La de l'Ancien Empire d'Égypte est la dynastie qui a laissé les plus célèbres de tous les monuments égyptiens : les pyramides de Gizeh et le Sphinx. La dynastie couvre une période de plus d'un siècle au milieu du . Elle est fondée par Snéfrou, le père de Khéops. La fin de la dynastie est cependant plus confuse : premièrement, la parenté de Chepseskaf, le dernier roi clairement attesté de la dynastie, est inconnue ; deuxièmement, la position et le rôle qu'a eus la reine sont sujets à débat ; et troisièmement, plusieurs listes royales semblent attribuer huit rois à la dynastie, le dernier serait un roi inconnu par ailleurs dont le nom hellénisé est Thamphthis (les autres listes royales sont lacunaires concernant la fin de la ).
Souverains de la
Sources contemporaines
Sources royales
L'archéologie n'a livré que six noms de rois, dont les règnes sont absolument certains du point de vue des chercheurs. Il s'agit des six noms présents dans la liste d'Abydos, dont l'ordre chronologique ne fait l'objet d'aucun débat : Snéfrou, Khoufou (Khéops), Djédefrê (ou Râdjédef), Khâfrê (ou Khéphren), Menkaourê ou (Mykérinos) et Chepseskaf. vignette|gauche|redresse=1.5|250px|Fragment de pierre calcaire portant l'inscription et le mystérieux nom en cartouche de la Grande excavation, 1905, dessin de Alexandre Barsanti. Un autre roi est attesté par la pyramide inachevée de Zaouiet el-Aryan connue sous le nom de Grande excavation. Si ce nom est en général rendu Baka, comme le fils homonyme de Djédefrê, cela n'est pas certain, car son cartouche retrouvé sur le chantier de la pyramide et reproduit par le fouilleur Alessandro Barsanti lors de sa fouille du monument au début de , est de lecture incertaine. Quant à sa position chronologique, il y a débat entre les égyptologues : si certains placent ce règne entre celui de Djédefrê et Khéphren sur la base d'une analyse architecturale comparative (la pyramide inachevée est plus proche de celle de Djédefrê que de celle Khéphren), cette hypothèse est réfutée par d'autres, notamment Roman Gundacker qui indique que, si la pyramide de Djedefrê est plus proche de celle de Snéfrou à Meïdoum que de celle de Khéops, celle de Khéphren est plus proche de celle de Khéops que de celle de Djedefrê, on ne peut donc en déduire la position chronologique exacte de ce souverain.
Sources privées
Des listes privées datant du début de la mentionnent également les rois sous lesquels leurs commanditaires respectifs ont vécu, dont les derniers rois de la : la stèle fausse-porte du grand prêtre de Ptah (mastaba C 1 à Saqqarah, au nord de l'enceinte du complexe funéraire de Djéser), fragmentaire, nomme les rois sous lesquels le défunt vécu : Menkaourê et Chepseskaf (les règnes sous lesquels il est élevé parmi les enfants royaux), et six rois (Ouserkaf, Sahourê puis quatre noms perdus) sous lesquels il est fonctionnaires, dont la prêtrise de Rê dans les temples solaires de Ouserkaf, Sahourê, Néferirkarê Kakaï et Niouserrê ; ayant vécu jusqu'au règne de Niouserrê, les quatre noms manquants sont donc ceux de Néferirkarê Kakaï, Néferefrê, Chepseskarê, Niouserrê, la stèle fausse-porte du prince Sekhemkarê (tombe G 8154 située dans la cimetière central de Gizeh) nomme les rois Khâfrê, Menkaourê, Chepseskaf, Ouserkaf et Sahourê, le linteau de l'entrée de la tombe de Netjerpounésout (tombe G 8740 située dans le cimetière central de Gizeh) nomme les rois Djédefrê, Khâfrê, Menkaourê, Chepseskaf, Ouserkaf et Sahourê.
