Djedkarê Isési (connu en grec sous le nom de Tancheres) est un roi, le huitième et avant-dernier souverain de la d'Égypte, il règne aux alentours de -2381 à -2353Selon Allen. Autres avis de spécialistes : -2410 à -2380 (Krauss), -2380 à -2342 (von Beckerath) -2436 à -2404 (Redford), -2369 à -2341 (Málek). Djedkarê succède à Menkaouhor et précède Ounas. Ses relations avec ces deux pharaons restent incertaines, bien que l'on pense souvent qu'Ounas était le fils de Djedkarê, en raison de la transition en douceur entre les deux.

Djedkarê a probablement connu un règne de plus de quarante ans, ce qui a marqué une nouvelle période dans l'histoire de l'Ancien Empire. Rompant avec une tradition suivie par ses prédécesseurs depuis l'époque d'Ouserkaf, Djedkarê ne construit pas de temple au dieu Soleil Rê, reflétant peut-être la montée d'Osiris au panthéon égyptien. Plus important encore, Djedkarê procède à de vastes réformes de l'administration publique égyptienne. Il réorganise également les cultes funéraires de ses ancêtres enterrés dans la nécropole d'Abousir et réforme le sacerdoce correspondant.

Djedkarê commande des expéditions au Sinaï pour se procurer du cuivre et de la turquoise, en Nubie pour son or et sa diorite et dans le légendaire Pays de Pount pour son encens. L'une de ces expéditions avait ce qui pourrait être le plus ancien exemple de divination oraculaire entrepris pour assurer le succès d'une expédition. Le mot Noub, qui signifie or, pour désigner la Nubie est enregistré pour la première fois sous le règne de Djedkarê. Sous son règne, l'Égypte entretient également des relations commerciales continues avec la côte levantine et fait des raids punitifs à Canaan. En particulier, l'une des premières représentations d'une scène de bataille ou de siège a été retrouvée dans la tombe d'un des sujets de Djedkarê.

Djedkarê est enterré dans une pyramide à Saqqarah nommée Nefer Djedkarê (« Djedkarê est parfait »), qui est maintenant ruinée à cause du vol de pierre dans son enveloppe extérieure dans l'antiquité. La chambre funéraire contenait encore la momie de Djedkarê lorsqu'elle a été fouillée dans les années 1940. L'examen de la momie a révélé qu'il est mort dans la cinquantaine. Après sa mort, Djedkarê fut l'objet d'un culte qui dura au moins jusqu'à la fin de l'Ancien Empire. Il a semblé avoir été tenu en particulièrement haute estime pendant le milieu de la , dont les pharaons ont prodigué des offrandes riches sur son culte. Des vestiges archéologiques suggèrent que ce culte funéraire a perduré tout au long du Nouvel Empire. Djedkarê a également été considéré par les anciens Égyptiens comme le pharaon du vizir Ptahhotep, le prétendu auteur des Maximes de Ptahhotep, l'une des premières pièces de la littérature philosophique de sagesse.

Les réformes mises en œuvre par Djedkarê sont généralement évaluées négativement dans l'égyptologie moderne car sa politique de décentralisation aurait créé un système féodal virtuel qui aurait transféré beaucoup de pouvoir aux hautes administrations et aux administrations provinciales. Certains égyptologues comme Naguib Kanawati soutiennent que cela aurait fortement contribué à l'effondrement de l'État égyptien pendant la Première Période intermédiaire, soit deux-cents ans plus tard. Ces conclusions sont rejetées par Nigel C. Strudwick, qui affirme que malgré les réformes de Djedkarê, les anciens fonctionnaires égyptiens n'ont jamais accumulé assez de pouvoir pour rivaliser avec celui du roi.

Généalogie

Du fait de la rareté des sources et que, dans les titres portés par les membres de la famille royale, le souverain est souvent sous-entendu et non cité directement dans ceux-ci, il est difficile de reconstruire l'arbre généalogique de la famille royale de cette période. Ainsi, les relations liant Djedkarê avec ses prédécesseurs et ses successeurs sont incertaines.

