Le Minuteman (code LGM-30) est un missile balistique intercontinental (ICBM) américain à ogive thermonucléaire lancé depuis le sol. Seul vecteur terrestre de l'arsenal nucléaire des États-Unis depuis 2005, le Minuteman III (LGM-30G) complète les missiles Trident II lancés depuis la mer et les bombes nucléaires transportées par les bombardiers stratégiques.

Le Minuteman fut le premier ICBM à propergol solide, une technologie lui permettant d’être moins coûteux, moins volumineux et plus rapide à préparer au lancement que ses prédécesseurs à propergols liquides.

Le Minuteman entra en service en 1962 comme arme de dissuasion capable de frapper les villes soviétiques en représailles. Cependant, la concurrence du missile Polaris de l'US Navy, dédié lui aussi au rôle « anti-cités » mais moins vulnérable, incita l'US Air Force à modifier le Minuteman pour en faire une arme « anti-forces », capable de détruire les moyens offensifs adverses. Ainsi ses évolutions, le Minuteman II, en service en 1965, puis le Minuteman III, en service en 1970, améliorèrent la précision et la résilience du système. Le Minuteman III fut à ce titre le premier ICBM mirvé en service, emportant jusqu’à trois ogives, W62 initialement, W78 ou W87 aujourd'hui.

D'un maximum de en service dans les années 1970, leur nombre a été graduellement réduit depuis la fin de la guerre froide. En 2018, sont déployés à l'intérieur de silos de lancement répartis autour de trois bases militaires dépendant du United States Strategic Command : Francis E. Warren Air Force Base au Wyoming, Malmstrom Air Force Base au Montana et Minot Air Force Base dans le Dakota du Nord.

L'US Air Force déclare, en 2026, que sa date limite d'obsolescence programmée est vers 2036-2038, mais le retard pris pour son remplacement pourrait qu'il reste en inventaire jusqu'en 2050.

Le nom « Minuteman » pour ce missile intercontinental balistique (ICBM) US trouve son origine dans l’histoire américaine : Il est inspiré des « Minutemen », des miliciens coloniaux américains qui étaient prêts à se mobiliser en quelques minutes lors de la Guerre d’Indépendance en 1775. L’utilisation du nom évoque la capacité du missile à être lancé rapidement en cas de besoin. Cette dénomination fut utilisée dans divers contextes.

Histoire

Le Minuteman I qui effectue son premier tir d'essai le et le Minuteman II furent en service de 1962 à 1997. Le premier Minuteman III fut déployé en 1969 et devrait demeurer en service jusqu'en 2030 avec les améliorations qui lui ont été apportées. Comparé à ses prédécesseurs de l'époque, le Minuteman avait deux innovations qui lui ont permis de se maintenir longtemps en service : des moteurs à carburant solide et un système de guidage inertiel informatique.

Le carburant solide permit au Minuteman d'être plus rapidement lancé que tout autre type d'ICBM semblable de l'époque, lesquels utilisaient des carburants liquides. Leur mise à feu s'effectue en effet en 32 secondes. Edward Hall et les carburants solides Le Minuteman doit son existence aux efforts du colonel de l'US Air Force Edward N. Hall. En 1956, Hall a pris la tête de la division des carburants solides de la Western Development Division du général Schriever qui avait été originellement créée pour diriger le développement des ICBM Atlas et Titan. Les carburants solides étaient à cette époque déjà couramment utilisés dans les missiles, mais strictement pour des engins à courte portée. Les supérieurs de Hall étaient intéressés par les carburants solides pour les missiles de courte et moyenne portées, en particulier dans le cadre d'une utilisation en Europe où leur temps de réaction court serait un avantage face à une attaque par des avions soviétiques. Hall était convaincu qu'ils pourraient être utilisés sur un missile à longue portée (, ).

Pour atteindre la poussée requise par un ICBM, Hall décida de financer la recherche dans les propergols composites à perchlorate d'ammonium chez Boeing et Thiokol. Adaptant un concept développé au Royaume-Uni, les ingénieurs moulèrent le carburant solide dans de larges cylindres avec un trou en forme d’étoile au centre sur toute la longueur. Ce trou permettait au carburant de brûler sur toute la longueur du cylindre plutôt que depuis une extrémité comme c’était le cas avec les conceptions précédentes. La vitesse de combustion accrue permit un accroissement de la poussée. Elle permit aussi une répartition homogène de la chaleur générée sur l'ensemble de l’étage plutôt que son extrémité car la combustion prenait désormais place de l’intérieur vers l’extérieur, n'atteignant les parois du fuselage qu'au dernier moment. Auparavant, la combustion étant localisée à une extrémité, une petite section du fuselage était soumise à des températures et pressions extrêmes.

Le guidage des ICBM dépend non seulement de la direction dans laquelle le missile voyage mais aussi du moment précis où ses moteurs sont stoppés. Une poussée trop longue et l'ogive dépassera sa cible, trop courte et elle ne l'atteindra pas. Les carburants solides étant difficilement prévisibles en termes de durée de combustion et leur poussée étant instantanée, ils semblaient un choix douteux considérant la précision nécessaire à l'atteinte d'une cible sur des distances intercontinentales. Cette difficulté, qui paraissait insurmontable, fut simplement résolue par l'ajout de ports dans les tuyères du moteur fusée. Ces valves, commandées par le système de guidage, étaient ouvertes pour réduire la pression si abruptement que la flamme était soufflée et le moteur arrêté.

