La révolution américaine de la fin du fit l'objet de nombreux débats et interprétations parmi les historiens américains, mais aussi européens. Les sources L'ensemble des documents relatifs à la révolution américaine constitue un corpus hétéroclite et fourni. Les premiers historiens de la révolution se sont avant tout penché sur les documents officiels ou émanents des Pères fondateurs des États-Unis. La Déclaration d'Indépendance du a été abondamment commentée et la Constitution de 1787, considérée comme l'une des plus anciennes du monde, a été étudié par les historiens mais aussi par les juristes.

Les documents écrits sont variés mais souvent dispersés. Avec le réseau internet, il est aujourd'hui facile d'accéder à ces textes conservés aux archives nationales des États-UnisNational Archives and Records Administration ou à la Bibliothèque du CongrèsLibrary of Congress Home.

Les grandes phases de l'historiographie américaine Au cours des deux derniers siècles, l'historiographie de la révolution américaine est passée par plusieurs phases. Ces différents courants d'analyse suivent à la fois le contexte politique américain et le renouvellement général des méthodes et des approches en histoire.

Fin du - début du La révolution américaine fut d'abord vue par les contemporains comme la confrontation entre les colons et la couronne britannique. Dès la fin du , les théoriciens se sont penchés sur la révolution américaine : ainsi, Adam Smith dans La Richesse des Nations a-t-il bien compris que le manque de liberté économique était à l'origine de la révolutionFernand Braudel, Civilisation matérielle, économie et capitalisme, tome 3 : Le temps du monde, Paris, Armand Colin, LGF-Le Livre de Poche, , 1993, p. 509.

Les historiens américains du début du exaltent les Pères fondateurs des États-Unis comme les héros de la révolution. Ce courant filio-piétiste ou nationalisteÉlise Marienstras, Naomi Wulf, Révoltes et révolutions en Amérique, Atlande, 2005, p. 17 est représenté par George Bancroft (1800-1891), qui développe l’idée d’une révolution américaine exceptionnelle et assimile le peuple américain à un nouveau peuple éluGeorge Bancroft, History of the United States of America, From the Discovery of the American Continent, 1854-1878 ; le roi George III est, dans cette perspective, présenté comme un tyranSerge Bianchi, Des révoltes aux révolutions, Europe, Russie, Amérique (1770-1802). Essai d'interprétation, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2004, , p. 50. Les nationalistes s'opposent à l'école impériale (Beer, Lawrence H. Gipson) qui insiste sur la mauvaise foi des colons et la légitimité anglaise en Amérique.

Fin - début À la fin du et au début du , l'historiographie suit de près le réformisme social. Les historiens analysent la révolution à l’aune de la lutte des classes. C'est le cas de Frederick Jackson Turner (1861–1932) ou Carl Lotus Becker (1873–1945). Pour Charles Austin Beard (1874-1948), les Pères fondateurs ont trahi la révolution et défendu les intérêts économiques des propriétaires. C'est la thèse de son ouvrage Une interprétation économique de la constitution des États-Unis (1913)Claude Fohlen, Les pères de la révolution américaine, Paris, Albin Michel, 1989 , p. 197. Elle fut reprise par les historiens de la Nouvelle gauche dans les années 1960.

Pour John Franklin Jameson (1859-1937)J. Franklin Jameson, The American Revolution Considered as a Social Movement, 1926, la guerre d'Indépendance ne constitue pas la principale caractéristique de la révolution américaine. Il met l'accent sur la tension entre les valeurs aristocratiques et celles du peuple. Si les révolutionnaires américains ont avant tout cherché à changer la forme du gouvernement, la société a néanmoins été bouleversée en profondeur par l'émancipation et l'établissement d'une républiqueLire le [compte-rendu http://press.princeton.edu/titles/563.html] de l'ouvrage de Jameson.

Deuxième moitié du Pendant la guerre froide, les historiens français exceptionnalistes considéraient que la révolution américaine était imparfaite parce qu'elle n'était pas sociale . De leur côté, les exceptionnalistes américains soulignaient l'échec final de la révolution française de 1789 (établissement du Premier Empire, Restauration monarchique) et mettaient en avant l'antériorité du soulèvement américain.

Les historiens « révisionnistes » américains dominent pendant les années 1950-1960Guy Lemarchand, « À propos des révoltes et révolutions de la fin du », in Annales historiques de la Révolution française, Numéro 340, [En ligne], mis en ligne le : 27 avril 2006. URL : http://ahrf.revues.org/document2236.html. Consulté le 22 juin 2007. : Daniel J. Boorstin, Edmund S. Morgan, R.P. Thomas ou Bernard Baylin. La tendance est alors de mettre en exergue les clivages éthiques, idéologiques et culturels entre les Pères fondateurs et l'Angleterre. Ce courant tente de minorer les motivations économiques et matérielles des insurgents, de faire valoir que la révolution américaine a été menée par les classes moyennes pour la liberté et la propriétéSerge Bianchi, Des révoltes aux révolutions, Europe, Russie, Amérique (1770-1802). Essai d'interprétation, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2004, , p. 51. L'historiographie se teinte souvent d’idéologie et de propagande, souligne la nécessité d’un consensus interne face à la menace soviétique : de la période révolutionnaire seraient nées les valeurs communes aux Américains, en particulier le libéralisme. Les historiens « néo-whigsÉlise Marienstras, Naomi Wulf, Révoltes et révolutions en Amérique, Atlande, 2005, p. 18 » s'attachent alors à montrer que la révolution américaine ne fut pas un mouvement violent.

