Mohammad Mossadegh , né le . 1882 à Téhéran et mort le à Ahmadabad, est un homme d'État iranien. Il est le cofondateur du Front national iranien et Premier ministre par deux fois, de 1951 à 1952, puis de 1952 à 1953, date de son limogeage et de celui de son gouvernement par le Shah d'Iran dès le retour de celui-ci au pays.
Gouverneur financier de la province de Khorassan à , étudiant à Paris puis plusieurs fois ministre dans les années 1920, il se retire de la politique en 1928. Il y revient en 1941 et est élu au Majlis, réélu en 1950 à la suite d'une élection partielle. Dans un contexte de litige pétrolier avec le Royaume-Uni, il devient Premier ministre à la suite de l'assassinat de Haj Ali Razmara en . Son gouvernement introduit un ensemble de réformes sociales et politiques progressistes telles que la mise en place d'une sécurité sociale, le contrôle des loyers ou l'initiation de réformes agraires significativesDans les faits, néanmoins, ces actions resteront à peine étayées par le gouvernement et rarement appliquées face à la nationalisation de l'industrie pétrolière..
Il tente d'instaurer une démocratie laïque et de conserver une relative indépendance du pays face aux puissances étrangères. La décision la plus notable prise sous son administration reste toutefois la nationalisation de l'industrie pétrolière iranienne, alors sous contrôle britannique depuis 1913, face au refus de l'Anglo-Persian Oil Company (APOC) de renégocier les termes du contrat d'exploitation des gisements pétroliers iraniens. S'ensuit une crise internationale connue comme la crise d'Abadan et qui dure deux ans, au terme de laquelle les États-Unis, qui avaient tenu le rôle de médiateurs dans le conflit, décident de concert avec le Royaume-Uni d'évincer Mossadegh du pouvoir. Il y a aussi le nouveau contexte de la guerre froide. L'URSS avait attaqué l'Iran avec les Britanniques et occupé le nord-ouest du pays de 1941 à 1946. Après la guerre, elle avait fait des difficultés pour se retirer, tout en ayant facilité la création d'un parti communiste iranien, le Tudeh, et en ayant décidé de soutenir des sécessions, (l'Azerbaïdjan iranien, la République de Mahabad). Mais les pays anglophones ne voulaient pas d'une « contagion communiste ». Mossadegh fut limogé par le Shah d'Iran le , à la suite de l'Opération Ajax, et face à la coalition des services secrets étrangers (CIA et MI6), des partisans de l'autorité de Mohammad Reza Chah, de l'armée iranienne et des factions religieuses. Mossadegh est remplacé par le général Fazlollah Zahedi et est placé en résidence surveillée pour le restant de ses jours.
Par son opposition farouche à l'intervention des puissances occidentales dans les affaires intérieures iraniennes, Mossadegh est généralement considéré comme l'une des figures du nationalisme du au Moyen-Orient, le symbole d'un refus des ingérences étrangères, d'une résistance aux puissances coloniales, et en particulier au Royaume-Uni, à l'instar de Gamal Abdel Nasser en Égypte à la même époque.
Biographie et carrière politique gauche|vignette|Le Mirza Hedayat (assis au milieu) avec le Mirza Mohammad (à droite) dans le Khorassan (vers 1892).
Origines familiales Né à Téhéran le , Mohammad Mossadegh est le fils du Mirza Hedayat (diminutif d'Hedayatollah) Ashtiani Bakhtiari, haut fonctionnaire (gestionnaire) au ministère des finances (Mostofi) de Nasseredin Chah ayant reçu le poste de Vazir-e-Daftar (sorte de conseiller au ministère des finances), et de Malek Taj Firouz Najmeh os-Saltaneh, princesse (Shahzadeh) Qajar (1858-1933). Il est par sa mère Nadjmeh-al-Saltaneh — une petite-fille d'Abbas Mirza ., cousine de Nasser al-Din Shah Qajar et sœur d'Abdol-Hossein Farmanfarma —, un neveu de Mozaffaredin Shah. Le père du Mirza Mohammad, le Mirza Hedayatollah, est le cousin de Mostofi-al-Mamalek, le père de Hassan Mostofi. Le Mirza Mohammad a deux frères, les Mirza Hossein et Ali.