Ascendance

La filiation de Djedkarê est inconnue ; en particulier sa relation avec ses prédécesseurs Niouserrê et Menkaouhor ne peut être établie. Il semble certain qu'il soit issu de la famille royale, ayant d'ailleurs pris soin des monuments de ses prédécesseurs à Abousir et ayant enterré une partie de ses enfants dans cette même nécropole. Cependant, son lien exact reste sujet à débat : en effet, si le roi Néferirkarê Kakaï et la reine étaient les parents des rois Néferefrê et Niouserrê, la seule reine de la génération suivante ayant le titre de « mère du roi » est la reine , enterrée pendant le règne de Niouserrê ou celui de Menkaouhor. Si l'identité de son royal époux est très probablement Néferefrê de par la localisation de sa tombe, l'identité de son royal fils est très incertaine : il pourrait s'agir de l'éphémère roi Chepseskarê, qui aurait pu alors être un enfant mort quelques temps après sa montée sur le trône, mais aussi de Menkaouhor. Quant à Djedkarê Isési, il pourrait être le fils, le frère, le cousin ou encore l'oncle de Menkaouhor. Miroslav Verner privilégie l'hypothèse qu'il était un fils de Niouserrê et de la reine de la pyramide numéro 24 de Lepsius, car certains des enfants de Djedkarê sont inhumés non loin de cette pyramide.

Épouses

Le nom de l'épouse principale de Djedkarê Isési est Setibhor. Elle possédait un grand complexe pyramidal situé au nord-est de la pyramide de Djedkarê à Saqqarah. Cela pourrait indiquer qu'elle était la mère du successeur de Djedkarê, Ounas. Le statut très élevé de cette reine est suggéré par certaines caractéristiques de son complexe funéraire qui sont autrement réservées aux rois : sa pyramide est complétée par sa propre pyramide satellite, une chaussée menant d'un temple de vallée jusqu'à un temple mortuaire consacré au culte de la reine et avait un hall d'entrée pr-wrw, une cour ouverte et une antichambre carrée. De plus, certains reliefs montrant la reine ont été remaniés avec insignes et vautours royaux ajoutés sur sa tête. La construction de la pyramide de la reine ayant apparemment été entreprise après la planification de la pyramide de Djedkarê et son relief ayant été retravaillé, l'égyptologue Klaus Baer suggère que cette reine a pu régner après la mort de Djedkarê, jouant un rôle important dans sa succession. Ceci est rejeté par d'autres égyptologues, comme Michel Baud, en raison du manque de preuves d'une régence ou d'un interrègne entre Djedkarê et Ounas, mais aussi Miroslav Verner, qui indique que la pyramide n'est pas postérieure à celle du roi lui-même.

Un certain nombre de reines (Noubnebty, , et ), dont les tombes sont datées de la , font l'objet de débats parmi les chercheurs pour savoir où elles se situaient au sein de la famille royale de l'époque. Parmi celles-ci, a régulièrement été donnée comme étant une épouse de Djedkarê Isési, position que Vivienne Gae Callender tempère en indiquant qu'aucun élément de vient appuyer une telle hypothèse de manière certaine. Aidan Mark Dodson et Dyan Hilton ont d'ailleurs proposé qu'elle était l'épouse du roi précédent, Menkaouhor. Miroslav Verner indique cependant que la tombe de la reine fait partie d'un ensemble de tombes clairement datés du règne de Djedkarê Isési, ce qui suggère selon lui que cette reine devait être l'épouse de ce roi.

Il est également possible que soit l'une de ses épouses. En effet, il s'agit d'une reine de la deuxième moitié de la et le nom de son royal époux est encore inconnu.

Descendance

L'identification des descendants du roi est assez incertaine, même si un certain nombre de propositions ont été faites depuis longtemps. Les titres de « fils de roi » et de « fille du roi » ne sont pas gage d'une filiation réelle pendant l'Ancien Empire mais pouvaient être des titres honorifiques donnés à des petits-enfants du roi ou à des particuliers à titre honorifique.

