Céphalonie ( / Kefaloniá ou / Kefalloniá, de l'italien Cefalonia), connue dans l'Antiquité sous le nom de Céphallénie ( / Kephallēnía), est une île grecque de la mer Ionienne. C'est la plus grande et la plus montagneuse des îles Ioniennes.

Les villes principales sont Argostóli, la capitale, Lixouri dans la péninsule de Palikí, et Sami (port vers Patras et Ithaque).

Elle constitue un dème (municipalité) et un district régional de la périphérie des Îles Ioniennes. Entre le et la réforme Kallikratis (2010), elle constituait avec l'île d'Ithaque le nome (département) de Céphalonie.

Géographie

La taille de l'île est de , et la densité de population actuelle est de au kilomètre carré. La ville d'Argostóli regroupe plus du tiers des habitants de l'île. Lixouri est la seconde ville par ordre d'importance, et les deux villes représentent ensemble près des deux tiers de la population de l'île.

L'aéroport international de Céphalonie « Ánna Pollátou » (code IATA : EFL) se trouve à environ au sud de la ville d'Argostóli..

Céphalonie est juste au-dessus d'une faille tectonique importante, où le plateau européen rencontre le plateau égéen en provoquant un glissement frictionnel. C'est la même configuration que la célèbre faille de San Andreas en Californie. Pour voir une carte indiquant les aéroports les plus proches, cliquer sur :

Il y a donc des séismes réguliers et des dizaines de secousses, mineures ou non, se produisent chaque année. En 1953, un violent séisme a détruit presque toutes les habitations de l'île n'épargnant que quelques villages dans le nord.

Céphalonie est réputée pour ses gouffres : parmi les formations naturelles remarquables, on notera les katavóthres ainsi que la grotte de Melissani et celle de Drogarati.

La montagne la plus haute de l'île est le mont Ainos, avec une altitude de , qui forme une « épine dorsale » du sud-est au nord-ouest de l'île, dans la continuation de la chaîne montagneuse du Pinde que se partagent l'Albanie et la Grèce. On y trouve des chevaux devenus sauvagesLe Parc National de Ainos sur le site de l'ambassade de Grèce. et plusieurs espèces endémiques parmi lesquelles plusieurs variétés d'orchidées, la violette de Céphalonie (Viola cephalonica), la saponaire de l'Ainos (Saponaria aenesia), la Scutellaria rubicunda cephalonica, une sous-espèce de la bugle du levant (Ajuga orientalis aenesia) et une espèce d'arbre endémique, le sapin de Céphalonie (Abies Cephalonica). Le parc national du mont Ainos a été créé en 1962 dans le but spécifique de protéger ces espèces. vignette|gauche|Carte topographique de Céphalonie. Dans l'Antiquité, les forêts denses du mont Ainos ont fourni la matière première pour la construction de bateaux. Les anciens utilisaient le sapin pour la construction de trirèmes, galères à trois rangées de rameurs, car son bois est léger. Ulysse aurait construit ses bateaux en sapin de l'Ainos. Au Moyen Âge, la déforestation du mont Ainos par les Vénitiens a provoqué un accroissement de l'érosion et la multiplication des feux de forêt. En 1501, la colonie vénitienne employait, pour ses chantiers navals, deux cents bûcherons et charpentiers et des ouvriers pour la gravure sur bois. Au , un grand feu a fait disparaître les deux tiers de la forêt. En 1797, la forêt a brûlé pendant des semaines et l'incendie en a détruit plus de la moitié.

Les feux de forêt sont également devenus fréquents dans les années 1990 et au début des années 2000, et constituent toujours une menace majeure pour la population. Les professions agricoles traditionnelles sont l'élevage extensif et l'oléiculture, le reste étant composé principalement de céréaliers et d'horticulteurs. Les cultures de légumes se concentrent dans les plaines, qui couvrent moins de 15 % de l'île. Moins d'un quart des terres de l'île sont arables : le relief accidenté et montagneux convient surtout aux chèvres. La viticulture produit depuis l'antiquité des vins rouges et blancs sur le plateau de la commune d'Omala, situé à d'altitude, dont un cépage blanc réputé, le Robola. Jusque dans les années 1970, la plupart des Céphaloniens vivaient dans des zones rurales, alors qu'au la population urbaine, à Argostóli, Lixoúri, Makriotika et Sami, représente les deux tiers de la population.

