Un travail à ferrer — ou simplement travail (au pluriel « travails ») — est un dispositif plus ou moins sophistiqué (autrefois fixé dans le sol, et de nos jours mobile) conçu pour maintenir et immobiliser de grands animaux (chevaux et bœufs), en particulier lors du ferrage.
Utilisation Dans la plupart des cas, le ferrage d'un animal docile est effectué sans l'entraver particulièrementDocilité du cheval, attestée par photos ici, là ou par tapisserie ancienne consultables en ligne, hormis à la tête ou au cou par une simple corde épaisse - longe - ou sangle (nouée, généralement en laissant du mou, à un anneau contre un mur ou à un poteau) destinée uniquement à le faire rester en place voire à l'empêcher de quitter le lieu (en cas d'éventuel bruit soudain provoquant sa frayeur). Le maréchal-ferrant utilise le travail pour les chevaux plus difficiles et pour les vaches et les bœufs qui ne peuvent rester debout sur trois pattes.
Sans entrer dans la catégorie des outils, le travail à ferrer est un espace aménagé (intérieur à l'atelier ou extérieur) constitué d'un bâti très robuste dans lequel le cheval ou le bœuf est entravé à l'aide de sangles et de ventrières. Il semblerait que l'usage de ce dispositif, parfois appelé aussi métier à ferrerGérard Boutet, La France en héritage - Dictionnaire encyclopédique - Métiers, coutumes, vie quotidienne, 1850-1960, éd. Perrin, 2007, 1502 pages - (p. 873) ait été plus systématique pour les bœufs.
Cet équipement, témoin d'un mode de vie aujourd'hui disparu, est encore visible dans quelques rares localités rurales, où il peut être désigné sous différents noms selon les régions. Dans celle d'Angoulême, c'était le « tramail »Patrimoine de France, comme à Asnières-sur-NouèreTémoignage recueilli sur le vif en mars 2008 (voir page de discussion).. Dans celle de Grenoble, par exemple, on parle d' « étrait » ou de « détré », ainsi à Quaix-en-Chartreuse et à ProveysieuxQuaix-en-Chartreuse (page au format PDF consultable en ligne), à Mont-Saint-MartinMont-Saint-Martin (page au format PDF consultable en ligne) ou encore à RoissardSite sur le Trièves. En Lozère, le dispositif était nommé en occitan ferradou [fer'raδu]Florac.
De nos jours, le terme de travail à ferrer est généralement supplanté par celui de « cage de contention »..
Description Le dispositif est d'abord caractérisé par sa rigidité et son extrême robustesse. Il s'agit en effet de limiter les mouvements d'animaux particulièrement vigoureux et pouvant peser jusqu'aux environs d'une tonne.
Pour ce qui est de sa conception en général et de l'évolution de celle-ci, on remarque selon les modèles une similitude initiale avec un joug, un carcan et une forme de pilori, par le maintien très coercitif des membres et/ou du cou.
L'étymologie citée ci-dessous fait écho aux techniques mises en œuvre pour les instruments de brimade et de torture très en usage avant la Révolution française.
Dans certains villages de Picardie, et de l'Amiénois en particulier (comme à L'ÉtoileSite perso très détaillé consacré au village de L'Étoile ou à Bovelles, par exemple), où le souvenir de "travails à ferrer" n'est pas conservé, ont pourtant été utilisés dans les fermes, jusque dans les années 1965 environ (généralisation de l'insémination artificielle), des carcans pour maintenir par le cou ou la tête les vaches que l'on mettait à la disposition du taureau. Il y avait un coin spécial dans l'étable où le carcan était fixé au mur. On peut donc considérer ce carcan comme une version légère et peu sophistiquée du "travail à ferrer".
On faisait pénétrer l'animal à ferrer ou à soigner dans cette sorte de cage en avançant, et il en sortait soit généralement par l'avant (mais après avoir libéré son passage en relevant les parties amovibles servant à lui maintenir la tête), soit par l'arrière (si le côté avant du dispositif était fixe), en l'obligeant à reculer, ce qu'il fait avec beaucoup plus de réticence et de temps.
