Lhygiénisme est le principe selon lequel les pratiques politiques, sociales, architecturales et urbanistiques doivent suivre les règles de préservation de l'hygiène et de la prévention en santé publique, selon les prescriptions médicales et éventuellement diététiques.
La démarche de ses représentants qui relayent le discours médical inspiré par la théorie des miasmes est de guider la décision politique dans la gestion des masses par les apports des sciences, telles que l'épidémiologie ou la démographie, dans une optique d'optimisation des coûts sociaux et d'épanouissement de l'individu.
Cela a pu passer, par exemple, par le fait de concevoir des immeubles collectifs laissant pénétrer la lumière et la verdure, construire dans les hôpitaux des pavillons distincts pour chaque maladie, relier les immeubles à l'égout, rendre obligatoire les poubelles, ou organiser au niveau des municipalités des centres aérés pour les enfants.
L'hygiénisme procède de la nouvelle conception de la matière et de ses échanges qu'a induit la découverte, faite en 1775 par Antoine Lavoisier, du rôle de l'oxydation dans la nature et dans le corps humain mais aussi dans l'agriculture et la production industrielle, partant dans toute l'économie et l'équilibre des finances. Il s'est ensuite développé grâce à la découverte, faite par Louis Pasteur en 1865, du rôle des micro-organismes dans la fermentation, la contamination et la contagion. L'historien Georges Vigarello trouve son fondement dans ..
Historique
Contexte de la naissance de l'hygiénisme Dès le , Hippocrate explore les liens entre maladies et l'environnement dans Des airs, des eaux et des lieux. Auguste fait faire des grands travaux sanitaires, faisant construire des aqueducs, des fontaines, des réservoirs et des châteaux d'eau à Rome.
L'hygiène est d'abord une valeur et non une science, tournée vers la santé personnelle. Au cours des siècles, et dès 1398 avec le décret milanais d'organisation des quarantaines terrestres, elle prend une dimension plus collective (surtout municipale) et plus scientifique. À la Renaissance, ces actions municipales sont cependant circonscrites aux périodes de crise et il n'y a pas de réflexion sur la permanence de la santé publique.
L'hygiénisme à proprement parler naît au . et a pour caractéristique l'approche préventive des maladies et un changement du regard sur les principaux dangers qui menacent la population.
Les pays européens prennent conscience que la santé de leur population est nécessaire à leur puissance et se sentent menacés par des épidémies de pestes et de choléra : la protection des frontières et de l'espace de la cité deviennent des mesures communes en cas d'épidémie. Au dix-huitième siècle, les médecins s'intéressent aux menaces intérieures : les endémies deviennent un sujet d'étude principal, avec une approche reprenant les avancées d'Hippocrate sur la naissance et la propagation des maladies humaines. En parallèle, l'urbanisation crée des villes surpeuplées et des foyers de contamination.
Des chimistes s'intéressent aussi au sujet, comme Antoine Lavoisier, ainsi que des ingénieurs qui s'intéressent à la mécanique des fluides (air et eau). Les préoccupations touchent alors la population et son environnement, avec des expériences par exemple sur la nocivité des exhalaisons d'un marais et sur la théorie des miasmes.
Dans les années 1730, un vaste réseau européen de médecins et spécialistes de la santé se crée en France et Europe. Leur objectif est d'observer les liens entre l'environnement, l'urbanisme, les modes de vie des populations et la santé publique. Ils sont de plus en plus soutenus par les pouvoirs politiques, qui ont intérêt à garder leur population en bonne santé.
En 1769, l'architecte français Pierre Patte publie un traité où il présente les bases d'un urbanisme d'assainissement qui est utilisé notamment, quelques décennies plus tard, par le baron Haussmann lors de ses grands travaux dans Paris.
Essor des médecins au début du Au dix-neuvième siècle, l'hygiénisme devient une politique publique. Les théories hygiénistes sont poussées par le corps médical, qui est sur-représenté dans les sphères de pouvoir de plusieurs pays européens. Elles se traduisent donc rapidement en mesures concrètes, surtout dans le domaine de l'urbanisme, et se penchent sur la salubrité des lieux de vie de la population, qu'ils soient naturels ou urbains.
L'hygiénisme prend toute sa mesure avec les travaux de Louis Pasteur et de Robert Koch sur les bacilles : ils prouvent que la circulation de l'air et de l'eau n'est pas à la source des épidémies, et l'hygiénisme change de cap pour passer de la circulation des flux à l'exposition à un air pur et au soleil. Les principaux hygiénistes de terrain sont français, britanniques, germaniques, parfois scandinaves et plus rarement italiens.
À Paris, un premier conseil de salubrité voit le jour en 1802. Le , la première loi hygiéniste française entre en vigueur et concerne les contrôles sanitaires aux frontières. En 1829 naissent les Annales d'hygiène publique et de médecine légale, une société savante française de médecins hygiénistes ; ils font passer la loi de l'interdiction du travail des enfants de moins de six ans en 1841.
En 1820, John Loudon McAdam invente la macadamisation des routes, qui permet de les perméabiliser pour éviter la stagnation de matières organiques.
Deuxième moitié du Dans la seconde moitié du , les médecins, ingénieurs, architectes, chimistes et pharmaciens fusionnent leurs travaux et construisent ensemble la suite des avancées hygiénistes. À la fin de ce siècle, le mot urbanisme est inventé en Espagne.
En 1848, le gouvernement Cavaignac crée un Comité consultatif d'hygiène publique de France. Deux ans plus tard, l'Assemblée nationale adopte à l'unanimité une obligation pour les propriétaires d'assainir les habitations locatives.
