Roland Dorgelès, nom de plume puis nom officiel de Rolland Maurice Lécavelé, né le à Amiens (Somme) et mort le à , est un écrivain et journaliste français, membre de l'Académie Goncourt de 1929 à 1973.

Biographie Roland Dorgelès naît à Amiens le ., rue Vascosan, d'Onésime Lécavelé (1859-1923) et de Laure Leclercq (1861-1923).. Il grandit dans un milieu bourgeois, aisé et cultivé. Il a une grande sœur : Léontine, née en 1881.

Il grandit à Paris et à Amiens, étudie brièvement l'architecture aux Arts Décoratifs et, à partir de 1903, mène la vie de bohème à Montmartre, qui inspire une grande partie de son œuvre. Amateur de farces et de canulars, en 1910, avec ses amis du cabaret du Lapin Agile, il fomente une énorme fumisterie. Il fait passer un tableau peint par un âne et intitulé Et le soleil s'endormit sur l'Adriatique pour l'œuvre d'un jeune surdoué nommé Joachim-Raphaël Boronali (anagramme d'Aliboron) à l'occasion du Salon des indépendants. En 1908, il expose clandestinement au musée du Louvre un buste raté réalisé par son ami le sculpteur Marius de Buzon, critiquant de la sorte l'incompétence des conservateurs..

Devenu journaliste, il collabore au Sourire, à Fantasio et au Petit Journal. En 1912, il commence une relation avec Madeleine Pouchet (1890-1933)., alors mariée à Raoul Borgeaud.

En 1914, bien que deux fois réformé précédemment pour raison de santé, il s'engage en se faisant appuyer par Georges Clemenceau, son patron au journal L'Homme libre. Il témoigne dans son ouvrage Au beau temps de la Butte que cet appui ne lui a été d'aucune utilité.

Roland Dorgelès combat activement dans l'infanterie, du au . Il est versé au d'infanterie de ligne de Rouen le . Il combat en Argonne et au nord de Reims ; puis passe au d'infanterie de ligne. Il participe aux combats du bois du Luxembourg en , à la Deuxième bataille d'Artois dans le cimetière de Neuville-Saint-Vaast en entre autres. Il prend des notes sans cesse, signalées dans sa correspondance avec Madeleine Pouchethttps://www.revuedesdeuxmondes.fr/wp-content/uploads/2016/11/dbaa93afd559cbae7851d9fd2b94e368.pdf. Il est nommé caporal et décoré de la croix de guerre. Il part alors en permission.

Après quelques mois intenses dans l'infanterie, il passe dans l'aviation de guerre. En , il devient élève pilote au premier groupe d'aviation à Dijon. De l'école de Buc, il est muté à celle d'Ambérieu. Il rate le brevet de pilote le et s'accidente gravement. Après six semaines de convalescence à Bourg-en-Bresse, il est nommé sergent et affecté comme instructeur à la base aérienne d'Avordhttps://theses.hal.science/tel-04052187/document. Il écrit Les Croix de bois durant son service dans l'aviation, sans doute à compter de son hospitalisation de , rompt avec Madeleine Pouchet et termine la guerre comme inspecteur de l'aviation..

En 1917, il entre au Canard enchaîné, où il se lie d'amitié avec Henri Béraud et Paul Vaillant-Couturier. Il publie dans ce journal un roman satirique intitulé La Machine à finir la guerre. Il écrit des articles de la même veine et dans le même journal entre 1917 et 1920. Pour certains de ses articles, il utilise le pseudonyme de Roland Catenoy ; les plus importants (feuilletons, contes, articles polémiques) paraissent sous son nom de plume. Les profiteurs de guerre, les députés, les forces de police sont particulièrement visés, ainsi que ceux qui diabolisent les bolcheviques.

En , le , jour de sa démobilisation., il publie le roman qui le rend célèbre, Les Croix de bois, inspiré de son expérience de la guerre de tranchées. Le roman obtient le prix Fémina (alors : prix de la Vie Heureuse) ; la même année, les jurés du prix Goncourt ne lui accordent que quatre voix, contre six à À l'ombre des jeunes filles en fleurs de Marcel ProustEn 1919, le prix Femina s'appelle encore Prix Vie Heureuse, du nom de la revue féminine universelle illustrée. Il est attribué à Roland Dorgelès un peu après son échec au Goncourt. Dans un article élogieux publié à Paris dans le quotidien L'Avenir, l'écrivain André Warnod note : « Par le livre couronné cette année, le Prix Vie Heureuse gagne pour la jeune génération l’importance que vient de perdre le Prix Goncourt »..