Parties fixes
Si quelques exemplaires sont constitués, ainsi que l'évoque l'étymologie du mot travail, de trois pieux comme celui de Roissard, la majorité semble posséder quatre poutres verticales. L'assemblage du bâti relève de la technique de la charpenterie pour ce qui est des travails à ferrer avec montants en bois. Une variante est observée dans le cas de ceux à montants de pierre.
La section de ces pieux est bien entendu importante, de même que le bois utilisé est sans doute toujours du chêne pour ses qualités de dureté et de résistance à la torsion, aux intempéries, aux insectes et aux champignons. Ces poutres verticales sont très solidement fixées dans le sol et réunies à leur extrémité supérieure, l'une à l'autre, par quatre autres pièces de bois (solives) parfois de section légèrement inférieure. Chaque angle ainsi formé par une pièce verticale et une pièce horizontale est renforcé par l'assemblage d'un gousset, dans le but de parfaitement solidariser les parties principales de ce bâti. Parfois, le renforcement était assuré par la fixation de pattes métalliques, comme à Saint-Sulpice-de-Cognac.
Les deux piliers avant de cette sorte de portique sont munis chacun à environ 50 cm du sol d'une sorte de barre de métal ou de court chevron en bois ou encore de marche destinée à l'appui des pattes avant de l'animal.
Certains travails édifiés à l'extérieur sont couverts d'un toit (oblique à une seule pente dans le cas de travail accolé à un mur voisin, en bâtière, donc à deux pans, pour un travail indépendant et isolé de toute construction proche). Les quatre gros pieux verticaux du bâti sont alors les porteurs directs du toit.
Parties mobiles Parties mobiles en matériau rigide parties rotatives, faisant fonction de treuil parties amovibles, basculantes ou pivotantes
Parties mobiles en matériau souple lanières et sangles ventrières
Liste non exhaustive des travails à ferrer du patrimoine culturel (Cette liste répertorie des dispositifs conservés (donc encore actuellement visibles) et d'autres définitivement disparus.)
En France, avec pieux de bois vignette|À Lupieu
Ain ConandPetite photo du "travail" à Conand Sainte-Croix
Aisne Soucy
Ariège Limbrassac..
Aude Plavilla Saint-Julien-de-Briola Villardebelle
Aveyron Saint-Mayme Arvieu, un dans le village en face du jardin d'Arvieu , et un autre au hameau de Caplongue .
Charente Asnières-sur-NouèreTémoignage recueilli en mars 2008 (consultable en page de discussion) auprès de la propre fille du maréchal-ferrant de l'époque. Montignac-le-Coqphotos Saint-Maurice-des-Lions, au hameau de Lésignac. Saint-Sulpice-de-Cognac Saulgond
Deux-Sèvres
vignette|Dans cette région des Deux Sèvres, Couture d'Argenson, on appelle parfois cela un Tramail à Ferrer.Couture d'Argenson
Dordogne Castels, au hameau de Baran. Cause-de-Clérans Meyrals, "trémail" dans le village, à l'angle de la route de Combenègre et de la rue du Vieux Bourg Naussannes Razac-d'Eymet, à l'angle du parvis de l'église. Saint-Estèphe, devant la forge de Fernand Saint-Pierre-de-Frugie Saint-Seurin-de-Prats Veyrignac derrière l'église
Quelques travails de la Dordogne
Doubs Flagey MyonBœufs attachés Nancray, au musée des Maisons comtoises
Gers Bassoues Caumont
Gironde Gabarnac Lerm-et-Musset Loubens
Haute-Garonne Auzas Mayrègne
Hautes-Pyrénées Bazus-Aure Esbareich Escoubès-Pouts Grailhen Jézeau Vielle-Adour Vielle-Louron
Haute-Saône Écromagny
Isère Autrans Lalley
Jura Mirebel Uxelles
Lot Calvignac Corn Rampoux
Lot-et-Garonne Colayrac-Saint-CirqSite municipal officiel de Colayrac Cuzorn Lacépède Loubès-Bernac
Lozère Florac (Saint Saturnin) Recoules-d'Aubrac
Oise Rouvroy-les-Merles, travail dont l'origine reste à déterminer, mais entreposé au Centre de Formation Professionnelle Agricole.