Mohammad Mossadegh était connu sous le nom de Mirza Mohammad avant l'adoption du nom « Mossadegh » par sa famille en 1923, quand l'état-civil iranien abolit les titres de noblesse (Mirza signifiant « prince »« Definition of Mirza - Prince surname » in : Digg - Dictionary - Morzalar, Spreadia.com ) et ordonne la création d'un patronyme officiel pour tous les habitants du pays. « Mossadegh » (« valeureux ») est un surnom que lui attribue le Shah. Le Mirza Mohammad reçoit son éducation d'un précepteur.
Il perd son père à l’âge de dix ans et est élevé par sa mère qui lui inculque dès son plus jeune âge la notion de conscience sociale..
Gestionnaire financier (Mostofi) gauche|vignette|Mirza Mohammad enfant. Il est nommé le à Ketab Kheyrat Hesan, Téhéran 1928 (1307 selon le calendrier persan), . adjoint au poste financier de son père, Mostofi-Aval (premier directeur financier), après intervention de ce dernier auprès de Nasseredin Shah, qui répondit favorablement à la demande et plaça Mirza Mohammad comme Mostofi-aval sur la liste des employés du domaine sous la juridiction de Mirza Hedayat. À l'âge de douze ans, Mirza Mohammad est employé par Mirza Mahmoud, le directeur financier de Khorrasan, qui lui reverse un revenu mensuel de 120 tomans prélevés sur le compte des « différences de trésorerie ». À cette même époque, Mirza Mohammad reçut une vraie formation de mostofi.
À la mort de son père le , Naserredin Shah nomma le frère aîné de Mirza Mohammad, Hossein Mirza, Vazir-e-Daftar en remplacement de son père. Également, le Chah accorde au plus jeune frère, Mirza Ali, le titre de Movasegh-al-Saltaneh (L'estimable du Royaume) et Mirza Mohammad a reçu le titre de Mossadegh al-Saltaneh (Le juste du Royaume), ou de Mossadegh os-Saltaneh Gérard de Villiers, The Imperial Shah: An Informal Biography, Little, Brown 1976, , patronyme qu'il adoptera lui, ainsi que sa famille plusieurs années plus tard.
Trois ans après la mort de son père, sa mère Nadjmeh-al-Saltaneh épousa Mirza Fazl-Allah Vakil-al-Molk, secrétaire privé de Mozaffar ad-Din, le nouveau chah. La tante de Mirza Mohammad, sœur de sa mère Nadjmeh -al-Saltaneh était déjà mariée à Mozaffar ad-Din Shah à ce moment-là. Le , à l’âge de quinze ans, sur l'ordre de Mozaffar ad-Din Shah, Mirza Mohammad dit Mossadegh-al-Saltaneh est nommé inspecteur des finances de la province du Khorassan, où son travail, depuis qu'il a douze ans, y est reconnu juste et efficace.
Sous le règne de Mozaffar ad-Din Shah, Mohammad Mossadegh-al-Saltaneh acquit une grande fortune. À il avait quatre sources de revenus : une partie de l'héritage de son grand-père Firuz Mirza, frère de Mohammad Shah, son salaire comme Mostofi, son salaire en tant que directeur financier de Khorsasan et après la mort de son père une part d'héritage quasi équivalente à ce qu'il percevait avec le poste précédentGholam Hossein Afzal ol Molk, Afzal al tavarikh. Ketab Khane Melli, Téhéran, J. J., volume 1, page 355.. En seulement dix ans, il était devenu, avec sa famille, l'un des plus grands propriétaires fonciers iraniens : dans les notes publiées par les jeunes éditions Sayf-Allah Vahidniya au début de la révolution constitutionnelle de l'Iran, on trouve une liste de 93 plus grands propriétaires fonciers du pays, parmi lesquels Mohammad Mossadegh-al-Salteneh, sa mère, son beau-père, ses deux frères, sa tante et son oncle Abdol Hossein Mirza FarmanfarmaSayfallah Vahidnia, Khaterat Siasi va Tarikhi, Ferdowsi Publications, Téhéran 1983, ..
