Le château de Montrésor est situé dans le sud-est du département d'Indre-et-Loire (37), en France, à une quinzaine de kilomètres à l'est de la ville de Loches sur le territoire de la commune de Montrésor.
Un éperon rocheux a accueilli successivement un donjon attribué à Foulques Nerra et intégré au système défensif des comtes d'Anjou en Touraine, une forteresse médiévale construite par Jean IV de Bueil, grand maître des arbalétriers, puis un logis Renaissance édifié par Imbert de Batarnay, influent personnage auprès de quatre rois de France. Après la Révolution au cours de laquelle le château, mal entretenu, est passé entre les mains de plusieurs propriétaires successifs, le comte Xavier Branicki, émigré polonais, mécène et maire de Montrésor de 1860 à 1870, rachète le domaine en 1849, répare certaines parties du château, en reconstruit d'autres ; il meuble le logis principal en style Second Empire et le décore avec de nombreuses œuvres d'art. Sa famille, toujours propriétaire, habite une partie d'un château presque totalement ouvert au public.
Le village lui-même, d'abord construit au pied du château, ne s'est véritablement développé qu'à partir du Moyen Âge ; au , il s'est tourné vers une activité touristique dont le château constitue l'un des principaux atouts.
Localisation Le château de Montrésor, édifié sur un éperon rocheux, au flanc du coteau qui domine la concavité d'un méandre de l'Indrois, sur sa rive droite, a vu des maisons se construire à ses pieds à partir du Moyen Âge et constituer peu à peu le bourg de Montrésor, à à l'est de Loches.
Établi sur une terrasse à d'altitude, le site du château domine d'une quinzaine de mètres la vallée de l'Indrois vers le sud. Au nord et à l'est, le plateau a été creusé d'environ pour y pratiquer un fossé sec défensif. À l'ouest, la pointe naturelle de l'éperon complète le périmètre défendu..
Historique Les premiers édifices fortifiés Même si aucune preuve archéologique ne vient l'attester, il est fort probable que l'éperon de Montrésor, stratégique et facile à défendre, a été anciennement utilisé par l'homme, déjà largement implanté dans ce secteur depuis le Néolithique..
Le premier seigneur/châtelain de Montrésor cité, mais dont le nom est inconnu, participe en 887 à l'escorte de six mille personnes. qui accompagne les reliques de saint Martin depuis Auxerre jusqu'à Tours.. Dès cette époque est évoquée la présence d'une demeure à la pointe de l'éperon, protégée au nord par des douves et une palissade de terre.. Le fief de Montrésor relève alors du trésorier du chapitre de la cathédrale Saint-Gatien de Tours, dédiée à cette époque à saint Maurice d'Agaune, d'où son nom, attesté au , de « Mons Thesauri » dans la Chronique des Comtes d'Anjou (Roger possédait comme bien propre cet oppidum que l'on appelle le Mont du Trésor, parce qu'il appartenait au trésor du bienheureux Maurice). ; le toponyme évolue progressivement jusqu'à sa forme moderne..
À partir de la moitié/fin du , la famille seigneuriale de Palluau (Geoffroy , fl. vers 1200) est châtelaine de Montrésor (probablement par une union avec les anciens châtelains ? En effet, Asceline, dame de Montrésor en 1189, est dite la tante maternelle de Geoffroy dans une charte ultérieure de 1239.).
Les forteresses médiévales vignette|gauche|redresse|alt=Vue d'un pan de mur vertical.|Vestiges du donjon de Foulques Nerra. Un éperon rocheux dominant la vallée de l’Indrois est le lieu choisi par Foulques Nerra, comte d’Anjou, pour faire édifier par son capitaine Roger dit le Petit Diable vers 1005 une puissante forteresse, non loin de celle de Montrichard, qu'il contrôle également. Le donjon se trouve au sommet de l'escarpement, à l'est de la Grande Rue, mais le périmètre défendu s'étend certainement au-delà, vers l'ouest.. Peut-être parmi les premiers construits en pierre en Touraine, cet édifice, dont il ne subsiste que le mur ouest remanié, est contemporain de celui de Langeais..
