Nosferatu le vampire () est un film muet allemand réalisé par Friedrich Wilhelm Murnau sorti en 1922, adapté du roman Dracula, bien qu'il ne fût pas autorisé par les détenteurs des droits d’auteur..

Pour cette raison, certains noms et détails ont été changés par rapport au roman. Le comte Dracula devient ainsi le comte Orlock. Le film fit l'objet d'un procès intenté par la veuve de l'écrivain, qui aboutit en 1925 à un jugement exigeant la destruction de toutes les copies. Jugement qui ne fut pas appliqué ; plusieurs copies circulèrent dès les années 1930 aux États-Unis et en FranceJean Pierre Piton, « L'éternel retour de Dracula », L'Écran Fantastique janvier 1993 21..

C'est un des premiers films d'horreur, genre dont Murnau est un des pionniers, et un des grands chefs-d'œuvre du cinéma expressionniste allemand. Le comte Orlock a marqué les esprits au point de devenir lui-même une icône du cinéma.

Synopsis vignette|gauche|Thomas Hutter effrayé en voyant le comte Orlok dans une version colorisée de Nosferatu En 1838, dans la ville fictive de Wisborg, Thomas Hutter, un jeune clerc de notaire ayant fait un heureux mariage avec Ellen, doit partir pour la Transylvanie afin de vendre une propriété au comte Orlock, qui désire avoir une résidence dans la ville. Après un périple sur une terre d'ombres, le jeune homme est accueilli au sein d’un sinistre château par le comte. Durant la transaction, Orlock aperçoit une miniature d’Ellen qui le fascine, et décide d’acquérir le bâtiment qui lui est proposé. Hutter, hôte du comte, ne tardera pas à découvrir la véritable nature de celui-ci : c'est un vampire. Alors cheminera vers sa nouvelle propriété, répandant dans son sillage une épidémie de peste. Ellen, bientôt en proie aux mains griffues de Nosferatu qui la convoite, laissera le comte faire d’elle sa victime en sacrifiant son sang au vampire pour sauver la ville frappée par la peste.

Fiche technique thumb|upright=1.4|right|Nosferatu le vampire

Titre français : Nosferatu le vampire Titre original : Nosferatu, eine Symphonie des Grauens Réalisation : Friedrich Wilhelm Murnau Scénario : Henrik Galeen, d'après le roman de Bram Stoker Dracula Musique : Hans Erdmann Décors et costumes : Albin Grau Photographie : Fritz Arno Wagner Production : Enrico Dieckmann, Albin Grau Société de production. : Prana Film Berlin GmbH Société de distribution : Film Arts Guild Pays de production : Allemagne Genre : Horreur et fantastique Format : Noir et blanc - - 1,33:1 - Muet Durée : soit environ 94 minutesÀ la vitesse originale de 18-20 images par seconde. Certaines versions en 24 i/s, comme la copie française en noir et blanc des années 1950 éditée par Films sans frontières en 1999, n'excèdent pas les 60 min. Dates de sortie. : République de Weimar : (Berlin), (sortie nationale) France : (Ciné-Opéra, Paris)Le Matin, 27 octobre 1922, , col. 3, sur Gallica« En voulez-vous de l'épouvante ? » La Presse, 29 octobre 1922, , sur Gallica. États-Unis :

Distribution Max Schreck : le comte Orlock / Nosferatu Gustav von Wangenheim : Thomas Hutter Alexander Granach : Knock Greta Schröder : Ellen Hutter Georg H. Schnell : Harding Ruth Landshoff : Ruth, la sœur d'Harding John Gottowt : le professeur Bulwer Gustav Botz : le professeur Sievers Max Nemetz : le capitaine de lEmpusa Wolfgang Heinz : le premier matelot de l'''Empusa Heinrich Witte : le garde de l'asile Guido Herzfeld : un gardien Karl Etlinger : un étudiant du professeur Bulwer Hardy von François : le docteur à l'hôpital Fanny Schreck : l'infirmière à l'hôpital Albert Venohr : matelot de lEmpusa Loni Nest : enfant à la fenêtre

Production vignette|Le château d'Orava où a été tourné le film. Albin Grau est à l'origine du film.. Pendant la Première Guerre mondiale, un paysan serbe lui aurait confié une histoire de vampire. En 1921, il fonde avec Enrico Dieckmann, la maison de production Prana Film Berlin GmbH. Les coproducteurs sont tous les deux férus d'occultisme. Ils souhaitent spécialiser leurs productions sur des thèmes liés au fantastique. Nosferatu sera le premier film produit.

