vignette|Une ambassade chrétienne auprès de l'ilkhan de Perse, Arghoun. Miniature du extraite de la Fleur des histoires de la terre d'Orient du chroniqueur arménien Héthoum de Korikos. BnF NAF 886. vignette|Les États latins d'Orient en 1240, à la veille des conquêtes mongoles. Le royaume arménien de Cilicie et la principauté d'Antioche sont les États les plus sollicités par les Mongols afin de participer à leurs campagnes. Des tentatives ont été conduites afin de former une alliance franco-mongole entre le milieu du et le début du , plus particulièrement à partir de la septième croisade« Malgré de nombreux émissaires et l'évidence d'une telle alliance, la papauté et les croisés ne réalisèrent jamais cette alliance contre l'Islam, pourtant maintes fois proposée ». Atwood, Western Europe and the Mongol Empire, Encyclopedia of Mongolia and the Mongol Empire, p. 583.. Une telle alliance peut apparaître comme un choix logique au vu des forces en présence à cette époque"Dans les dernières années, les chroniqueurs chrétiens allaient déplorer cette opportunité non saisie de réunir les forces croisées et mongoles pour vaincre les musulmans. Cependant, il faut considérer qu'ils bénéficiaient du recul nécessaire afin de donner ce genre d'avis, peu après la destruction des États latins d'Orient par les mamelouks." Nicolle, The Mongol Warlords, p. 114"L'échec des négociations entre les croisés et les Ilkhanides a d'autant plus d'impact que le sentiment général de l'époque veut qu'elles auraient pu être menées avec succès." Jackson, Mongols and the West, p. 4.. Les Mongols faisaient preuve de sympathie envers le christianisme, certains d'entre eux étaient même nestoriens. De leur côté les Croisés pouvaient souhaiter une aide venue de l'est pour renforcer leur conquête de la Terre sainte ; certains, au début, crurent même qu'elle pourrait leur venir du mythique Royaume du prêtre Jean.
Mais, s'il y eut de multiples relations diplomatiques entre les Francs et les Mongols, malgré le désir des Mongols et des Arméniens, sauf accord ponctuel et local il n'y eut ni coopération militaire ni civile. Malgré le jugement de certains historiens"Le refus des États latins d'Orient de se rallier aux Mongols, même en tant que vassaux, doit être l'un des faits les plus déplorables de toute l'histoire des croisades." Burger A Lytell Cronycle pp. 13-14., il n'est pas sûr qu'une telle alliance aurait été favorable aux EuropéensVoir Abate History in Dispute: The Crusades, 1095-1291, ouvrage dans lequel est posée la question suivante: "Est-ce qu'une alliance franco-mongole aurait renforcé et préservé les États latins d'Orient" ?. En effet, les Mongols méprisaient leurs vassaux et les protégeaient peu : Antioche et la Petite Arménie furent détruites sans qu'ils n'interviennent ; le risque était surtout de les voir se retourner contre l'Europe et la conquérir. Ainsi, dans son rapport à Louis IX de France, Guillaume de Rubrouck écrit : les Mongols « n'ont jamais conquis aucun pays par la force, mais par la ruse. C'est parce que les gens font la paix avec eux que, sous le couvert de cette paix, ils les détruisentGuillaume de Rubrouck, Envoyé de saint Louis, Voyage dans l'empire mongol (1253-1255), traduit du latin par C. et R. Kappler, Payot, 1985, p. 203.. »
L'alliance la plus étroite prend la forme de la soumission de la principauté d'Antioche, qui devint vassale des Mongols en 1260"Hetoum essaya de se rallier les princes latins à l'idée d'une alliance avec les Mongols, mais ne sut convaincre que Bohémond VI d'Antioche." Nersessian, "The Kingdom of Cilician Armenia" in Setton's Crusades, p. 653"Les autorités franques, à l'exception d'Antioche, optèrent pour une neutralité favorable vis-à-vis des mamelouks." Morgan "The Mongols and the Eastern Mediterranean" p. 204"La plupart des barons de la terre sainte refusèrent une alliance avec les Mongols, à part le roi d'Arménie et Bohémond VI, prince d'Antioche et comte de Tripoli." Lebedel Les Croisades, Origines et conséquences p. 75, avant d'être anéantie en 1268 par les Mamelouks. Les autres chrétiens vassalisés, la Géorgie et le royaume arménien de CilicieStewart "The Logic of Conquest" p.8, qui devaient payer tribut et fournir des troupes pour combattre aux côtés des Mongols, n'étaient pas des Francs.
