Kiakhta (en , ; en , Hiagt, ; en , Khiaagta khoto, ) est une ville transbaïkale d'importance régionale et le centre administratif du raïon de Kiakhta, en république de Bouriatie. Sa population s'élevait à en 2024.
Fondée en 1727 sous le nom de Troïtskossavsk, elle joue à l'origine un rôle de fort militaire sur la frontière russo-chinoise. Dès l'année suivante, une colonie commerciale apparaît à côté du fort, sous le nom de Khiakta, devenant le terminus oriental de la route de Sibérie. La ville devient alors le centre des échanges commerciaux entre l'Empire russe et la Chine de la Dynastie Qing, principalement du thé. Kiakhta acquiert le statut de sloboda en 1743 tandis que Troïtskossavsk fut érigé en ville en 1805. Le commerce permit à Kiakhta de s'enrichir tout au long du et au cours du , et ainsi, elle fut surnommée la « Venise sablonneuse ». Néanmoins, la seconde moitié du siècle avec l'ouverture de nouvelles routes commerciales, notamment le canal de Suez, mit la ville à l'écart des échanges commerciaux, marquant le début de son déclin. En 1868, la ville est ravagée par un incendie, et elle déclina encore davantage à l'aube du avec l'ouverture du chemin de fer de l'Est chinois. En 1921, la ville est prise par les Soviétiques, et Troïtskossavsk la ville et Kiakhta la sloboda sont fusionnés en 1930.
Des bâtiments civils comme religieux témoignent du passé riche de la ville, mais certains sont aujourd'hui laissés à l'abandon. Lors de son apogée, la scène culturelle était florissante avec un orchestre et le premier journal de Transbaïkalie notamment. Un pidgin russo-chinois s'y développa pour les communications entre les marchands des deux pays, qui subsista jusqu'au . Depuis 2010, le gouvernement russe a inscrit Kiakhta sur la liste sélective des villes historiques de Russie.
Géographie
Situation Khiakhta est situé dans la république de Bouriatie, qui est un sujet de la fédération de Russie en Sibérie orientale. La ville fait partie du district fédéral extrême-oriental, se situant à au nord-oiest de Vladivostok, la capitale du district. La capitale Moscou est à km à l'ouest tandis que Oulan-Oudé, la capitale de son sujet, est à au nord-estDistances à vol d'oiseau ou distances orthodromiques.. Le fuseau horaire est l'heure d'Irkoutsk (MSK+5, UTC+08:00).
Kiakhta est située dans le sud-ouest de la Transbaïkalie, région montagneuse de Sibérie orientale. Elle se trouve sur la rivière Kiakhta, près de la frontière russo-mongole, et fait face à la ville mongole d'Altanboulag.
Kiakhta est associée au village voisin de Soudja pour former la ville de Kiakhta, une municipalité du raïon. La municipalité s'étend sur , et elle est limitrophe de la municipalité de Naouchki à l'ouest, de Khoronkhoï au nord-ouest, d'Oust-Kiakhta au nord et d'Oust-Kiran au nord-est. Au sud, elle est limitrophe de la Mongolie.
Climat
Transports La route se situe à l'extrémité de la route fédérale A340 Kiakhta, route reliant la capitale régionale Oulan-Oudé à la ville et ainsi à la Mongolie, la ville possédant un poste de contrôle frontalier.
Toponymie Jusqu'en 1934, la ville était divisée en deux, à savoir Troïtskossavsk pour la forteresse et la ville officielle, ainsi que Kiakhta à 4 kilomètres le sud, qui était le bourg commercial. Troïtskossavsk tire son nom de la Trinité, car sa construction commença le jour de la Trinité, et du nom de son fondateur, Savva Vladislavitch, un Serbe originaire de Raguse. Quant au nom de Kiakhta, il dérive de la rivière Kiakhtou, dont son nom dérive du mot mongol « Kia », aussi écrit « xiag » ou « khiag ». Ce mot désigne le chiendent (triticum repens), une plante qui croit en grande quantité dans l'endroit. Les mots « ta(i) » ou « t(u) » qui composent la deuxième partie du mot sont deux formes du comitatif en mongol, signifiant « avec. ».
