L’abbaye Saint-Corneille est située à Compiègne (876-1790), à au nord de Paris, dans le pays de Valois, et s’appelle tout d’abord Sainte-Marie ou Notre-Dame. Elle est renommée par la suite Saint-Corneille et est connue également sous le nom de Saint-Cyprien.

Cette abbaye impériale et royale, fondée par un empereur, pour succéder ou être au moins la rivale de la chapelle palatine d’Aix-la-Chapelle, fut consacrée par un pape et fut le lieu de réunion de plusieurs conciles. Plusieurs Carolingiens et Robertiens comme Louis II le Bègue (877), Eudes de France (888), Louis V de France (979) et Hugues de France (1007-1025) se firent couronner ou inhumer dans ses murs.

En 987, c'est en son sein qu'une assemblée reconnut roi Hugues Capet. Mais, après 987, l'influence de l'abbaye diminua et devint presque uniquement provinciale. Toutefois, aux yeux des princes comme du peuple, elle resta, du fait de son passé et de ses précieuses reliques, une illustre abbaye royale. L'histoire de la ville de Compiègne et du Valois est étroitement liée à celle de son abbaye.

Toutefois, même quand les chanoines font place en 1150 à des moines de l’ordre de Saint-Benoît, les tensions demeurent, mais aussi les intérêts en commun. Les moines ont encore des rapports conflictuels avec les puissants seigneurs locaux et les évêques de Soissons. Les rois et les papes doivent sans cesse les protéger ou plus rarement modérer leurs ambitions. L’abbaye recèle toujours, à la Renaissance, de nombreuses reliques, des drapeaux pris à l’ennemi, et reçoit des princes et des reines. Elle a même ses huit barons fieffés. Les abbés détiennent une puissance durable dans la moyenne vallée de l’Oise et à Compiègne. Néanmoins, le régime de la commende et la réunion de sa mense à l'abbaye royale du Val-de-Grâce vont provoquer son déclin. La révolution de 1789 met fin à son histoire presque millénaire. L’abbaye royale, encore riche et célèbre, Panthéon de Compiègne, est profanée, pillée et laissée à l’abandon, en 1793. Les derniers vestiges de l'abbaye seront bombardés en 1940 par l'aviation allemande.

Naissance et apogée de l'abbaye La fondation de l’abbaye Notre-Dame de Carlopolis (876)

Pépin le Bref rassemble un concile à Compiègne en 757. Ce prince fait placer dans la chapelle du palais le premier orgue connu en France, un cadeau de Constantin V, l’empereur d'OrientVoir début de l'article.. Compendium a déjà une importance considérable en Francie occidentale dès avant la mort de Clotaire en cette ville, en 561.

Charles II le Chauve établit progressivement à Compiègne le siège principal de son autorité royale, puis impériale. Mais on ne peut en rien parler de véritable capitale. Le pouvoir n'est en rien centralisé et Verberie et Compiègne ne sont juste que deux palais parmi tant d'autres. Sacré empereur à Rome, à la Noël 875, Charles fonde en 876 l’abbaye Notre-Dame de Carlopole, SS. Cornelius et Cyprianus Compendiens, ou Compendiense Monasterium., qu'il établit à l'emplacement de l'ancien palais mérovingien, tandis que lui-même se fait construire un nouveau palais situé vers l'Oise, auquel l'abbaye sert de chapelle impériale. Il s'inspire fortement du modèle de palais de son grand-père Charlemagne, à Aix-la-ChapelleProcès-verbaux, rapports et communications diverses, de Société historique de Compiègne, 1934-36, p. 2.. Carlopolis est la capitale de l’Empire.. Le regroupement des différents bâtiments est nécessaire à l'exercice du pouvoir et à la vie d'une cour (dont l’aula pour la réception, des bâtiments d'habitation, et une chapelle pour que l'empereur et sa cour assistent à l'office divin et puisse légitimer son pouvoir spirituel et abriter son futur tombeau).

