Le Roi Carotte est un opéra-bouffe-féerie en quatre actes et dix-neufLe livret Michel Lévy Frères de 1872 indique, sur sa couverture, 22 tableaux alors qu'il n’y en a que 19, la partition Choudens en indique 17. tableaux de Jacques Offenbach et Victorien Sardou, créé au théâtre de la Gaîté le . Il existe une édition opérette-féerie en trois actes et onze tableaux.
Créé au moment de la vogue de la féerie, Le Roi Carotte est la première collaboration de Jacques Offenbach avec Victorien Sardou. Il rencontre le succès à Paris et reste à l'affiche durant 195 représentations.
Les moyens techniques nécessaires, et les six heures de spectacle, expliquent probablement que l'œuvre n'ait jamais été reprise à Paris. La version « opérette féerique » a été reprise à l'Opéra de Lyon du au . Malgré l'intérêt musical dont la critique a fait part à sa création, elle n'a jamais été enregistrée.
Genèse
Contexte Dans son édition du Et non dans celle du 25 octobre 1869 comme le note André Martinet dans sa biographie Offenbach, sa vie & son œuvre, Dentu et Cie, 1887, , le Figaro dévoile la signature d’un traité entre Jacques Offenbach, Victorien Sardou et Maurice Boulet, le directeur du théâtre de la Gaîté, par lequel sera créé « le , un grand opéra-bouffe-féerique en 3 actes et 22 tableaux ». Le , on apprend qu’il s’agit du Roi Carotte – désormais composé de 24 tableaux.
D’après André Martinet, le premier biographe de Jacques Offenbach, Victorien Sardou souhaitait avec cette œuvre . Si cette intention, écrite a posteriori, est sujette à caution, il est certain que les deux tableaux de Pompéi sont nés dès le début du projet : aurait dit Victorien Sardou à Jacques Offenbach.
Inspiration
Le Roi Carotte s’inspire du conte d’Hoffmann Klein Zaches, genannt Zinnober (Petit Zacharie, surnommé Cinabre) paru en 1819. Mais, comme le note Émile Abraham dans Le Petit Journal, Victorien Sardou Le Petit Journal, jeudi 18 janvier 1872.
Bien plus tard, Jacques Offenbach et Jules Barbier replaceront ce conte dans le premier acte des Contes d’Hoffmann sous la forme de la Chanson de Kleinzach.
Kleinzach est aussi, en 1880, le nom du lévrier de Jacques OffenbachLe Figaro, vendredi 11 février 1881 – celui de 1872 s’appelait BoumLe Figaro, samedi 13 juillet 1872.
Premier projet
L’écriture du livret semble plutôt longue et nécessite de nombreux échanges entre le librettiste et le compositeur. Dans une lettre du , envoyée depuis Étretat, Jacques Offenbach écrit à Victorien Sardou : .
En plus de la composition, Jacques Offenbach s’occupe de la distribution. Il écrit le depuis Ems à Victorien Sardou : .
La guerre de 1870 stoppera momentanément cette collaboration. Jacques Offenbach protège ses proches en les emmenant à Étretat et lui-même fuit à Bordeaux, puis à Saint-Sébastien, Vienne et Milan.
Second projet
En , les auteurs reprennent leur travail. Le livret est complètement repris par Victorien Sardou pour effacer ce qui pourrait rappeler l’actualité récente.
Jacques Offenbach n’hésite pas à couper des pages entières de musique ou à réécrire de nouveaux airs pour trouver l’équilibre entre le rythme général de la pièce et les . Ainsi, pour le Duo de l’anneau () par exemple, il écrit depuis Étretat à Victorien Sardou : . Il conclut son courrier en encourageant son librettiste : .
Maurice Boulet, le directeur de la Gaîté, engage, en , Albert Vizentini comme , sur recommandation de Jacques OffenbachLe Figaro, vendredi 28 juillet 1871. Le depuis Étretat, Jacques Offenbach insiste auprès de Victorien Sardou pour la mise au point de la distribution : .
Répétitions
Dès , des auditions sont organisées afin de renforcer le chœur et atteindre 75 choristesLe Figaro, vendredi septembre 1871. Fin octobre, la distribution est fixée : en plus des rôles principaux, l’œuvre demande 30 acteurs, 45 danseuses, 150 figurants et un orchestre de 45 instrumentistesLe Figaro, dimanche 29 octobre 1871 !