Histoire
Empire russe
Fondation des deux villes vignette|Plan de la forteresse avec la rivière Kiakhta et le tracé de la frontière. L'histoire de la ville est liée à l'expansion des Empires russe et chinois, qui atteignent leur expansion maximale au début du . En effet, la Russie a conquis la Sibérie tandis que la Mongolie est passée sous domination de la Dynastie Qing depuis 1691. Les deux empires cherchent alors à tracer une frontière pour délimiter leur territoire. Un premier traité est signé à Boura, une localité à une vingtaine kilomètres de l'actuelle ville, le , traité préliminaire au traité de Kiakhta. Ce dernier est signé le , et délimite la frontière par des bornes frontières du Haut-Iénisseï à l'ouest jusqu'à la rivière Gorbitsa à l'est.
Le jour de la Trinité de 1727, à la suite de la signature du traité, commença la construction de Troïtskossavsk par Savva Vladislavitch, un Serbe de Raguse qui fut ambassadeur russe à Constantinople avant d'être pour fixer la frontière que le traité de Nertchinsk n'avait pas définie. Troïtskossavsk était une forteresse dotée de quatre bastions, trois portes d'accès et d'une palissade, ce qui lui permit de devenir le centre administratif. Selon le traité de Kiakhta, nul individu ne pouvait franchir la frontière sans des autorisations spéciales, mis à part à deux endroits de la frontière, à Curuxajtu et à Kiakhta. Ces deux postes commerciaux permettaient de remplir les volontés russes de pouvoir commercer, face à la Chine qui désirait une frontière étanche. CuruxajtuTsuruxajtunskaja sloboda en russe., sur la rive de l'Argoun près de Nertchinsk, se situait dans une zone montagneuse, rendant la pratique du commerce difficile. Ainsi à quatre kilomètres au sud de la forteresse de Troïtskossavsk apparut Kiakhta, la zone dévolue aux échanges commerciaux. Lors de sa fondation, Kiakhta fut entourée d'un rempart de bois avec six bastions ainsi que qu'un fossé. En 1730 s'ajouta du côté chinois de la frontière la ville de Maimatchine.
Interruptions du commerce et contrebande Au , les Dzoungars se livrent à des raids en terre chinoise avant de trouver refuge en Russie, où les autorités rechignent à extrader ces derniers à la Chine. Face à ce contexte de raids et de menace, la Chine referme ses frontières à de multiples reprises. Le commerce est interrompu plusieurs jours en 1744, 1747, 1751, presque six mois en 1756 et 5 semaines en 1757. Cela entraîne un isolement de Kiakhta, tandis que Maimatchine en face se vide. En , le prince dzoungar Amoursana, gendre de Galdan-Tseren et qui avait appelé les Dzoungars à se rebeller contre la Chine en 1755, se réfugie à Tobolosk. Il meurt là-bas de la variole en septembre, et sept mois plus tard, les autorités russes exposent le corps à KiakhtaSeon une autre version, il aurait été exposé à Sélenguinsk où les autorités chinoises auraient été conviées à le voir., ce qui permet pour la Russie de dire qu'elle ne veut plus accueillir de réfugiés. La Chine ferme à nouveau sa frontière pour des cas similaires plusieurs jours en 1759, totalement d' à , en 1775, d' à , en 1785 et en 1792. En conséquence, les Russes exposent les cadavres à Kiakhta en face de la Chine, pour que la Chine voit les corps morts et rouvre ainsi sa frontière. Les interruptions commerciales entraînaient des pénuries de thé chez les habitants de Transbaïkalie, Bouriates comme Russes et de fourrures à Pékin. vignette|269x269px|Vue de Kiakhta en 1783. En parallèle émerge autour de Kiakhta un important commerce de contrebande, qui peut être sanctionné de la peine de mort dans certains cas. Jusqu'au milieu du les Russes traversent la frontière pour aller vendre leurs fourrures dans les villes mongoles, mais aussi de l'or et de l'argent. Lorsque Peter Simon Pallas passe par Kiakhta, il observe le commerce de contrebande de la rhubarbe, pourtant sanctionné par la peine de mort en Russie comme en Chine.