Mais réaliser un film en s'inspirant du Dracula de Bram Stoker se heurte aux faibles moyens de Prana Film qui ne s'acquitte pas des droits d'auteur (ce qui conduira Prana Film à la faillite). Albin Grau demande à Henrik Galeen, scénariste du Golem (1920) de rédiger le scénario en modifiant les noms et l'histoire.. Albin Grau est aussi graphiste, c'est en réalisant l'affiche de La Marche dans la nuit qu'il rencontre Friedrich Wilhelm Murnau et lui propose la réalisation du film.

Scénario Le scénario de Henrik Galeen, adapté du Dracula de Bram Stoker paru en 1897, prend plusieurs libertés par rapport à cette œuvre. Tout d'abord, il y a un changement de lieu puisque l'action se passe dans la ville imaginaire de Wisborg au lieu de Londres. La ville fictive de Wisborg est largement inspirée des villes de Wismar et de Lübeck où les scènes ont été tournées. Les noms des personnages ont été aussi modifiés par rapport au roman : Jonathan Harker devient Thomas Hutter, Mina Murray devient Ellen, Dracula devient le comte Orlock, Renfield devient KnockLa version française reprend la plupart des noms du roman de Stoker, Orlock redevient Dracula… Mais Wisborg devient Brème et non Londres. .. Ces modifications ont été motivées par le faible budget dont disposait le film et qui lui interdisait le versement de droits d’auteur. Ensuite, le vampire se présente à Hutter sous la forme d’un loup-garou (ici représenté sous la forme d’une hyène brune), s’inspirant ainsi de L’Invité de Dracula, premier chapitre retiré du roman original et publié sous forme d’une nouvelle quelques années plus tard. Enfin, la lumière du jour peut tuer le vampire (alors que dans le roman, Dracula se promène à Londres, en pleine journée). Néanmoins, la trame narrative est respectée.

Interprétations

Le rôle du vampire est interprété par Max Schreck, il s'agit alors de son neuvième film après deux ans de carrière cinématographique. Acteur de théâtre issu de la troupe de Max Reinhardt, il tournera à nouveau pour Murnau en 1924 dans les Finances du grand-duc. Acteur à la morphologie particulière, de grande taille et anguleux, il joue de ce physique en adoptant des gestes raides et lents qui accentuent le caractère horrifique du vampire.. Il apparaît d'abord sous l'apparence du cocher qui conduit le héros du film au château du comte.. L'interprétation du comédien fut tellement marquante qu'elle fut à l'origine d'une légende colportée par l'auteur Ado Kyrou qui faisait de Schreck, dont le nom signifie en allemand, un authentique vampire.

Décors et costumes Le coproducteur Albin Grau, à l'origine du projet de film, est aussi décorateur, en réalisant les costumes, les décors, les dessins et le matériel promotionnel, il apporte beaucoup à l'aspect et à l'esprit du film.. Pour l'allure du personnage Nosferatu, il s'inspire des tableaux de Hugo Steiner-Prag, illustrateur du roman de Gustav Meyrink Le Golem.

Passionné d'occultisme, il imprégna le film de références mystiques et hermétiques. Le souci du détail et de la véracité, allié à ses connaissances occultes, le conduit à soigner la lettre de Nosferatu, que l'on voit en gros plan seulement quelques secondes..

Tournage vignette|La maison de Hutter à Lübeck. Le tournage débute en et la plupart des scènes se déroulant dans la ville de Wisborg sont tournées dans les villes de Wismar et de Lübeck. On peut y voir notamment la place du marché de Wismar avec la Wasserkunst et des monuments comme l'église Heiligen-Geist-Kirche ainsi que la Wassertor. C'est au grenier à sel de Lübeck (Salzspeicher), abandonné à l'époque, que furent tournées les scènes où l'on voit la maison achetée par le comte Orlock à Wisborg. D'autres scènes ont été tournées à Lauenburg, Rostock et Sylt.

