L'Art pour l'art (en latin ) est un concept apparu au début du . Il énonce l'idée que la valeur intrinsèque de l'art est indépendante de toute fonction didactique, ou de toute utilité morale. Les travaux désignés par cette formule sont dits autotéliques, du grec ancien (« qui est à soi-même sa propre fin, son propre but »).
Histoire A La théorisation de « l'art pour l'art » est attribuée à Théophile Gautier (1811–1872). Elle apparaît dans la préface de Mademoiselle de Maupin en 1835 :
Il est le premier à en faire un slogan mais l'idée le précède : elle apparaît par exemple dans les écrits de Victor CousinVingt-deuxième leçon de son Cours de philosophie, professé à la faculté des lettres pendant l'année 1818, sur le fondement des idées absolues du vrai, du beau et du bien, Paris : Hachette, 1836. ., Benjamin Constant, et Edgar Allan Poe. Ce dernier déclare dans son essai en 1850, que :
Influences En France C'est un crédo bohémien du érigé contre ceux, de John Ruskin aux plus récents partisans du réalisme socialiste, qui pensent que la valeur de l'art est de servir un but moral ou didactique. « L'art pour l'art » affirme que l'art a une valeur comme art, et que le dessein artistique en est sa propre justification. Son application permettrait la neutralité de point de vue, voire la subversion.
À la même période, ce slogan est aussi suivi par le mouvement parnassien en réaction au romantisme : il refuse de prendre un quelconque engagement politique ou social et il cherche la perfection artistique à travers le travail.
En Angleterre Le slogan apparaît pour la première fois en anglais en 1868, simultanément : dans une critique de Walter Pater sur la poésie de William Morris, publiée dans le ; et dans William Blake de Algernon Charles Swinburne.
Il est associé à la littérature anglaise et l'esthétisme alors en rébellion contre la morale victorienne. Une seconde version de la critique de Walter Pater apparaît en 1873 dans un des textes les plus influents de son mouvement : Studies in the History of the Renaissance.
Aux États-Unis Les tonalistes critiquent l'habitude faite depuis la Contre-Réforme du de mettre l'art au service de l'état ou de la religion par les mots :
Il marque ainsi sa distance d'avec le sentimentalisme : dans sa déclaration, tout ce qui reste du romantisme est la confiance dans l'arbitrage qu'il fait de ses propres vision et perception.
En Allemagne Le poète Stefan George est un des premiers artistes à le traduire en et à l'adopter pour une proclamation littéraire présentée dans sa revue Blätter für die Kunst en 1892. Il est principalement inspiré par Charles Baudelaire et les symbolistes français qu'il rencontre à Paris, étant ami avec Albert Saint-Paul et dans l'entourage de Stéphane Mallarmé.
Critiques vignette|redresse|Photographie de George Sand, critique de l'Art pour l'art et contemporaine du Parnasse, mouvement littéraire qui diffusa ce credo.
George Sand écrit en 1872 que ..
Dans le Crépuscule des idolesLe Crépuscule des idoles, [fr.wikisource.org/wiki/Le_Crépuscule_des_idoles/Flâneries_inactuelles Flâneries inactuelles#192, § 24]., Nietzsche propose une critique nuancée de l'art pour l'art : certes cette doctrine libère l'art du moralisme qui en limite la puissance mais ce n'est pas parce que l'art ne saurait se réduire à la poursuite d'une finalité morale que l'art n'a aucun but, sinon c'est . En réalité, selon Nietzsche, : l'art va nécessairement dans le sens de l'instinct de l'artiste qui en tant qu'être vivant veut la puissance. Ainsi, l'artiste fait toujours l'éloge de ce qui lui semble aller dans le sens de la puissance. Loin de n'inciter à rien, ou encore moins d'inciter à la résignation comme le pensait Schopenhauer, le tragédien, par exemple, fait l'éloge de héros comme Antigone qui font preuve d'insoumission face aux autorités humaines, et ainsi d'une liberté supérieure et de bravoure face au danger ultime de la mort.
Walter Benjamin en débat dans son essai de 1936 L'Œuvre d'art à l'époque de sa reproductibilité technique : il le mentionne principalement par rapport à la réaction du milieu traditionnel de l'art face aux innovations de la reproduction, en particulier pour la photographie. Il a même défini ce slogan comme étant une « théologie de l'art » dénigrant les aspects sociaux. Dans l'épilogue de son essai, il disserte des liens entre le fascisme et l'art, son principal exemple étant celui du futurisme et de la pensée de son fondateur Filippo Tommaso Marinetti : un des slogans des fascistes futuristes italiens était : (). Par provocation, Walter Benjamin conclut que tant que le fascisme verra la guerre comme alors « l'art pour l'art » sera appliqué et réalisé Walter Benjamin, « The Work of Art in the Age of Mechanical Reproduction », in: Illuminations, Londres, Fontana Press, 1973, ..
Mao Zedong s'oppose à l'art pour l'art et associe ses partisans à l’aristocratie, à la bourgeoisie et au libéralisme :
Des écrivains post-colonialistes contemporains écrivent :
Ils critiquent ce slogan comme étant une vision limitée et eurocentriste de l'art et de la création artistique. LeRoi Jones les nuance en écrivant que ..
Dans la culture populaire La locution latine est inscrite dans le cercle autour de la tête du lion rugissant des séquences d'ouverture des films de la Metro-Goldwyn-Mayer.
Notes et références
Annexes Bibliographie Albert Cassagne, La Théorie de l'art pour l'art en France chez les derniers romantiques et les premiers réalistes, Paris, Librairie Hachette, 1906 ; reprint Slatkine, 1993 (en ligne).
Liens externes
. Dictionary of the History of Ideas: Art for Art's Sake. Art History Resources: Art for Art's Sake Explained.
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