Niouserrê Ini (en grec Rathurês, ´Ραθούρης) est le sixième souverain de la égyptienne. Il règne pendant l'Ancien Empire, aux alentours du avant notre ère. Niouserrê est le fils cadet du roi Néferirkarê et de la reine , et le frère du roi éphémère Néferefrê. Il a peut-être succédé directement à son frère, comme l'indiquent des sources historiques plus récentes. Alternativement, Chepseskarê a pu régner entre les deux, comme le suppose Miroslav Verner, mais seulement pour quelques semaines ou quelques mois. La relation entre Chepseskarê, Néferefrê et Niouserrê reste très incertaine. Niouserrê fut à son tour remplacé par Menkaouhor, qui fut peut-être son neveu et un fils de Néferefrê.

Niouserrê fut le bâtisseur le plus prolifique de sa dynastie. Il a construit trois pyramides pour lui-même et ses épouses, ainsi que trois autres pour son père, sa mère et son frère, toutes dans la nécropole d'Abousir. Il éleva le plus grand temple solaire de l'Ancien Empire, nommé Shesepibrê ou « Celui qui réjouit le cœur de Rê », situé à Abou Ghorab. Il a également achevé le Nekhenrê, le temple solaire d'Ouserkaf à Abou Ghorab, et le temple de la vallée de Mykérinos à Gizeh. Ce faisant, il fut le premier roi depuis Chepseskaf, dernier souverain de la , à s'intéresser à la nécropole de Gizeh. Il faut peut-être voir là une tentative de légitimation de son règne, à la suite de la mort inattendue de son frère Néferefrê.

Peu de signes indiquent une action militaire sous le règne de Niouserrê. L'État égyptien continuait à entretenir des relations commerciales avec Byblos, sur la côte levantine, et à organiser des expéditions d'extraction minière dans le Sinaï et la Basse-Nubie. Le règne de Niouserrê vit la croissance de l'administration et la naissance effective des nomarques, gouverneurs provinciaux qui, pour la première fois, furent envoyés vivre dans les provinces qu'ils administrent plutôt qu'à la cour du pharaon.

Comme les autres rois de l'Ancien Empire, Niouserrê bénéficia d'un culte funéraire après sa mort. Parrainé par l'État, le culte officiel de Niouserrê subsista pendant des siècles, survivant même à la première période intermédiaire et jusqu'à la du Moyen Empire. Parallèlement, un culte populaire spontané apparut avec une vénération de Niouserrê sous son nom de naissance, Ini. Dans ce culte, Niouserrê jouait un rôle semblable à celui d'un saint, invoqué comme intercesseur entre les croyants et les dieux. Ce culte a laissé peu de traces archéologiques et semble s'être maintenu jusqu'au Nouvel Empire, près de mille ans après sa mort.

Généalogie

Ascendance

Niouserrê est le fils cadet de Néferirkarê Kakaï et de . C'est ce que montre un relief trouvé dans le temple mortuaire de sa mère, où et Niouserrê sont représentés avec la même taille. Il est également le frère cadet de Néferefrê et il a un autre frère nommé Iryenrê.

Épouses

Niouserrê a eu au moins une épouse, identifiée par les textes : la reine Rêpoutnoub, attestée par une statuette fragmentaire en albâtre de la reine. Des fragments d'une statuette d'albâtre de la tombe du vizir Ptahchepsès donnent les titres d'une reine, et bien que son nom soit perdu, ces titres sont les mêmes que ceux que Rêpoutnoub portait. Cela conduit les égyptologues à penser que ceux-ci se rapportent bien à elle.

Niouserrê semble également avoir une autre épouse, qu'attesterait la pyramide numéro 24 de Lepsius, dont l'identité de la propriétaire n'a pu être déterminée malgré la fouille du monument. Selon l'analyse préliminaire de la momie retrouvée dans le caveau de la pyramide, il s'agissait d'une femme de 25 ans n'ayant jamais donné naissance à un enfant, ce qui est étonnant car les reines des prédécesseurs de la ayant eu une pyramide sont les reines ayant eu un fils devenu roi. Miroslav Verner indique qu'il pourrait s'agir de la tombe de Rêpoutnoub, dont la tombe n'a pas été identifiée par ailleurs, et qu'il s'agissait d'une fille de Néferirkarê Kakaï, devenue épouse de Niouserrê.

