La couvre, dans l'Ancien Empire, une période d'un peu plus d'un siècle au milieu du . Cette dynastie va abandonner les pyramides monumentales pour des constructions de dimensions plus modestes, car le pays n'a plus besoin de grands projets unificateurs à la gloire du « Roi-Dieu ». Le pays jouit manifestement d'une période de paix et de richesse tant économique qu'artistique. Sous la , un nouvel emplacement pour la nécropole royale est choisi à Abousir, au nord de Saqqarah. Cinq pharaons, parmi les neuf que comptait la dynastie, y font édifier leur sépulture et celles de leurs reines. Les sources contemporaines attestent que cinq pharaons de la dynastie édifient des temples solaires. Deux ont été retrouvés. Celui d'Ouserkaf en Abousir et celui de Niouserrê un peu plus au nord en Abou Ghorab. Ces temples dédiés au dieu Rê sont les sanctuaires solaires les mieux conservés de l'Ancien Empire.
Le mieux connu des souverains de la est Ounas, en raison des textes des pyramides que Gaston Maspero a découverts dans sa pyramide de Saqqarah. Ils constituent un ensemble de formules magiques destinées à assurer la survie du roi dans l'au-delà et sont pour la première fois inscrits sur les murs du tombeau du roi. À sa suite chacun des souverains de la les fera figurer dans sa propre pyramide puis les reines s'approprieront ces textes sacrés pour leur propre tombe.
Souverains de la
Si la césure entre la et la était déjà présente dans la tradition dès le Moyen Empire comme le révèle le papyrus Westcar, c’est Manéthon qui le premier classe en une un ensemble de souverains qui tous ont régné sur l’Égypte en plein apogée de l’Ancien Empire. La liste des rois de cette est parfaitement bien connue, avec neuf rois bien établis par les sources contemporaines de la dynastie. L'ordre des rois est également bien connu, seule la position exacte de l'éphémère roi Chepseskarê est encore débattue. Il a été conventionnellement placé entre Néferirkarê Kakaï et Néferefrê du fait que la Table de Saqqarah l'y place également. Mais, la découverte de sceaux portant son nom dans le temple funéraire de Néferefrê suggère qu'il a fourni les magasins du tombeau de Néferefrê, indiquant ainsi qu'il n'était pas son prédécesseur mais plutôt l'un de ses successeurs, voire son successeur direct.
On peut noter l'absence étonnante de Niouserrê dans la Table de Saqqarah, en effet ce roi a été considéré comme l'un des grands rois de l'Ancien Empire et est par exemple présent dans la liste de Karnak établie pendant le règne de . Jürgen von Beckerath a proposé que le roi Niouserrê soit le détenteur du nom en lacune précédant immédiatement Ouserkaf sur la liste, il pense qu'il est possible que Niouserrê ait été simplement égaré au début de la .