À la fin du , se retrouvent dans les étals de la ville des porcelaines avec des figures des mythologies grecques et romaines en direction de la Chine, alors en vogue en Europe, comme en témoignent Pallas et William Coxe. Pallas remarque aussi des denrées chinoises comme la badiane, le millet, les arbouses, le riz, des vêtements en satin, du coton, de la poterie ou encore de la porcelaine chinoise.
Apogée du commerce () Au tout début du , le marché des fourrures s'épuise en Russie alors que le pays s'industrialise. Les produits échangés à Kiakhta sont des produits manufacturés russes comme le drap, qui constitue l'essentiel des exportations vers l'Empire du milieu, tandis que le thé devient, de loin, la principale exportation chinoise.
Kiakhta et son commerce étaient remarquables, car jusqu'au traité de Nankin en 1842, elle était la seule ville avec Canton où des échanges commerciaux étaient assurés entre un pays étranger et la Chine. De plus, c'était jusqu'au traité de Tien-Tsin de 1858 le seul point pour le commerce entre la Russie et la Chine. À partir du , la présence d'aucun étranger n'est autorisé du côté russe à Kiakhta, ce qui fait que la classe des marchands détient dans la ville un pouvoir considérable qui n'a d'équivalent nulle part ailleurs dans l'Empire russe.
Les Empires russe et chinois voulaient réguler leurs réserves de métaux précieux, ce qui les avaient motivés à interdire la vente de marchandise contre de l'argent. Ainsi à Kiahta, le commerce reposait exclusivement sur le troc, le kitajka, une étoffe de coton, puis après 1800 le thé, servant d'unité de mesure pour les échanges. Mais à la suite de la première guerre de l'opium, la Chine nécessite d'importants besoins en métaux précieux pour verser les lourdes compensations au Royaume-Uni. Les commerçant sont alors autoriser en 1854 de commercer avec de l'or et de l'argent, en 1855 avec des pièces de monnaies.
La ville de Kiakhta est à son apogée le centre du commerce de thé, dont la Russie est alors la plus grande consommatrice mondiale. Vers le milieu des années 1850, les importations à Kiakhta sont du thé, et la ville est surnommée le « royaume du thé ». Le thé de Kiakhta était en concurrence avec le thé d'Odessa et celui directement importé par les pays occidentaux en Europe. Ainsi, le gouvernement tsariste qui se préoccupait du développement économique de la Sibérie et de son accès au commerce chinois, intervenait par décrets et règlements douaniers en faveur de Kiakhta et de son thé. vignette|Vue générale de Kiakhta en 1891. La ville se distingue dans la seconde moitié du par son architecture comparable à celui un quartier élégant d'une ville européenne. Lorsque les voyageurs occidentaux reviennent depuis la Chine, la ville agit comme le marqueur du retour en Europe. Elle fait contraste avec Maimatchin, semblable à un faubourg de Pékin.
Début du Kiakhta vit au début du un déclin économique, la ville ayant lentement perdu son statut de centre du commerce du thé. Mais elle reste développée et densément peuplée pour une ville de Sibérie.
Au niveau politique, la période est marquée par l'arrivée d'idées révolutionnaires dans la population. Un groupe de l'intelligentsia se forme en 1903, et évolue pour donner en 1905 la branche de Troïtskossavsk du parti ouvrier social-démocrate. Lors de la révolution russe de 1905, l'intelligentsia locale soutient la grève politique panrusse de fin . Dans la ville ont lieu deux manifestations et un comité est fondé pour l'organisation des manifestations. Mais les membres de ce comité sont arrêtés en et en lors d'une vague répressive à l'échelle nationale. Le comité se reforme entre 1909 et 1911, quand les idées révolutionnaires se renforcent à nouveau, et leurs activités deviennent alors plus présentes.
Révolution et guerre civile russe
Sous le pouvoir des Bolcheviks