Adolf Stoecker, né le à Halberstadt et mort le à Bozen, dans le comté de Tyrol, est un théologien protestant et homme politique allemand.

« Ennemi juré de la social-démocratie »Roland Charpiot, Histoire des Juifs d'Allemagne du Moyen âge à nos jours, Vuibert, 2009, p. 108., Stoecker a essayé de briser l'alliance entre le SPD et le monde du travail, en mettant en avant la chrétienté, la monarchie, le conservatisme social, les réformes sociales, mais également l'antisémitisme.

Biographie Origines Adolf Stoecker est le fils d'un forgeron devenu par la suite agent de police au de cuirassiers de Halberstadt. De 1854 à 1857, après avoir été diplômé du lycée de la cathédrale de Halberstadt, il étudie la théologie à l'université Martin-Luther de Halle-Wittemberg et à l'université Frédéric-Guillaume de Berlin. Il rejoint d'abord le , mais en démissionne en 1855 afin de faire revivre le Corps Borussia Halle suspendu. Après ses études et cela jusqu'en 1862, il exerce dans différentes familles nobles comme à Riga chez le comte Lambsdorff, mais également comme aumônier militaire. Après l'Oberlehrerexamen (l'examen permettant d'enseigner) de 1862, il participe à un voyage de neuf mois en Allemagne du Sud, en Suisse et en Italie.

Carrière politique et ecclésiastique En 1863, Stoecker devient pasteur à Seggerde (Altmark). Trois ans plus tard, il change de paroisse pour s'occuper de celle de Hamersleben, une petite ville industrielle. Marié depuis 1867 à Anna Krüger, fille d'un conseiller de commerce brandebourgeois, il quitte Hamersleben en 1871 après s'être violemment opposé aux mariages inter-confessionnels. Il devient la même année pasteur à Metz.

À partir du , Stoecker devient quatrième prédicateur à Berlin. Depuis 1863, ses écrits dans le l'avaient rendu intéressant aux yeux de la cour. La même année, il devient membre de la direction synodale générale de l'Église d'État protestante des anciennes provinces de Prusse.

En 1878, Stoecker expose ses opinions réformatrices sociales chrétiennes dirigées contre la social-démocratie lors de la Eiskeller-Versammlung. C'est lors de cette réunion que le Parti chrétien social des travailleurs est fondé. Il changera de nom en 1881 pour devenir le Parti chrétien-social. Le but du parti est de défaire les liens existants entre le SPD (socialiste) et les ouvriers en exerçant une politique sociale monarchiste et chrétienne mais également en diffusant l'antisémitisme. Après un échec retentissant lors des élections parlementaires de 1878, Stoecker redirige son action pour gagner les classes moyennes. Un an auparavant, Stoecker avait pris la direction de la Berliner Stadtmission, une association protestante dont le but est de freiner le déclin de la religion en s'engageant socialement et ainsi faire retrouver à l'église un prestige accru.

Une diaconie est mise en place, elle s'occupe des malades, des handicapés et des groupes discriminés. C'est ainsi que Stoecker fonde la Schrippenkirche dans la Ackerstraße où une tasse de café et deux petits pains sont distribués après l'office religieux. Les prêches qu'il publie atteignent un tirage de .

De 1879 à 1898, Stoecker est député pour la circonscription de Minden-Ravensberg au parlement de Prusse. De 1881 à 1893 puis de 1898 à 1908, il est député au Reichstag pour la circonscription de Siegen-Wittgenstein-Biedenkopf. Enfin, il est jusqu'en 1896 le représentant du Parti conservateur allemand auquel les sociaux-chrétiens s'étaient ralliés.

Après n'avoir pas réussi à rallier à lui les ouvriers et les sociaux-chrétiens, Stoecker se tourne avec succès vers les classes moyennes en recourant à la propagande antisémite. Son action trouve un écho favorable parmi certains étudiants. Le Christlich-Soziale Partei reste cependant dépendant des conservateurs. Stoecker et Hammerstein envisagent de transformer le Parti conservateur allemand en un parti de masse en association avec le Kreuzzeitung ultra conservateur.

En 1883, Stoecker est nommé deuxième prédicateur et il devient quatre ans plus tard l'éditeur du Neue evangelische Kirchenzeitung.

Entre 1887 et 1888, Stoecker et l'aile droite de son parti entrent de plus en plus en conflit avec la politique du chancelier Otto von Bismarck. Stoecker a cependant une grande influence sur le prince Wilhelm, le futur Guillaume II et essaie de le retourner contre Bismarck. Dans les lettres publiées par le Vorwärts sous le titre Scheiterhaufenbrief (littéralement lettres du bûcher), on apprend que Stoecker a comploté pour obtenir la destitution de Bismarck.