La révolution constitutionnelle Pendant la révolution constitutionnelle iranienne, de 1905 à 1911, le peuple de Perse se souleva contre la domination absolutiste de Mozaffaredin Chah et se battit pour obtenir une constitution et un parlement ; Mohammad Mossadegh passa alors pour un opposant au mouvement parlementaire. Après la constitution du premier parlement, les députés abolirent l'ancien système des administrateurs financiers (Mostofis) et cherchèrent à établir un système économique transparent qui puisse servir de base à la création d'un budget et d'une administration publique. Les problèmes financiers se régulèrent temporairement de mai à avec la nomination de l'américain Morgan Shuster au poste de trésorier général de Perse.
gauche|vignette|Mohammad Mossadegh peu avant la révolution constitutionnelle.
Mohammad Mossadegh devait prendre le relais du poste de son frère aîné - Vazir-e-Daftar. Après la ratification de la Constitution et la mise en place du Majlis, cependant, le transfert direct d'un poste à un parent n'était plus possible. En outre, le Parlement avait aboli les paiements spéciaux coutumiers (Rosoum) pour les concessions accordées par les mostofis, de sorte que le poste perdit son attrait financier. Mossadegh décida donc de quitter son poste de mostofi et de se présenter aux élections du nouveau parlement. Le parlementarisme en Iran était cependant encore complètement nouveau. Le suffrage était un suffrage de classe et puisque les députés n'étaient initialement pas rémunérés financièrement pour leur travail, plusieurs mandats restaient sans candidats. L'exigence formelle pour la candidature était que l'on ait vécu dans la circonscription que l'on voulait représenter, que l'on soit membre de la classe appropriée, de n'occuper aucune fonction publique et d'avoir au moins . Au Khorassan, où travaillait Mossdaegh, le poste était déjà pourvu, mais à Ispahan, où la femme de Mossadegh possédait deux propriétés, il n'y avait cependant aucun représentant de la classe des notables.
Comme la date des élections était déjà passée, le gouverneur d'Ispahan écrivit une lettre au président du Parlement dans laquelle il demandait la nomination de Mohammad Mossadegh en tant que représentant des élus d'Ispahan pour la classe des notables. Toutefois, la commission de vérification du Parlement rejeta la demande du poste pour Mossadegh, car il n'y avait pas eu de consultation à Ispahan et Mossadegh n'avait pas encore atteint l'âge minimum de . De plus, il n'habitait pas à Ispahan et n'était pas connu là-bas. Après que l'intervention au parlement n'eut pas abouti, le député Seyyed Hassan Taghizadeh empêcha la tenue d'un vote en faveur de Mossadegh en se référant à la commission électorale. Mossadegh garda un goût amer de cet échec et fut un adversaire politique virulent de Taghizadeh. Mossadegh se tourna vers son oncle Abdol Hossein Mirza Farmanfarma en espérant que ce dernier puisse jouer de son influence. Farmanfarma, alors ministre de la Justice, en toucha mot au président du Parlement Ehtejam al-Saltaneh, qui proposa par la suite à la session du parlement () d'admettre exceptionnellement Mossadegh en raison de sa qualification en tant qu'ex-mostofi. Mais même cette tentative échoua, les députés du Majlis estimant en majorité que Mossadegh n'avait pas à bénéficier une exception aux règlements légauxIraj Afshar (éd.), Mohammad Mossadegh : Khaterat va Taalomat Mossadegh, Entesharat Elmi, Téhéran 1979, .. Néanmoins, après ça, Mossadegh est élu représentant d’Ispahan à la première assemblée du Parlement nouvellement créé mais ne peut y siéger car il est trop jeune..
En 1907, Mohammad Mossadegh s'inscrivit au Collège de science politique de Téhéran, dirigé par Mohammad Ali Foroughi, mais n'assista pas aux cours. On raconte que Mossadegh ne voulait pas être considéré comme un député-étudiant. Quand il voulut s'inscrire aux examens finaux en 1908, Foroughi lui refusa la participation aux examens, car il n'avait pas assisté aux cours. Cette décision établit une hostilité permanente entre Mossadegh et ForoughiIraj Afshar (éd.), Mohammad Mossadegh: Khaterat va Taalomat Mossadegh, Entesharat Elmi, Téhéran 1979, ..