vignette|Statue équestre de Charlemagne, par Agostino Cornacchini (1720-1725), basilique Saint-Pierre du Vatican. La statue équestre est un type de statue représentant un personnage monté sur un cheval. Elle tient un rôle à part dans le domaine de la sculpture, du fait de la difficulté technique et du coût de sa fabrication. Les sujets représentés sont typiquement des souverains, ou, plus récemment, des chefs militaires.
Histoire Grèce antique En Occident, la statuaire équestre remonte au moins à l'époque archaïque. Le Cavalier Rampin du , trouvé sur l'Acropole d'Athènes, représente un kouros monté sur un cheval.
vignette|upright=.7|Statues de l'empereur sassanide Khosro II (en grec Chosroès) à Kermanshah, en Iran. Au registre supérieur, il est représenté debout entre Ahura Mazda, à droite, et Anahita, à gauche. Au registre inférieur, il est vêtu en cataphractaire sur son cheval favori, Chabdiz.
Orient ancien De nombreux bas-reliefs égyptiens, assyriens et perses représentent des personnages montés, habituellement des souverains, mais aucune statue en ronde-bosse n'est connue.
L'armée de terre cuite chinoise ne possède pas de cavaliers montés : ses cavaliers se tiennent à côté de leurs montures. Des poteries funéraires de la dynastie Tang en représentent cependant, à plus petite échelle. Aucun portrait équestre n'a été réalisé en Chine avant l'époque moderne : les statues des souverains ne font pas partie de l'art chinois traditionnel et jusqu'au , même les portraits peints n'étaient présentés aux personnes de haut rang qu'en des occasions particulières..
Rome antique vignette|gauche|upright=0.7|Tête de cheval, vestige d'un monument équestre, ca. 40. Walters Art Museum, Baltimore. vignette|redresse|Statue équestre de Marc Aurèle vignette|gauche|Le Regisole, copie devant la cathédrale de Pavie.
Les statues équestres honorent les chefs militaires et les hommes d'État qui souhaitaient mettre symboliquement l'accent sur leur rôle actif depuis l'époque romaine et sa classe équestre, les equites (pluriel d’eques) ou chevaliers.
Il existait de nombreux portraits équestres en bronze (particulièrement des empereurs) dans la Rome antique, mais presque tous ont été fondus pour fabriquer des pièces de monnaie, des cloches, ou pour d'autres usages, comme de nouvelles sculptures pour les églises chrétiennes. Le Colosse de Barletta a ainsi perdu une partie de ses jambes et de ses bras pour fondre des cloches en 1309. La seule statue équestre romaine en bronze parvenue jusqu'à nous est celle de Marc-Aurèle, érigée sur le Capitole, qui avait été prise par erreur pour une statue de l'empereur chrétien Constantin.
Le Regisole (« Roi Soleil »), un bronze équestre de l'époque classique ou tardive, a considérablement influencé les artistes de la Renaissance italienne, mais il a été détruit en 1796, durant la Révolution française. Érigé à Ravenne, il avait été transporté au Moyen Âge à Pavie, où il se trouvait sur une colonne devant la cathédrale. Un fragment d'un portrait équestre d'Auguste a également survécu.
Europe médiévale vignette|gauche|redresse|Le Cavalier de Bamberg. vignette|redresse|Le Cavalier de Magdebourg, une statue équestre en grès teinté réalisée vers 1240 et traditionnellement considérée comme un portrait d'Othon (détail).
Les statues équestres n'étaient pas fréquentes au Moyen Âge. Il en existe cependant quelques exemples, comme le Cavalier de Bamberg (en allemand ), qui se trouve dans la cathédrale Saint-Pierre et Saint-Georges de Bamberg, en Haute-Franconie. Un autre exemple est le , qui représente l'empereur Othon . Il existe aussi quelques statues de taille réduite de , notamment une célèbre à Prague et une autre à Stockholm. Les Tombeaux des Scaligeri de Vérone comportent des statues équestres gothiques de taille réduite. Un célèbre petit bronze conservé à Paris pourrait être un portrait contemporain de Charlemagne, bien que ni sa date, ni son sujet, ne soient certainsStatuette équestre : "Charlemagne" ou Charles le Chauve, présentation de la sculpture conservée au Musée du Louvre à Paris..