La papauté, pendant cette courte période, joue un rôle assez important au sein de l'Empire, mais certes en rien comparable à sa toute-puissance à partir du . Il faut qu’en 877, soixante-douze évêques se réunissent à Compiègne et que le pape Jean VIII préside cette assemblée, pour que soit consacrée l'église de Saint-Corneille. Charles II le Chauve est surnommé le chauve, non en raison d’une calvitie, mais parce que ce , jour de la consécration de la collégiale Sainte-Marie, future abbaye Saint-Corneille, il s’est fait raser le crâne en signe de soumission à l’Église, et ce, malgré la coutume franque exigeant qu’un roi ait les cheveux longs.

Et Charles II le Chauve estime que ces grâces purement temporelles ne suffisent pas pour décorer cette église naissante. Outre le transfert de précieuses reliques, il demande au pape Jean VIII d’accorder des privilèges qui vont devenir célèbres à l'église de Compiègne..

Le premier abbé de Saint-Corneille est Hincmar (806-882), futur archevêque de ReimsEncyclopédie théologique, ou Série de dictionnaires sur toutes les parties de la science religieuse, pub. par M. l'abbé Migne… p. 420.. Le roi y met 100 chanoines. Mais ce philosophe et théologien du , meurt en 876 au moment de sa création.

Les successeurs de Charles II le Chauve, les Carolingiens de Francie occidentale vont continuer à considérer leurs palais de Compiègne et de Verberie et cette abbaye comme les successeurs du palais d'Aix-la-Chapelle et de la chapelle palatine.

Du temps des Carolingiens (877-987)

Le fils de Charles II le Chauve, Louis II le Bègue, est intronisé et sacré à Compiègne en 877, dans la chapelle palatine, où il est enterré deux ans plus tard, en 879.

L'abbaye prend, sous ses successeurs, une grande importance, et acquiert d'immenses richesses. La ville se bâtit à l’ombre de l’abbaye. Elle est gouvernée par des prieurs et des doyensDictionnaire d'ascétisme…, par les abbés J.-C. G. et J.-C. P., T. 2, contenant en outre Le traité de la perfection du chrétien, par le cardinal de Richelieu. Les secrets de la vie spirituelle, qui en découvrent les illusions / par le R.P. François Guilloré, Paris : J.-P. Migne, 1854, p. 1192..

Les chanoines ont le droit de battre monnaie. Charles III le Simple, roi de 898 à 922, confirme la donation que Frédérune, sa femme, avait faite à l'église de Compiègne de la moitié de la monnaie dans la ville de Cainsei, ou plutôt dans celle de Ponthion, ancien palais de nos roisDuby, Monnaie des barons et des prélats, tome II, p. 247.. Une tour de la Monnaie est visible sur des gravures de l’abbaye et citée dans de nombreux textes à l’angle du jardin potager de la collégiale Saint-Corneille, après l’alignement des maisons des chanoinesPlans modernes de 1509 et de 1567.. Par ce droit à la moitié de la monnaie, il faut certainement entendre le partage des bénéfices que procure l'émission du numéraire, ou bien le droit de frapper un nombre de deniers et d'oboles égal à celui que le château met en circulation. Il n’existe pas de monnaie avec le nom de Saint-Corneille ou de quelque abbé.

L’abbaye est toutefois détruite en partie par les Vikings en 882 et des incendies en 912 et en 916L’Oise, De la Préhistoire à nos jours, Bordesoules, p.119. et relevée par Charles le SimpleHistoire de saint Augustin, par M. Poujoulat…, sixième édition, p. XXXI. à partir de 917. L'abbaye Saint-Corneille doit donc choisir des avoués ou défenseurs. Elle se met d'abord sous la sauvegarde des comtes de Champagne, qui sont de la maison de Vermandois à cette époque et ensuite sous celle des seigneurs de RoucyEncyclopédie théologique, ou Série de dictionnaires sur toutes les parties de la science religieuse, pub. par M. l'abbé Migne… p. 420..