Au , Montrésor tombe aux mains d’. Il est probable que, depuis Foulques Nerra, Montrésor soit toujours resté sous le contrôle des comtes d'Anjou . C'est à cette époque, sans qu'aucune date précise puisse être avancée, que remonte la construction des tours du châtelet de l'entrée est, ainsi que des parties nord et est de l'enceinte.. Philippe Auguste reprend temporairement Montrésor aux Anglais en 1188, mais le fief reste une possession anglaise avec de Châteauroux (vers 1150-1202), compagnon de Richard Cœur de Lion pendant la troisième croisade, qui devient seigneur de Montrésor après son retour (il se ralliera en 1200 au roi capétien Philippe Auguste)..
vignette|redresse|alt=vue en contre-plongée de deux tours cylindriques reliées par une muraille pourvue de fenêtres.|Les tours du châtelet d'entrée. Ce n'est qu'au début du , avec la famille de Palluau, que Montrésor repasse définitivement dans l'allégeance à la couronne de France (en , Jean sans Terre et son sénéchal de Touraine Girard d'Athée libèrent Geoffroi de Palluau), avant que la famille de Bueil (, maître des Arbalétriers) ne l'achète en 1378..
Une chapelle est construite à l'ouest du châtelet, probablement dans le courant du , mais il n'est pas possible de dire qui en décide l'édification.. À la fin du , (1415 à Azincourt), devient seigneur de Montrésor et engage d'importants travaux sur le site du château, attestés par les comptes de son receveur qui mentionnent pour l'année 1396-1397 .. Il édifie les communs, reconstruit le châtelet d'entrée sur la base des tours du , répare l'enceinte et le chemin de ronde... Grâce à et à son entrepreneur Jean Binet, Montrésor prend alors véritablement l'aspect d'une forteresse médiévale..
L'amiral (1405/1406-1478) y emprisonne , favori disgracié de , qu'il a capturé et qui ne recouvre la liberté qu'après le versement d'une forte rançon , la restitution de certaines de ses possessions et la promesse de son retrait de la vie publique.. Il revient à Antoine de Bueil (né vers 1440/1445-1506), qui doit s'en séparer définitivement en 1491.
Il y eut aussi une première cession dès 1451/1452 en faveur de la famille de Villequier, plus précisément d'André de Villequier, seigneur de La Guerche-en-Touraine (1454), mari en 1450 d'Antoinette de Maignelais, maîtresse de .
Il appartint aux Bueil ou aux Villequier de réaménager la courtine, principalement du côté nord, en l'équipant de grosses tours rondes surmontées d'une plateforme pouvant accueillir des bombardes..
Le logis Renaissance vignette|gauche|redresse|alt=Vue d'un château montrant une échauguette à l'angle de deux murs au premier plan.|Le logis Renaissance vu du nord-est. C'est dans les années 1490 que se tourne une page importante de l'histoire du château de Montrésor.
Antoine de Villequier de St-Sauveur (1452-1495), deuxième fils d'André et d'Antoinette de Maignelais, endetté, ne peut s'opposer à la saisie de ses biens, et Imbert de Batarnay du Bouchage (1438-1523), un noble originaire du Dauphiné, achète le château en 1491..