En 1889, Bismarck exige de Stoecker qu'il renonce publiquement à tout engagement politique actif et l'année suivante, Stoecker perd sa charge de prédicateur. La même année, Stoecker fonde le Congrès social-protestante afin de se confronter à la question sociale. Des intellectuels libéraux comme Friedrich Naumann, Adolf von Harnack ou en font partie.

Après le renvoi de Bismarck, Stoecker gagne de plus en plus d'influence sur les conservateurs allemands. Lors du congrès du parti, le Tivoli-Parteitag de 1892, les antisémites réussissent sous la direction de Stoecker à ancrer l'antisémitisme dans le programme du Parti conservateur allemand.

Étant donné que les libéraux ont la majorité au sein du Congrès social-protestant, Stoecker le quitte en 1896. Il fonde dès lors la . Friedrich Naumann et Helmut von Gerlach fondent le Nationalsoziale Partei. C'est ainsi que le caractère conservateur et antisémite du parti de Stoecker est devenu encore plus visible.

Après que Stoecker a quitté les conservateurs allemands en 1896 à la suite de son implication dans différents scandales, son parti a connu un déclin généralisé. Les sociaux-chrétiens se sont alors retrouvés à s'allier avec d'autres partis antisémites. Stoecker et son parti avaient alors perdu presque toute leur influence politique.

Stoecker et l'antisémitisme thumb|right|Sépulture d'Adolf Stoecker au cimetière de la Trinité (division II) de Berlin. Dans la vision que Stoecker a du monde, la judaïté moderne était synonyme de libéralisme, de capitalisme, de matérialisme et d'athéisme. De plus, « pour lui, juifs et sociaux-démocrates ne font qu'un ». Dans son esprit, les réformes sociales chrétiennes et l'antijudaïsme ne sont pas contradictoires, mais se conditionnent conjointement. Stoecker se considère lui-même comme fondateur et père du mouvement antisémite. Il élève le premier l'antisémitisme à un credo central pour un parti politique moderne Shulamit Volkov, Die Juden in Deutschland 1780-1918, Munich, 2000, ..

Stoecker s'est distancé parfois de l'antisémitisme racial. Ses déclarations antisémites oscillaient entre un antijudaïsme chrétien traditionnel et une vision moderne, raciste et populaire, ce qui a accru son potentiel de ralliement. Stoecker a largement contribué à ce que l'antisémitisme se propage dans le protestantisme et les partis conservateurs. Les antisémites non-religieux ont raillé la position de Stoecker en la qualifiant d'antisémitisme de baptistère « Taufbeckenantisemitismus » dans : Massimo Ferrari Zumbini, Die Wurzeln des Bösen, 2003, ..

Lors du Congrès international antijuif de Dresde (1882), ses positions antisémites étaient moins radicales que celles d' tout en gardant un caractère profondément discriminatoire.

Adolf Stoecker meurt le à l'âge de 73 ans à Bozen. Il est enterré au cimetière de la Trinité à Berlin-Kreuzberg.

Dans son roman Der Untertan, Heinrich Mann évoque Stöcker lorsque l'avocat Wiebel s'engage en politique : Heinrich Mann, Le Sujet de l'Empereur, Les Presses d'aujourd'hui, 1982, ..