Municipalités Avant la réforme Kallikratis de 2010 l'île regroupait 7 des 8 municipalités du département :

Argostóli Élios-Prónni Érisos Livathó Lixouri ou dème de Palikí Pýlaros Sami Omalá

La réforme de 2010 a regroupé toutes les municipalités de l'île en une seule municipalité siégeant à Argostóli.

Une nouvelle réforme qui a pris effet en septembre 2019 a divisé l'île en 3 municipalités siégeant à Argostóli, Lixouri et Sami.

Histoire

thumb|Chambre mortuaire à Lakithra.

Préhistoire Du mobilier lithique préhistorique a été trouvé à Fiskardo, au cap Mouda (Μούντα), à Skala et à Póros :

Runnels (2014) affirme que les artéfacts de Fiskardo ont été datés du Paléolithique et seraient âgés de ans. Cité dans .. Phoca-Cosmetatou & Rabett (2014) rappellent qu'en réalité, au moins jusqu'en 2014 aucun mobilier paléolithique trouvé dans quelque île méditerranéenne que ce soit, n'a été associé à un contexte archéologique sûr et directement daté..

La grotte Drakaina à Póros est du Néolithique. L'agglomération d'Arginia et les fosses de Mousata sont datées du Néolithique final. Les vestiges de l'agglomération et les tombes en pot à Sami sont datés du début de l'helladique. Il y a aussi le groupe des tombes à ciste du Moyen Hellade à Kokoláta (Κοκολάτα, près de Keramiés entre Argostoli et Peratata.) et les cimetières mycéniens de sépultures en chambres dans les provinces de Paliki et de Kranái.

Antiquité (sites de Mazarakata..,

thumb|230px|Partie du mur qui protégeait l'ancienne citadelle de Sami.

Hérodote au désigne l'île sous le nom de Képhallènia (Céphallénie) et évoque les habitants de la cité de Paléis (actuelle Lixouri) IX, 28.. Thucydide, Livre II, XXX. au qualifie l'île de , en raison des quatre cités de Paléis, Samé, Kranioi. et Prônies, qui ont prospéré durant la période mycénienne. Ces cités sont autonomes, elles frappent monnaie et participent à différentes coalitions ; les habitants de Céphalonie peuvent être alliés tantôt à Corinthe, tantôt à Sparte ou à Athènes. La plus importante des cités est Samé, sur la côte est de l'île. Paléis est située sur la péninsule ouest (Lixoúri, à l'emplacement de Palaiokastro), Kranioi (ou Krani) est située près de la lagune de à Argostóli, et Pronnoi (Prônies) dans le sud-est de l'île.

Lors de la guerre du Péloponnèse, Céphalonie s'allie à Corinthe contre Corfou, puis l'île passe successivement sous domination athénienne, puis romaine (à partir de 187 avant notre ère). Durant la période romaine, l'histoire de Céphalonie est indissociable de celle des pirates : à chaque période de sécheresse, de mauvaises récoltes et de mauvaise pêche, les Céphaloniens deviennent eux-mêmes pirates ; à d'autres moments, ils sont la cible d'attaques venues d'ailleurs. Au , le sénateur romain Publius Aelius Hadrianus Afer offre l'île en cadeau à Athènes.