On note tout d'abord trois enfants royaux enterrés les uns à côté des autres à Abousir, à à l'est de la pyramide de : il s'agit du « fils aîné du roi de sa chair son bien-aimé » Néserkaouhor (mastaba C), la « fille du roi de sa chair sa bien-aimée » et « aimée d'Isési » Khekeretnebty (mastaba B) et la « fille du roi de sa chair » Hedjetnebou (mastaba K).

Aidan Mark Dodson et Dyan Hilton ont également proposé les princesses Nebtyemnéferes et Meret-Isési, attestées respectivement par une tombe située à Abousir, à proximité immédiate de la pyramide de la pyramide numéro 24 de Lepsius, et par un relief conservé au Brooklyn Museum et considéré comme provenant d'Abousir ; cependant, Nebtyemnéferes est plutôt en général considérée comme étant une fille de Niouserrê, tandis que le relief de la seconde est plutôt considéré comme faisant partie de la tombe de Khekeretnebty, dont l'un des titres était justement « aimée d'Isési » (mrr.t (n.t) Jssj)

Deux autres enfants de la période portent les titres de « fils/fille du roi de sa chair » : la dame Khentkaous, épouse du vizir Senedjemib Mehi de la fin de la ; l'identité de son père n'est pas certaine, le prince Rêmkoui, ou Râemka, enterré dans le mastaba S80 au nord de la pyramide de Djéser ; il est en général considéré comme étant le fils de la reine de par la proximité de leur tombe, même s'il n'y a pas d'élément permettant de prouver cette relation ; l'identité du père de Rêmkoui est, comme celle de l'époux de , l'objet à débats, Dodson et Hilton privilégiant ainsi le roi Menkaouhor comme père de ce prince.

Deux fonctionnaires importants du royaume, Kaemtjenent et Isésiânkh, ont également été donnés comme fils de roi, car ils possèdent chacun le titre de « fils du roi » ; le roi en question a généralement été considéré comme étant Djedkarê Isési (même si Menkaouhor a également été proposé pour Kaemtjenent) et ils ont généralement été considérés comme des fils de et des frères de Rêmkoui. Cependant, les titres portés par ces deux personnages semblent montrer qu'il ne s'agissait pas de fils royaux réels mais de roturiers ayant obtenu le privilège d'avoir un titre honorifique de filiation royale.

Enfin, le successeur de Djedkarê, Ounas, aurait été son fils malgré l'absence de certitude sur la question. Le principal argument en faveur de cette filiation est que la succession de Djedkarê à Ounas semble avoir été harmonieuse, comme le suggèrent indirectement, par exemple, les Archives d'Abousir. Des preuves indirectes proviennent également des reliefs de la chaussée d'Ounas, qui montrent de nombreux fonctionnaires portant des noms incorporant Isési, suggérant à tout le moins qu'Ounas n'a pas perçu Djedkarê comme un antagoniste. De plus, le cartouche d'Ounas retrouvé sur des vestiges de relief du temple mortuaire de Setibhor enterrée aux côtés de Djedkarê à Saqqarah semble démontrer le lien étroit qui lie les deux souverains. Cependant, cela reste incertain, le titre de « mère du roi » n'ayant d'ailleurs pas été retrouvé parmi les reliefs mentionnant la titulature de Setibhor, même si certains chercheurs, dont Vivienne Gae Callender, semblent privilégier un tel lien.

Règne vignette|Vase en albâtre réalisé à l'occasion de la fête jubilaire de Djedkarê Isési - Musée du Louvre Durée de règne

Le Canon royal de Turin lui donne vingt-huit années de règne, tandis que Manéthon lui en donne quarante-quatre. La date attestée la plus élevée concernant son règne est celle du vingt-deuxième recensement, date relevée sur un des papyri découverts à Abousir. Or ces recensements du bétail n'étaient pas effectués annuellement à l'Ancien Empire, mais tous les ans et demi voire tous les deux ans. Sur cette base, les égyptologues sont donc plus enclins à suivre l'assertion de Manéthon, d'autant qu'on connaît une mention d'une Fête-Sed, inscrite sur un vase en albâtre au nom de Djedkarê, jubilé qui était traditionnellement réalisé au bout de la trentième année de règne.

Nouvelle époque ?