Edmond Thieffry, né le Etterbeek (Belgique) et mort le dans la plaine de Baraka près d'Uvira au Congo belge, est un aviateur belge de la Première Guerre mondiale et un as belge, avec dix victoires homologuées entre mars et .
En 1925, il réalise l'exploit de relier Bruxelles (Haren) à Léopoldville, parcourant environ et survolant deux continents ainsi que des territoires encore inexplorés.
Biographie Jeunesse Edmond François Émile Octave Thieffry naît à Etterbeek . Il est le fils d'Octave Thieffry et de Reine Warsain.
Il effectue ses études secondaires à Turnhout, en néerlandais. Après celles-ci, il commence des études de droit à l'université catholique de Louvain mais, en 1912, il doit les interrompre car il est enrôlé au 14e régiment de Ligne jusqu’en . Il obtient son diplôme de docteur en droit juste avant d'être rappelé au sein du 10e régiment de Ligne en , la Première Guerre mondiale étant sur le point d'éclater.
Première Guerre mondiale
Début de la guerre Avec son régiment, il rejoint le fort de Loncin où il est rattaché à l'état-major du général Gérard Leman. Il est fait prisonnier quelques jours plus tard, à Herstal, par les allemands mais il parvient à s'évader en motocyclette vers les Pays-Bas. Il y est arrêté, mais sa connaissance du néerlandais et sa formation juridique lui évite l'internement. Il indique qu'un prisonnier évadé ne peut être assimilé à un combattant en arme. Il rejoint alors Anvers et l'armée belge, au sein du service des estafettes de la . La situation évolue et il rejoint le front de l'Yser.
Engagement dans l'aviation militaire Son rôle d'estafette amène régulièrement Edmond Thieffry sur la plaine d’aviation de Coxyde. Souhaitant plus d'action, il s'engage dans l'aviation militaire en . Quelques mois plus tard, en , reçoit son brevel civil et fin son brevet militaire.
Il est affecté, le , à la , à Coxyde. Il effectue des missions d'observation, de bombardements et de réglage des tirs d'artillerie. Il assiste alors au début de la photographie aérienne, à l’initiative de deux pilotes belges, Jules Jaumotte et Fernand Jacquet.
À sa demande, et après un incident impliquant un retour à la base sans avoir largué ses bombes, Edmond Thieffry est transféré dans une unité de chasse. Il quitte Saint-Idesbald pour rejoindre l’École de chasse à Étampes en .
L'aviation de chasse Il commence son entrainement sur Farman F.40 puis passe sur Nieuport 11. Avec ce dernier, il effectue des acrobaties, ce qui est interdit et lui vaut huit jours de cachot. Il y fait la rencontre d'un autre pilote belge, Willy Coppens.
Après sa formation, en , il est muté à l'escadrille de la Comète, soit la de chasse, à Houtem. Celle-ci déménage à l'aérodrome des Moëres, près de Dunkerque, dès 1917.
Survol de Bruxelles Dès ses débuts dans l'escadrille, Edmond Thieffry a l'idée de survoler Bruxelles, alors occupée. Le , à bord d'un nouveau Nieuport à l'autonomie prolongée, il largue quatre drapeaux belges sur la capitale. Le premier est déposé sur la cathédrale Saints-Michel-et-Gudule et porte, dans la partie jaune, l'inscription : .
Il largue un deuxième drapeau sur le collège Saint-Michel et les deux derniers pour ses parents et sa fiancée à Etterbeek.
Il revient à la base avec un seul litre de carburant restant. Aucune action displinaire n'est prise si ce n'est une réprimende de Fernand Jacquet, alors commandant du groupe de chasse.
Victoires aériennes et as belge Le , il remporte sa première victoire aérienne, et quelques jours après, le sa deuxième. Pour ses deux victoires, et son survol de Bruxelles, pourtant interdit, il est cité à l’ordre du jour et décoré de la Croix de guerre le .
Le , lendemain de sa deuxième victoire, Edmond Thieffrey est abattu par deux chasseurs allemands. Le moteur de son Nieuport est touché et s'arrête. Il parvient néanmoins à se poser et à revenir au-dessus des lignées alliées. Son avion se brise à l'atterissage, entre les tranchées, mais il s'en sort indemne. .