Sous les empires byzantin et latin Lors de la partition de l'Empire romain en 395, Céphalonie échoit à l'Empire d'Orient, dit byzantin, auquel elle reste rattachée jusqu'en . Durant cette période, les Céphalonites sont christianisés, mais l'île subit plusieurs invasions (Goths, Slaves, Sarrasins) et assimile aussi des Albanais et des Aroumains fuyant les invasions et venus du continentEn témoignent les nombreux toponymes en ...ata (du suffixe albanais ...at) et des noms comme Vlahata ou Mounta : cf. les études de Theodor Capidan et Angheliki Chatzimichali.. Au , indique que l'île fait partie du thème de Céphalonie, qui a été créé par l'empereur byzantin . vignette|Léonard III Tocco issu de la famille Tocco, dernier despote d'Epire et comte palatin de Céphalonie et Zante Elle est disputée aux entre les Normands d'Italie, les Grecs, les Vénitiens et les Pisans. Le Normand Robert de Hauteville, surnommé Robert Guiscard, y meurt de dysenterie le au large de la baie d'Athéras alors qu'il essayait de conquérir l'île. Son fils Bohémond de Hauteville réussit cette conquête et donne le nom de Guiscard (aujourd'hui Fiskardo) au village de Panormos, en l'honneur de son père. En et , les croisés attaquent l'île. Les Vénitiens alliés aux Génois s'emparent du principal château de Céphalonie.

L'île est brièvement occupée par les Normands de Sicile en puis reconquise par l'empereur byzantin Manuel Comnène allié aux Vénitiens.

En , le roi de Sicile conquiert Céphalonie et la cède à l'amiral Margaritus de Brindisi, en le nommant comte palatin de Céphalonie et Zante. En Margaritus de Brindisi est remplacé par Matteo Orsini, son petit-fils par une de ses filles.

Lors du partage de l'empire byzantin au cours de la quatrième croisade, l'île est attribuée à Venise ; cependant elle reste aux mains de Matteo Orsini, qui se reconnait toutefois vassal à la fois de Venise, du Saint-Siège et de la principauté d'Achaïe. La famille Orsini règne sur l'île jusqu'en , puis est remplacée par la famille Tocco qui gouverne jusqu'en .

Entre Ottomans, Vénitiens et Français vignette|Drapeau de la République des Sept-Îles. L'île est conquise en 1479 par les Turcs avec à leur tête Gedik Ahmed Pasha. Venise la reprend en 1500 en violant le traité reconnaissant la domination turque sur Céphalonie, et achève la conquête du Château Saint-Georges le 24 décembre. En 1537 le sultan Soliman le Magnifique déclare la guerre à Venise, et un an plus tard, Barberousse, amiral des forces navales de Soliman, attaque Céphalonie, causant de graves dommages et asservissant Céphalonites. Les incursions des pirates ottomans dureront à partir de cette date pendant plus de deux siècles. C'est pourquoi les villages n'étaient pas situés sur la côte, mais en hauteur, dans les montagnes… comme dans beaucoup d'autres îles méditerranéennes. À cette époque, de nombreuses familles nobles byzantines en exil s'installent à Céphalonie, comme les Phokas, les Carantinos ou les Metaxas.

Venise conserve l'île jusqu'à sa défaite face aux troupes françaises de Napoléon Bonaparte, en 1797. Le 28 juin 1797, les Français occupent Céphalonie. Le Général Bonaparte promet la libération des îles Ioniennes. Le livre contenant les noms et les privilèges de la noblesse, le Libro d'Oro vénitien, est brûlé sur la place centrale d'Argostóli. La possession française des îles Ioniennes est officialisée par le Traité de Campo-Formio le 17 octobre 1797. Les îles Ioniennes deviennent des départements, partie intégrante de l'État Français le novembre 1797.

L'année suivante, une flotte alliée des Russes et des Turcs commandée par Fiodor Ouchakov conquiert les îles Ioniennes (voir Siège de Corfou (1798-1799)). Le 21 mars 1800, à Constantinople, la République des Sept-Îles est fondée sous la souveraineté nominale du sultan, mais reste occupée par la flotte russe. En contrepartie de leur soutien à ce traité, les riches seigneurs de Céphalonie obtiennent des privilèges exclusifs pour gouverner. Un mécontentement général contre le retour des privilèges conduit à des insurrections dans toutes les îles Ioniennes, qui sont violemment réprimées. La République des Sept-Îles est reconnue par la France par la paix d'Amiens en 1801. Le 18 vendémiaire An X (10 octobre 1801), Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord pour la France et le comte Arkady Markoff pour la Russie, concluent une convention secrète par laquelle les deux pays reconnaissent et garantissent l'indépendance et la constitution de la République des Sept-Îles, et conviennent qu'il n'y aura plus de troupes étrangères dans ces îles.