Ces listes semblent montrer que la dynastie n'était constituée que de six rois (Snéfrou et Khéops étant bien situés en tant que prédécesseurs de Djédefrê), excluant ainsi la possibilité qu'il y ait eu un ou deux autres rois dans la dernière partie de la dynastie. Cependant, la pyramide de Zaouiet el-Aryan prouve bien qu'il y a bien eu a minima un septième roi. Il est possible que les rois cités dans ces listes privées ne soient que les rois sous lesquels ces fonctionnaires ont vécu des étapes importantes de leur carrière, ce qui ne serait pas étonnant dans le cas où le roi ou les deux rois non cités ont eu des règnes de très courtes durées. Si cet argument est valable pour Sekhemkarê et Netjerpounésout, cela reste plus incertain pour , car il semble citer le roi éphémère Chepseskarê de la , ce qui pourrait signifier que, si un roi éphémère avait régné à la toute fin de la , l'aurait nommé sur sa stèle fausse porte.
Sources de la tradition historique égyptienne
Les rois de la sont cités dans plusieurs listes royales égyptiennes, retrouvées dans des états lacunaires ou bien d'interprétations délicates.
Les listes
Les plus anciennes mentions des rois de la remontent au Moyen Empire : une inscription rupestre découverte dans le Ouadi Hammamat et un conte que l'on nomme Les magiciens à la cour du roi Khéops et qui a été retrouvé écrit sur le papyrus Westcar. L'inscription rupestre est en fait cinq noms inscrits chacun dans un cartouche : Khoufou, Djédefrê, Khâfrê, Hordjédefrê et Baefrê. Quant au conte, il s'agit d'un récit dans lequel cinq prodiges sont rapportés à Khoufou, les quatre premiers étant rapportés chacun par un fils du roi : le premier est perdu mais devait être Djédefrê, les suivants sont dans l'ordre Khâfrê, Baoufrê et Hordjédef. Les noms de la liste du Ouadi Hammamat et ceux du conte sont donc identiques, à la graphie près de certains d'entre eux et à l'ordre entre Baoufrê et Hordjédef. Parmi ces cinq noms, les trois premiers (Khoufou, Djédefrê, Khâfrê) ont effectivement été rois ; Hordjédef est bien connu pour être un fils de Khoufou mais il n'a jamais été roi, il était plutôt connu comme un sage aux périodes ultérieures, auteur présumé des Instruction d'Hordjédef selon la tradition égyptienne ; quant à Baoufrê / Baefrê, il n'est attesté nulle part ailleurs que ces deux documents. upright=4|vignette|center|500px|Cartouches de six pharaons de la relevés sur la Liste d'Abydos. La période suivante où des rois de la sont mentionnés sont des listes royales du Nouvel Empire. Si le roi Snéfrou, fondateur de la dynastie, est cité dans la liste de Karnak (), montrant ainsi son importance aux yeux de ses lointains successeurs, ce sont surtout les listes d'Abydos, de Saqqarah, d'Abousir et du Canon royal de Turin, datant toutes de l'époque ramesside, qui citent l'ensemble de la dynastie. Cependant, elles sont à prendre avec précaution car elles datent de près d'un millénaire après la .
La dernière source historique d'importance est l'œuvre de Manéthon, Ægyptiaca, écrite cette fois près de deux millénaires après la . Malheureusement, ce document est aujourd'hui perdu, et seules des copies plus tardives, et souvent divergentes, sont connues. Concernant la , deux listes principales existes : la copie de d'Africanus et celle d'Ératosthène, elle-même perdue mais transmise par l'intermédiaire d'une copie d'Apollodore d'Athènes. Les noms écrits sur ces listes étant écrits en grec et non en égyptien ancien, leur identification avec les noms contemporains est parfois délicate.
Interprétation
L'ensemble de ces listes donne l'impression que la dynastie était constituée de huit rois, dont six sont clairement attestés et chronologiquement bien situés les uns par rapport aux autres. Malheureusement, l'état lacunaire des listes royales du Nouvel Empire (à l'exception de la liste d'Abydos, intacte mais ne citant que les six rois bien attestés) est un frein à l'étude chronologique de la . Malgré les lacunes, les éléments conservés permettent de supposer que trois traditions présente au Nouvel Empire : abydéenne (représentée par la liste d'Abydos), héliopolitaine (représentée par la liste d'Abousir et issue de la tradition du papyrus Westcar, intégrant donc les rois fictifs Baoufrê/Baefrê et Hordjédef) et memphite (représentée par la liste de Saqqarah et le Canon royal de Turin et dans laquelle le roi Baka, solarisé en Bakarê, et le roi fictif Djédefptah / Ptahdjédef sont intégrés à la place des rois fictifs Baoufrê/Baefrê et Hordjédef).
