Michelangelo Antonioni Prononciation en italien standard retranscrite selon la norme API. est un réalisateur, scénariste, monteur, producteur de cinéma, peintre, poète et écrivain italien né le à Ferrare en Émilie-Romagne et mort le à Rome.L’épisode a été raconté à de nombreuses reprises notamment par Laura Delli Colli in Monica Vitti: filmografia e ricerche, Rome, Gremese Editore, 1987, ..

Auteur de référence du cinéma moderne dès ses débuts en 1950 avec Chronique d'un amour, un film qui « marque la fin du néoréalisme et la naissance d'une nouvelle ère du cinéma italien »Le Garzantine - L'Universale Cinema, 2006, p. 37, Antonioni a écrit certaines des pages les plus intenses et les plus profondes« Dans l'investigation des sentiments, il est descendu à des profondeurs insondables », Akira Kurosawa, dans du cinéma des années 1960 et 1970, en particulier grâce à sa « trilogie de l'incommunicabilité », composée des trois films en noir et blanc L'avventura (1960), La Nuit (1961) et L'Éclipse (1962), mettant tous trois en vedette la jeune Monica Vitti, à l'époque la compagne d'Antonioni. Considéré comme l'auteur des premières œuvres cinématographiques qui traitent des thèmes modernes de l'incommunicabilité, de l'aliénation et du malaise existentiel« Antonioni a été le premier à traiter de la difficulté de la communication. Peut-être est-il le véritable héritier de Pavese. Dans ses films, l'homme n'agit pas, il n'est pas actif, il est complexé face à l'activisme sentimental, sensuel, créatif des femmes... », Claude Sautet, dans , Antonioni a réussi à « renouveler la dramaturgie cinématographique » et à créer une forte « perplexité » parmi le public et la critique, qui ont accueilli ces œuvres « formellement très novatrices » de manière « contrastée ».

Il a obtenu de nombreuses récompenses, dont l'Oscar d'honneur en 1995 et le Lion d'or pour l'ensemble de sa carrière à la Mostra de Venise 1997. Il est un des rares réalisateurs, avec Robert Altman, Henri-Georges Clouzot, Jean-Luc Godard et Jafar Panahi, à avoir remporté les trois plus hautes récompenses des principaux festivals européens que sont Cannes, Berlin et Venise.

Biographie Enfance et formation Michelangelo Antonioni est né à Ferrare, dans une famille de petite bourgeoisie, d'Ismaele Antonioni, un ancien cheminot Laura Rascaroli, John David Rhode "Antonioni: Centenary Essays", Antonioni and Rome 1940-1962, Note 5, Bloomsbury Publishing, 2019, 344 p. devenu propriétaire terrien "Who's who in Italy (1957-58), Volume 1", Intercontinental Book & Publishing, 1958, p. 40, et d'Elisabetta Roncagli, une ancienne ouvrière d'usine. Il a une enfance heureuse et se passionne très jeune pour la musique et le dessin. Violoniste précoce, il donne son premier concert à neuf ans. Toutefois, son besoin de création ne le prédispose guère au métier d'interprète des classiques. En revanche, la peinture et le dessin seront des activités qu'il continuera d'exercer tout au long de sa vie. À Ferrare, il ne fréquente pas le liceo, dont les élèves, très souvent issus des classes bourgeoises aisées, se destinent à des études supérieures, mais un lycée technique. Il pratique en outre le tennis, au club de Marfisa à Ferrare, où il côtoie la jeunesse dorée et, en particulier, son ami, le romancier Giorgio Bassani. Après son baccalauréat, il s'inscrit à la faculté d'économie et de commerce de Bologne, où il obtient un diplôme. , avouait Antonioni.