En , les répétitions commencentLe Figaro, mercredi 18 octobre 1871 après une présentation de la musique et du livret aux artistes de la GaîtéLe Figaro, samedi 14 octobre 1871. L’œuvre comporte 3 actes et 22 tableaux dont et nécessite la confection de costumes !
Mi-, l’apothéose finale est supprimée et le deuxième acte est divisé pour donner à l’œuvre sa configuration finale de 4 actesLe Figaro, vendredi 12 janvier 1872.
Victorien Sardou mène les répétitions avec son souci habituelLe Figaro, mercredi 25 novembre 1874 de perfection. A. de Saint-Albin raconte : . Quelques tensions se font sentir : Le Figaro relate, le , le départ de quelques instrumentistes d’une répétition qui Le Figaro, lundi 8 janvier 1872.
La première est d’abord fixée pour la deuxième quinzaine de ; début janvier, elle est annoncée pour le milieu du mois. Le théâtre de la Gaîté fait relâche à partir du Le Figaro, jeudi 4 janvier 1872. La première a lieu le Le Figaro, lundi 15 janvier 1872.
Création
Scénographie
Les nombreux articles de presse de la fin de l’année 1871 et de ont aiguisé l’impatience des Parisiens à qui on promet . Et effectivement, le Petit Journal s’enthousiasme : .
Le soir de la première, Bénédict note dans le Figaro : Le Figaro, mercredi 17 janvier 1872. Gérôme de l’Univers Illustré relate : .
Les décors sont réalisés par Jean-Louis Chéret pour Pompéi, Édouard Desplechin pour le palais du Roi Carotte ainsi que par Philippe Chaperon. Les costumes de Pompéi sont dessinés par Eugène Lacoste et ceux des insectes par Théophile Thomas.
Les deux tableaux de Pompéï, écrit Savigny dans l’IllustrationL’Illustration, samedi 20 janvier 1872 cit. in Jean-Claude Yon, Jacques Offenbach, Gallimard, 2000, . Le Petit Journal s’enthousiasme lui aussi : .
Le tableau des Insectes est particulièrement remarqué lui aussi : c’est un note le Petit Journal. Nicole Wild, auteur de Décors et costumes du , compare d’ailleurs les costumes de Théophile Thomas, décrit comme , aux célèbres dessins de Jean-Jacques Grandville.
Bénédict dans le Figaro ajoute : .
De nombreux « trucs » rythment l’œuvre et lui donnent son caractère féérique. Celui permettant à Quiribibi d’être découpé en morceaux est suffisamment remarquable pour être pris en exemple dans le livre L’envers du théâtre, machines et décorations de Jules Moynet publié en 1873.
Musique
La musique est accueillie très favorablement. Gaston de Praissau s’émerveille : Le Gaulois, mercredi 17 janvier 1872. Jacques Offenbach est comparée à un qui a su .
Les morceaux qui ont le plus marqué le public semblent être le , le , le (Quatuor ) : , le , La ronde des colporteurs, qui est bissé à la première et à chaque représentationLe Figaro, mercredi 24 janvier 1872 et la Farandole () qui Le Figaro, mercredi 17 janvier 1872.
Le ballet () du Roi Carotte se compose, entre autres, de la Valse des Rayons que Jacques Offenbach avait écrite pour son ballet Le Papillon créé à l’Opéra de Paris en 1860Le Figaro, dimanche 21 janvier 1872, et qu’il avait déjà replacé dans Les Fées du Rhin, un opéra romantique créé à Vienne le .
Le journal Le Siècle, de son côté, reproche à la partition d’avoir et accuse Jacques Offenbach de prendre la place des Le Siècle, vendredi 19 janvier 1872. Cette campagne de dénigrement du Siècle culminera avec l’« incident Arbel-Offenbach » en 1877 lorsque le journal s’étonnera que le public parisien ait pu .
Créateurs
Zulma Bouffar, qui crée le rôle de Robin-Luron, note Le FigaroLe Figaro, samedi 20 janvier 1872. Elle ajoute Le Gaulois qui ne cite, par ailleurs, aucun autre rôle dans son compte-rendu du .
Anna Judic, qui joue Cunégonde, se révèle être une appréciée pour sa .
Sevestre est appréciée dans son rôle de Rosée-du-Soir pour la .
