus devient la partie ibérique d'empires fondamentalement maghrébins avec la domination almoravide (1085-1145), la deuxième période de taïfas (1140-1203) et la domination almohade (1147-1238). Cette situation prend fin avec la troisième période de taïfas (1232-1287) et la réduction d'Al-Andalus à l’émirat nasride de Grenade (1238-1492), vassal du royaume de Castille.
Par sa logique d'empire et sa richesse, et bien que situé en terre d'islam (en ), il abrite des populations aux origines et aux croyances multiples : les Arabes, les Berbères, les Muladis (convertis à l'Islam) ainsi que les Saqaliba sont majoritaires, mais y vivent aussi des juifs ainsi que des chrétiens que l'on nomme « mozarabes ». Cette diversité n'est pas un pluralisme stabilisé et présente au contraire un caractère très dynamique dépendant de lieux, de situations et d'époques. La société d'Al-Andalus tend vers une homogénéisation à partir du .
La péninsule Ibérique sous domination musulmane connaît un apogée culturel à l'époque du califat de Cordoue marqué par un équilibre entre puissance politique et militaire, richesse et éclat de la civilisation.. Dès le , Cordoue est un foyer intellectuel qui accueille érudits musulmans et juifs du monde islamique, développe sciences, arts et philosophies, réalise des œuvres architecturales majeures et produit un important corpus littéraire. La culture andalouse renaît plusieurs fois des nombreux bouleversements politiques qui secouent ces territoires, mais à partir du , le tableau général est celui d'une lente mais profonde décadence qui s'achève par la prise de Grenade en 1492.
La présence d'Al-Andalus, territoire sous domination musulmane en Europe, a focalisé de nombreux débats, des récupérations politiques, et a engendré plusieurs mythes à plusieurs époques, où Al-Andalus est singulièrement séparé du monde médiéval européen comme du monde islamique classique.
vignette|300px|Al Idrissi, carte d'Al-Andalus (1154). vignette|300px|Al Idrissi, carte du monde connu (1154).
Étymologie
Le nom Al Andalus se prononce de façon proche dans les langues qui ont été parlées sur ces territoires, durant la domination musulmane ou dans les pays qui s'y développent par la suite : en arabe : ; en berbère : . ; en catalan Al-Àndalus ; en espagnol : al-Ándalus, el Ándalus ; en français : Al-Andalus ; en portugais : al-Ândalus ; en romance andalusi : Landálus;
L'étymologie d'Al-Andalus a fait l'objet durant les trois derniers siècles des hypothèses les plus variées. L'explication acceptée durant un temps faisait un lien avec le peuple des Vandales : le nom de l'Andalousie proviendrait d'une hypothétique forme *Vandalusia.. D'autres hypothèses plus ou moins fantaisistes ont été proposées, allant du jardin des Hespérides. à l'Atlantide..
Selon l'historien et islamologue allemand Heinz Halm.Cette hypothèse est reprise par les spécialistes comme Marianne Barrucand, professeur émérite d'art islamique à l'université Paris-Sorbonne et spécialiste de l'archéologie islamique., Al-Andalus proviendrait de l'arabisation d’une désignation hypothétique du wisigothique de la pénininsule ibérique : *landa-hlauts, qui signifierait « attribution des terres par tirage au sort », composé de landa- (forme fléchie de land), « terre », et hlauts « sort, héritage »Heinz Halm, « Al-Andalus und Gothica Sors », dans Welt des Orient, 66, 1989, 252-263.. Ce terme aurait été repris par les Maures au et adapté phonétiquement en al-Andalus., en suivant les étapes suivantes : *landa-hlauts > *landa-lauts > *landa-luts > *landa-lus > Al-Andalus.
Après la conquête almoravide d'Al-Andalus, il se développe une mythologie islamique des territoires perdus assimilés au paradis de l'islam aux origines divines. C'est par exemple le cas de l'historien arabe Ibn Khallikân (1211–1282), pour qui l'un des fils de Japhet s'appelait Andalus et serait à l'origine de l'appellation Al-Andalus donnée à l'Espagne par les Arabes, car il aurait été le premier homme à habiter la région après le Déluge..
