Spirou est un périodique de bande dessinée belge francophone hebdomadaire dans lequel sont ou ont été publiées plusieurs séries dont certaines ont marqué le neuvième art comme Spirou et Fantasio, Lucky Luke, Buck Danny, Boule et Bill, Gaston, Les Schtroumpfs, Les Tuniques bleues, Yoko Tsuno ou encore Natacha.
Fondé par l'éditeur Jean Dupuis le , le périodique paraît tout d'abord sous le titre Le Journal de Spirou. Il trouve rapidement son auteur vedette en la personne de Jijé (auteur des Aventures de Jean Valhardi , Blondin et Cirage et de Jerry Spring) qui forme un quatuor composé d’André Franquin (Spirou et Gaston), Morris (Lucky Luke), Will (Tif et Tondu) et Eddy Paape (Marc Dacier) et qui marque durablement le journal de son empreinte. Dans les , l'arrivée d'Yvan Delporte comme rédacteur en chef déclenche ce qu'on appelle l'âge d'or de Spirou avec des auteurs comme Peyo (Johan et Pirlouit, Les Schtroumpfs et Benoît Brisefer), Jean Roba (Boule et Bill), Maurice Tillieux (Gil Jourdan), Raymond Macherot (Sibylline), Sirius (Les Timour), Jidéhem (Sophie), Michel Tacq (La patrouille des castors). À cette époque, le périodique entretient une forte rivalité avec son concurrent Tintin (qui disparaîtra au début des ). L'arrivée de Thierry Martens dans les permet le lancement de séries plus modernes, avec l'apparition des premières héroïnes féminines, Natacha de François Walthéry, Yoko Tsuno de Roger Leloup et Isabelle de Will, ainsi que de nouveaux personnages, comme Le Scrameustache de Gos, Les Tuniques bleues de Lambil et Raoul Cauvin, Sammy de Berck et Cauvin, Papyrus de Lucien De Gieter, Les Petits Hommes de Pierre Seron ou Docteur Poche de Marc Wasterlain.
Le journal s'ouvre un peu plus aux histoires purement humoristiques grâce notamment au scénariste Raoul Cauvin avec des séries comme L'Agent 212 dessiné par Daniel Kox, Les Femmes en blanc de Philippe Bercovici, Pierre Tombal de Marc Hardy, Cédric de Laudec ou encore Les Psy de Bédu. Toujours dans le genre de l'humour, le journal publie également des séries comme Le Petit Spirou de Tome et Janry, Kid Paddle de Midam, Les Nombrils de Dubuc et Delaf. Dans un registre moins humoristique on peut lire notamment Jérôme K. Jérôme Bloche d'Alain Dodier, Jojo d'André Geerts ou Seuls de Fabien Vehlmann et Bruno Gazzotti. Durant les , le journal s'ouvre à des séries sortant de l'ordinaire comme Olive par Vero Cazot et Lucy Mazel. Dans les , le rédacteur en chef Thierry Tinlot fait de Spirou un journal où comptent les grands délires complices avec le lecteur comme ou . Dans les , le journal change plusieurs fois de formule, avant de retrouver une certaine stabilité avec l'arrivée à sa tête de Frédéric Niffle en 2008.
Spirou possède sa propre identité, d'abord en inventant un style graphique, l'école de Marcinelle, puis en privilégiant toujours l'humour. Enfin, le journal a toujours fait partager à distance à ses lecteurs ses coulisses, à travers des séries, rédactionnels ou animations dont les personnages les plus marquants sont Gaston Lagaffe, dont les gags se déroulent dans une rédaction fictive de Spirou, Le Boss dans les et L'Atelier Mastodonte dans les ou l’édito des Fabrice mettant en avant les coulisses de la rédaction du journal.