Hannah Arendt (1906-1975)Hannah Arendt, On Revolution, The Viking Press, New York, 1963 évoque l’exception américaine, seule révolution effectuée sans massacre et qui a réussi à protéger la propriété privée et les libertés individuelles. Cependant, pour Pauline Maier, la révolution américaine n'a rien d'exceptionnel mais s’inscrit au contraire dans un cycle de révolutions qui commença en Angleterre au Pauline Maier, From Resistance to Revolution : Colonial Radicals and the Development of American Opposition Bo Britain, 1765-1776, Random House Inc., 1973). Selon John Boorstin, les événements d'Amérique ne constituent pas une révolution mais une simple guerre d'indépendanceSerge Bianchi, Des révoltes aux révolutions, Europe, Russie, Amérique (1770-1802). Essai d'interprétation, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2004, , p. 52.

Dans les années 1970, l'historiographie de la révolution américaine se renouvelle grâce aux études d'Edward Countryman, Alfred Young (1976), Staughton Lynd (1969) ou Gary Nash (1979). Elle s'attache à élargir le sujet en s'intéressant à l'histoire sociale et non plus seulement aux événements. Elle met en valeur, au travers de nombreuses monographies, le rôle des Noirs, des femmes ou encore de la foule ; on peut comparer la démarche à celle de l'école des Annales en France. Cette école ouvre de nouvelles perspectives autour de la problématique de la lutte des classes. La révolution américaine résulterait des inégalités sociales dans les 13 colonies et du rôle actif des couches populaires et des minorités ethniques.

Catherine L. Albanese explore le champ de l'histoire des mentalitésCatherine L. Albanese, Sons of the Fathers : The Civil Religion of the American Revolution, Temple University Press, 1976 en étudiant la naissance d’une religion civique, d’une culture politique commune, d’une nation américaine fondée sur des mythes et des héros. L'« école du consensus » avec Gordon Wood remet en cause les mythes fondateurs du pays et s'interroge sur les causes de la révolution américaine dans les années 1960-1970.

Le courant « républicaniste » se développe dans les années 1980 : des historiens comme Gordon S. Wood ou Isaac Krammick mettent l’accent sur la place essentielle du soldat-citoyen dévoué au bien commun, à la République. Toujours dans les années 1980, les discussions historiographiques opposaient les historiens libéraux ou républicanistes. Depuis quelques années, les historiens et le grand public reviennent à l'étude des grands personnages de la révolution américaine, en particulier des plus conservateurs.

La problématique de la révolution atlantique réapparaît dans les 1990-2000. Elle est au cœur de la question d'histoire moderne de l'agrégation en France en 2004-2006. Dès les années 1950, avec la création de l'OTAN, les chercheurs considèrent déjà l'océan Atlantique comme une aire d’échanges culturels (Lumières), économiques (commerce triangulaire), politiques (républiques). L'Américain Robert Roswell PalmerRobert Roswell Palmer, Age of the Democratic Revolution: A Political History of Europe and America, 1760-1800, Princeton University Press, 1970 (1909–2002) et le Français Jacques Godechot (1907-1989) sont les principaux pionniers de cette histoire comparatiste.

Cette dernière est néanmoins remise en cause, ou tout au moins discutée de nos jours. Les critiques portent sur le caractère global, voire totalitaire de la démarche, qui gommerait les spécificités nationales. Aujourd'hui, l'ensemble des historiens s'accorde à dire que les idéaux et le modèle politique américains ont eu une influence en dehors des États-Unis à la fin de l'époque modernePhilippe Bourdin, Jean-Luc Chappey, Révoltes et révolutions en Europe et aux Amériques (1773-1802), Paris, CNED-SEDES, 2004, , p. 44. Mais les différentes révoltes et révolutions qui secouent le monde atlantique à cette époque dépendent de conditions locales (structure sociale, nature du pouvoir, rapports de force, diffusion des Lumières, etc.). Les révolutions atlantiques seraient surtout le résultat d'influences réciproques, qui remontent aux révolutions anglaises du Robert Calvet, Révoltes et révolutions en Europe et aux Amériques, 1773-1802, Paris, Armand Colin, 2005, collection U. histoire, , p. 243Annick Foucrier, « La révolution des colonies anglaises en Amérique et son influence en Europe et dans les Amériques (1763-1800) » dans Anne Jollet (dir.), Révoltes et révolutions en Europe et aux Amériques (1773-1802) en dissertations corrigées, Paris, Ellipses, 2005, , p. 157. Les généraux européens qui ont participé à la guerre d'Indépendance auraient eu un rôle limité dans la diffusion des idées venues d'Amérique, parce que leurs contacts avec les Américains furent dans l'ensemble limitésAnnick Foucrier, « La révolution des colonies anglaises en Amérique et son influence en Europe et dans les Amériques (1763-1800) » dans Anne Jollet (dir.), Révoltes et révolutions en Europe et aux Amériques (1773-1802) en dissertations corrigées, Paris, Ellipses, 2005, , p. 158 (sauf pour La Fayette). Les révolutions indépendantistes sud-américaines seraient davantage liées à l'affaiblissement de l'Espagne sous occupation française que par l'influence des États-UnisAnnick Foucrier, « La révolution des colonies anglaises en Amérique et son influence en Europe et dans les Amériques (1763-1800) » dans Anne Jollet (dir.), Révoltes et révolutions en Europe et aux Amériques (1773-1802) en dissertations corrigées, Paris, Ellipses, 2005, , p. 160.

Les grands thèmes de l'historiographie de la révolution américaine Guerre, rébellion ou véritable révolution ? La définition du mot « révolution » a nourri les discussions entre historiens, en particulier entre les Européens et les Américains. Le mot « révolution » fait référence à un ensemble de changements profonds et rapides, de bouleversements qui concernent la politique, la société et l'économie. Les événements du second tiers du dans les Treize colonies sont-ils de nature révolutionnaire ?