L'équipe de tournage se déplacera ensuite en Slovaquie, dans les Carpates, pour filmer les scènes censées se dérouler en Transylvanie. Le château d'Orava va servir de décor pour le château du comte Orlock. Des lieux situés à proximité du château serviront pour le tournage comme la ville de Dolný Kubín où Hutter fait une halte lors de son voyage, la rivière Váh, où a été tourné le voyage en radeau avec les cercueils. Les Hautes Tatras serviront aussi de décor représentant la Transylvanie Martin Votruba, « Nosferatu (1922), Slovak Locations. » Slovak Studies Program, University of Pittsburgh..

Technique Murnau a recouru à des effets spéciaux, tels le stop-motion (comme lorsque Nosferatu sort du bateau) ou l'utilisation de l’image en négatif (lors du trajet de la calèche, quand Hutter se rend au château du comte). Le film est originellement teinté. Le jaune est employé pour signifier le jour et la lumière artificielle ; le vert/bleu, la nuit ; et le rose pour le lever ou le coucher du soleil.. Le film ayant été entièrement tourné de jour, ces couleurs donnent un repère visuel qui complète les indices contextuels (présence de bougies ou de lampes allumées ; indications dans les intertitres).

Musique La partition de Hans Erdmann étant réputée perdue dans son état d'origine, elle est reconstituée par le musicologue berlinois Berndt Heller et interprétée par un orchestre de chambre pour la première fois le au festival de Berlin à l'occasion de la présentation de la copie restaurée sous la supervision de Enno Patalas. La version originale pour orchestre symphonique a, quant à elle, été jouée en au Gasteig de Munich par l'Orchestre symphonique de Munich sous la direction de Heller, en accompagnement d'une nouvelle version teintée Jens Geutebrück, Grabstein für Max Schreck : Nosferatu..

C'est cette partition, complétée des dernières découvertes de la musicologue Gillian B. Anderson à la bibliothèque du Congrès en 1994Nosferatu, eine Symphonie des Grauens sur cinemusic.de. et interprétée par l'Orchestre symphonique de la radio de Sarrebruck, toujours sous la direction de Berndt Heller, qui accompagne la version restaurée de 2005.

En dehors de la partition de Hans Erdmann, d'autres compositeurs ont proposé une musique originale au film de Murnau : Peter Schirrmann pour la diffusion de 1969 sur l'ARD Clemens Ruthner, « Vampirische Schattenspiele: F.W. Murnaus Nosferatu » in Stefan Keppler et Michael Will, Der Vampirfilm: Klassiker des Genres in Einzelinterpretationen, Könighausen & Neumann, Würzburg, 2006, .; Hans Posegga pour la diffusion de 1988 sur la ZDFNosferatu, eine Symphonie des Grauens (BO) sur le site du label discographique Hi-Hat Records ; Art Zoyd (Thierry Zaboitzeff et Gérard Hourbette) en 1989 ; Galeshka Moravioff en 1994Utilisée pour l'édition DVD Films sans frontières sortie en 1999. Cf. Site officiel de Galeshka Moravioff. ; Hans Peter Müller-Kieling en 1995« Nosferatu en création française » sur classiquenews.com, 3 février 2008. ; James Bernard en 1996 pour la diffusion de 1997 sur Channel 4Entretien avec James Bernard, Soundtrack Magazine 58, 1996. ; Baudime Jam en 2002 pour le Quatuor Prima Vista ; Olav Lervik en 2022 pour la copie diffusée par arte ; Christopher Young en 2023 pour le Tonhalle-Orchester Zürich.

Accueil En 1929, à l'occasion d’une ressortie parisienne du film, invisible depuis 1922, les surréalistes s’y rendent en « grande cérémonie ». Georges Sadoul déclare :

Cette courte phrase est due au traducteur inconnu de la version française, le carton original allemand signifiant moins poétiquement : « Dès qu’il eut franchi le pont, Hutter fut assailli par les inquiétantes visions dont il m’a souvent parlé. »  Ce carton, , a inspiré de nombreux commentaires., notamment sur sa portée prophétique et comme parabole sur le cinéma.Nosferatu est, selon Jacques Lourcelles,

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