vignette|centre|redresse=4|Cartouches des pharaons de la relevés sur la liste d'Abydos mais ne mentionnant pas Chepseskarê
! scope=col | Roi ! scope=col | Liste d'Abydos ! scope=col | Table de Saqqarah ! scope=col | Canon royal de Turin ! scope=col | Manéthon (version Africanus)
|Ouserkaf (Wsr-kȝ=f) |Ouserkaf (26) |Ouserkaf (34) |...kaf (4.17) |Ouserchérès (Ουσερχερης) (V - 1) |- |Sahourê (Sȝḥw-Rˁ) |Sahourê (27) |Sahourê (33) |lacune (4.18) |Séphrès (Σεφρης) (V - 2) |- |Néferirkarê Kakaï (Nfr-jr-kȝ-Rˁ Kȝkȝj) |Kakaï (28) |Néferirkarê (32) |lacune (4.19) |Népherchérès (Νεφερχερης) (V - 3) |- |Chepseskarê Netjerouser (Špss-kȝ-Rˁ Nṯr.w-wsr) | |Chepseskarê (31) |lacune (4.20) |Sisirès (Σισιρης) (V - 4) |- |Néferefrê Isi (Nfr=f-Rˁ Jsj) |Néferefrê (29) |Khânéferrê (30) |lacune (4.21) |Chérès (Χερης) (V - 5) |- |Niouserrê Ini (N(y)-wsr-Rˁ Jnj) |Niouserrê (30) |lacune (35) ? |lacune (4.22) |Rathourès (Ραθουρης) (V - 6) |- |Menkaouhor Ikaou (Mn-kȝ.w-Ḥr J.kȝ.w) |Menkaouhor (31) |Menkahor (29) |Menkaouhor (4.23) |Menchérès (Μενχερης) (V - 7) |- |Djedkarê Isési (Ḏd-kȝ-Rˁ Jzzj) |Djedkarê (32) |Maâtkarê (28) |Djédu (4.24) |Tanchérès (Τανχερης) (V - 8) |- |Ounas (Wnjs) |Ounas (33) |Ounas (27) |Ounas (4.25) |Onnos (Οννος) (V - 9)
Généalogie
Début de la dynastie
Une origine mythologique
Mais la principale source, et parfois la seule, concernant cette dynastie nous vient des égyptiens antiques eux-mêmes. Un conte du papyrus WestcarCe papyrus est daté de la période Hyksôs ; cependant après analyse, le style et le langage employé le feraient remonter au moins au Moyen Empire. relate une prophétie qui aurait été faite par un vieux mage au roi Khéops : le dieu Rê en personne enverrait Isis, Nephtys, Meskhenet, Héqet et Khnoum délivrer l'épouse d'un prêtre de Rê, la dame Redjédet, des trois premiers rois de la , afin qu'ils exercent « cette royauté bienfaisante dans ce pays entier ».
Une vieille théorie
Selon l'égyptologue allemand Ludwig Borchardt, les rois Sahourê et Néferirkarê auraient été les fils de Chepseskaf () et de la reine , fille de Mykérinos. Ouserkaf, fondateur de la dynastie, aurait ainsi été fils de la princesse Néferhétepès, fille du roi Djédefrê, et d'un prince qui fut peut-être grand prêtre d'Héliopolis, ce qui expliquerait mieux encore l'ascendant pris par le culte de Rê. La couronne serait donc passée, par un coup d'État, à une branche cadette. Sahourê et Néferirkarê Kakaï, par contre fils de Chepseskaf et , appartiendraient à la branche légitime.
Une origine toujours incertaine
Les origines d’Ouserkaf restent encore sujette à caution, les découvertes qui se sont succédé n’ayant en effet pour le moment pas encore apporté la preuve de son origine royale, bien qu'elle soit très probable. La clé pourrait résider en la reine . Cette reine de la a reçu un culte tout au long de la fin de l’Ancien Empire, a été représentée dans sa tombe avec tous les signes du pouvoir et, surtout, portait le titre rare de « mère de deux rois de Haute et Basse-Égypte »La reine porta aussi ce titre rare, ce qui fait que les chercheurs ont longtemps confondu ces deux reines, énigme séculaire de l’égyptologie connue sous le nom de « problème Khentkaous ».. Elle est donc la mère de deux rois ; or, de par sa position, elle ne peut être la mère que d'Ouserkaf et de Chepseskaf, mais aussi d'un potentiel roi éphémère nommé Thamphthis dans les sources grecques, car Mykérinos était le fils de , tandis que Sahourê, comme indiqué ci-dessous, était le fils de Néferhétepès et Néferirkarê Kakaï le fils de la reine Méretnebty. Quoi qu’il en soit, cette souveraine de l’Ancien Empire reste un personnage clef pour comprendre l’articulation entre les deux dynasties et eut sans doute une forte influence sur son temps.