Descendance

Si les fragments de la statuette d'albâtre de la tombe du vizir Ptahchepsès correspondent bien à la reine Rêpoutnoub, alors cette dernière serait la mère de la « fille du roi de sa chair » Khâmerernebty, épouse de Ptahchepsès et fille attestée de Niouserrê.

D'autres filles de roi sont également connues : la « fille du roi » Hanoub, enterrée dans la tombe orientale de la pyramide numéro 25 de Lepsius, Nebtyemnéferes, enterrée dans un mastaba situé à côté de la pyramide numéro 24 de Lepsius et qui pourrait être la fille de cette reine, la « fille du roi » Répoutnebty, attestée sur un relief de la pyramide de qui semble avoir été réalisé sous le règne de Niouserrê ; son nom pourrait montrer qu'il s'agit d'une fille de la reine Rêpoutnoub, la « fille du roi de sa chair de la pyramide de Niouserrê » Cheretnebty, dont la tombe a été découverte et fouillée à Abousir-Sud par une équipe dirigée par Miroslav Bárta ; elle était mariée à un haut fonctionnaire égyptien dont le nom a disparu.

Certains fils doivent probablement lui être attribués : le « fils aîné du roi » Ourkaourê, attesté par son mastaba découvert à proximité à l'est de la pyramide de , le « fils aînée du roi » Râ..., le « fils aînée du roi » Min... et un iry-pat, « prêtre lecteur » et « fils du roi » anonyme, attestés sur des fragments de relief du temple fuénraire de la pyramide de Niouserrê, le « fils du roi » Khentykaouhor et un « fils du roi » anonyme, attestés sur un relief ensemble de la pyramide de qui semble avoir été réalisé sous le règne de Niouserrê ; un deuxième relief montre Khentykaouhor avec Répoutnebty, le fait qu'il soit représenté avec cette dernière pourrait montrer que lui et son frère anonyme pourraient être des fils de la reine Rêpoutnoub.

Menkaouhor et Djedkarê Isési

Les liens précis liant Niouserrê et ses deux successeurs Menkaouhor et Djedkarê Isési restent inconnus : en effet, si le roi Néferirkarê Kakaï et la reine étaient les parents des rois Néferefrê et Niouserrê, la seule reine de la génération suivante ayant le titre de « mère du roi » est la reine , enterrée pendant le règne de Niouserrê ou de Menkaouhor. Si l'identité de son royal époux est très probablement Néferefrê de par la localisation de sa tombe, l'identité de son royal fils est très incertaine : il pourrait s'agir de l'éphémère roi Chepseskarê, qui aurait pu alors être un enfant mort quelque temps après sa montée sur le trône, mais aussi de Menkaouhor.

Une marque de construction découverte en 2008 dans le mastaba du « fils aîné du roi » Ourkaourê, probable fils aîné de Niouserrê, mentionne un certain Menkaouhor, sans aucun titre et accompagné de la date « de la saison Akhet, » ; une autre marque de construction indique que ce Menkaouhor était chargé de la construction de la tombe, avec sous son commandement les « quatre équipes (de construction) du roi ». Les égyptologues Miroslav Verner, Hana Vymazalová et Filip Coppens suggèrent que cela pourrait se référer au futur roi Menkaouhor à une époque où il était encore prince.

Quant à Djedkarê Isési, il pourrait être le fils, le frère, le cousin ou encore l'oncle de Menkaouhor. Miroslav Verner privilégie l'hypothèse qu'il était un fils de Niouserrê et de la reine de la pyramide numéro 24 de Lepsius, car certains des enfants de Djedkarê sont inhumés non loin de cette pyramide.

Quoi qu'il en soit, la succession de Niouserrê semble s'être bien passée. Un sceau portant les noms de Niouserrê et de Menkaouhor a été découvert dans le complexe funéraire de la mère de Niouserrê, . Un autre sceau semble porter les noms de Niouserrê et de Djedkarê Isési, ce dernier étant le deuxième successeur de Niouserrê. Pris ensemble, ces sceaux révèlent qu'à tout le moins, Menkaouhor et Djedkarê Isési ne considéraient pas Niouserrê comme un opposant.