La seule action militaire conjointe fut la participation en 1260 des troupes de la Petite Arménie et d'Antioche à la prise de Damas"Le 1 mars, Kitbouga entra dans Damas à la tête d'une armée mongole. Avec lui se trouvaient le roi d'Arménie et le prince d'Antioche. Les citoyens de l'ancienne capitale du califat voyaient pour la première fois depuis six siècles trois potentats chrétiens marcher victorieusement dans les rues de la ville", Runciman, History of the Crusades 3, p.307, quand la majeure partie de la Syrie fut brièvement conquise par les Mongols. Les Francs d'Acre, quant à eux, restèrent neutres, et fournirent plutôt des vivres aux Mamelouks d'Égypte, ce qui les aida à gagner la bataille historique d'Aïn Djalout qui brisa l'expansion mongole vers l'ouest.
Les Mongols envahirent de nouveau la Syrie entre 1281 et 1312, faisant appel quelquefois à des opérations conjointes"L'alliance mongole, malgré six ambassades supplémentaires entre 1276 et 1291, ne mena nulle part. L'ébauche d'une coalition anti-mamelouks s'évanouit due à l'inaction des occidentaux, les rendant inutiles en tant qu'alliés. Les Francs ne considéraient les Mongols que comme partenaires lors d'une nouvelle croisade, qui n'eut finalement jamais lieu." Tyerman, God's War, p. 816 avec les Européens, même si les difficultés logistiques, alors très importantes, rendaient souvent impossible la coordination des actions et se traduisait par une arrivée des troupes alliées que dans des délais de plusieurs mois.
Finalement, ces tentatives d'alliances n'aboutirent pas et les tractations cessèrent tout à fait après la victoire des Mamelouks égyptiens et l'éviction des Francs de Palestine (1291) puis des Mongols de Syrie (1303), et la signature du traité de paix d'Alep entre Mamelouks et Mongols en 1323.
Premiers contacts (1209–1244) vignette|Portrait imaginaire de Gengis Khan .Taipei, Musée national du Palais, XIV siècle. Il y avait depuis longtemps parmi les Européens des rumeurs voulant qu'un grand héros chrétien viendrait de l'Est. Elles circulaient depuis la première croisade et connaissaient un regain d'intérêt après chaque défaite des croisés, suscitant un sentiment humain d'espérance dans l'arrivée d'un héros salvateur. La légende du prêtre Jean se diffuse dans ce cadre. Elle se nourrissait d'elle-même, et certains évènements à l’Est furent accueillis avec l'espérance qu'ils étaient le fait de cette figure mythique tant attendue. Ainsi, vers 1210, lorsque parviennent des nouvelles des batailles menées par le mongol Kuchlug, le chef de la tribu chrétienne des Naïmans, contre l'empire des Khwârazm-Shahs, mené par Ala ad-Din Muhammad, les rumeurs circulant en Europe le présentent comme le prêtre Jean, combattant les musulmans dans l’EstRichard Foltz Religions of the Silk Road, New York: Palgrave Macmillan, 2010, p. 111-112.
En 1221, pendant la cinquième croisade, alors que les croisés assiégeaient sans succès Damiette, la légende du prêtre Jean revint, alimentée par l'écho des conquêtes de Gengis Khan, qui venait de détruire les royaumes musulmans du Khwarezm (1218), de la Sogdiane avec Boukhara et Samarcande (1220)Amitai-Preiss, Mongol Raids into Palestine (AD 1260 and 1300), p236. Elles exposaient qu'un« roi chrétien des Indes », un roi David qui était soit le prêtre Jean ou un de ses descendants, attaquait les musulmans dans l'Est et viendrait bientôt aider les chrétiens dans leurs croisadesKnobler Pseudo-Conversions pp181-197. Dans une lettre datée du , le pape Honorius III lui-même parlait de cité dans Runciman,History of the Crusades 3 p.246.