Histoire
Sources sur la conquête d'Al-Andalus Les premières sources écrites sur la conquête d'Al-Andalus datent des . La principale est le récit de l’historien andalou Ibn al-Qūṭiyya, Ta’rikh iftitah al-Andalus (Conquête d'Al-Ándalus). Son élève affirme que ces événements sont relatés « de mémoire » sans se référer aux traditions islamiques (hadith et fiqh). Ibn al-Qūṭiyya y révèle l'importance des traités entre Arabes et Wisigoths. Une autre source raconte l'histoire d'Al-Andalus depuis sa conquête jusqu'au règne d' (889-961) : il s'agit de la chronique Akhbâr Majmû‘a, généralement datée du .
Ces premières sources datent de la période califale et sont postérieures de deux siècles au moins aux événements qu'elles relatent. Elles ne constituent pas des récits factuels neutres, mais des constructions historiographiques reflétant les préoccupations politiques, sociales et idéologiques de leur temps. Ces textes renseignent ainsi souvent davantage sur la période de leur rédaction que sur les faits qu’ils prétendent rapporter.
Le premier récit chrétien connu de ces événements est la Chronique de 754, composée à partir de 754 dans le royaume des Asturies sous domination chrétienne, peut-être par Isidore de Beja. La fonction de ce récit était de susciter une volonté de résistance parmi les populations vivant dans les vallées des Asturies. L'analyse contemporaine de ce document impose de séparer l'hagiographie des événements qui se sont effectivement déroulés. L'objet central du récit est la bataille de Covadonga. Sa date incertaine n'est connue que par l'écrit des moines, le terme de « bataille » et la localisation ont été apportés à l'époque d'Alphonse III..
Conquête de l'Hispanie et de la Septimanie
vignette|gauche|upright=0.8|Le royaume wisigoth avant la conquête musulmane.
Avant les premières conquêtes musulmanes en 711, le territoire de la péninsule Ibérique constituait la partie sud du royaume wisigoth. Le territoire était néanmoins divisé entre les Suèves, Astures, Cantabres et Basques du nord, et des côtes méridionales restées romaines (exarchat de Carthage de l'exarchat romain d'Afrique) au sud.
En 710, la situation interne du royaume Wisigoth était confuse : Rodericus de Bétique avait été élu roi par la majorité de la noblesse, et un autre camp s'était formé qui soutenait Aguila II de Tarragone, qui régnait sur le nord de la péninsule, la Catalogne et la Septimanie. Les divisions internes virèrent ponctuellement au conflit ouvert.
En 711, le général arabe Moussa Ibn Noçaïr. envoya un contingent d'environ , dont une large majorité de Berbères. commandés par Tariq ibn Ziyad, gouverneur de Tanger, et profita de la division wisigothe pour débarquer dans le sud de la péninsule. Ils débarquèrent sur le rocher auquel leur chef aurait laissé son nom (Djebel ou Jabal Tariq, futur Gibraltar). Rapidement renforcé, le contingent défit une première armée wisigothe commandée par un cousin du roi, Sancho. Le roi Rodéric, alors confronté aux Francs et aux Basques au nord, dut rassembler une armée pour affronter ce nouveau péril. Cependant, au cours de la bataille du Guadalete le , les partisans d'Agila II (Akhila, en arabe) préférèrent le trahir. Ce fut la chute brutale de l’Hispania wisigothe.
L’émergence d’Al-Andalus fut le produit d’une série d’opérations militaires et d’accords locaux entre 711 et 716, une conquête progressive conduite par une minorité arabo-berbère dite « maure. Rapidement, les musulmans prirent Tolède (712), Séville, Écija et enfin Cordoue, la capitale. En 714, la ville de Saragosse fut atteinte. Ibn al-Qūṭiyya insiste sur l'importance des traités entre Arabes et nobles wisigoths, dont beaucoup conservèrent leur pouvoir, certains tels Théodemir dirigeant leurs terres sous le titre de roi. Les musulmans ne purent néanmoins conquérir toute la péninsule : ils ne purent pénétrer dans les royaumes basques et ne firent que de brèves incursions dans les régions montagneuses cantabriques.