Statues équestres en Italie Les portraits équestres apparaissent au en Italie sur les tombes des podestats. Guillaume Bérard, mercenaire angevin qui combattit pour les guelfes et qui est mort à la bataille de Campaldino en 1289, laissa la somme de 200 florins et ses biens au prieur de Santa Annunziata de Florence pour l'érection d'une tombe sur laquelle il est figuré portant l'armure, le bouclier et l'épée levée au moment de l'assaut..
Les portraits équestre italiens des sont des sculptures politiques emblématiques de l'épisode communal. Parmi eux, le Portrait équestre en relief de Nazaro Ghirardini da Luca, sculpté en 1229 sur la Porta di Berno de l'enceinte de la ville de Reggio d'Emilie, le Portrait équestre du podestat Oldrado da Tresseno, sculpté en 1233 et qui figure sur la façade du Pallazzo della Ragione de Milan, ou encore le Portrait équestre du podestat Altenerion degli Azoni, sculpté vers 1320 pour orner la façade du Palazzo del podestà de Padoue..
Le portrait équestre d'Oldrado de Tresseno à Milan, sculpté en relief, est le plus ancien portrait équestre d'un personnage contemporain conservé en Italie. Le podestat de Milan y est représenté vêtu en praticien et chevauchant sa monture. Il tient les rênes dans la main gauche et dans la droite, aujourd'hui vide, le bâton de commandant. Il y est célébré pour son haut fait le plus célèbre qui est d'avoir chassé les cathares de Milan, comme précisé par le poème gravé sous le relief.
La statue équestre de Nicolas III d'Este a été érigée au centre de la place de la cathédrale de Ferrare et fait face à la statue de son père, Alberto V, en pied et en costume de pèlerin que le conseil communal fit placer contre le mur de l'édifice religieux. Nicolas III y est représenté à cheval et armé pour la guerre. Cette statue a été érigée pour commémorer ses victoires sur les seigneurs du contado par son fils Lionel en 1443. Son socle à entablement à l'antique est traditionnellement attribué à Leone Battista Alberti qui entretient alors des liens étroits avec la cour humaniste de Ferrare.
Ces réalisations sont amplifiées et magnifiées par les dynasties de princes condottieres comme les Visconti de Milan ou les della Scala de Vérone.
Monuments funéraires équestres La mode des tombes équestres se développe en Italie à la fin du Trecento.
Le premier monument funéraire équestre connu d'un capitaine général est celui de Pietro Farnèse dans la cathédrale de Florence. Quand il meurt de la peste un an après avoir dirigé les troupes florentines lors de la victoire de Bagno a Vena en 1363 contre Pise, la commune l'honore d'une tombe dotée d'un groupe équestre en bois polychrome aujourd'hui disparu. Des dessins du le montrent chevauchant et s'apprêtant à charger.
La tombe du condottiere Gian Tedesco Tarlati di Pietramala, mort au service de Sienne en 1394 et inhumé dans la cathédrale de la ville, est surmontée d'une statue équestre de bois recouverte de toile et peinte, posée sur une pyramide de bois.
Monuments équestres des della Scala à Vérone Le monument équestre de Cangrande, situé devant le portail de Santa Maria Antiqua de Vérone, est considéré comme le premier monument équestre en bosse ronde érigé au Moyen Âge au sud des Alpes. Le condottiere y est représenté chevauchant, son casque à cimier dans le dos, les jambes tendues vers l'avant, l'épée levée. Sur le sarcophage, une dalle porte son gisant; une pyramide le surmonte et supporte l'effigie équestre. Etant mort jeune et brutalement, c'est certainement son neveu Mastino II qui commanda le monument entre 1340 et 1345.
La tombe de Mastino II a été réalisée avant sa mort en 1351 et adopte la même organisation. La pyramide à degré est couronnée par la statue du cavalier, casqué et tenant une lance. il y est représenté armé pour une joute comme le montrent son écu et a selle de type allemand.
