Un lymphome, aussi plus rigoureusement appelé lymphome malin est un cancer du système lymphatique qui se développe aux dépens des lymphocytes. Il est caractérisé par des proliférations cellulaires malignes (ou cancers) ayant pris naissance dans un organe lymphoïde secondaire : nœuds lymphatiques, rate ou tissus lymphoïdes associés aux muqueuses (digestives et respiratoires notamment). Les lymphomes, comme les leucémies, font partie des hémopathies malignes.
Les lymphomes sont souvent révélés par la découverte d'une adénopathie. Ils peuvent s'étendre à n'importe quelle partie du système lymphatique, qui comprend la moelle osseuse, la rate, le thymus, les nœuds lymphatiques et les vaisseaux lymphatiques, et qui assure normalement la défense immunitaire de l'organisme contre les bactéries, parasites, toxines, corps étrangers
Épidémiologie
Pris conjointement, les lymphomes représentent 5,3 % de tous les cancers (hors cancer des cellules basales de la peau) aux États-Unis et 55,6 % de tous les cancers du sang « SEER Cancer Statistics Review, 1975–2006 » Surveillance Epidemiology and End Results (SEER), Ed: National Cancer Institute, Horner MJ, Ries LAG, Krapcho M, Neyman N (eds), Bethesda, MD, consulté le 3 novembre 2009 : voir Table 1.4 : [Incidence ajustée à l'âge, taux de mortalité et taux de survie à 5 ans aux États-Unis par cancer primitif, sexe et âge]..
Selon le , les lymphomes représentent environ 5% de tous les cas de cancer aux États-Unis, et le lymphome de Hodgkin en particulier intervient dans moins de un pour cent des cas. Étant donné que l'ensemble du système lymphatique fait partie du système immunitaire du corps, les patients chez qui le système immunitaire est affaibli, comme dans le cas d'une infection par le VIH ou par l'usage de certaines drogues ou médicaments sont également exposés à un risque accru de développer un lymphome.
En France, les lymphomes représentent les deux tiers des cancers hématopoïétiques, avec une estimation de 28 000 nouveaux cas en 2018 dont 2 000 lymphomes hodgkiniens et 26 000 lymphomes non hodgkiniens Le Guyader-Peyrou S, Defossez G, Dantony E, Mounier M, Cornet E, Uhry Z, et al. Estimations nationales de l’incidence et de la mortalité par cancer en France métropolitaine entre 1990 et 2018 [Internet]. 2019 [cited 2019 Jul 22]. (Les Données / Epidemiologie). Available from: https://www.e-cancer.fr/Expertises-et-publications/Catalogue-des-publications/Rapport-Volume-2-Hemopathies-malignes-Estimations-nationales-de-l-incidence-et-de-la-mortalite-par-cancer-en-France-metropolitaine-entre-1990-et-2018-Juillet-2019. Les tendances d’incidence au cours des 30 dernières années montrent une augmentation pour la plupart des sous-types de lymphomes (le lymphome folliculaire, le lymphome diffus à grandes cellules B, le lymphome de la zone marginale ou encore le lymphome T mature non cutané) . Cette augmentation peut s’expliquer en partie par le vieillissement et la croissance de la population générale, ainsi que par un meilleur accès au diagnostic et au traitement. Cependant, d’autres facteurs de risque sont suspectés d’être impliqués dans cette hausse de l’incidence . Les études épidémiologiques ont identifié divers facteurs associés à l’apparition des lymphomes, notamment des facteurs sociodémographiques, le statut vis-à-vis de certaines maladies infectieuses, les antécédents familiaux et médicaux, le mode de vie, ainsi que les expositions professionnelles.
Une étude menée sur des enfants atteints de graves pathologies immunologiques (leucémie lymphoblastique aigüe, lymphome) a démontré leurs graves carences en zinc ainsi qu'en magnésium mais n'en donne pas les causes Guurses Slahin « High Prevelance of Chronic Magnesium Deficiency in T Cell Lymphoblastic Leukemia and Chronic Zinc Deficiency in Children with Acute Lymphoblastic Leukemia and Malignant Lymphoma » Leukemia and Lymphoma nov. 2000;39(5-6):555-62..