Historique
Prémices vignette|upright|alt=Personne habillée avec le costume rouge du personnage de Spirou et d'un calot rouge et noir|Costume de Spirou tel que Rob-Vel l'a imaginé. Le journal Spirou naît d'une idée de Jean Dupuis, imprimeur belge installé dans la commune de Marcinelle. Depuis les , il s'est lancé dans la presse et publie notamment Le Moustique, périodique spécialisé dans les programmes des radios nationales et Bonne Soirée, journal féminin spécialisé dans le roman. Pour diversifier son lectorat, il envisage de créer un journal pour la jeunesse. La bande dessinée américaine inonde alors la Belgique avec des magazines édités en France. Jean Dupuis, catholique pratiquant et européen convaincu, estime que ces histoires ne sont pas représentatives de la morale et de l'éducation qu'il défend. Il charge son fils ainé, Paul, de trouver le profil idéal d'un journal pour la jeunesse.
L'étude menée par Paul confirme l'intuition de son père : le journal doit être représenté par un garçon très jeune, vif d'esprit et espiègle comme le lectorat qu'il doit attirer. Le cadet de la famille, Charles, âgé de dix-neuf ans et passionné par les illustrés pour la jeunesse, propose que le français Robert Velter, alias Rob-Vel, en soit le dessinateur. Selon Charles Dupuis, ce collaborateur du Journal de Toto a un style en avance sur son temps pour créer le personnage principal du journal. Le nom du journal est trouvé par Paul Dupuis ou Émile-André Robert, ami de la famille Dupuis qui mène plusieurs activités.
Un comité de direction familial entérine la création du Journal de Spirou et l'engagement de Rob-Vel. Ce dernier accepte de mettre en scène dans une bande dessinée la mascotte du nouveau périodique après une seule rencontre avec Jean Dupuis. Le personnage de Spirou reçoit l'apparence d'un groom en hommage à un petit mousse, dont le costume était rouge, mort lors d'une chute pendant son service sur le paquebot Île-de-France. Il se conforme ainsi à la description faite par la famille Dupuis qui lui fit penser aux petits mousses qu'il avait croisés lors des traversées puisque le nom Spirou désigne à la fois un écureuil et un adolescent vif en Wallon. Mais Rob-Vel, surchargé de travail, délègue le dessin de cette nouvelle série jusqu'en à un confrère qui reste anonyme, Luc Lafnet et les scénarios à son épouse Blanche Dumoulin. Officiellement, Rob-Vel a longtemps été le premier père de Spirou mais l'histoire du journal montre qu'en réalité, ils étaient troisSpirou a : Les aventures d'un géant de la BD, Hors-Série Beaux-Arts, 2013, ..
Création (1938-1939) Le premier numéro du journal parait le . Il est composé de seize grandes pages au format , classique avant-guerre, la moitié en couleurs, l'autre en noir et blanc. Au sommaire de ce où la bande dessinée occupe 40 % des pages (dont l'essentiel en couleurs) : la série Spirou (qui occupe également la couverture de l'hebdomadaire), l'histoire à suivre Bibor et Tribar qui conte les mésaventures de deux matelots de guerre, ainsi que Babouche, série de gags. Toutes sont réalisées par Rob-Vel. Luc Lafnet signe sous le pseudonyme Davine, Les Aventures de Zizette, à suivre au dessin expressionniste, ainsi qu'un rédactionnel intitulé La Princesse des neiges. Une autre série, Aventures de Tif de Fernand Dineur (qui deviendra par la suite un grand classique de la bande dessinée franco-belge sous le nom de Tif et Tondu) est également présente dans ce premier numéro, tout comme la bande dessinée américaine avec Dick Tracy de Chester Gould et King of the Royal Mounted dessiné par Allen Dean.. La publication de productions d'outre-Atlantique s'explique par la volonté des Dupuis de lutter contre la concurrence des journaux français, en cassant leur monopole. Le reste du journal est composé de romans à suivre, de jeux et de rédactionnel dont Le Fureteur vous dira rédigé par Jean Doisy.
