Les Chrétiens allemands (en allemand Deutsche Christen, abrégé en DC) étaient un mouvement raciste et antisémite au sein du protestantisme allemand. En 1933, ils prennent le pouvoir au sein de l'Église protestante du Reich nouvellement constituée. Les opposants se regroupent alors dans l'Église confessante.
Origines Fondés en 1932, ils gagnent à partir de , la direction de quelques églises. Ces protestants et chefs d'églises protestantes ont salué l'élection de Hitler à la Chancellerie du Reich le comme étant la rédemption de la nation et la venue de temps nouveaux.
En 1933, dans le cadre de la politique de « mise au pas », la Gleichschaltung, le pouvoir nazi contraint les Églises protestantes à fusionner dans l'Église protestante du Reich. En , les chrétiens allemands remportent la victoire aux élections ecclésiastiquesRichard J. Evans, The Third Reich in Power, Londres, 2006, ..
Le symbole du groupe est une croix chrétienne traditionnelle avec une croix gammée en son centre et les initiales du groupe : DC. Les nazis se sont servis des chrétiens allemands pour consolider leur pouvoir, mais ils perdront leur importance dès 1935.
Cependant, bien qu'Hitler cherche à garder certaines apparences, le national-socialisme, et particulièrement son élite, s'oppose clairement à l’ensemble du christianisme, même remodelé. Malgré l'obséquiosité des chrétiens allemands à se plier au nazisme, ceux-ci ne gagnèrent jamais l'estime de l'élite du parti.
Théologie
Le mouvement des chrétiens allemands présentait de forte tendances syncrétistes. Il s'alignait sur les tendances intellectuelles et culturelles de l'époque. Sa théologie était très politique et sécularisée. Le mouvement évolua vers le volkisme, l'adoration du führer et l'antisémitisme racial.
Ainsi, un de ses principaux penseur, Emmanuel Hirsch, est un théologien dialectique et existentialiste, reflet inversé du théologien Paul Tillich.
La conception des Deutsche Christen impliquait un Christ fort en se basant sur des versets du type (Mc. 10). Alors que ces versets sont généralement compris à l'aune du reste de la Bible, les DC interprétaient la Bible à l'aune de ces versets. Les versets qui parlent ainsi de violence, de force ne sont pas majoritaires, mais pas négligeables non plus, ils ont ainsi fondé leur théologie dessus pour développer une compréhension d'un Christ glorieux, d'un Dieu fort et puissant dont on peut remarquer la puissance et l'action ici-bas.
Ils se basaient sur la possibilité de reconnaître l'action de Dieu dans l'histoire, telle que de nombreux théologiens l'avaient développée depuis la fin du , et notamment pendant la Première Guerre mondiale. Ainsi, Hitler a pu être reconnu comme tel : un envoyé de Dieu pour sauver l'Allemagne. C'est du fait de ce fondement que Karl Barth s'opposera à toute théologie naturelle et se méfiera du principe de l'expérience religieuse. Barth participera à la fondation de l'Église confessante, un mouvement plus ou moins caché et secret au sein de l'Église allemande, afin de s'opposer à cette conception pervertie de l'Évangile. Tillich a par exemple refusé de signer la déclaration théologique de foi de Barmen (confession de foi de l'Église confessante) non parce qu'il adhérait au DC, mais parce qu'il refusait l'impossibilité stricte de connaître Dieu en dehors de la raison. Or ce point était indispensable selon Barth afin de renforcer l'impossibilité de reconnaître l'action de Dieu dans l'histoire. Le but de Barth était ici de protéger la théologie contre toute tentative séculière d'en prendre le pouvoir en se basant sur la révélation seule. Dieu n'est ainsi, selon lui connaissable qu'en Christ crucifié. On peut regretter que ce faisant, Barth ait exclu des théologiens qui n'avaient rien à voir avec les DC, mais qui avaient un différend théologique avec lui. Ainsi Paul Tillich ou Emil Brunner.
La crucifixion du Christ est, dans la lignée de la théologie chrétienne, une partie importante et inséparable de la révélation. Alors que pour les DC, il s'agissait d'un crime des Juifs à l'encontre de Dieu. Selon eux, Dieu se révèle dans les actes de puissance, et certainement pas dans la faiblesse d'un crucifié. C'est également là la raison de leur refus du corpus paulinien, puisque ce dernier accentuait justement le paradoxe de la force dans la faiblesse et faisait de la crucifixion le cœur de la foi chrétienne. 2Co.12.10
Notes et références
Bibliographie Rita Thalmann, Protestantisme et National-socialisme: les débuts des "Chrétiens allemands", Revue d'histoire moderne et contemporaine T. , No. 4 (Oct. - Dec., 1965), . thumb|Les « Chrétiens allemands » en 1933. Friedrich Baumgärtel: Wider die Kirchenkampflegenden; Freimund Verlag 1976
Otto Diem: Der Kirchenkampf. Evangelische Kirche und Nationalsozialismus; Hamburg 1970 Heiner Faulenbach: Artikel Deutsche Christen; in: RGG, 1999 Rainer Lächele: Ein Volk, ein Reich, ein Glaube. Die „Deutschen Christen“ in Württemberg 1925–1960; Stuttgart 1994 Kurt Meier: Die Deutschen Christen; Halle 1964 [Standardwerk] Kurt Meier: Kreuz und Hakenkreuz. Die evangelische Kirche im Dritten Reich; München 2001 Klaus Scholder: Die Kirchen und das Dritte Reich Volume 1: Vorgeschichte und Zeit der Illusionen, 1918–1934; Berlin 1977 Volume 2: Das Jahr der Ernüchterung 1934; Berlin 1985 Günther van Norden u.a. (Hrsg.): Wir verwerfen die falsche Lehre. Arbeits- und Lesebuch zur Barmer Theologischen Erklärung Marikje Smid: Deutscher Protestantismus und Judentum 1932–33; München: Christian Kaiser, 1990 Hans Prolingheuer: Kleine politische Kirchengeschichte. 50 Jahre evangelischer Kirchenkampf; Köln: Pahl-Rugenstein, 1984 Joachim Beckmann (Hrsg.): Kirchliches Jahrbuch für die evangelische Kirche in Deutschland 1933–1945. Dont : Evangelische Kirche im Dritten Reich, Gütersloh 1948 Julius Sammetreuther: Die falsche Lehre der Deutschen Christen; Bekennende Kirche Heft 15; München 1934 Leonore Siegele-Wenschkewitz (Hrsg.): Christlicher Antijudaismus und Antisemitismus. Theologische und kirchliche Programme Deutscher Christen; Arnoldshainer Texte Band 85; Frankfurt/M.: Haag + Herchen Verlag, 1994 Karl Heussi: Kompendium der Kirchengeschichte; Tübingen: Mohr, 1981
Voir aussi Christianisme positif Églises luthériennes d'Allemagne face au nazisme Église protestante du Reich Kirchenkampf Déclaration de Barmen Église confessante
Liens externes Albert Eissler, Chrétiens et églises d'Allemagne sous le Troisième Reich, dans Autres Temps, Cahiers d'éthique sociale et politique, 1955.
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