Quelques jours après, il remporte sa troisième () et quatrième victoire (). Lors de ce dernier affrontement, son avion prend feu mais, encore une fois, il parvient aux avant-postes belges. Son avion est détruit lors de l'atterissage et il s'en sort avec quelques égratignures.
Edmond Thieffry devient le premier as belge de la guerre et le premier pilote belge à effectuer un doublé, en abattant deux Albatros de la Marine allemande le . Cette réussite lui vaut d'être nommé chevalier de l’Ordre de Léopold II le avec la citation suivante : .
Désormais sous-lieutenant, et à bord d'un Spad S.VII, il remporte ses victoires suivantes (septième le , huitième le et neuvième le ). C'est durant cette période qu'il manque d'êtra abattu par un avion britannique, un S.E.5. Il en sort indemne en se posant sur une aérodrome allié, suivi du pilote du pilote britannique qui se rend compte de son erreur.
Le , il est néanmois abattu par un avion allemand mais se pose, indemne, près des lignes belges, son Spad S étant détruit.
Lors de la visite sur le front du Roi Victor-Emmanuel III d’Italie, il reçoit la médaille d'argent de la valeur militaire d'Italie et quelques jours après, est cité aux ordres du jour et nommé chevalier de l’Ordre de Léopold. Après sa dixième victoire aérienne le et pour , l'armée française le décore de la Croix de guerre.
Fin de la guerre Edmond Thieffry, lors de sa , et accompagné d'André De Meulemeester et de Georges Kervyn de Lettenhove, est abattu le au-dessus des lignes ennemies. Il est touché par le tir d'observateur aérien et son réservoir prend feu. Il plonge vers le sol pour échapper à son ennemi et s'écrase sur une crête. Il est capturé par les Allemands et rejoint l'hôpital de Courtrai. Il tente à quatre reprises de s'évader mais échoue. Il termine la guerre interné au fort d'Ingelstadt en Bavière. Il s'évade finalement et rejoint Bruxelles via la Suisse le .
Après le conflit, il eut cette boutade à l'adresse de son cher ami Willy Coppens, reconnu officiellement comme étant « l'as des as belges » et comme étant le pilote belge ayant détruit le plus grand nombre d'engins aériens (35 ballons Drachen et 1 seul avion ennemi), et connu pour sa susceptibilité à ce sujet, Thieffry lança à la cantonade : « tu oublies sûrement tous les avions que j'ai cassés lors de mon écolage ! ».
Retour à la vie civile Revenu à la vie civile, il prête serment d'avocat devant la Cour d'appel de Bruxelles seulement dix jours après être revenu en Belgique. Il ne s'éloigne cependant jamais du monde de l'aviation, notamment en volant comme officier de réserve. Il participe également à la création d'un monument dédié à l'as français Georges Guynemer dans la commune de Poelcappelle.
Première liaison aérienne Bruxelles-Léopoldville En 1924, la Sabena, la compagnie aérienne nationale belge, souhaite établir un réseau aérien au Congo. Six Handley Page Type W sont prévus et doivent être expédiés, en caisses, via la compagnie maritime belge, vers la colonie belge. Edmond Thieffry demande alors de disposer d'un des appareils et d'effectuer le trajet via les airs, reliant Bruxelles à la base africaine de Léopoldville. Il est appuyé par de nombreuses personnalités notamment le roi Albert, le général Van Crombrugge (directeur de l’Administration de l’Aéronautique) ainsi qu'Albert Marchal et Georges Nélis, tout deux responsables de la Sabena. Le gouvernement belge se porte assureur de l'avion.
Durant la liaison, Edmond Thieffry doit effectuer des observations pour une potentielle liaison aérienne sur l'itinéraire. Il est accompagné de Léopold Roger, pilote qui a signé un contrat de deux ans avec Sabena-Congo et de Jef De Bruycker, mécanicien.
Le Princesse Marie-José, nommé en l'honneur de la princesse Marie-José de Belgique, manque d'être accompagné par un équipage français mais ce dernier est contraint à l'abandon après un avion endommagé. Les membres de ce dernier prévoyaient un vol vers le Tchad et Bangui. L'équipage belge peut compter sur des ravitaillements en huile et carburant prévus initialement pour les Français.