La domination des productions américaines se fait sentir dans les premières années du journal. Ainsi en 1939, Red Ryder et Superman, suivis par Brick Bradford en 1940, rejoignent leurs compatriotes présents depuis le premier numéro. La bande dessinée italienne est aussi présente avec Bill l'albatros en 1938. Les Dupuis cherchent à favoriser par la suite la production locale afin de conserver une certaine indépendance. C'est ainsi qu'ils engagent le Belge Jijé en 1939. Sa première histoire, Le Mystère de la clef hindoue est publiée à partir du . Une personnalité se détache véritablement dans l'équipe : Jean Doisy. D'abord auteur de romans policiers pour Le Moustique, il occupe très vite la place de rédacteur en chef du journalSans en porter le titre : le titre de rédacteur en chef de Spirou ne sera officiellement donné qu'à la fin des . et noue une forte relation avec les lecteurs du journal, cas unique dans la presse pour la jeunesse de l'époque. Il lance ainsi dès le club des Amis de Spirou (AdS) qui organise des manifestations, possède ses signes de reconnaissance, son code d'honneur et publie des messages secrets dans le journal que seuls les membres du club peuvent déchiffrer. Jean Doisy définit en outre le ton du journal en rédigeant la plupart des rédactionnels (Le Fureteur, contes, courrier des lecteurs, textes signés Fantasio, jeux et concours).
Années de guerre (1939-1945) Le journal continue de paraître malgré le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale en . Rob-Vel, mobilisé dans l'armée française, livre ses planches à la rédaction par courrier spécial. Jijé, seul dessinateur polyvalent du journal, assure les dessins d'urgence quand les planches de série manquent comme Red Ryder ou Superman, ainsi que les dessins des couvertures des numéros spéciaux et des recueils. Pendant une contre-attaque, Rob-Vel est blessé puis fait prisonnier à Lille. Dans le même temps, l'invasion de la Belgique disperse la famille Dupuis : Jean passe en Angleterre, Paul est fait prisonnier et Charles échappe de peu à la captivité. La publication s'interrompt du au mais reprend grâce aux efforts de Charles et René Matthews, gendre de Jean, très impliqué dans l'entreprise. Rob-Vel injoignable, c'est d'abord sa femme Blanche Dumoulin qui anime la série-vedette probablement aidée par un certain Van Straelen. Jijé, seul auteur encore disponible à cette époque, prend le relais en plein milieu d'une histoire, car les communications avec Blanche Dumoulin depuis Paris deviennent de plus en plus compliquées. La première planche de Jijé parait dans le du . La pénurie de papier oblige l'éditeur à réduire le nombre de pages. Les séries américaines disparaissent peu à peu, à l'exception de Red Ryder et Bob l'aviateur, remplacées par des séries d'auteurs locaux. Ainsi commence la publication des Aventures de Jean Valhardi dans le en et de L'Épervier bleu dans le en . Jijé, en plus de Spirou, commence la publication en d'une biographie de Don Bosco, personnage que lui a fait découvrir René Matthews.
En , Paul Dupuis est libéré et rentre à Marcinelle. Il rejoint son frère et son beau-frère ; à eux trois, ils composent la nouvelle direction des éditions Dupuis pour les cinquante années à venir. Les désagréments liés à la guerre se multiplient ; les livraisons de papier sont de plus en plus limitées et un officier allemand, le major Kreft, est mandaté par la censure. Cet antinazi devint un allié pour la survie du journal. Dans l'ombre de l'imprimerie, un réseau clandestin se met en place. René Matthews intègre la Résistance. Jean Doisy, sympathisant communiste, profite du courrier des lecteurs pour faire passer des messages codés à la Résistance belge. Rob-Vel est libéré en et reprend rapidement contact avec les éditions Dupuis. Il récupère la série Spirou à partir du du . Jijé devient l'homme à tout faire du journal, dessinant les couvertures, les animations et ses différentes séries. À la fin de l'année 1941, le nombre de pages baisse à nouveau à cause du rationnement du papier. Le club des Amis de Spirou voit ses effectifs tripler en un an, à dix-sept mille adhérents, mais l'occupant commence à se méfier de ce mouvement de jeunesse et interdit le port de l'insigne.