Les premiers à tirer profit de ces avancées techniques ne furent pas l'US Air Force mais l'US Navy. La Navy avait été impliquée dans un programme commun avec l'US Army pour développer le missile Jupiter, mais était toujours restée insatisfaite du système car elle considérait l'emploi de carburants liquides trop risquée pour un déploiement à bord de ses bâtiments et sous-marins. Les succès rapides du programme de développement des carburants solides alliés à la promesse d'Edward Teller d'ogives nucléaires beaucoup plus légères (projet Nobska) conduisirent la Navy à abandonner le Jupiter pour développer leur propre missile à carburant solide. Ainsi, le travail d'Aerojet et Hall sera adapté au projet Polaris à partir de .

Fermes à missiles vignette|Missile Minuteman I|gaucheL'Air Force, contrairement à la Navy, n'avait pas un besoin pressant de développer un ICBM à carburant solide. L'Atlas et le Titan progressaient et des propergols stockables étaient développés qui allaient permettre aux missiles d’être maintenus prêts au lancement pendant de longues durées. Hall, cependant, voyait les carburants solides non seulement comme un moyen d’améliorer les délais de lancement, mais plus généralement comme la façon la plus sure de réduire le coût des ICBM afin que des milliers d'entre eux puissent être assemblés. En effet, un ICBM à carburant solide serait plus simple à construire et entretenir.

Le fait que les nouvelles chaînes de montage informatisées permettraient une production continue et que des équipements similaires permettraient à de petites équipes de gérer des centaines de missiles, Hall proposait de construire des « fermes » rassemblant usines, silos, transport et même recyclage. Chaque ferme aurait en charge entre et , assemblés en cycles lents mais continus. Des systèmes de diagnostics dans les missiles détecteraient les dysfonctionnements et un missile défectueux serait recyclé pendant qu'un nouveau prendrait sa place dans son silo. La conception du missile minimiserait le coût, réduisant sa taille et sa complexité au détriment d'autres paramètres, comme la précision, la vulnérabilité ou la fiabilité.

Le plan de Hall ne fit pas l’unanimité parmi ses collègues. Ramo-Wooldridge insista pour un système plus précis mais Hall rétorqua que si le rôle du missile était d'attaquer les villes soviétiques : Hall était connu pour ses « frictions » avec les autres et en 1958 le général Schriever le retira du projet Minuteman pour l'affecter à la supervision du déploiement du missile Thor au Royaume-Uni. À son retour aux États-Unis en 1959, Hall prit sa retraite de l'Air Force. Il recevra sa seconde Legion of Merit l’année suivante pour son travail sur les carburants solides.

Si son concept de ferme à missiles ne se concrétisa pas, à ce moment le travail de Hall sur la réduction des coûts avait déjà porté ses fruits : un nouvel ICBM de de diamètre, bien plus étroit que ses homologues Atlas et Titan larges de , qui permettrait des silos bien moins coûteux.

Système de guidage Le lancement des missiles à longue portée précédents était un processus prenant de 30 à car leurs réservoirs de carburants liquides devaient être préalablement remplis. Bien que longue, cette étape n’était pas alors un écueil car il fallait environ la même durée pour démarrer le système de guidage, le calibrer et y programmer les coordonnées d'une cible. A contrario, le Minuteman devait être lancé en quelques minutes. Bien que le carburant solide éliminait les délais liés au remplissage, les délais associés à la mise en route du système de guidage persistaient. Pour un lancement rapide, le système de guidage devrait être maintenu en fonction et calibré en permanence, ce qui présentait un problème majeur pour les éléments mécaniques le composant, notamment les roulements à billes de ses gyroscopes.

Pour surmonter ce problème, Autonetics avait développé un prototype utilisant des roulements à air qu'il prétendait avoir fait fonctionner en continu de 1952 à 1957. Les ingénieurs de la division avionique de North American Aviation avaient aussi construit une plateforme inertielle en forme de balle pouvant tourner dans deux directions. Cette solution permettait de n'utiliser que deux gyroscopes au lieu de trois habituellement.

Ordinateur embarqué à transistors La troisième avancée majeure était l'utilisation d'un ordinateur numérique universel programmable plutôt qu'un ordinateur analogique dédié. Les missiles précédents utilisaient deux ordinateurs analogiques embarqués : l'un dirigeant le vol du missile d’après une trajectoire programmée, l'autre comparant les informations de la plateforme inertielle avec les coordonnées de la cible et effectuant les corrections. Pour réduire le nombre d’éléments dans le Minuteman, un unique ordinateur, plus rapide, serait employé à réaliser ces deux tâches. L'ordinateur de guidage restant inactif tant que le missile était dans son silo, il pourrait être utilisé pour exécuter un programme surveillant les différents capteurs et testant l’équipement. Dans les conceptions précédentes, cette tâche était effectuée par des systèmes externes requérant des kilomètres supplémentaires de câbles ainsi que de nombreux connecteurs. Afin de stocker plusieurs programmes, l'ordinateur de guidage utilisait un disque dur à la place d'un tambour.

Construire un ordinateur possédant les performances, le volume et la masse requise nécessitait d'avoir recours aux transistors, qui étaient alors très coûteux et peu fiables. Les tentatives précédentes d'utilisation d'un ordinateur à transistors pour le guidage, avec le SM-64 Navaho, avaient échoué, et fut abandonnée. L'Air Force et Autonetics dépensèrent des millions de dollars pour améliorer de 100 fois la fiabilité des transistors, menant à la spécification "Minuteman high-rel". Les techniques développées permirent de réduire grandement le taux de transistors défectueux, réduisant leur coût de production, ce qui aura un impact majeur sur l'industrie de l'électronique. Le choix d'un ordinateur universel programmable aura un impact à long terme sur le programme Minuteman et les capacités nucléaires américaines en général.

Missile gap