Le Juif Süss est un roman court publié (d'abord sous forme de feuilleton) en 1827 par l'Allemand Wilhelm Hauff. Il est inspiré de la vie de Joseph Süss Oppenheimer, un financier juif du , conseiller du duc Charles-Alexandre de Wurtemberg.

Hauff situe l’action de sa nouvelle en 1737, soit près de 90 ans avant sa publication. Il s’inspire d’événements réels liés à la fin du règne du duc, mort le 12 mars 1737. L’auteur introduit son récit par la première strophe du prologue de la tragédie Le Duc Ernst de Souabe (1818) de Ludwig Uhland.

Dans cette œuvre, comme dans d’autres récits tels que Contes tirés des mémoires de Satan ou Abner, le Juif qui n’a rien vu, Hauff reprend les stéréotypes et clichés antisémites de son époque.

Résumé Le soir du 12 février 1737, Joseph Süß Oppenheimer, conseiller financier tout-puissant du duc et redouté par tous, organise un bal masqué pour son anniversaire. Gustav Lanbek, fils d’un conseiller des États du Wurtemberg (le parlement), s’y rend en compagnie de trois amis. Il a secrètement rendez-vous avec Lea, la sœur cadette de Süß, qu’il aime. Celle-ci, inquiète pour son frère, est rassurée par Gustav, qui évoque une lettre de sauf-conduit reçue par Süß à l’occasion de son anniversaire. Peu après, Gustav est arrêté sur ordre de Süß.

Le lendemain, Süß rend visite à Gustav en prison. Süß soupçonne le père de Gustav de comploter contre le duc, le nomme conseiller d’expédition et lui ordonne d’épouser Lea sous un mois, promettant en échange d’épargner son père. Ce dernier, informé de la situation, comprend que Süß cherche à le discréditer auprès des États provinciaux. Il révèle à Gustav un coup d’État en préparation : avec le colonel von Röder et le soutien de l’Église luthérienne, il projette de renverser Charles-Alexandre, dont le règne, marqué par le clientélisme et la corruption, aurait ruiné le Wurtemberg. Le complot vise aussi à éliminer Süß, symbole de la corruption et du pouvoir juif.

Süß ment à sa sœur en lui faisant croire qu’il a accédé à la demande de Gustav et demandé au duc de lever l’obstacle de la religion par un rescrit. Lorsqu’une intrigue de Süß révèle au père de Gustav cette prétendue promesse de mariage, celui-ci, furieux, menace de déshériter son fils. Après une violente dispute, Gustav rompt avec Lea, et son père lui accorde son pardon.

Le père de Gustav proteste auprès de Süß contre le mariage forcé. Craignant d’être contraint au mariage, Gustav fuit. En chemin, il croise le colonel Röder, qui lui annonce la mort soudaine de Charles-Alexandre. Ensemble, ils arrêtent Süß Oppenheimer, en fuite après la disparition de son protecteur.

Gustav, nommé ensuite par le régent, le duc Rudolf von Neustadt, pour juger Süß, se trouve déchiré entre son devoir et son amour pour Lea. Malgré les supplications de cette dernière, il refuse de lui accorder sa clémence. Süß est condamné à mort et pendu le 4 février 1738.

Dans l’épilogue, Hauff exprime son incompréhension face à « la manière dont cet homme malheureux [Süss] put agir envers le Wurtemberg », ainsi que face à son châtiment. Pour lui, ces deux faits sont barbares et rétrogrades « en une époque où l’on avait depuis longtemps laissé derrière soi les commencements de la civilisation et des Lumières, où l’apogée de la littérature française poussait vers le haut, avec une force irrésistible, la partie cultivée de l’Europe. »

Süß est mort pour ses crimes, mais surtout « pour les turpitudes accomplies ou projetées par d’autres hommes puissants ». Süß paie pour les autres car « les liens de parenté, le prestige, les promesses faites en secret sauvèrent les autres, mais le Juif, personne ne put ni ne voulut le sauver. » Gustav, hanté par son amour perdu (Lea s’est jetée dans le Neckar), reste célibataire, sombre dans la mélancolie et, à la fin de sa vie, se tourne vers des recherches métaphysiques.

Analyse

Pour Léon Poliakov, le Süss de Hauff est un « Juif ambitieux et cupide, mais point trop caricaturé… [E]n ce qui concerne l'arrière-plan politico-confessionnel de l'affaire Süss, l'imagination littéraire de Hauff a bien capté l'essentiel, en décrivant l'ambiance qui régnait dans le Wurtemberg à la veille de la mort du duc. » Il ajoute que Süss avait veillé à rester à l’écart des débats religieux entre chrétiens, [m]ais pour pacifier les esprits après la mort dramatique du duc, pour réconcilier les bourgeois luthériens avec les officiers catholiques, avec les Jésuites et avec la duchesse, quoi de plus efficace que d'offrir le Juif, âme damnée, en victime expiatoire, par voie d'un assassinat judiciaire ? »Préface de Lion Feuchtwanger, Le Juif Süss, traduit par Maurice Rémon, Balland, 1978. Voir aussi Lionel Richard, Nazisme et barbarie, 2006, Éditions Complexe, p 106

Postérité Ce sujet a inspiré de nombreuses adaptations artistiques, des œuvres littéraires aux films, jusqu’à l’époque contemporaine. Parmi les plus célèbres figurent le roman Le juif Süss de Lion Feuchtwanger (1925) et, surtout, le film de propagande nazie du même nom, réalisé par Veit Harlan en 1940.

Editions Wilhelm Hauff, La véritable histoire du Juif Süss, Avant-propos et traduction de Nicole Casanova, Editions du Félin & Arte éditions Texte en allemand sur wikisource : Nouvelles de Hauff , volume 1, traduction de l'allemand par Léon Astoin (17..-18..), F. Astoin (Paris), 1834 , p. 223. Sur Gallica :

Notes

Bibliographie Lionel Richard, Nazisme et barbarie, 2006, éditions Complexe , disponible sur Google livres Liens externes

Catégorie:Nouvelle allemande Catégorie:Nouvelle parue en 1827 Catégorie:Roman court Catégorie:Roman se déroulant au XVIIIe siècle Catégorie:Antisémitisme en Allemagne