Masset, , de créer le rôle de Fridolin XXIV. Aurèle, l’interprète de Quiribibi, est plusieurs fois cité pour sa performance de prestidigitation. Vicini, qui crée le rôle du Roi Carotte, est salué pour ses .
Mais au-delà de ces quelques lignes, les acteurs masculins sont les grands oubliés des critiques… François Oswald le sous-entend bien quand il décrit l’intérêt de la pièce : Le Gaulois, mardi 16 janvier 1872.
Sujet
Si la mise en scène, les décors et les costumes subjuguent le public, la fin de la pièce est accueillie par des . Le Gaulois relate effectivement . Lors de la première représentation, certains spectateurs crurent comprendre alors que Victorien Sardou avait plutôt imaginé l’inverse. Cependant, la pièce est écrit Jean-Claude Yon.
Production
À Paris Les recettes de la première semaine passent de à francsLe Figaro, jeudi 25 janvier 1872. Les quarante premières représentations font francs de recettesLe Figaro, samedi 2 mars 1872 soit une moyenne de francs par représentation.
Cette très grosse production sera émaillée régulièrement d’accidents plus ou moins graves. Le , c’est un décor supportant Zulma Bouffar et quatre autres artistes qui tombent , avec des conséquences heureusement minimesLe Figaro, lundi 8 avril 1872.
Le changement d’affiche est annoncé pour la fin du mois de mai avec une reprise pendant l’étéLe Figaro, vendredi 22 mars 1872. Le Roi Carotte reste finalement à l’affiche malgré le départ de Zulma Bouffar, remplacée par mi-avrilLe Figaro, dimanche 21 avril 1872, et celui d’Anna Judic.
Mi-juin, Le Roi Carotte faisant encore de recette, Maurice Boulet décide de maintenir la production malgré les difficultés provoquées par l’expiration des contrats de certains acteurs. Le , Sichel et Sylvana reprennent les rôles respectifs de Rosée-du-Soir et de ColoquinteLe Figaro, jeudi 4 juillet 1872.
D’après Le Figaro du , une prime aux auteurs avait été convenu par Maurice Boulet si l’œuvre atteignait la Le Figaro, dimanche 23 juin 1872. Dans sa biographie parue en 1887, André Martinet donnera par erreur le chiffre de 150 représentations. Ce chiffre sera repris par l’ensemble des biographes de Jacques Offenbach ; il faudra attendre le livre de Jean-Claude Yon paru en 2000, pour avoir une correction.
La dernière du Roi Carotte a lieu à Paris le après 195 représentations.
Malgré le succès de l’œuvre, le bilan financier n’est pas vraiment positif pour Maurice Boulet, le directeur du théâtre de la Gaîté, car il n’a pas su maîtriser les coûts de la production, estimés à francs par représentation.
En raison des moyens nécessaires pour monter cette œuvre, les auteurs sortent dès 1872 une version « opérette-féerique » en 3 actes. Pour cette version la partition passe de 41 à 30 numéros, et le livret de 143Victorien Sardou, Le Roi Carotte, opéra-bouffe-féerie en quatre actes et vingt-deux tableaux, Michel Lévy Frères, 1872 à 101Victorien Sardou, Le Roi Carotte, opérette-féerie en trois actes et onze tableaux, Michel Lévy Frères, 1872 pages.
À l’étranger Le contrat signé avec Choudens pour la partition oblige les auteurs à vendre leurs droits pour les États-Unis. Ils le font fin 1871Le Figaro, dimanche 29 décembre 1872. Jacques Offenbach écrit d’ailleurs à Victorien Sardou depuis Étretat : .
Le Roi Carotte est présenté à Londres, au théâtre de l’Alhambra, le . Les recettes avoisinent les francs par soir et le public fait bisser régulièrement le Quatuor (), le Duetto de la boule (), la Ronde des colporteurs (), la Romance des fleurs () et la Ronde des chemins de fer ()Le Figaro, mercredi 10 juillet 1872.
La première du Roi Carotte à New-York a lieu le . Les journaux se réjouissent des adaptations qu'Offenbach aurait réalisées pour leur création : . La pièce restera à l'affiche jusqu'à la fin de l'automne.
Il est présenté à Vienne, au théâtre an der Wien, le . L’œuvre est donnée 37 fois jusqu’en .
Argument
Acte I
Premier tableau La brasserie