Pas-de-Calais GroffliersTémoignage oral recueilli en mars 2008 auprès de généalogistes amateurs de la Somme, petits-enfants d'un maréchal-ferrant d'une autre localité, collègue à l'époque de celui de Groffliers. Lépine, au hameau de Puits-Bérault.
Puy-de-Dôme vignette|Varennes-sur-Morge Saint-Saturnin Varennes-sur-Morge Chanat-la-Mouteyre Laveissière Bas-et-Lezat
Pyrénées-Atlantiques Poey-de-LescarPhoto de la place de Poey-de-Lescar
Pyrénées-Orientales
Eyne
Seine-et-Marne Saint-Mesmes
Seine-Saint-Denis Tremblay-en-France, à la grange aux dîmes.
Somme Bray-lès-MareuilTémoignage oral recueilli en mars 2008 auprès de généalogistes amateurs de la Somme, petits-enfants du maréchal-ferrant de l'époque. Buigny-Saint-Maclou, travail à ferrer détruit vers 1960 (forge située à côté de l'école communale)Témoignage oral recueilli en mars 2008 auprès de généalogistes amateurs de la Somme, ayant vu personnellement le travail à ferrer de Buigny-Saint-Maclou jusque dans les années 1950.. Lamotte-Buleux, travail à ferrer détruit vers 1960Témoignage oral recueilli en mars 2008 auprès de généalogistes amateurs de la Somme, ayant vu personnellement le travail à ferrer de Lamotte-Buleux jusque dans les années 1950.. Méharicourt Millencourt-en-Ponthieu Territoire de Belfort
Etueffont, travail à ferrer faisant partie de la Forge-musée
vignette|Au Bleymard
Haute-Vienne Bersac-sur-Rivalier, près de la gare. Pensol, à côté de l'église.
Yvelines Guyancourt, à la ferme de Belébat vignette|En Lozère
En France, avec montants de pierre Cantal Liozargues, commune de Roffiac (en basalte)Site municipal officiel de Roffiac
Lozère Blavignac vignette|à BlavignacLanuéjols, au hameau de Masseguin. Le BleymardPhoto accompagnant le récit d'une randonnée sur les pas de Robert Louis Stevenson Saint-Julien-du-Tournel possède deux travails, dont un à Freissinet.
Pyrénées-Orientales Dorres Font-Romeu-Odeillo-Via, plus exactement Odeillo.
En Allemagne Neuhausen ob Eck, à l'écomusée, montants en bois.
En Belgique Maasmechelen, dans le quartier de Mees, montants en bois. vignette|À Prádena del Rincón vignette|À Blacha
En Espagne, avec pieux de bois Albuene, Cudillero, en Asturies. Montejo de la Sierra, près de Madrid. Navalafuente, près de Madrid. Palencia, province de Castille-et-León. Pedrezuela, près de Madrid. Prádena del Rincón, près de Madrid.
En Espagne, avec montants de pierre Blacha, province d'Ávila. Buitrago del Lozoya, près de Madrid. El Ejido, province d'Almería. Garganta de los Montes, près de Madrid. La Torre, province d'Ávila. Marugán, province de Ségovie. Muñana, province d'Ávila. Venturada, près de Madrid. Villar de Corneja, province d'Ávila.
Au Luxembourg À la ferme Buerghaff, avec pieux en bois. vignette|À Middenbeemster
Aux Pays-Bas Dreischor, avec pieux en bois. Middenbeemster, avec pieux en bois. Westmaas, montants en fer.
En Slovénie, avec pieux en bois Dobrovo Sežana Štanjel
Notes et références
Voir aussi
Articles connexes Fer à cheval Maréchal-ferrant
Liens externes Culture.gouv.fr Site de l'Union française des maréchaux-ferrants, photos n° 48 et 69 Trois photos (vues arrière, frontale et trois-quarts arrière, hélas petites) montant un cheval maintenu dans le travail à ferrer. Photo d'un travail à ferrer contemporain, mobile et démontable Photo d'une pose de fer sur pied de cheval entravé dans le travail à ferrer
Catégorie:Élevage bovin Catégorie:Équipement équestre et équin Catégorie:Matériel d'élevage