Gengis Khan mourut en 1227 et son empire fut divisé en quatre khanats, entre chacun de ses fils. Le khanate du Nord-Ouest, occupé par les Coumans (aussi connu sous le nom de Horde d'or), cherche à s'étendre vers l'Europe par la Hongrie et la Pologne. Le khanate du Sud-ouest, occupé par les Houlagides, s'avançait en direction de la Perse et de la Terre sainte.
Ouvertures pontificales (1245–1248)
Les premiers contacts officiels entre l'Europe et l'empire mongol eurent lieu entre le pape Innocent IV et les grands khans, par le biais de lettres et d'émissaires mettant parfois plusieurs années pour parvenir à destinationRichard, The Crusades p. 422 "Des différences d'approche perduraient dans toutes les communications échangées entre les papes et les khans: alors que les Mongols parlaient d'une coopération militaire, les papes parlaient d'adhérer à la foi chrétienne.".
L'invasion mongole de l'Europe s'épuise en 1242 avec la mort du grand khan Ögödei, successeur de Gengis Khan. Cependant, la marche continue des Mongols avait repoussé les turcs Khwarezm, qui eux-mêmes s'étaient déplacés vers l'Ouest, s'alliant finalement avec les Ayyoubides d'Égypte. Dans leur élan, les Turcs prirent Jérusalem aux croisés en 1244Runciman,History of the Crusades 3 p. 254-256Riley-Smith, Atlas des Croisades p. 157, ce qui poussa les rois chrétiens à préparer une nouvelle croisade (la septième), déclarée par le pape Innocent au premier concile de Lyon en juin 1245.
La perte de Jérusalem raviva l'espoir des européens que les Mongols, ayant des chrétiens nestoriens parmi eux, pourraient être convertis au christianisme et ainsi devenir des alliés de la chrétientéNewman, "Real History Behind the Templars" p. 174, à propos du maître de l'ordre Thomas Bérard: "Sous Genghis Khan, ils (les Mongols) avaient déjà conquis la plus grande partie de la Chine et maintenant se dirigeaient dans l'ancien empire perse. Les légendes relatant leur cruauté se répandirent comme une traînée de poudre dans les villes sur leur chemin. Cependant, depuis qu'ils étaient considérés comme "païens", il y avait un espoir parmi les leaders de l'église qu'ils pouvaient être convertis à la foi chrétienne et ainsi rejoindre les forces déjà disponibles afin de libérer Jérusalem de nouveau. Des missionnaires franciscains furent envoyés dans l'Est dans ce but.". En mars 1245, le pape Innocent IV fulmina plusieurs bulles dont certaines furent délivrées à l'« empereur des Tatars » par un émissaire, le franciscain Jean de Plan Carpin. Dans la bulle Cum non solum, le pape Innocent demanda au dirigeant mongol de se convertir au christianisme et de ne plus tuer de chrétiens. Il exprima également un désir de paixJackson, Mongols and the West, p. 90. Néanmoins, le nouveau khan, Güyük, installé à Karakorum en 1246Morgan, The Mongols (2nd ed.) p. 102, répondit au pape en demandant que lui et les dirigeants chrétiens vinssent rendre hommage au pouvoir mongol:
Une seconde mission, menée par le dominicain Ascelin de Lombardie, fut envoyée en 1245 par le pape Innocent. La mission rencontra le chef mongol Baïdju près de la mer Caspienne en 1247. Baïdju, dont le plan était de capturer Bagdad, accueillit favorablement la possibilité d'une alliance. Il envoya deux ambassadeurs, Aïbeg et Serkis, à Rome où ils restèrent environ un an. Ils rencontrèrent le pape en 1248 et ce dernier réitéra en leur présence son souhait de voir les Mongols arrêter les meurtres de chrétiensRunciman, History of the Crusades 3 p.259.
Vassaux chrétiens