Influent conseiller auprès de quatre rois de France, déjà propriétaire, non loin de là, de la forteresse médiévale de Bridoré., il entreprend à Montrésor la construction d'un nouveau logis, à l'architecture typiquement Renaissance, alors que l'ancien château-fort, près de l'entrée, tombe en ruine. Cette construction, qui fait face à la vallée de l'Indrois, est appuyée sur le mur sud de l'enceinte ; elle est munie de deux tourelles probablement édifiées sur les bases de tours de défense de l'enceinte. et se développe sur une plus grande longueur que le château du .. Les travaux durent peut-être jusqu'au début du ; le en tout cas, Imbert de Batarnay obtient du roi l'autorisation d'abattre des arbres dans la forêt de Loches pour monter la charpente, bois qu'il a fallu faire sécher avant de pouvoir l'utiliser.. Imbert de Batarnay ne limite pas ses travaux au corps de logis principal : il fait également reconstruire l'entrée du château, entre les tours médiévales.. Ses descendants gardent Montrésor tout au long du , notamment les Joyeuse (Guillaume II de Joyeuse épousant Marie de Batarnay, l'arrière-petite-fille d'Imbert de Batarnay) jusqu'à Henriette-Catherine de Joyeuse, par ses mariages duchesse de Montpensier puis de Guise.
Le château et la terre de Montrésor sont alors achetés par la famille de Bourdeille en 1600 (ou 1621 ?) (dont l'aventureux Claude, comte de Montrésor, 1663) ; puis par la fidèle amie de Claude de Bourdeille, Marie, duchesse de Guise et de Joyeuse (fille d'Henriette-Catherine de Joyeuse) ; par Philippe d'Orléans (en 1672 ? ; cousin germain de la Grande Mademoiselle, petite-fille d'Henriette-Catherine) ; enfin par la famille de Beauvilliers de Saint-Aignan en 1697 (le duc Paul puis son demi-frère le duc Paul-Hippolyte, sont comtes de Montrésor). La dernière fille de Paul-Hippolyte, Marie-Paule de Beauvilliers, née en 1729, sœur du duc Paul-Louis, était appelée Mademoiselle de Montrésor.
Mais jusqu'en 1789 aucune modification architecturale importante ne semble avoir lieu ; le fait qu'après et les derniers Valois, les rois de France résident moins régulièrement dans la vallée de la Loire a sans doute amené les seigneurs de Montrésor à négliger leur château.
La Révolution française et ses conséquences vignette|redresse=1.2|alt=Plan d'un site castral indiquant la période de construction de chaque bâtiment.|Plan chronologique schématisé du site. Les événements qui marquent la vie à Montrésor pendant la Révolution sont mal connus. Une partie du château est peut-être incendiée.. En 1792, les Beauvilliers, qui possèdent la châtellenie de Montrésor depuis près d'un siècle, la vendent en plusieurs lots. Entre 1792 et 1831, quatre propriétaires se succèdent, sans compter les acheteurs qui opèrent pour le compte de tiers, achetant séparément le château et la chapelle.. Au début du , le châtelet d'entrée sert temporairement de prison.
Madame Jouffroy de Gonsans, qui se trouve à la tête du domaine réuni en 1831, ne dispose pas des fonds nécessaires à l'entretien de l'ensemble des bâtiments. En 1841, un inventaire, réalisé après sa mort pour la succession en faveur de son mari. indique que le logis principal est très largement délabré. Louis François Jouffroy de Gonsans fait abattre vers 1845 la chapelle Notre-Dame et l'aile ouest du château mais en reconstruit la partie est, réutilisant très certainement les matériaux de démolition. ; à la même époque, une gravure montre que le vieux donjon de Foulques Nerra, à l'ouest de l'enceinte, est encore debout, mais en ruine.. Dans la même décennie, enfin, une tour située à l'angle sud-ouest de l'enceinte s'écroule alors que la partie occidentale de la muraille disparaît elle aussi ; le pont-levis qui commande l'entrée du château est détruit et le fossé remblayé avec les décombres de la chapelle Notre-Dame.. Ce dernier aménagement fait suite aux plaintes des riverains constatant que l'eau stagnant au fond des fossés est source d'insalubrité pour le voisinage.
La famille Branicki et le réaménagement vignette|redresse|Xavier Branicki.