La patiente enquête des égyptologues vignette|redresse=1.5|Tête d'une statue royale restée anonyme trouvée à Abousir - - Ägyptisches Museum Berlin
Cependant, ce que l’on connaissait de cette dynastie restait ténu et si presque tous les monuments funéraires de ses souverains ont pu être identifiés, il manquait des éléments essentiels pour comprendre sa généalogie et ainsi s’assurer qu’elle formait une entité unique et cohérente au sein de l’Ancien Empire. Des découvertes faites à Saqqarah et les récents travaux de fouilles du site d’Abousir, nécropole royale sinon dynastique, y remédient progressivement et permettent de nuancer l’analyse précitée, voire de complètement la renouveler.
En effet, avec la fouille et l’identification du complexe d’Ouserkaf et notamment celui de son épouse royale Néferhétepès, de premiers indices ont permis de mieux comprendre les liens qui unissaient la avec la glorieuse . Ainsi Jean-Philippe Lauer et Audran Labrousse formulèrent l’hypothèse selon laquelle la reine Néferhétepès, portant le titre de « mère royale », était en réalité l’épouse royale d’Ouserkaf et la mère de Sahourê. Il manquait encore une preuve directe de ce fait parmi les monuments du règne, qui n’a été trouvée que par Zahi Hawass dans les vestiges de la chaussée du temple funéraire de Sahourê précisément à Abousir. Plusieurs blocs faisant partie de la décoration de cette chaussée ont été retrouvés et reconstituent une partie essentielle du programme iconographique de cette partie du complexe funéraire : les scènes présentant la famille royale. Parmi ces parents figurés avec leur titre au côté de Pharaon dans des scènes de la vie intime du palais royal, apparaît Néferhétepès. Son titre de « mère royale » est ici sans équivoque et l’identifie clairement comme étant la mère de Sahourê.
Concernant le lien entre Sahourê et Néferirkarê Kakaï, les blocs de la chaussée de Sahourê ont également livré des éléments de réponses. En effet, plusieurs princes apparaissent sur les blocs, dont particulièrement deux fils aînés nommés respectivement Rânéfer et Netjerirenrê ; or, sur tous les reliefs retrouvés excepté un (celui listant l'ensemble des fils royaux), le nom de Rânéfer est remplacée par « Nésout-bity Néferirkarê », montrant que ce roi était en fait, non pas le frèreHypothèse du conte du Papyrus Westcar citée plus haut., mais le fils aîné de Sahourê. Netjerirenrê, quant à lui, est peut-être devenu roi sous le nom de Chepseskarê à la mort du fils aîné de son Néferirkarê, le roi Néferefrê.
Milieu de la dynastie vignette|Niouserrê, Brooklin Museum
Une autre série de fouilles permit d’éclairer la suite des évènements. Une équipe d’égyptologues tchèques, dirigée par Miroslav Verner, a entrepris depuis les années 1970 la fouille exhaustive du site d’Abousir. Très vite c’est une véritable moisson de découvertes inédites qui font apparaître un nouveau personnage féminin essentiel au sein de la dynastie, , personnage jusque-là identifié avec sa célèbre homonyme de la , enterrée elle à Gizeh. Épouse de Néferirkarê Kakaï elle met au monde deux fils, Néferefrê et Niouserrê qui régneront successivement. On suppose même qu’elle a un temps assuré la régence du royaume à la suite du décès brutal de Néferefrê. Toujours est-il qu'à la mort de ce dernier, il semble bien que ce soit l'éphémère Chepseskarê qui prit le pouvoir, peut-être au détriment de Niouserrê. En effet, une reine de Néferefrê découverte nommée portait le titre de « mère royale » ; or, de par sa position chronologique, il peut s'agir tout autant de Chepseskarê que de Menkaouhor, le successeur de Niouserrê. Malgré l'absence de certitude concernant son identité réelle, il est relativement certain que Chepseskarê était un membre proche de la famille royale (un fils de roi ? ; un petit-fils et neveu ?).
Fin de la dynastie