La dernière tombe des della Scala à Vérone est celle de Cansignorio, mort à 36 ans en 1376. Il commanda le monument pendant la maladie qui l'emporta. Pour ce faire, il fit appel au principal sculpteur en Lombardie à l'époque, Bonino da Campione, qui avait réalisé la statue équestre de son beau frère, Bernabo Visconti, seigneur de Milan.
Monument funéraire de Barnabé Visconti à Milan
Barnabé Visconti avait épousé Regina della scala de Vérone et s'est sans doute inspiré des statues équestres des seigneurs de la ville pour son monument funéraire. Il commanda sa tombe à Bonino da Campione bien avant sa mort en 1385. La cavalier et sa monture, supportés par des allégories de la Justice et de la Force, ont été réalisés à partir de 1363; le sarcophage ne fut achevé qu'après sa disparition. Le groupe est sculpté dans un marbre blanc. À l'origine, la figure du cavalier était couverte de plaques d'argent, et ses éperons et son bouclier, aujourd'hui perdus, étaient dorés. Haute de plus de six mètres, la tombe devait être placée perpendiculairement à l'autel, regardant et menaçant le nef, donnant au seigneur de Milan l'image d'un prince inflexible et décidé. La sarcophage qui sert de base est supporté par six colonnes rondes et six octogonales, peintes à l'origine de motifs géométriques.
Ce monument funéraire, aujourd'hui conservé au Castello Sforza, se trouvait à l'origine derrière le maitre-autel de l'église San Giovanni in Conca de Milan qui avait été restaurée sur l'ordre de Barnabé qui souhaitait en faire la nécropole de sa dynastie. La tombe y occupait la position habituellement réservée aux principaux reliquaires.
Monument funéraire de Paolo Savelli à Venise La république de Venise érigea à ses frais vers 1415-1420, dans l'église Santa Maria Gloriosa dei Frari qui abrite les monuments funéraires des grands hommes de la ville, une tombe pour Paolo Savelli, noble romain mort en 1405 de la peste alors qu'il assiégeait Padoue. De son vivant, Savelli avait contribué financièrement au voûtement de la partie est de l'église, probablement dans le but d'y élire sa sépulture. Son sarcophage, qui prend place dans le bras sud du transept, fut sans doute commandé par lui ou sa famille. La statue équestre qui le surmonte est polychrome et frappe par le naturalisme du cavalier. Elle est datée de 1420-1430, date qui correspond à la politique militaire agressive du doge Francesco Foscari. Une longue inscription détaille ses campagnes militaires. Cette tombe est le seul monument équestre mortuaire commandée par la République au .
Renaissance vignette|La statue de Gattamelata de Donatello (1446-1453) est le premier bronze équestre de grandeur nature réalisé depuis l'Antiquité ; les exemples médiévaux sont en bois ou en pierre.
Après l'époque romaine, aucun bronze monumental équestre n'a plus été fondu en Europe avant la statue équestre du condottiere Gattamelata réalisée par Donatello à Padoue en 1445–1450. Comme le montrent les deux fresques de la cathédrale de Florence, le Monument équestre de Sir John Hawkwood de Paolo Uccello et le Monument équestre à Niccolò da Tolentino d'Andrea del Castagno, dans l'Italie du la statuaire équestre était spécifiquement associée aux condottieri. La Statue du Colleone de Verrocchio à Venise (1478–88) en est un autre exemple.
Venise se méfie des monuments érigés à la gloire de ses serviteurs. elle n'accepte qu'avec une grande réticence leur mise en place quand elle refuse ce privilège à ses patriciens. Le Monument équestre à Gattamelata a été élevé à l'initiative de sa veuve avant que la République s'en attribue le mérite; la Statue du Colleone a été financée par le condottiere et figurait dans son testament avec un legs à la République. Comme tous les condottieres statufiés, ils arborent pour l'éternité les traits d'un capitaine victorieux. Ces deux statues équestres connaissent un écho important dans l'Italie de la fin du .