En France, la loi sur la santé publique de 1902 montre que le pouvoir national est très limité, voire plus contraignante pour les municipalités qu'encourageante dans la réforme hygiéniste, en raison de nombreux mécanismes de contrôle.
En 1934, le quartier des Gratte-Ciel de Villeurbanne est composé d'immeubles à gradins assurant un ensoleillement naturel pour chaque appartement. Les plans d'aménagements prescrits depuis 1919 en loi française sont souvent rebaptisés en plans d'assainissement.
Le Corbusier est un des principaux architectes de cette approche plus clinique : il veut construire sur pilotis pour éloigner les habitations des sols pollués ou malodorants et prévoir des balcons ensoleillés et des larges baies vitrées pour faire entrer la lumière. Ces recommandations entrent dans la charte d'Athènes, ainsi que le travail de l'Américain Frank Lloyd Wright.
Deuxième moitié du et déclin Dans les années 1960 et 1970, les maladies infectieuses reculent au profit des pathologies chroniques ou dégénératives. Les architectes parlent moins de préoccupations sanitaires et passent plutôt à des sujets comme le logement social, l'esthétique et la mobilité.
La pandémie de Covid-19 relance des travaux publics contre les maladies infectieuses : installation de pistes cyclables dans les grandes villes, technologies sans contact, multiplication des toits-terrasses et balcons.
Hygiénisme dans la santé personnelle Les hygiénistes postulent qu'une amélioration du milieu de vie améliore la santé humaine, toutes catégories sociales confondues.
Sport et activité physique
Thermalisme, sanatoriums et bains de mers
Le climatisme, traitement de la santé par les bienfaits de l'air pur, voit naître de nouvelles formes de tourisme et de santé, ce qui est facilité par l'essor du chemin de fer. Aix-les-Bains et Dax deviennent des stations thermales reconnues, les bains de mer se développent comme à Deauville, et les principaux sanatoriums pour les patients atteints de maladies chroniques ou de longue durée sont conçus à cette époque.
Hygiénisme dans la ville
Circulation de l'air Des ingénieurs s'intéressent à la circulation de l'air et de l'eau dans les villes. Ils s'attellent à améliorer le renouvellement de l'air dans les milieux urbains denses. La circulation de l'air devient la première priorité des urbanistes afin de chasser les miasmes et de disperser les odeurs considérées comme malsaines. Les utopistes du s'y intéressent, et André Godin fonde le familistère de Guise en suivant ces préceptes.
Politique du logement De nombreux taudis sont détruits, souvent dans le cadre de grands chantiers d'urbanisme. Ils laissent la place à des phalanstères, des ensembles de logements organisés autour d'une cour couverte centrale.
Traitement des eaux et des déchets Les eaux sont vues comme responsables de certains miasmes et on évite là aussi leur stagnation. L'hygiénisme permet ainsi le développement des réseaux d'égouts et le ramassage des déchets, ainsi que l'installation de toilettes publiques.
Les méthodes sont variées : traitement de l'eau par ozonisation, chloration, verdunisation et épuration des eaux après usage par assainissement pneumatique, station d'épuration ou fosse septique. Les ordures ménagères, quant à elles, sont incinérées ou envoyées pour fermentation zymothermique.
Lieux publics L'hygiénisme passe par la création de fontaines et jardins publics.
Architecture L'architecture privilégie les éléments métalliques avec des verrières pour améliorer la luminosité.
Grands chantiers d'urbanisme Les grands travaux d'urbanisme entrepris couvrent plusieurs des critères de l'hygiénisme dans la ville. C'est le cas notamment des travaux d'Ildefons Cerdà pour le quartier de l'Eixample à Barcelone et de ceux du préfet Georges Eugène Haussmann à Paris.
Quatre types de villes entament des grandes réformes sanitaires : les villes d'implantation de grands établissements collectifs pouvant devenir des foyers d'infection (hôpitaux, abattoirs), les cités ouvrières, les villes d'eau et de tourisme qui doivent faire face à la concurrence internationale, et les ports et villes militaires qui servent de porte d'entrée aux épidémies importées.
En France, les services de traitement des eaux et des déchets restent souvent municipaux, mais les entrepreneurs font commerce de leurs propres solutions techniques ou de solutions importées de l'étranger. Certaines délégations municipales sont envoyées pour observer les pratiques d'autres villes dans toute l'Europe. Les expériences de ville en ville sont donc très contrastées.
Reconfiguration politique, économique et sociale L'hygiène, un problème d'État Au , le bilan démographique de la France est alarmant, principalement à cause des disettes, des guerres et des épidémies. De plus, le rythme de vie des populations évolue avec l’industrialisation qui, dans les pays européens, va créer plusieurs exodes ; en 1800, d’Européens vivent dans des villes de plus de , et un siècle plus tard ils sont près de . Cette concentration urbaine des populations va poser des problèmes sanitaires importants puisque les villes sont surchargées et non adaptées. Les pouvoirs publics vont donc s’efforcer de développer l'urbanisme et les pratiques liées à la propreté de manière à les rendre accessibles à tous.
Personnel médical aux multiples facettes À la fin du , grâce à des expériences sur les animaux puis sur l'homme, Antoine Lavoisier, avec le concours de Marie-Anne Paulze et d'Armand Seguin, met en évidence que la respiration consomme la « portion d'air éminemment respirable » (le dioxygène) et opère une formation de « gaz acide carbonique » (le dioxyde de carbone) et d'eau. Le besoin d'hygiène est mis en évidence par des médecins confrontés à des populations d'individus vivants nombreux en ville, entassés dans des lieux mal ventilés.. À leur demande, la ville de Paris met en place un Conseil d'hygiène publique et de salubrité dès 1802.