Synthèse
! scope=col | Roi ! scope=col | Liste du Ouadi Hammamat ! scope=col | Conte du papyrus Westcar ! scope=col | Liste d'Abydos ! scope=col | Table de Saqqarah ! scope=col | Liste d'Abousir ! scope=col | Canon royal de Turin ! scope=col | Manéthon (version Africanus) ! scope=col | Manéthon (version Pseudo-Ératosthène)
|Snéfrou (Snfrw) | |Snéfrou |Snéfrou (20) |Snéfrou (43) |[Snéfrou] (1) |Snéfer... (4.9) |Soris (Σωρις) (IV - 1) |Sirios (Σίριος) (IV - 1) |- |Khoufou (Ḫwfw) |Khoufou (1) |Khoufou |Khoufou (21) |Khoufou (42) |lacune (2) |lacune (4.10) |Souphis (Σoυφις) (IV - 2) |Khnoubos (Χνουβος) (IV - 2)Saophis (Σαωφις) (IV - 5) |- |Djédefrê / Râdjédef (Rˁ-Ḏd=f) |Djedefrê (2) |Djedefrê () |Djédefrê (22) |Djédefrê (41) |Djédefrê (3) |lacune (4.11) |Ratoïsès (Ρατoισης) (IV - 5) |Rhauosis (Ραυωσις) (IV - 3) |- |Khâfrê (Ḫˁ=f-Rˁ) |Khâfrê (3) |Khâfrê () |Khâfrê (23) |Khâfrê (40) |lacune (4) |Khâ... (4.12) |Souphis (Σoυφις) (IV - 3) |Saophis B (Σαωφις β) (IV - 6) |- |Baka (Bȝ-kȝ) (lecture incertaine) |Baefrê (5) |Baoufrê () | |lacune (39) |lacune (6 ou 8) |lacune (4.13) |Bichérès (Bιχερης) (IV - 6) |Biures (Βιυρης) (IV - 4) |- |Menkaourê (Mn-kȝ.w-Rˁ)
|Menkaourê (24) |lacune (38) |Menkarê (5) |lacune (4.14) |Menchérès (Mενχερης) (IV - 4) |Moskheres (Μοσχερως) (IV - 7) |- |Chepseskaf (Šps-s-kȝ=f)
|Chepseskaf (25) |lacune (37) |lacune (6 ou 8) |lacune (4.15) |Séberchérès (Σεβερχερης) (IV - 7)
|Djédefptah (Ḏd=f-Ptḥ) ? |Hordjédef (4) |Hordjédef () | |lacune (36) |Hor[djédef] (7) |lacune (4.16) |Thamphthis (Θαμφθις) (IV - 8)
|lacune (35)
Histoire
Avènement de la dynastie
Le premier roi de la est Snéfrou. Les conditions de son avènement ne sont pas connues : grâce à la pierre de Palerme, nous savons que sa mère se nommait Mérésânkh. Il a souvent été supposé que cette femme était une concubine du roi Houni, dernier roi de la , ce qui ferait de Snéfrou le fils d'un roi ; cependant, cette théorie n'est pas certaine. Le découpage dynastique entre les et n'est en tout cas pas attesté avant les écrits de Manéthon plus de deux millénaires après le règne de Snéfrou.
Règne de Snéfrou
Snéfrou semble avoir régné plus d'une quarantaine d'années. Il mena une politique active dans le développement du pays par la création de nombreuses fondations royales, dont certaines étaient peut-être accompagnées d'une pyramide provinciale. Il mena également une activité active à l'international en menant des razzias en Nubie et en Libye et en lançant des expéditions minières vers le Sinaï. Il construisit même un nouveau port énorme sur la côte de la mer Rouge, au Ouadi el-Jarf, permettant d'abriter et de stocker entre deux expéditions les bateaux utilisés pour traverser le golfe de Suez vers Tell Ras Budran, au sud-ouest du Sinaï, évitant ainsi de contourner ce golfe comme le faisaient les expéditions des rois des dynasties précédentes. Ces différentes activités ont permis à ce roi de construire près de trois complexes pyramidaux : celui de Meïdoum, celui de la pyramide rhomboïdale et celui de la pyramide rouge, toutes deux à Dahchour. Ce roi a gardé une figure légendaire aux époques postérieures, étant même divinisé au Moyen Empire, devenant le modèle du souverain parfait pour des rois comme .
Règne de Khéops