Œuvres Der religiöse Geist in Volk und Heer während des französischen Krieges, Vortrag, Berlin, 1876 Das moderne Judenthum in Deutschland, besonders in Berlin. Zwei Reden in der christl.-socialen Arbeiterpartei, Berlin, 1879 Zur Handwerkerfrage, Vortrag, Breslau, 1880 Die Bewegungen der Gegenwart im Lichte der christlichen Weltanschauung, Heidelberg, 1881 Lire en ligne Die persönliche Verantwortung der Besitzenden und Nichtbesitzenden in der sozialistischen Bewegung und Gegenwart, Vortrag. Bâle, 1881 Eine entscheidende Stunde deutscher Geschichte, Halle 1881 ’Wirket so lange es Tag ist!’ Festpredigt bei der 50-jährigen Jubelfeier der Elberfeld-Barmer-Gefängnis-Gesellschaft am 14. Oktober 1883 über Ev. Joh. 9, v. 1-4, Elberfeld, 1884 Eins ist noth. Ein Jahrgang Volkspredigten über freie Texte, Berlin, 1884 Christlich-Sozial. Reden und Aufsätze, Bielefeld, 1885 Predigten, Berlin, 1886 Den Armen wird das Evangelium gepredigt. Ein Jahrgang Volkspredigten über die Evangelien des Kirchenjahres, Berlin, 1887 Die sozialen und kirchlichen Notstände in großen Städten, Vortrag, Stuttgart, 1888 Die sonntägliche Predigt, Berlin, 1889 Wandelt im Geist. Ein Jahrgang Volkspredigten über freie Texte, Berlin, 1889 Sozialdemokratie und Sozialmonarchie, Leipzig, 1891 Arm und Reich, Vortrag, Bâle, 1891 Innere Mission und sociale Frage, Leipzig, 1891 Das Salz der Erde. Ein Jahrgang Zeitpredigten, Berlin, 1892 Wach’ auf, evangelisches Volk!, Berlin, 1893 Dreizehn Jahre Hofprediger und Politiker, Berlin, 1895 Verheißung und Erfüllung. Ein Jahrhundert Volkspredigten über alttestamentliche Texte, Berlin, 1897 Die Leitung der Kirche. Ein Weckruf, Siegen, 1899 Reden im neuen Reichstag 1899, Siegen, 1899 An der Grenze zweier Jahrhunderte, Berlin, 1900 Das Evangelium eine Gotteskraft. Ein Jahrgang Volkspredigten über die Evangelien der neuen Perikopen, Berlin, 1900 Das christliche Sittlichkeitsideal und der Goethebund, Hambourg, 1901 Kann ein Christ Sozialdemokrat, kann ein Sozialdemokrat Christ sein?, Berlin, 1901 Beständig in der Apostellehre. Ein Jahrgang Volkspredigten über die Episteln der Eisenacher Perikopenreihe, Berlin, 1901 Welche Gefahren drohen dem kirchlichen Bekenntnisseitens der modernen Theologie und was können die evangelischen Gemeinden tun zur Abwehr?, Gütersloh, 1902 Die drei Paladine des alten Kaisers. Erinnerungen aus großer Zeit, Essen, 1906 Kirche und die Frauenfrage, Wismar, 1907

Notes et références

Bibliographie

, Adolf Stoecker. Wille und Schicksal, Im Wichern-Verlag, Berlin, 1935 Helmut Berding, Moderner Antisemitismus in Deutschland, Francfort-sur-le-Main, 1988. Günter Brakelmann, Leben und Wirken Adolf Stoeckers im Kontext seiner Zeit, Spenner, Waltrop, 2004. Günter Brakelmann, Texte des Parteipolitikers und des Kirchenmannes, Spenner, Waltrop, 2004. Günter Brakelmann, Martin Greschat, Werner Jochmann, Protestantismus und Politik. Werk und Wirkung Adolf Stoeckers (Hamburger Beiträge zur Sozial- und Zeitgeschichte, vol. XVII), Hambourg, 1982. Hans Engelmann, Kirche am Abgrund. Adolf Stoecker und seine antijüdische Bewegung, Inst. Kirche u. Judentum, Berlin, 1984. (= Studien zu jüdischem Volk und christlicher Gemeinde, 5) Massimo Ferrari Zumbini, Die Wurzeln des Bösen. Gründerjahre des Antisemitismus: Von Bismarck zu Hitler, Francfort-sur-le-Main, 2003, Dieter Fricke, Lexikon zur Parteiengeschichte. Die bürgerlichen und kleinbürgerlichen Parteien und Verbände in Deutschland (1789-1945), vol. 1, Cologne, 1983, . Martin Greschat, Protestantischer Antisemitismus in wilhelminischer Zeit. Das Beispiel des Hofpredigers Adolf Stoecker, In: Günter Brakelmann, (dir.), Antisemitismus. Von religiöser Judenfeindschaft zur Rassenideologie, Göttingen, 1989, . , Einen besseren als Stoecker finden wir nicht. Diskursanalytische Studien zur christlich-sozialen Agitation im deutschen Kaiserreich. Bibliotheks- und Informationssystem der Universität Oldenburg, Oldenburg, 1996. (= Oldenburger Schriften zur Geschichtswissenschaft, 3) Lire en ligne. Wanda Kampmann, Adolf Stoecker und die Berliner Bewegung, in: Geschichte in Wissenschaft und Unterricht, 13, 1962, . Grit Koch, Adolf Stoecker 1835-1909. Ein Leben zwischen Politik und Kirche, Palm u. Enke, Erlangen u.a., 1993. (= Erlanger Studien, 101)