En 1921, il fait partie du jury du prix littéraire La Renaissance, créé par Henry Lapauze, conservateur du Petit Palais et fondateur-directeur de la revue bimensuelle La Renaissance politique, littéraire et artistique ; ce jury est présidé en 1921 par Léon Bérard, ministre de l'Instruction publique, et de 1922 à 1930 par Colette.

Le , il épouse à la mairie du de Paris Hania (dite Annette) Routchine (1895-1959)., une artiste lyrique née en Russie d'ascendance juive, sœur de l'artiste peintre Sonia Routchine-Vitry. La même année, il publie Le Réveil des morts, roman consacré à la première reconstruction du Chemin des Dames.

En 1925, il publie Sur la route mandarine, basé sur son séjour en Indochine, critiqué pour sa contestation de la gestion financière de ce territoire, puis deux autres livres situés dans le même contexte, Partir... (1926) puis Route des tropiques (1944) qui rassemble trois textes distincts.

En , il succède à Georges Courteline à l'Académie Goncourt. À partir de 1934 il noue une relation adultère avec Madeleine Poisson.

En 1939, il devient correspondant de guerre pour Gringoire, ouvertement antisémite depuis 1938. Il serait à l'origine de l’expression « Drôle de guerre » qui passe à la postéritéMax Lagarrigue, 99 questions… La France sous l’Occupation, Montpellier, CNDP, 2007, .. Il se réfugie à Cassis en 1940. Dès 1941, il cesse toute collaboration avec Gringoire. Habitant à partir de dans le Comminges, à Montsaunès, il y accueille son ami Raoul Dufy pendant une année. Montsaunès sert de cadre à son roman Carte d'identité publié en . Accusé en 1945, pour ses articles parus dans Gringoire, il bénéficie d'un non-lieuhttps://shs.hal.science/halshs-03180773v1/document.

En 1954, il est élu président de l'Académie Goncourt, fonction qu'il occupe jusqu'à sa mort en . Sa femme Hania meurt en 1959 et, en 1960, il se remarie avec sa maîtresse, Madeleine Moisson (1909-1996). En 1965, Dorgelès devient son patronyme officiel.

Roland Dorgelès meurt le à son domicile de la rue Mabillon, dans le de Paris.. Il est inhumé au cimetière Saint-Vincent..

thumb|Tombe de Roland Dorgelès.

Roland Dorgelès fut président de l’Association des écrivains combattants. Il a donné son nom à une distinction littéraire délivrée par cette association, le prix Roland-Dorgelès créé en 1995 pour des professionnels de la radio et de la télévision « qui se sont particulièrement distingués dans la défense de la langue française ».

Le prix Roland-Dorgelès

Depuis 1996, le prix Roland-Dorgelès est décerné chaque année par l'Association des écrivains combattants à un professionnel de la radio et à un professionnel de la télévision pour leur attachement à la qualité de la langue française.

Œuvres Éditions originales

thumb|Roland Dorgelès par Louis Marcoussis en 1900, musée Carnavalet.