C'est un cancer en très forte et rapide augmentation partout dans le monde. En France, où le taux d'incidence est intermédiaire entre des pays à forte incidence comme les États-Unis et l'Australie, et des pays moins touchés en Asie, l'augmentation du taux annuel moyen d'incidence a été respectivement de 3,8 % chez l'homme et de 3,5 % chez la femme. Toutefois, le taux de mortalité est en plus fort accroissement chez la femme (+ 5,1 %) que chez l'homme (+ 3,9 %). C'est l'hémopathie maligne la plus fréquente, et la de cancer en Europe. Globalement, le nombre de cas rapporté à a été multiplié par deux en trente ans. La recherche des causes de cette augmentation a donné lieu à de nombreuses études. Certaines ont conclu à des résultats probants sur l'influence des facteurs étudiés (agents infectieux de type virus associés à certaines formes ou bactérie obésité et alimentation trop riche en graisses et viandes, dioxine incorporée aux pesticides ou issue de rejets environnementaux), pour d'autres cette influence est limitée ou non probante voire nulle (tabac, nitrates, radiations ionisantes) ou encore contestée (exposition au soleil)..
Symptômes
Le lymphome peut présenter certains symptômes non spécifiques : la lymphadénopathie ou gonflement des ganglions lymphatiques, est la principale manifestation du lymphome. Il est généralement asymetrique indolore ; symptômes systémiques — peuvent être associés à la fois au lymphome hodgkinien et au lymphome non hodgkinien. Ils consistent en : fièvre, sueurs nocturnes, perte de poids, anémie, saignement, augmentation de la sensibilité aux infections. autres symptômes : perte d'appétit ou anorexie, fatigue, détresse respiratoire ou dyspnée, démangeaisons, au niveau de la bouche un gonflement doux asymptomatique pouvant ou non être ulcéré, principalement observé sur les amygdales, la muqueuse buccale, le palais, les gencives, les glandes salivaires, la langue, le plancher de la bouche et la région rétromolaire.
Types de lymphomes
Il existe trois types de lymphome : lymphome hodgkinien, les lymphomes non hodgkiniens et le groupe leucémie lymphoïde chronique/Lymphome à petits lymphocytes.
L'habitude de séparer les lymphomes en deux types : lymphome hodgkinien et lymphome non hodgkinien remonte à la découverte par première fois par Dorothy Reed en 1898, et indépendamment par Carl Sternberg en 1898-1902. de cellules très caractéristiques dans le sang après coloration par coloration à l'hématoxyline colorant le noyau en bleu/violet et éosine colorant le cytoplasme en rose. Il suffit de voir une seule fois ces cellules pour les reconnaître. L'habitude fut donc prise de différencier les lymphomes en hodgkinien et non hodgkinien en fonction de la technologie disponible à l'époque.
Classification actuelle Les classifications actuelles ont pour premier critère le type de lymphocyte impliquée : Le lymphocyte B impliqué dans la majorité des lymphomes y compris le lymphome de hodgkin ; Le lymphocyte T ou le lymphocyte NK. Le deuxième critère est la taille de la cellule anormale : on parle alors de lymphome à grande cellule (plus du double d'une cellule normale); Il existe aussi des lymphomes à petites cellules.
En 2025, les lymphomes sont classées en fonction de critères morphologiques (examen au microscope) , phénotypique (recherche des protéines membranaires par immunohistochimie), génétique (recherche d'anomalie génétique et chromosomique par la cytométrie en flux) et moléculaire (recherche de gène de fusion par séquençage)
Les lymphomes à proprement parler décrivent des cancers liés à un problème de maturation ou à une anomalie survenant lors de stades intermédiaires du développement des lymphocytes. Les cancers provenant de stades précoces sont plus souvent caractérisés comme des leucémies lymphoblastiques ou des lymphomes lymphoblastiques. Concernant les cellules plus différenciées, lorsqu'il s'agit principalement d'une altération des plasmocytes, on parle alors de myélomes.
Classification historique
Lymphome hodgkinien La maladie de Hodgkin, dans sa forme classique ou lymphome de Hodgkin, est un lymphome caractérisé par la présence de grosses cellules atypiques, les cellules de Reed-Sternberg. Il représente 10% des lymphomes
Lymphomes non hodgkiniens Il représente 90% des lymphomes.