L'ordre monastique des chanoines réguliers, dont la discipline s'était relâchée au milieu des guerres et des révolutions, appelle en 816 l'attention de Louis le Pieux (778-840). Au mois de septembre de cette année, ce monarque invite les évêques réunis à Aix-la-Chapelle à rédiger une règle pour les chanoinesRevue de l'art chrétien, de Société de Saint-Jean, p. 549..

Eudes, qui est un Robertien, est élu roi des Francs et sacré le en l'abbaye Saint-Corneille de Compiègne, par Gautier, archevêque de Sens.

En 978, le roi Otton II du Saint-Empire pille le palais et l'abbaye de Compiègne en représailles de l'attaque de son palais à Aix-la-ChapelleErnest Lavisse, Histoire de France illustrée depuis les origines jusqu'à la Révolution, 1911, page 410, et Collection de textes pour servir à l'étude et à l'enseignement de l'histoire, 1925, page 26..

Le dimanche de Pentecôte, , le père de Louis V, Lothaire l’associe au trône, et le fait couronner à l'abbaye Saint-Corneille de Compiègne par Adalbéron, archevêque de Reims. Louis V est inhumé en l'église de l’abbaye Saint-Corneille de Compiègne, en 987.

Les rois seront par la suite couronnés presque toujours dans des cathédrales. Compiègne n’est plus le centre de la Francie occidentale, qui est désormais situé plus au sud. Néanmoins les premiers Capétiens vont faire de multiples dons et des concessions à l’abbaye royale.

Du temps des premiers Capétiens (987-1150)

vignette|120px|Constance d'Arles, bienfaitrice de la collégiale.

C’est dans l’abbaye que des assemblés reconnaissent roi Hugues Capet. Le changement de dynastie se joue entre trois villes, où l’abbaye est très présente et puissante : Compiègne, Senlis et Noyon. Mais si Hugues porte la cappa, il n’est pas abbé laïc de l'abbaye de Compiègne et désormais le centre de gravité de la Francie occidentale se situe entre Paris, Orléans et Reims, cette rivale qui va triompher de Compiègne.

Certes, Constance d'Arles, reine de France par son mariage avec Robert II, donne à l’abbaye un très important domaine à Verberie pour le repos de l’un de ses fils, Hugues (1007-1025), qui est sacré roi en 1017. Mais c'est un roi qui n'a pas régné qui est inhumé dans l’abbaye Saint-Corneille de Compiègne, huit ans plus tard..

Compiègne et une grande partie des biens de l’abbaye sont situés dans le minuscule domaine royal et dépendent d’un prévôt. En 1048, le roi Henri de France, las des nombreuses plaintes contre les pillages des prévôts concède aux clercs de Sainte-Marie la prévôté royale de la ville de Compiègne..

Le roi Philippe de France (1052-1108) convoque en 1085 un concile pour examiner les plaintes de l'évêque de Soissons Hilgod de Gometz contre les immunités de cette abbaye. Renauld du Bellay, archevêque de Reims (1083-1096), métropolitainC'est-à-dire un archevêque assurant un rôle de coordination entre les évêques des diocèses. demande à dix évêques et dix-neuf abbés d’être présentsMoreri, Grand dictionnaire historique, p. 871.. Non seulement, le roi et le métropolitain de Reims leur confirment par une charte tous leurs privilèges, mais ils leur accordent aussi le pouvoir d’empêcher toute construction de tour ou de forteresse dans leur terroir de Compiègne en 1092Louis Paris, Le Cabinet historique, p. 167.. Car désormais, les chanoines doivent lutter aussi contre les prétentions des grands seigneurs des environs. Philippe de France, par exemple, doit exiger qu’on leur rende six métairies. et doit confirmer leurs droits de voirie à Longueil et Sacy.

Sous le règne de ce souverain, Roscelin de Compiègne (1050-1120) est le chanoine de cette abbaye. C’est un philosophe scolastique français, considéré comme le fondateur du nominalisme et le maître d'Abélard. Depuis longtemps les communautés monastiques cherchent à réformer les mœurs. Deux chartes de 1110 et 1125 défendent aux clercs de l’abbaye Saint-Corneille, engagés dans les ordres sacrés d’avoir des femmes.