thumb|Une simple croix : exemple d'art iconoclaste dans l'église Sainte-Irène, à Istanbul.
La (dite « » ou « ») est une période qui s’étend de 726 à 843. Pendant environ une centaine d’années, les empereurs byzantins iconoclastes interdisent le culte des icônes et ordonnent la destruction systématique des images représentant le Christ ou les saints, qu’il s’agisse de mosaïques ornant les murs des églises, d’images peintes ou d’enluminures de livres.
Cette période de l'aniconisme chrétien se déroule dans un contexte politique difficile tant à l’intérieur, alors que plusieurs empereurs se succèdent en quelques années, que sur le plan extérieur où l’empire fait face aux invasions des Arabo-musulmans et des Bulgares. Sur le plan religieux, elle constitue le prolongement de diverses hérésies survenues au cours des siècles précédents concernant la nature du Christ.
Cette crise se déroule en deux étapes. Au cours de la première, de 723 à 775, les empereurs et son fils adoptèrent une attitude de plus en plus intransigeante et violente à l’endroit du culte des images. Le règne de l’impératrice Irène marqua une pause qui se termina avec l’arrivée au pouvoir de . Son règne fut marqué par une persécution plus féroce bien que de moindre envergure que celle de . Toutefois son successeur, , adopta une politique plus conciliante qui coïncide avec l’éloignement de la menace arabo-musulmane sur l’existence de l’empire. Elle se termina officiellement lorsque l’impératrice Théodora réunit un synode en 843 qui confirma la légitimité de celui de 787.
Contexte politique intérieur et extérieur À partir de 695, année de la première déposition de , l’Empire byzantin connut deux décennies de crises caractérisées par la succession de plusieurs empereurs. Léonce, puis succèdent à avant que celui-ci ne reprenne le pouvoir pour en être chassé à nouveau en 711. De 711 à 717, trois empereurs se succédèrent : Philippicos-Bardannès de 711 à 713, de 713 à 715 et de 715 à 717. La stabilité ne revint qu’avec l’accession au trône de , fondateur de la dynastie isaurienne (717-802).
À l’extérieur, les ennemis de Byzance profitèrent de ce chaos politique. En 698, l’Afrique fut définitivement perdue avec la prise de l’exarchat de Carthage par les Arabes. La deuxième déposition de fournit au khan des Bulgares, Tervel, le prétexte qu’il souhaitait pour déclarer la guerre au nouvel empereur et venger son ancien allié. Après avoir traversé la Thrace, il vint jusque sous les murs de Constantinople piller les faubourgs de la capitale. Après avoir conquis le littoral africain, les Arabes se dirigèrent vers la Cappadoce et, en 709, assiégèrent Tyane avant de s’avancer au cours des deux années suivantes vers Chrysopolis. La première tâche de , lorsqu’il accéda au trône, fut donc de reprendre les travaux de défense commencés sous afin de faire face à la flotte arabe venue assiéger Constantinople en 717. Il ne réussit du reste à faire lever le siège qu’avec l’aide de Tervel et grâce à un hiver particulièrement rude qui forcèrent les Arabes à lever le blocus en 718. La lutte reprit de plus belle six années plus tard, sur terre cette fois ; à partir de 726, des invasions annuelles permirent aux Arabes de capturer Césarée et d’assiéger Nicée avant que la victoire d’Akroinon en 740 ne les force à évacuer l’Asie Mineure.
Contexte religieux thumb|alt=scène iconoclaste|Miniature du Psautier Chludov () montrant Jean le Grammairien détruisant une image du Christ (musée historique d'État de Moscou).
La controverse relative au culte des images constitue le prolongement des hérésies sur la nature du Christ qui, au cours des siècles précédents, avaient profondément divisé l’Église. Au déjà, Constantin avait dû réunir un concile pour condamner l’arianisme qui affirmait que le Fils était d'une nature inférieure à celle du Père. Puis vint le nestorianisme au qui affirmait que le Christ avait deux natures et que Marie n’était mère que de l’homme ; bien que chassé de l’empire, le nestorianisme devint la principale forme du christianisme perse. Vers le milieu du même siècle, ce fut au tour du monophysisme (une seule nature divine) de s’installer profondément en Syrie, en Égypte et en Arménie. Les textes de Jean Damascène sur le sujet au exprimait les craintes des chrétiens devant l'iconoclastie musulmane (la destruction délibérée d'images, c'est-à-dire de représentations religieuses de type figuratif et généralement pour des motifs religieux ou politiques). La fin du même vit la querelle du monothélisme (une seule volonté divine) qui, succédant au monophysisme, constitua la dernière de ces hérésies selon l'Église byzantine (monophysisme qui mit fin aux relations avec l’Église copte d’Éthiopie). Se référant à l’iconoclasme, le concile de Hiéra en 754 résumait le dilemme de la façon suivante : ou bien le peintre [de l’icône] ne représente que son humanité [celle du Christ] et alors il verse dans le nestorianisme, ou alors il confond les deux natures et verse dans le monophysisme. L’image s’avérait ainsi toujours inadéquate à représenter pleinement la nature du Christ.