Les débuts au cinéma Attiré par le théâtre, il devient ensuite un cinéphile passionné et pratique, entre 1936 et 1940, la critique de films dans un journal de Ferrare, Corriere padano. Il quitte alors sa ville natale pour Rome et participe, bientôt, à la rédaction de Cinema, dirigée par Vittorio Mussolini, le fils de Benito Mussolini. Il y publie notamment un des premiers articles sur l'esthétique de la télévision.. À la suite d'un différend, il est contraint de quitter la revue et c'est, à ce moment-là, qu'il entame une brève formation de cinéaste en intégrant les cours du Centro sperimentale di cinematografia de Rome. Là, il noue une solide amitié avec l'enseignant Francesco Pasinetti, auteur de la première histoire du cinéma italien. Il épouse d'ailleurs la belle-sœur de ce dernier, Letizia Balboni, alors étudiante au Centro sperimentale. Appelé sous les drapeaux au service des transmissions entre 1942 et 1943, il collabore au scénario d'Un pilote revient de Roberto Rossellini. Ensuite, mettant à profit deux permissions exceptionnelles, il devient assistant sur deux films, Dans les catacombes de Venise (1942) d'Enrico Fulchignoni et Les Visiteurs du soir (1942) de Marcel Carné.

Premiers documentaires et premiers longs métrages vignette|Yvonne Furneaux et Eleonora Rossi Drago dans Femmes entre elles (1955). L'époque n'offrant guère de perspectives pour un cinéma de création, Antonioni préfère réaliser des documentaires : en 1943, il obtient le soutien financier de l'Institut Luce, organisme gouvernemental chargé de subventionner les films pédagogiques, pour réaliser son premier documentaire d'une durée de 11 minutes, Les Gens du Pô, relatant la vie des populations déshéritées de la plaine du Pô, dont le cours arrose sa ville natale, Ferrare. . Deux ans plus tard, c'est avec Visconti lui-même qu'il coécrira deux scénarios non réalisés : Furore et Il processo di Maria Tarnovska. En 1948, il collabore au scénario de Chasse tragique, premier film de Giuseppe De Santis, qu'il a connu à la rédaction de la revue Cinema.

C'est en 1950 qu'il parvient enfin à réaliser son premier long métrage : Chronique d'un amour. Une œuvre déjà très personnelle dans laquelle il décrit l'histoire d'un adultère se déroulant dans le monde de la haute bourgeoisie industrielle de Lombardie. Le choix de la description de la crise d'un couple torride, représentatif d'une certaine société bourgeoise d'après-guerre, marque une distanciation des « scénarios populistes et paupéristes » du néo-réalisme pour approcher un monde ayant échappé aux caméras des années 1940, Storia del cinema italiano: dal 1945 agli anni ottanta, Rome, Editori riuniti, 1982.

Dans les années qui suivent, il réalise trois longs métrages bien accueillis par la critique mais moins appréciés du grand public : Les Vaincus (1953), sur la violence dans la jeunesse ; La Dame sans camélia (1953), sur les mécanismes tortueux du vedettariat dans le monde du cinéma ; Femmes entre elles (1955), un film adapté du roman (Tra donne sole) de l'écrivain turinois Cesare Pavese. Avec le Cri (1957), il tente de dépasser les styles et les thèmes de ses œuvres précédentes pour se concentrer sur l'individu, sur ses crises existentielles, sur sa vie dans une société qui lui semble étrangère. L'échec commercial du film a contraint le réalisateur à collaborer de manière plus ou moins anonyme pour les films d'autres cinéastes. Mais ce sera aussi l'occasion pour lui de revenir à une passion de sa jeunesse, le théâtre.

Une courte parenthèse théâtrale En 1957, traversant une crise artistique après l’échec du Cri en Italie, Antonioni se lance à corps perdu dans une aventure théâtrale aussi intense que brèveCette aventure théâtrale a été reconstruite avec précision par Federico Vitella dans son « Avant-propos » à l'édition de la pièce Scandales secrets ; in Michelangelo Antonioni et Elio Bartolini, Scandales secrets, trad. Frédéric Sicamois, Paris, éditions de l'Amandier, 2015. Consultable en ligne.. Il vient de rencontrer Monica Vitti pendant la post-production du Cri (elle était doubleuse) et il l’associe à la troupe qu’il monte avec de jeunes acteurs italiens prometteurs originaires de Rome et de Milan (notamment Giancarlo Sbragia et Virna Lisi au tout début de sa carrière). Antonioni prend la direction artistique de la troupe, dont il mettra en scène les deux premiers spectacles sur un programme de trois, deux traductions de l’anglais et une pièce écrite à quatre mains avec son scénariste de l’époque, Elio Bartolini, intitulée Scandales secrets. Des dissensions au sein de la troupe vont fragiliser cette aventure qui va ensuite être balayée par le succès international de L’avventura. L’écriture et la mise en scène de Scandales secrets demeurent toutefois la première collaboration entre Antonioni et Monica Vitti.