Les Croix de bois, Albin Michel, 1919 (prix Fémina-Vie Heureuse, 1919) Texte sur Wikisource Le Cabaret de la Belle Femme, Édition française illustrée, coll. « Collection littéraire des romans fantaisistes », 1919 Les Veillées du Lapin agile, 1920 Saint Magloire, Albin Michel, coll. « Le roman littéraire », 1922 La Boule de gui, illustrations de André Dunoyer de Segonzac, Éditions de la Banderole, 1922 La Machine à finir la guerre, avec Régis Gignoux, Albin Michel, 1917 Le Réveil des morts, Albin Michel, 1923 La Dernière Relève, Durassié, in Les Beaux contes illustrés, , novembre, 1924 Montmartre, mon pays, Les Artisans imprimeurs, 1925 Le Cadastre littéraire, ou une heure chez M. Barrès, Émile-Paul, 1925 Sur la route mandarine, Albin Michel, 1925 Partir..., Albin Michel, 1926 Le Promeneur nocturne, À la Cité des livres, coll. « Les Familiers de la Cité des livres », 1926 La Caravane sans chameaux, Albin Michel, 1928 Souvenirs et réflexions sur les "Croix de bois", Les Nouvelles littéraires, novembre- Écrit sur l'herbe, Cahiers libres, 1928 Écrit sur le sable, Cahiers libres, 1928 Souvenirs sur Les Croix de bois, À la cité des livres, 1929 À la recherche de Baranavaux, Fournier, coll. « de l'Ancre », 1929 Marcel Prévost, Francis de Croisset, Joseph de Pesquidoux, Le Jasmin d'argent, A. Sauriac, 1929 Chez les beautés aux dents limées, Laboratoires Martinet, 1930 Entre le ciel et l'eau, illustrations de Eugène Corneau, Crès, 1930 Le Château des brouillards, Albin Michel, 1932 Deux amateurs de peinture, F. Paillart, , 1932 Si c'était vrai ?, Albin Michel, 1934 La Corde au cou, in Gringoire , Quand j'étais montmartrois, Albin Michel, 1936 Vive la liberté !, Albin Michel, 1937 Le Dernier Moussem, illustrations de Debax, Les Laboratoires Deglaude, 1938 Frontières. Menaces sur l'Europe, Albin Michel, 1938 L'Esprit montmartrois avant la guerre, illustrations de Dignimont, Laboratoires Carlier, 1939 Retour au front, Albin Michel, 1940 Sous le casque blanc, Éditions de France, 1941 Route des tropiques, Albin Michel, 1944 Carte d'identité. Récit de l’Occupation, Albin Michel, 1945 Vacances forcées, 1945 Bouquet de Bohème, Albin Michel, 1947 Au beau temps de la Butte, illustrations de Van Dongen, Nouvelle librairie de France, 1949 Bleu horizon, Albin Michel, 1949 Portraits sans retouche, Albin Michel, 1952 Dufy, Louis Carré, 1953 Le Tombeau des poètes. 1914-1918, illustrations de André Dunoyer de Segonzac, Vialetay, 1954 Tout est à vendre, Albin Michel, 1956 La Drôle de guerre, Albin Michel, 1957 Promenades montmartroises, illustrations de Dignimont, Vialetay/Trinckvel, 1960 À bas l'argent!, Albin Michel, 1965Critique par Luc Estang dans Le Figaro littéraire du jeudi 23 décembre 1965, Lettre ouverte à un milliardaire, Albin Michel, coll. « Lettre ouverte », 1967 La Banane empoisonnée, 1967 Le Marquis de la dèche, Albin Michel, 1971 Images, Albin Michel, 1975 Je t'écris de la tranchée, Albin Michel, 2003 Mon chasseur d'éléphants, Brunier-Bayer Voyage de noce, Brunier-Bayer La Vérité sur le communisme, avec Walter Citrine et M. Yvon, Office central anticommuniste Je t'écris de la tranchée, préface de Micheline Dupray, introduction de Frédéric Rousseau, collation de lettres écrites entre 1914 et 1918, Albin Michel, 2003

Éditions ultérieures

Préfaces

vignette|Plaque commémorative au de la rue Mabillon ( arrondissement de Paris).

Louis Vuillemin, L'Héroïque pastorale. Variations au grand air !... (1914-1918), M. Drouin, 1920 Gus Bofa, Synthèses littéraires et extra-littéraires, Éditions Mornay, 1923 Gabriel Tristan Franconi, Un tel de l'armée française, 1926 Anthologie des Écrivains Morts à la Guerre - 1914-1918, 3, Amiens, Edgar Malfère, « Bibliothèque du Hérisson », 1926 La Chanson de Damsan. Légende Radé du (Tribu Malaïo-Polynésienne du Darlac), transmise par la tradition orale, recueillie et transcrite en français par M. Léopold Sabatier, administrateur les services civils, ex-résident de France au Darlac, Leblanc et Trautmann, 1928 Louis Sonolet, La Vie parisienne sous le second Empire. La Belle Impératrice. La Vie de la cour. Les Séries de Compiègne. Les Reines d'élégance. Les Étoiles du théâtre. Le Théâtre dans le monde. Les Bals travestis. Le Monde où l'on s'amuse. Les Élégances militaires. Le Décor de la vie, 1929. Octave Mirbeau, Œuvres illustrées, Éditions nationales, 1934-1936 (10 volumes) François Abgrall, Œuvres posthumes de Fanch Abgrall (Alc' houeder Arre), Éditions Amorica, 1935 Georges Guierre, Pirouettes et sarcasmes, Éditions Presses modernes, 1939 Capitaine Jean Accart, On s'est battu dans le ciel, B. Arthaud, 1942 Capitaine Williame, L'Escadrille des cigognes, B. Arthaud, 1945 Louis Castex, Mon tour du monde en avion, Plon, 1945 Albert Dubeux, La curieuse vie de Georges Courteline, Nouvelle Librairie de France/Gründ, 1949 Au temps des bergeries… Mille baisers donnés, pris et rendus, M. Ponsot, 1951