On distingue la plupart des lymphomes non hodgkiniens selon leur degré de malignité : les lymphomes non hodgkiniens indolents (évolution lente ) ; les lymphomes non hodgkiniens agressifs (évolution rapide ) ; autres lymphomes.
Leucémie lymphoïde chronique/Lymphome à petits lymphocytes
Mécanismes moléculaires
Le schéma ci-contre illustre le rapport entre les anomalies chromosomiques et leurs conséquences moléculaires dans le développement d'un lymphome. Il illustre aussi la localisation des cellules cancéreuses dans le centre germinatif d'un ganglion. Événements précoces déclencheurs: Lymphome folliculaire (FL) : Translocation t(14;18)(q32;q21) donnant le gène de fusion IGH::BCL2 qui survient dans les pré-lymphocytes B précoces de la moelle osseuse (BM). Ces cellules réintègrent ensuite le centre germinatif d'un ganglion et se transforment en cellule maligne Lymphome du manteau (MCL) : Lymphocyte B de la zone du manteau avec translocation t(11;14)(q13;q32) entraînant la surexpression de la cycline D1 Lymphomes de la zone marginale (MZL : MALT, ganglionnaires, spléniques):Lymphocytes B de la zone marginale déclenchés par une stimulation antigénique chronique (infection ou auto-immunité) Leucémie/lymphome lymphoïde chronique (CLL/SLL):Événement déclencheur moins bien défini altérations fréquentes : del(13q), del(11q), del(17p), trisomie 12 et mutation ou non du gène IGHV Relation avec le centre germinatif Lymphome folliculaire : dérive directement des lymphocytes B du centre germinatif, en interaction avec les cellules dendritiques folliculaires (FDC) Lymphome du manteau : dérive des lymphocytes B de la zone du manteau (en périphérie du centre germinatif) Lymphomes de la zone marginale : dérive des lymphocytes B de la zone marginale (post-centre germinatif), présents dans la muqueuse , les glandes salivaires (SG), ou la rate Leucémie/lymphome lymphoïde chronique : UM-CLL : origine pré-centre germinatif (lymphocytes B naïfs) M-CLL : origine post-centre germinatif (lymphocytes B mémoire)
Classification actuelle des lymphomes La cinquième classification de l'OMS paru en 2022 distingue les lymphomes selon l'origine cellulaire du lymphome : lymphocyte B et lymphocyte T ou NK. La classification regroupe les proliférations non cancéreuses des lymphocytes avec les proliférations cancéreuses. Beaucoup des proliférations non cancéreuses correspondent à un risque de lymphome ou de leucémie d'autres se transforment à un rythme lent en lymphome ou leucémie. Depuis la parution de la 3ᵉ édition de la classification de l’OMS des tumeurs lymphoïdes en 2001 Swerdlow, S.H.; Campo, E.; Harris, N.L.; Jaffe, E.S.; Pileri, S.A.; Stein, H.; Thiele, J.; Vardiman, J.W. World Health Organization Classification of Tumours of Haematopoietic and Lymphoid Tissues, 4th ed.; International Agency for Research on Cancer Press: Lyon, France, 2008., celle-ci constitue la référence mondiale établissant les principes de base pour le diagnostic des tumeurs lymphoïdes. Les volumes successifs de l’OMS publiés en 2008 Swerdlow, S.H.; Campo, E.; Harris, N.L.; Jaffe, E.S.; Pileri, S.A.; Stein, H.; Thiele, J.; Arber, D.A.; Hasserjian, R.P.; Le Beau, M.M.; et al. World Health Organization Classification of Tumours of Haematopoietic and Lymphoid Tissues, Revised 4th ed.; International Agency for Research on Cancer Press: Lyon, France, 2017. et 2017 ont élargi et affiné les connaissances existantes sur ce type de néoplasme toujours complexe.
Proliférations lymphocytaires B et des lymphomes Base de la classification
Le schéma représente un follicule présent dans la zone corticale d'un ganglion lymphatique. Au centre du follicule se trouve le centre germinatif qui est entouré de plusieurs couches :