La trilogie de l'incommunicabilité

vignette|gauche|Monica Vitti et Michelangelo Antonioni aux Rubans d'argent 1962. Il revient au cinéma avec sa trilogie composée de L'avventura, La Nuit et L'Éclipse et intitulée ( « trilogie de l'incommunicabilité ») voire ( « Trilogie de la maladie des sentiments »).

Le premier épisode, L'avventura est présenté au festival de Cannes 1960. Au cours de la séance, le film est accueilli par des huées et des sifflets et fait l'objet de moqueries et bâillements d'ennui. Seymour Chatman et Paul Duncan (éd.), Michelangelo Antonioni, Taschen, 2008.. Dès le lendemain, cependant, 37 écrivains et artistes, parmi lesquels Roberto Rossellini et André Bazin, adressent à Antonioni une lettre ouverte soutenant son film et désapprouvant les réactions du public. L'avventura recevra, en définitive, le prix du jury pour sa . En Italie, le film sort en après avoir été saisi pendant quelques jours par la justice pour obscénité. Il enregistre en Italie et rapporte , ce qui le place en position au box-office Italie 1960-1961.

Pour Antonioni, l'actrice principale Monica Vitti était l'une des actrices les plus talentueuses qu'il ait jamais rencontrées, une personne « incroyablement mobile » et originale dans son jeu. Il a entretenu une relation amoureuse avec elle pendant huit ans, et ils ont tourné quatre films ensemble.

Dans La Nuit (1961), il dépeint la séparation mentale d'un couple de bourgeois mariés, Marcello Mastroianni et Jeanne Moreau, à Milan (le film s'ouvre sur le gratte-ciel Pirelli) ; l'action se déroule en un temps très court (un demi-week-end), et met en scène Mastroianni et le scénariste et écrivain Ennio Flaiano, dans une scène qui a été comparée à La dolce vita dans son expression du désespoir. À l'époque, Arbasino et Moravia ont souligné la négativité excessive du protagoniste, l'écrivain fictif Pontano. Le film reçoit l'Ours d'or et le prix Fipresci à la Berlinale 1961.

Dans L'Éclipse (1962), Antonioni met de nouveau en vedette Monica Vitti. Son personnage croit aimer un jeune homme extrêmement égoïste travaillant dans la finance (Alain Delon) ; l'histoire se termine par une séparation, qui est mise en scène avec des paysages et des objets désolés filmés dans le quartier de l'EUR. Les scènes prolongées de la Bourse de Rome, avec son agitation, ont été remarquées pour leur prouesse technique ; pour les réaliser, l'auteur a passé une vingtaine de jours à fréquenter et à filmer de nombreux opérateurs de marché, banquiers et courtiers. Le film sorti en enregistre en Italie en rapportant Gianni Rondolino, Catalogo Bolaffi del cinema italiano 1956/1965. En France, le film enregistre . Il est inclus dans la liste des 100 films italiens à sauver.

Les thèmes et le style de son œuvre sont alors posés : recherches plastiques singulières, rigueur dans la composition des plans, sensation de durée, voire de vide et rupture avec les codes de la dramaturgie dominante (énigmes irrésolues, récits circulaires sans progression dramatique claire, protagonistes détachés de toute forme de quêtes ou d'actions logiques). Les personnages y sont généralement insaisissables et entretiennent des relations intimes troubles ou indéfinissables. Outre la solitude, la frustration, l'absence et l'égarement, la critique perçoit, dans ses films, le motif qu'elle nomme souvent à tort et à travers .