Dans ce contexte controversé, l’opposition des clercs à la représentation artistique du Christ, de sa Mère et des saints n’était pas nouvelle. Dans les premiers siècles, les chrétiens hésitaient à reproduire l’image de la personne du Christ, lui préférant sa représentation sous forme symbolique, le XΡ de Constantin ou l’agneau offert pour la rédemption des péchés des hommes. Il s’agissait d’une réaction contre les cultes païens qui multipliaient les statues ou mosaïques représentant dieux et déesses ou les empereurs divinisés. Le concile in Trullo ou Quinisexte, en 691, avait dans son recommandé que l’on abandonne cette pratique pour mieux reconnaître le phénomène de l’Incarnation. Mais sur la frontière orientale de l’empire, particulièrement en Arménie après les premières conquêtes arabes, les chrétiens avaient été accusés, par les Juifs notamment, d’idolâtrie. Déjà, avant 726, divers évêques d’Asie Mineure comme Eusèbe de Césarée, le métropolite Thomas de Claudiopolis et surtout l’évêque Constantin de Nacolée condamnaient le culte des images. Non sans raison peut-être : le culte des images avait pris, surtout en Grèce, une telle importance que l’on voyait souvent en elles des « doubles » des saints qu’elles devaient représenter et on leur attribuait divers miracles comme le don de la parole, le suintement d’huile ou de sang. À la veille même de l’iconoclasme, en 718, on croyait fermement que le portrait de la Vierge attribué à saint Luc et conservé au monastère d’Hodegon près des murs de Constantinople émettrait, paradé sur les murailles, une lumière aveuglante ou des flammes qui consumeraient les assaillants.
Causes immédiates Les historiens qui se sont penchés sur cette période diffèrent considérablement sur ce qu’ils considèrent comme les causes prochaines de l’iconoclasme. Les uns mettent en avant des causes politiques, à savoir la volonté des souverains d’exercer un pouvoir absolu, non seulement sur le gouvernement temporel, mais également sur le gouvernement spirituel de l’empire, c’est-à-dire sur l’Église. En agissant ainsi, ils suivaient l’exemple des empereurs qui, depuis Constantin, convoquaient et présidaient les conciles. Dans cette perspective, l’iconoclasme aurait été un conflit entre l’empereur et, non pas la hiérarchie de l’Église, qui se pliait assez volontiers à la volonté impériale, mais plutôt les moines qui, de leurs monastères, voulaient maintenir l’orthodoxie religieuse et, partant, l’indépendance de l’Église. D’autres y voient plutôt des causes économiques, les Isauriens craignant les effets pour l’empire de l’accroissement de plus en plus considérable des propriétés monastiques qui échappaient à la fiscalité du Trésor public, ainsi que le pouvoir d’attraction de ces monastères sur les jeunes hommes qui, au lieu de devenir pères, soldats ou cultivateurs, préféraient entrer au couvent, menant une vie que l’État jugeait inutile. Il est vrai que la croissance et l’épanouissement du système des thèmes, qui devait assurer la prospérité des campagnes, s’accommodait mal de la multiplication des monastères. Enfin, dans une époque de foi intense et de querelles théologiques qui enflammaient toutes les couches de la société, de l’empereur aux artisans, les discussions purement religieuses exerçaient une fascination que favorisait la langue grecque, beaucoup plus apte que le latin à permettre de subtiles distinctions sources de discussions sans fin. Pour ces populations, chaque catastrophe naturelle constituait une manifestation du courroux divin et chaque victoire de l’empereur un signe de la protection divine ; il en allait donc du salut de l’empire de ne pas déplaire à la divinité.
Première période iconoclaste (723-775)
thumb|alt=solidus de Léon III|Solidus de montrant l'empereur et son fils, .
Au moment où () est porté au pouvoir par les forces armées des Anatoliques, ces trois causes se trouvent réunies. Après avoir marché sur Constantinople, négocia avec le patriarche Germanos et fut couronné à la condition qu’il ne s’immisçât pas dans la vie de l’Église et que son prédécesseur pût se retirer dans un monastère. Son trône dépendait ainsi du bon vouloir du patriarche. Toutefois, au cours des dix années suivantes, les armées impériales devaient subir défaite sur défaite face aux Arabes en Asie Mineure. Dieu qui, dans le passé, avait permis aux empereurs de vaincre l’Empire perse, semblait cette fois se détourner d’eux. Et pour couronner le tout, une éruption volcanique venue des profondeurs de la mer Égée en 726 ravagea tout le littoral d’Asie Mineure, de Grèce et des îles grecques. Selon les habitudes du temps, l’empereur pensa qu’il s’agissait du courroux divin et chercha comment l’apaiser. Son premier geste fut, en 722, de forcer les Juifs de l’empire à accepter le baptême. Cela n’empêcha pas les Arabes de ravager Iconium l’année suivante et de terminer la conquête de l’Arménie en s’emparant de Camachum.
Ses conseillers le persuadèrent alors que ces malheurs trouvaient leur cause dans la vénération excessive des icônes qui équivalait à de l’idolâtrie. Ils en voulaient pour preuve le fait que les icônes que l’on promenait sur les murailles des villes au cours des sièges s’étaient avérées impuissantes à empêcher la victoire des Arabes qui, eux, tout comme les Juifs de l’Ancien Testament, interdisaient formellement toute reproduction humaine. En en effet, le calife avait proscrit toute reproduction anthropomorphique jugée contraire à l’islam. L’iconoclasme constitua ainsi la voie que choisit pour regagner la faveur divine à un moment vital pour la survie de l’empire.