Le raid s'élance le depuis Evere. L'objectif est d'éviter les tempêtes de sable qui sévissent régulièrement entre mars et novembre. L'équipage fait escale à Châtillon, Dijon, Lyon et Perpignan au cours des deux premiers jours, puis poursuit sa route vers l'Espagne en s'arrêtant à Barcelone, Valence et Alicante. Il traverse ensuite la mer Méditerranée jusqu'à Oran, puis survole le Moyen Atlas et le Haut Atlas avant de se poser, le , à Colomb-Béchar. Le Princesse Marie-José poursuit sa route vers le Tanezrouft, dans le Sahara. L'équipage perd alors la piste et Edmond Thieffry décide de se poser afin d'éviter une tempête de sable. Le lendemain matin, les trois hommes sont repérés par des méharistes, qui leur indiquent la direction de . Une fois à destination, l'avion repart le en direction de Gao. Le , le Princesse Marie-José décolle de Gao vers Niamey. Le , après un léger retard dû à des problèmes lors d'une vidange, l'équipage reprend sa route vers Zinder. Cependant, les trois hommes perdent leurs repères au sol et le moteur commence à vibrer. Ils décident alors de se poser dans un champ de mil, près du village de Tessaoua. Les fortes chaleurs affectent le mécanisme de l'hélice, provoquant une dilatation différentielle entre l'hélice en bois et son moyeu, en acier. Le problème est résolu par Jef De Bruycker. Après avoir défriché le champ, l'équipage peut redécoller vers Zinder. Les trois hommes y effectuent l'entretien de l'avion avant de repartir, le , vers Fort-Lamy. La navigation à vue devient de plus en plus difficile en raison de l'imprécision des cartes, et l'équipage se perd à nouveau. L'avion se pose en pleine campagne, près d'un village, à environ au sud de Fort-Lamy. Faute de carburant suffisant, il ne peut atteindre la ville en redécollant. L'équipage se rapproche alors du fleuve Chari, situé à environ à l'est, et se pose à nouveau dans un champ. Sur place, les trois hommes parviennent à rejoindre Fort-Lamy par voie terrestre, en utilisant notamment une pirogue et des chevaux, et à obtenir du carburant, acheminé par un bateau à vapeur. Le , le Princesse Marie-José reprend son vol vers Fort-Archambault. Sur place, le mécanicien constate que l'hélice est en mauvais état et doit être remplacée. Faute d'hélice de rechange, l'équipage repart néanmoins le vers Bangui, où une demande d'envoi d'une nouvelle hélice est télégraphiée à la Sabena. Les trois hommes doivent alors attendre quinze jours son arrivée depuis Kinshasa, d'où elle est acheminée par un service de vapeur postale remontant le fleuve Congo puis l'Oubanghi. Une fois l'avion réparé, l'équipage repart le pour la dernière étape du raid. Durant les quinze jours d'arrêt, la piste a été agrandie, mais le sol reste détrempé à la suite d'une récente tornade. Au décollage, le Princesse Marie-José frôle ainsi les arbres situés en bout de piste. Les conditions météorologiques et les difficultés rencontrées avec le moteur central contraignent ensuite l'équipage à se poser sur l'aérodrome d'Irebu, qu'il a du mal à repérer au milieu de la forêt. Le lendemain, après un nouvel agrandissement de la piste, l'avion redécolle une dernière fois vers Kinshasa, où il achève son périple après .
Ainsi, avec son équipage, Edmond Thieffry est le premier aviateur à relier la Belgique au Congo en avion, au cours d'un périple de , du au , et dont 75 heures de vol effectif. Il écrit un livre de son raid : En avion, de Bruxelles au Congo (1926).
Une fois l'exploit réussi, la compagnie d'aviation belge fit tout pour exploiter cette ligne à des fins commerciales mais dut attendre 10 ans, le , pour que la première liaison commerciale soit enfin réalisée (le premier avion, un Fokker F.VII immatriculé OO-AGH, avec comme pilote le commandant Prosper Cocquyt, l'avion était baptisé « Edmond Thieffry », relia Kinshasa en 5 jours).