Règne

vignette|Niouserrê recevant la vie du dieu Anubis - Relevé du temple funéraire du roi à Abousir

Durée du règne vignette|Relief représentant Niouserrê lors d'une cérémonie de la fête-Sed - Musée égyptien de Berlin

Sources historiques et contemporaines

L'Ægyptiaca de Manéthon indique que Niouserrê a régné quarante-quatre ans, un chiffre qui est rejeté par les égyptologues, qui lui attribuent environ trois décennies de règne en raison de la pénurie de dates sûres pour son règne. La ligne du canon royal de Turin concernant Niouserrê est endommagée et la durée de son règne est difficile à lire. Après l'étude du Canon royal de Turin par Alan Henderson Gardiner en 1959, des chercheurs tels que Nigel Strudwick ont attribué à Niouserrê onze ans de règne. La lecture du Canon royal de Turin par Gardiner a ensuite été réévaluée à partir de fac-similés, donnant à Niouserrê un règne de vingt-quatre ou vingt-cinq ans. Cette durée est acceptée par des chercheurs comme Nicolas Grimal. Des études plus récentes du papyrus original menées par Kim Ryholt ont montré que la longueur du règne de Niouserrê, telle que rapportée sur le document, pourrait également être de 11-14, 21-24, ou 31-34 ans. Les égyptologues Nigel Strudwick et Miroslav Verner sont maintenant en faveur de ce dernier nombre.

L'opinion selon laquelle Niouserrê a régné plus de vingt ans est d'ailleurs étayée par des preuves archéologiques qui laissent présager un long règne. Verner, qui fouille la nécropole d'Abousir depuis 1976 pour le compte de l'université de Prague, souligne les nombreuses constructions de Niouserrê, dont pas moins de trois nouvelles pyramides, l'achèvement de trois autres, la construction du plus grand temple solaire construit sous l'Ancien Empire et des travaux plus modestes comme la rénovation du complexe funéraire de Mykérinos.

Fête-Sed de Niouserrê

L'hypothèse d'un règne de plus de trente ans pour Niouserrê est soutenue indirectement par des reliefs découverts dans son temple solaire, et qui le montrent participant à une fête-Sed. Cette fête avait pour but de rajeunir le roi et était normalement célébrée après trente ans de règne. Mais la représentation de la fête faisait partie des décorations typiques des temples associés aux rois sous l'Ancien Empire, et ne prouve pas nécessairement un long règne. Par exemple, un relief montrant Sahourê dans la tunique de la fête-Sed a été trouvé dans son temple mortuaire, alors que les sources historiques et archéologiques s'accordent à dire qu'il a gouverné l'Égypte pendant moins de quatorze ans. Pourtant, dans le cas de Niouserrê, ces reliefs ainsi que les preuves archéologiques ont convaincu la plupart des égyptologues que Niouserrê a eu plus de trente ans de règne, et que « les scènes de la fête-Sed d'Abou Ghorab reflètent réellement le trentième anniversaire de l'accession du roi au trône ».

Les reliefs de la fête-Sed de Niouserrê offrent un rare aperçu des rites pratiqués durant cette cérémonie. En particulier, l'évènement semble avoir inclus une procession dans une barque sur un plan d'eau. Ce détail n'est pas représenté (ou a été perdu) dans les représentations ultérieures, jusqu'à celle du règne d', plus de mille ans après celui de Niouserrê.

Attestations

En plus des monuments d'Abousir, diverses attestations de Niouserrê se trouvent parfois dans des contextes de réemploi : À Tanis, des restes de colonnes papyriformes en granite rouge d'Assouan portant sa titulature ont été découverts dans les années 1950. Ces colonnes monolithiques proviennent certainement d'un autre site et ont été ultérieurement déménagées à Tanis lors de la Troisième Période intermédiaire soit plus de deux mille années plus tard, démontrant l'exceptionnelle longévité des monuments de la que l'on n'a pas hésité dès le Nouvel Empire à remployer aux fins de nouvelles constructions aux noms de nouveaux souverains.